BULLETIN GÉNÉRAL
DE
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
BULLETIN GÉNÉRAL
DE
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
tUoifil pratique
PAR J.-E.-M. MIQUEL, 2). M.,
CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR , ANCIEN CHEF DE CLINIQUE
MEDECINE DE PARIS, A i/lIOPlTAL DE LA CHARITÉ. MÉDECIN D
MEMBRE DE LA COMMISSION DE SALUBRITÉ; RÉDACTEUR
TOME PREMIER.
PARIS,
CHEZ M. I.E RÉDACTEUR EN jCllEF, ÉDITEUR
RTE SAIETE-ANHE, N° 9!>.
ms. 4 £ ^
PARIS. — Imprimerie (I'Adulphe EVERAT ei C',
rue du CadraD, 16.
BULLETIN général
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
CONSIDÉRATIONS SUR l'IMPORTANCE ET I.’ÉTAT ACTUEL DE
LA THÉRAPEUTIQUE.
Quel esl l’objet de notre art? Guérir ou soulager. Quels sont nos
moyens pour atteindre ce noble but? Tous ceux que nous offre la
thérapeutique dans la plus générale acception de ce mot. Mais guéris-
sons-nous souvent? Il y a plus ; quand la maladie a une issue favorable,
un médecin, la main sur sa conscience, peut-il dire dans le plus grand
nombre de cas : La fin a justifié les moyens, la guérison est le résultat
nécessaire, assuré, de la médication que j’ai employée? Une pareille
présomption ne peut se supposer. Avons-nous enfin un critérium cer¬
tain ou à peu près, un régulateur positif pour l’application et l’emploi
des moyens curatifs ? C’est ce que personne n’oserait affirmer. D’où il
résulte que la thérapeutique est la partie la plus importante, et, par une
inconcevable fatalité, la partie la plus faible de la science. « Quand je
suis sorti de l’université, disait le docteur Grégory, je connaissais vingt
remèdes au moins pour chaque maladie ; maintenant que j’ai vécu, il
y a plus de vingt maladies pour lesquelles je ne connais pas un re¬
mède. » Ce que disait cet illustre médecin, il y a plus de soixante ans,
peut encore être regardé aujourd’hui comme une vérité, vérité cruelle,
amère, décevante, mais qui n’en conserve pas moins son caractère. Il est
surtout beaucoup de jeunes médecins qui s’abusent à cet égard; ils con¬
servent une foi naïve dans tous les remèdes dont on leur a cathédrati-
quement expliqué la puissance. Bien des mécomptes les attendent : ils
apprendront plus tard qu’en thérapeutique, le démontré vrai est ce
qu’il y a de plus rare, que les rapports de la cause aux effets n’v sont
( 6 )
qii'imparfaitement déterminés, qu’apprécier avec justesse dans une ma?
ladie les droits de la nature et les opérations de l’art est un problème
dont les données sont à peine connues ; i's apprendront encore qu’on peut
sortir docteur de l’École de Mc'decine, mais qu’on n’en sort pas médecin ;
ils sauront enfin que ce n’est guère qu’aprèsplusieurs années de pratique
que l’on conçoit bien cette force de vérité' cachée dans l’aphorisme d’Hip¬
pocrate : Ars longa, vita b revis , experienlia fdllaac , et surtout,
judicium difficile.
J’ai souvent réfléchi à l’épigraphe désespérante que Corvisart a placée
à la tête de son excellent ouvrage des maladies de cœur : Hceret lateri
lethalis arundo. On peut assurer malheureusement que cette épigraphe
serait applicable à un très-grand nombre de nos maladies, surtout quand
elles sont chroniques. Pourquoi cela ? C’est que dans ces maladies il y
a presque toujours lésion de tissu; or, quand cette lésion a lieu, nos
ressources sont à peu près nulles, notre art est impuissant; nous ne pou¬
vons plus qu’adoucir les maux du malade , autrement dit prolonger son
agonie. Ces réflexions ne doivent en rien jeter de la déconsidération sur
la science; elles ont pour objet de faire voir d’une part que la méde¬
cine n’est pas aussi avancée en thérapeutique qu’on le croit en général,
sur la foi de gros volumes qu’on imprime, et sur la fastueuse appa¬
rence de nos pharmacies ; de l’autre, que c’est sur ce point capital qu’il
convient de diriger nos efforts, nos travaux, nos recherches. Guérir
est le mot qui renferme toute la médecine, il en forme le sublime corol¬
laire; et si, d’après Hippocrate, le médecin se rapproche de la divinité >
c’est parce qu’il se propose de guérir, ou du moins de soulager. U est
à regretter que nos sociétés savantes semblent peidre de vue le plus ri¬
che domaine de la science. Voyez leurs sujets de prix : combien peu
tendeut à éclaircir, à approfondir des points de thérapeutique directe et
positive ! Ce sont, il est vrai, de magnifiques questions d’anatomie pa¬
thologique , de physiologie ou de pathologie transcendante, questions la
plupart insolubles , et qui finissent par une mention honorable ou une
chétive médaille ; mais l’art de guérir, la véritable science n’en reste
pas moins dans l’ornière du statu quo.
Eh bien, voici un problème scientifique que je soumets en toute hu¬
milité à nos académies les plus savantes ou les plus illustres si l’on veut.
« Un cor au pied étant donné, indiquer les moyens de le guérir
promptement, doucement et radicalement. »
Ceci n’est ni une dérision, ni la preuve d’un scepticisme railleur;
c’est très-sérieusement que je parle, que je jette cette espèce de défi à
nos académies. Celte question complètement résolue, on pourra se
vanter d’avoir rendu un service réel à la science et à l'humanité. L’homme
(V )
de mérité qui aura remporté le prix doit être mis au-dessus de ces col¬
lecteurs d’observations insignifiantes qui fourmillent dans nos journaux,
de ces disséqueurs qui, après la mort, fouillent dans les organes et n’y
trouvent jamais que les preuves de leurs rêveries, et de ces disserta-
teurs en grec, en latin, en allemand, qui sont couverts de science de la
tête aux pieds sans avoir meilleure miue.
On peut définir la thérapeutique, cette partie de la médecine qui
établit un rapport nécessaire entre les vues théoriques et la pratique,
entre la connaissance des maladies et celle des moyens de les détruire,
entre la science proprement dite et les procédés de l’art. Plut à Dieu
que les moyens d’exécution pussent correspondre aux vues du praticien !
mais trop souvent il n’en est rien. Bien plus, si l’on suit alternativement
les mouvements de la science dans une période donnée , on s’aperçoit
bientôt que la médecine est comme les autres branches des connaissances
humaines. Voulant éviter un excès, on tombe dans un autre. On s’est
beaucoup moqué de nos devanciers, avec leurs formules si longues , si
compliquées, si bien ajustées, leurs énormes pharmacopées, leurs in¬
faillibles recettes pour chaque maladie. On a tant réclamé que nous
sommes tombés dans le défaut contraire. Les batteries polypharmaques
sont éteintes ; mais qu’avons-nous mis à la place ? Quelles sont nos ri¬
chesses en matière médicale, nos ressources auprès des malades, à pré¬
sent que le vœu de Sydenham est à peu près rempli, mettre toute sa
pharmacie dans la pomme de sa canne (1 ) ? Il faut le dire, rien ou à peu
près. Nous tournons sans cesse dans un petit cercle de moyens thérapeu¬
tiques, appuyés sur trois ou quatre principes généraux. Telle est du
moins la médication gommo-hirudinaire si répandue encore, bien que
son insuffisance soit pleinement démontrée aujourd’hui. Je ne me range
pas parmi les champions des vieilles sottises médicales ; mais prétendre
que depuis qu’on a ouvert force cadavres pour y voir tout ce qu’on veut
y voir, depuis qu’on a multiplié les expériences sur les animaux, que
l’anatomie pathologique est en pleine faveur , qu’il n’est question que
de cris des organes, que les raplus ont remplacé les altritus d’autrefois;
prétendre, dis-je, que la thérapeutique,a largement étendu ses limites,
ce serait par trop s’abuser. Toutes ces recherches sont, dit-on, impor¬
tantes , utiles, progressives : je le crois ; mais encore une fois il faut
guérir, et pour guérir que produisent-elles souvent?.... Le croup est
pour nous à peu ptès incurable, bien que nous connaissions l’organe
lésé, et si nous avons quelques triomphes, c’est précisément dans 1rs
(t) De l'opium , de l'émétique et une lancette. De nos jours on a clé plus loin,
(»*'
fièvres intermittentes , dont nous ignorons absolument la nature et le
siège.
Tout en rendant justice à qui de droit, je ne sais par quel cliquetis
et quel clinquant de mots on parle sans cesse des immenses progrès de
l’art. Entendons-nous : si l’on parle de bruit, d’agitation , de préten¬
tions , de polémique, il est certain que depuis quelque temps la science
s’est mise en travail. Mais n’a-t-on pas pris l’appaieil pour la réalité,
le mouvement sur place pour la progression? Pour moi, je le crois. En
veut-on une preuve ? Il n’y a qu’à considérer l’indécision , la perplexité
où se trouvent tous les jours les médecins dans les cas graves. Après
bien des difficultés pour saisir une indication précise, on est tout à coup
arrêté par le choix des moyens propres à la remplir, sauf les cas d’aveu¬
gle présomption ou d’outrecuidance systématique. S’il nous reste encore
quelques ressources, à qui les devons-nous? A nos devanciers qu’on
calomnie sans les étudier; ils ont trouvé le quinquina, l’opium, l’émé¬
tique, les purgatifs, les vésicatoires, etc., nos véritables richesses en
matière médicale.
On serait pourtant dans l’erreur si l’on concluait de cet examen cri¬
tique que la thérapeutique n’existe pas et que la médecine est illusoire.
Depuis trois mille ans Hippocrate a répondu à cette objection. 11 y a,
dit-il, pour le corps humain, des choses utiles et des choses nuisibles :
donc il y a une médecine, donc il y a une thérapeutique. Cet argu¬
ment est sans réplique ; et quiconque a de la portée dans l’esprit en
sentira la force : ayons donc foi à la dignité et à la vérité de notre pro¬
fession. Il ne s’agit plus que de connaître cette véritable médecine, de
la chercher, de la signaler, d’en saisir les caractères, d’en reculer les
limites s’il est possible.
Ces réflexions tendent à faire voir les besoins de la science et à dis¬
siper quelques illu-ions. Jusqu’à présent nous n’avons jeté qu’un coup
d’œil très-général ; maintenant nous rétrécirons le cadre, et nous ver¬
rons plus en particulier les causes qui se sont opposées jusqu’à ce jour
aux progrès réels de la thérapeutique
DES AGEMS THÉRAPEUTIQUES EM GÉNÉRAL.
Guérir est le but définitif de la médecine; elle n’a pas toujours le
bonheur de l’atteindre, mais soulager les maux qu’on ne peut dissiper
complètement, c’est encore rendre service à l’humanité. La thérapeu¬
tique est l’art qui mène à ces résultats ; c’est à elle que doivent aboutir
tous les travaux et toutes les études du médecin.
La connaissance exacte des lois qui régissent l’économie, celle des
cliangemens que les médicamens peuvent opérer sur nos organes, nous
permettent d’apprécier, d’une part, les de'rangemens de nos fonctions ,
de l’autre, la manière dont elles peuvent revenir à l’état normal, soit
spontanément, soit sous l’influence des agens thérapeutiques divers dont,
dans la plupart des cas, le hasard seul a révélé la salutaire efficacité.
L’application des diverses substances à nos organes pour en modifier
l’état anatomique ou fonctionnel constitue la médication ; la combi¬
naison simultanée ou successive de diverses médications forme ce qu’on
nomme un traitement. Mais ce ne sont pas seulement les substances
nommées médicamens qui sont susceptibles d’être employé, s dans le
traitement : les agents hygiéniques , tels que l’air, la nourriture, les
vêtemens , peuvent rendre de grands services à la thérapeutique , ils
suffisent même, dans certaines circonstances, pour ramener à la santé,
et sont dans tous les cas d’utiles auxiliaires aux moyens d’une autre es¬
pece.
Les agens thérapeutiques sont innombrables ; toute substance des
irois règnes de la nature qui jouit d’une puissance assez active pour mo¬
difier l’état actuel des organes et changer leur mode de vitalité devient,
entre les mains de l’homme de l’art, un agent de guérison, quand il sait
s’en servir pour opérer dans le corps malade des changemens favorables
au retour de la santé.
Bien que ces moyens soient d’une variété prodigieuse en apparence,
l’expérience et l’observation ont démontré qu’ils pouvaient se rassembler
en un certain nombre de groupes principaux qu’on pourrait appeler, en
quelque sorte , élémentaires. Ce sont ces groupes que nous nous propo¬
sons d’examiner successivement. Nous commencerons par traiter des
émétiques, des purgatifs, des rubéfians, des caustiques, etc. Nous les
choisissons les premiers parce que , sans nier que les médicamens ont
une action générale sur l’organisme, et en reconnaissant la vertu spé¬
ciale de quelques-uns pour agir sur la cause de certaines maladies, nous
pensons que l’action que le médecin peut exercer sur l’économie com¬
mence presque toujours par être locale. Quel est en effet le but des mé¬
dications journellement employées? Exciter tel ou tel tissu, accroître
telle ou telle sécrétion ou modifier son produit : pour arriver à ce ré¬
sultat , on emploie un médicament choisi dans une des classes que nous
avons énumérées. Chaque classe contient des médicamens dont l’action
est analogue, mais jamais identique; il faut donc bien savoir apprécier
leur valeur individuelle, afin qu’au moment du besoin on puisse choisir
celui qui doit atteindre le but précis que l’on désire.
Mais avant d’employer un médicament, il est un fait fondamental
( 10 )
que ne doit jamais perdre de vue un médecin éclairé et jaloux d’être
utile : c’est que, dans la grande majorité des cas, les maladies tendent
à une guérison spontanée. C’est pourquoi il faut d’abord bien connaître
quelle est la terminaison naturelle des maladies, lorsqu’elles sont véri¬
tablement abandonnées à elles-mêmes ; quelles sont les conditions qui
paraissent en favoriser ou en retarder l’issue favorable, afin d’imiler ou
d’e’viter ce que l’expérience aura démontré être utile ou nuisible. Si la
maladie est du nombre de celles qui guérissent d’ellcs-mêmes, on se
tiendra dans une sage expectation ; si au contraire les phénomènes ré¬
clament , par leur gravité , l’emploi des médicamens, on se hâtera de
rechercher alors celui qui peut rétablir l’harmonie troublée de l’orga¬
nisme.
Aujourd’hui tous les préjugés sont dissipes ; les agens thérapeutiques
n’ont de valeur que celle qu’une expérience sévère leur assigne; on ne
croit plus que leur puissance réelle est proportionnée à la difficulté avec
laquelle on se les procure, ou à la complication plus ou moins bizarre
des formules dans lesquelles ils entrent : c’est au lit du malade que l’on
place chacun au rang qui lui est dû. Ce n’est pas rétrécir la thérapeu¬
tique, c’est au contraire la rendre plus féconde et la tirer du chaos où
des esprits peu sévères et peu attentifs l’ont fait tomber, que de se ren¬
dre ainsi un compte minutieux et exact de ce qu’on peut attendre des
médicamens. C’est la ligne de laquelle nous ne nous écarterons jamais.
Rappeler la thérapeutique à toute son importance, mais aussi à toute
sa simplicité, procéder dans l’expérimentation avec la connaissance
consciencieuse et approfondie des faits élémentaires, profiter des décou¬
vertes anciennes et récentes à mesure qu’elles sont bien constatées : tel
est le moyen d’assurer à cette branche de l’art de guérir le degré de
certitude qu’elle doit avoir, et la faire marcher de front avec les autres
sciences qui maintenant se tournent toutes vers l’applieation pratique et
usuelle, après avoir été trop long-temps peut-être purement spéculatives.
F. R.
NOUVEAU TRAITEMENT DU CHOLÉRA-MORDUS.
Il ne doit point y avoir de secret parmi le-> médecins ; ils sont rede¬
vables à leurs confrères des résultats heureux de leur expérience. Il
est peu digne de notre profession celui qui, pour l’appât d’un vain
lucre, ne se hâte pas de publier une découverte qui peut être utile à
l'humanité. Pour nous , qui désirons ardemment les progrès de la théra¬
peutique et qui sommes persuadés qu'elle ne peut fleurir que par la
prompte participation de chacun aux travaux et aux lumières de tons,
( H )
nous engageons nos abonnés à nous transmettre les faits thérapeutiques
qu'ils croiront servir la science ; nous nous empresserons de leur donner
la publicité dont ils seront dignes. Il ne doit pas aujourd'hui exister
de remède secret, il faut rayer ce nom de nos livres, et faire des vœux
pour que l’Academie de Médecine détruise dans son sein cette commission
permanente des remèdes secrets, qui devient, quoique malgré ses in¬
tentions , le soutien de tant de charlatans qui spéculent sur le fonds in¬
épuisable de la crédulité publique. Quand un praticien est arrivé à la
découverte d’un traitement que des succès soutenus recommandent à
l’attention générale, il doit suivre l’exemple que vient de donner
M. Ranque, en le soumettant à la critique impartiale de ses confrères ,
ot à l’expérimentation dans les cas analogues à ceux auxquels il l’a ap¬
pliqué. C’est le seul moyen honorable d’être utile.
M. Ranque, médecin en chef de l’Hôtel-Dicu d’Orléans , a traité avec
bonheur presque tous les cas de choléra-morbus qui, depuis dix ans,
se sont présentés à sa pratique. Au moment où l'inquiétude est générale
sur la marche de la terrible épidémie qui ravage la Russie et la Polo¬
gne , et menace peut-être nos contrées , il a cru utile avec juste raison
de publier les observations qu’il a faites, et de donner aux médecins
que le gouvernement vient d’envoyer sur les lieux la connaissance des
moyens qui, entre ses mains, ont dans la presque totalité des cas ar¬
rêté le développement de la maladie. Depuis 1822, il a eu à traiter,
soit à l’hôpital d’Orléans, soit dans sa pratique civile, quatre-vingts
malades atteints du choléra. Sur ce nombre, soixante l'ont présenté
d’une manière bénigne , mais les vingt autres ont offert les symptômes
les plus graves et en tout semblables à ceux que l’on observe dans le
choléra-morbus épidémique de l’Inde, qui est celui qui règne aujour¬
d’hui en Russie-et en Pologne. Observant une analogie frappante entre
les phénomènes du choléra et ceux qui caractérisent la plupart des cm-
poisonnemens par le plomb ; les considérant les uns et les autres comme
naissant de l’appareil nerveux gastro-ganglionnaire auxquels viennent
se joindre bientôt les troubles du système nerveux cérébro-spinal, il a
appliqué au choléra-morbus, avec seulement quelques modifications, le
traitement anti-névropathique qui lui réussit depuis plusieurs années
dans la colique de plomb. Ses essais lui ont complètement réussi ; ce
qui prouve que pour introduire des méthodes thérapeutiques nouvelles >
on modifier celles qui sont défectueuses , il est bon quelquefois de né¬
gliger l’appréciation des causes , pour ne consulter que l’analogie qui
existe entre deux maladies.
Le choléra-morbus s’est présenté à M. Ranque sous trois caractères
principaux : le névralgique, le névro-adynumique, le névro-phlegma-
( 12 )
sique. Ces caractères existent, que l’affection soit épide'mique ou spo¬
radique, et il est de la plus haute impoitance de les bien reconnaître,
si l’on veut appliquer le traitement avec le succès qu’on a droit d’en
attendre.
Le groupe névralgique se caractérise par les symptômes suivans :
invasion subite par une douleur tiès-vive à l’épigastre et à l’ombilic,
suivie de vomissemens, d’évacuations alvines involontaires, grisâtres,
non félidés ou peu fétides; point de lièvre, pouls petit, irrégulier;
point de sensibilité du ventre au toucher, chaleur de la peau souvent au-
dessus de l’état normal ; soif vive et langue humide ; grippement des
traits, souvent convulsion tétanique des mollets et des doigts des mains ;
intervalles constans, mais plus ou moins rapprochés entre les douleurs
abdominales; adynamie intense au début, augmentant rapidement,
mais alternant avec une agitation convulsive.
Chez douze malades présentant ces symptômes, et dont M. Ranque
rapporte 1’observation, le traitement suivant a eu les effets les plus
merveilleux :
Prenez emplâtre de ciguë, une once et demie.
Diachylum gommé, id.
Faites ramollir dans l’eau cette masse, ajoutez-y les poudres sui¬
vantes : poudre de thériaque (c’est-à-dire les substances pulvérulentes
qui entrent dans sa composition, les autres étant inutiles ), I once ;
Camphre en poudre. . un gros et demi
Soufre en poudre. ... un demi gros.
Faites du tout une masse bien mélangée; couvrez-cn une p au ou
une toile assez grande pour couvrir la totalité du ventre, depuis l’épi¬
gastre inclusivement jusqu’au pubis; saupoudrez ensuite avec le mé¬
lange suivant :
Tartre stibié.un gros et demi.
Camphre en poudre.un gros.
Fleur de soufre.un demi gros.
Appliquez cet épithème sur le ventre, et retenez le au milieu d’un
bandage de corps.
En même temps faites sur l’intérieur des cuisses, des jambes et sur
la partie lombaire du rachis, des friclions que vous renouvellerez six ou
huit fuis dans le jour, avec une cuillerée du Uniment suivant :
Prenez : eau de laurier-cerise.deux onces.
Éther sulfurique.une once.
Extrait de belladone.deux scrupules.
Ce traitement a opéré en peu de temps une amélioration notable ; les
vomissemens et les déjections alvincs ont été calmés, dans la plupart
des cas, au bout de si* à huit heures.
S’il était impossible de se procurer la masse emplastiquc, on pour¬
rait se servir de la poix étendue sur une toile, ou bien d’un cataplasme
de farine de graine de lin, saupoudrés de tartre stibié, de camphre et
de fleur de soufre. M. Ranque s’en est aussi servi avec avantage.
Dans le choléra névralgique, devenu adynamique , et qui est ca¬
ractérisé par un abattement extrême, sans mouvement tétanique, par
des gémissemens , des déjections involontaires et fétides , le raidissement
général du corps , l’enfoncement des yeux, dont l’aspect est pulvéru¬
lent , des syncopes fréquentes, il faut recouvrir tout le ventre avec l’é-
pithème fortement saupoudré, mais au lieu du liniment sédatif, il faut
employer pour les frictions le liniment suivant, qui est stimulant et to¬
nique :
Prenez. : Huile de camomille.2 parties.
Teinture éthéréc de kina jaune. ... 1 partie.
Il faut de plus donner par cuillerée d’heure en heure un mélange de
deux tiers de vin d’Alicante et d’un tiers d’eau d'orge.
Si la maladie prend un caractère rémittent ou intermittent, l’on
ajoutera un demi-gros de sulfate de quinine par deux onces de liniment,
et l’on en fera des frictions de demi-heure en demi-heure , sur la région
du cœur, l’intérieur des cuisses et des jambes, et sur la colonne épinière.
Dans le groupe névro-phlegmasique les vomissemens et les selles sont
très-nombreux ; mais le ventre est sensible au toucher, la peau chaude,
le pouls fréquent, la langue sèche; il y a de la soif et des coliques .
dans ce cas, il faut s’abstenir des épithèmes, des linimens sédatifs ou
toniques , des boissons aromatisées et vineuses; il faut commencer par
les demi-bains, les sangsues sur l’abdomen, les lavemens adoucissans,
les topiques mucilagineux , et si les phénomènes cholériques persistent
après la cessation des symptômes inflammatoires, on pourra en venir
alors à l’épithèmc non saupoudré d’abord, puis saupoudré si le premier
a été inefficace , et employer enfin le liniment sédatif.
Il est inutile de parler aux praticiens des nombreuses pustules qui
naissent sur le ventre par l’application del’épithème, à cause du tartre
stibié qui entre dans sa composition : ces pustules sont très-doulou¬
reuses d’abord, mais elles guérissent avec facilité vers le dixième ou
quinzième jour par les lotions mucilagineuses et le pansement avec
l’onguent rosat.
M. Ranque appelle l’expérimentation de ses confrères pour cette nou-
( H )
veilc méthode île trailcmcnt. Nous nous hâtons de la faiie connaître ,
afin que si quelqu’un de nos abonnés trouve dans le courant de l’été
l’occasion de l'employer, il nous instruise des résultats qu’il obtiendra.
« Dans les questionsde thérapeutique, comme le dit très -bien M. Ranquc,
les considérations théoriques ne sont, ne 'doivent être que secondaires ;
car elles sont quelquefois superflues et quelquefois même dangereuses.
Les faits seuls ont le droit.de se faire entendre : ce sont eux seuls qu’il
faut invoquer. » Miquel.
MOYEN DE RENDUE LA CINCHONINE FÉBRIFUGE.
Nous arrivons à une époque de l’année où un grand nombre de pays
sont en proie aux fièvres intermittentes. Ces maladies sévissent sur toute
la population , sans distinction d’âge ni de sexe. Avec le traitement or¬
dinaire et des soins hygiéniques plus ou moins prolongés , on les guérit
assez facilement, lorsqu’elles attaquent des hommes adultes; mais le
traitement destiné aux enfans et aux femmes délicates.échoue dans le
plus grand nombre des cas, à cause de l’impossibilité où l’on est de les
décider à prendre tout médicament amer, d’une odeur désagréable , et
qui laisse long-temps dans la bouche le souvenir de son passage.
En général, les malades dont nous parlons ont une répugnance in¬
surmontable pour les pilules. Comment donc arriver à masquer pour
eux la saveur du remède? Les tromper, le leur donner par surprise?
on le peut une fois, mais ensuite ?... 11 n’est malheureusement que trop
vrai qu’ils préféreront dès lors voir leur état empirer que de surmonter
leur dégoût. Que d’enfans surtout on voit tomber dans le marasme et la
cachexie, à la suite des fièvres intermittentes , que l’on n’a pu guérir
faute de pouvoir obtenir d’eux l’ingestion du médicament! Il est donc,
très-utile aux praticiens de savoir que la cinclionine, qui est presque
entièrement sans goût, peut se combiner dans l’estomac sans aucun in¬
convénient , avec de l’acide sulfurique suffisamment étendu d’eau pour
ne former qu’une limonade faible et agréable, et y former du sulfate de
cinclionine qui, obtenu de cette manière, jouit à un haut degré des
vertus fébrifuges.
M. Callond , chimiste distingué, qui s’est beaucoup occupé de la
fabrication du sulfate de quinine , ayant mis sur la langue quelques
parcelles de cinchonine , qu’il savait être insipide , conçut l’idée de la
saturer sur place avec un peu d’eau acidulée avec l’acide sulfurique .
la combinaison de ces deux substances produisit instantanément un sen¬
timent d’amertume aussi prononcé que si l’on eût placé sur la langue
une forte dissolution de sulfate de quinine. Il croit pouvoir tirer de ce
( 15 )
fait l'induction que la combinaison entre la cinchoninc pure et l’acide
sulfurique étendu d’eau pouvait se former aussi vite dans l’estomac
que sur la langue. Il se demanda si l’on ne pourrait point profiter de cet
avantage pour donner aux enfans et aux personnes délicates un remède
fébrifuge qui, étant sans goût, fût exempt des inconvéniens que nous
avons signalés , et si cette saturation serait suffisante pour remplacer le
sulfate de quinine , et produire le même résultat. M. le docteur Carron
de Yillards a essayé d’appliquer à la pratique les idées de M. Callond ,
et l’expérience est venue confirmer la théorie. Ce nouveau fébrifuge a
été expérimenté en plusieurs circonstances et en divers pays , en Bresse
surtout, où les fièvres intermittentes sont endémiques : il a, dans la
presque totalité des cas, montré les mêmes propriétés fébrifuges que le
■sulfate de quinine. Nous allons citer quelques-uns des faits nombreux
que nous possédons, pour établir son efficacité.
Cbatel ( Jean ), âgé de six ans , habitant un pays marécageux , était
c n proie , depuis plus de six semaines , à une fièvre intermittente tierce,
contre laquelle on avait inutilement employé le sulfate de quinine en
laveraens, car le petit malade se refusait opiniâtrement à le prendre
autrement. On administra la cinchonine ; après en avoir mis 4 grains
dans une cuillerée de sirop d’orgeat, que le malade aimait beaucoup ,
et les lui avoir fait avaler sans qu’il s’en doutât, on fit rincer la bouche
de l’enfant, afin qu’il ne restât aucune parcelle du médicament ; cette
précaution prise, on lui donna à boire un demi-verre d’eau sucrée
suffisamment acidulée avec l’eau de Rabel. Cette médication fut réitérée
trois fois dans l’intervalle de vingt heures ; cela suffit pour diminuer
tellement l’accès suivant, qu’on eut la conviction intime qu’une nouvelle
prescription semblable suffirait pour terminer entièrement le cours de
la maladie. Tout arriva ainsi qu’on l’avait prévu ; on eut néanmoins la
précaution de faire prendre au petit malade, pendant quelques jours ,
des doses très-légères du fébrifuge, afin de consolider la guérison.
Henriette Messonnier, âgée de quatre ans, de Polliat (Bresse), pays
couvert d’étangs et de marais, avait, depuis plusieurs semaines, des
accès de fièvre intermittente dont elle avait eu déjà beaucoup de peine
à être débarrassée l’année précédente, à cause des difficultés qu’elle
faisait pour prendre le médicament ; on eut alors recours à la cinchonine
unie au miel, à la même dose de 4 grains. La bouche étant nettoyée,
la malade hut un verre d’eau acidulée avec quelques gouttes d’eau de
Rabel, et tout se passa comme dans l’observation précédente; le fébri¬
fuge fut continué quelques jours après la cessation des accès , pour en
prévenir le retour.
François Jacmet, âgé de quatre ans et demi, demeurant à Vaca-
gnolles ( Bresse ), n’avait encore eu que cinq accès de fièvre intermit-
tcn’e tierce, lorsqu’on le mit à l’usage de la cinchonine, donnée à la
meme dose et avec les mêmes précautions que dans les observations
précédentes : elle eut un égal succès. La fièvre étant récente , on ne crut
point devoir continuer le médicament après sa disparition : il n’y eut
pas de rechute.
Nous pourrions au besoin citer une foule de faits analogues ; mais il
est inutile d’insister sur des phénomènes que chacun peut essayer de
produire. Ce moyen ne tardera point, nous l’espérons, à être sanctionné
par l’expérience des autres , comme il l’a été par la nôtre. Nous appren¬
drons avec plaisir que ce mode de traitement a obtenu de nouveaux et
heureux résultats. G.
DU TAUTRE STIB1É A HAUTE DOSE DANS LES CAS DE RÉSORPTION
PURULENTE , A LA SUITE DES GRANDES OPÉRATIONS CHIRUR¬
GICALES.
Depuis que Laënnec et l’école Rasorienne ont fait ressortir l’effica¬
cité de l’émétique à haute dose, d’abord contre l'inflammation des
poumons, puis dans le rhumatisme articulaire, cette médication éner¬
gique est devenue l’objet de tentatives nombreuses, suivies de résultats
variables , dans certaines affections envisagées comme rebelles à toutes
les ressources de l’art. Parmi ces affections meurtrières, il faut placer
au premier rang la phlébite utérique, dont l’émétique a paru triompher
dans certains cas, rares il est vrai, mais dignes cependant de fixer l'at¬
tention , eu égard au caractère inexorable de ce fléau des nouvelles ac¬
couchées.
De l’emploi de l’émétique dans ce cas à son application aux sym¬
ptômes graves qui suivent les grandes lésions traumatiques, il n’y avait,
pour ainsi dire, qu’un pas, si l’on envisage l’analogie qui les unit, soit
qu’on veuille considérer ces lésions comme un résultat de la phlébite,
soit qu’on adopte la théorie régénérée de la résorption purulente.
Les premiers essais de ce genre paraissent appartenir à M. Sanson
chirurgien à l’Hôtel-Dieu de Paris.
Il arrive trop souvent à la suite des grandes opérations, sans qu’on
puisse en accuser soit un écart de régime, soit toute autre cause pal¬
pable , que la plaie prend tout à coup une marche défavorable ; sa sur¬
face offre un aspect blafard, la suppuration devient sanicuse, diminue
ou se tarit complètement ; tandis que le malade présente des symptômes
adynamiques et ataxiques, tels que frissons irréguliers, fréquence
du pouls, sécheresse de la langue, délire nocturne, aspect jaunâtre
( 17 }
ou terreux de la peau : phénomènes précurseurs d’une mort presque
inévitable. À l’autopsie, certains parenchymes, tels que les poumons ,
le foie, la rate et la substance même du cœur présentent, surtout à la
périphérie, de petites collections purulentes, de consistance variable,
ordinairement granuleuses, qu’on a longtemps confondues avec les tu¬
bercules.
Vainement on oppose à cette complication funeste l’arsenal de la thé¬
rapeutique la plus énergique et la plus variée : les antiphlogistiques,
les cxcitans, les chlorures, les mercuriaux , les sudorifiques récemment
préconisés ; tous ces moyens échouent le plus souvent, et parfois agra-
vent l’état du malade. L’émétique à haute dose paraît néanmoins avoir
opéré, dans certains cas désespérés, des effets qui ont dépassé toute espé¬
rance : tels sont ceux dont nous allons offrir l’esquisse.
Un peintre en bâtiment eut, pendant les journées de juillet, le genou
fracassé par une balle : pendant huit jours il refusa de se soumettre à
l’amputation, qui fut enfin pratiquée le 3 août. La réunion immédiate
paraissait devoir être suivie du succès, lorsque, le 19, se manifestèrent
les accidens de résoiption puridente que nous avons mentionnés. Après
huit jours du traitement antiphlogistique, la mort paraissant immi¬
nente , M. Sausôn crut pouvoir hasarder la potion suivante :
Pr. : Émétique. douze grains.
Infusion dé feuilles d’oranger. . . huit onces.
Sirop diacode. une once.
Le malade en prit une cuillerée toutes les deux heures. Trois doses
déterminèrent des selles copieuses et quelques nausées : les frissons
disparurent ; la face se colora, mais des hoquets très-forts étant sur¬
venus , on fut obligé vers le soir de suspendre la potion : on la reprit
le lendemain, et elle fut continuée jusqu’au soir, où les nausées obli¬
gèrent à la suspendre. Cependant l’amélioration était manifeste, et l’on
pouvait espérer une terminaison favorable de la maladie , lorsque de
nouveaux frissons obligèrent à reprendre la potion, qui fut encore celte
fois administrée avec un avantage notable ; néanmoins la médication
avait été trop tardive : elle ne put vaincre entièrement l’atteinte profonde
apportée à l’économie, et le sujet succomba le 10 septembre. On espéra
des lors un succès plus complet en administrant le remède dès Vappa¬
rition des premiers accidens : c’est ce qui fut fait dans les observations
suivantes.
Un calculeux est soumis à quelques tentatives de lithotritie, suivies
du développement d’une cystite, que l’on combat au moyen déplus de
deux cents sangsues. Aux accidens locaux succèdent des frissons irré-
( «8 )
guliers, et tous les symptômes «l’un commencement de résorption puru¬
lente : potion de six grains de tartre stibié dans trois onces de véhi¬
cule , dont il ne prend que le tiers ; le lendemain la potion entière est.
tolérée, le septième jour la dose est portée à douze grains, qui déter¬
minent des coliques et de la diarrhée; tous les accidcns, depuis ce jour,
disparurent successivement, et le malade sortit guéri.
Un amputé de l’avant-bras est pris, le second jour, de frissons irré¬
guliers : potion èmélisée portée à douze grains : le troisième jour dis¬
parition des accidcns ; à la levée du premier appareil, la réunion immé¬
diate était presque entièrement effectuée.
Dans un cas de phlébite, suite d’une saignée du bras, une potion de
huit grains , administrée pendant deux jours, a dissipé les accidcns lo¬
caux et généraux.
Dans la majorité des cas, la tolérance s’établit d'emblée.
De tels succès obtenus sous nos yeux, dans une assez courte période
de temps, méritent de fixer l’attention des praticiens ; mais tout en nous
félicitant de pareils résultats, n’oublions pas que l’efficacité du médica¬
ment dépend, dans la plupart des cas, de la prudence et de l’habileté
qui président à son administration. Ft.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
UN MOT SUR LE PLAN QUI SEIIA SUIVI DANS LES ARTICLES DE
CHIRURGIE.
La partie de ce journal qui portera ce titre se composera de deux
sortes d’articles. Les uns traiteront des généralités relatives à la théra¬
peutique des maladies chirurgicales, les autres auront pour objet l’ex¬
posé des faits particuliers de chirurgie clinique, avec tous les dévelop
pemens propres à en faire apprécier l’utilité pratique. Avant d’entrer
en matière, nous désirons entretenir un instant nos lecteurs de l’esprit
dans lequel nous nous proposons de traiter ce sujet, tout disposés à ac¬
cueillir , avec empressement et reconnaissance , leurs conseils, s’ils ju¬
gent que notre feuille ne saurait répondre ainsi, d’une manière satis¬
faisante, aux exigences de la pratique.
Un tableau journalier du mouvement de la science, offert dans un
cadre étroit, mais qui permettrait de considérer les points les plus sail-
lans des objets, ne peut que présenter un très-grand intérêt à la plura¬
lité des praticiens : aussi avons-nous l’intention de passer successivement
en revue les différens sujets de thérapeutique chirurgicale que nous
:< i9 )
croirons le plus dignes de fixer leur attention, dans le double but de
constater les progrès de l’art de guérir et de rendre son exercice plus
utile à l’humanité, en répandant parmi les médecins des localités les
plus reculées la connaissance des améliorations apportées dans le trai¬
tement des maladies.
Nous n’oublierons jamais que nous n’écrivons pas pour les hommes
qui s’occupent spécialement de cette haute ou ambitieuse chirurgie qui
lie les iliaques primitives eu l’aorte, qui extirpe les parotides , enlève
la mâchoire inférieure ou excise l’utérus et les ovaires ; mais que nous
nous adressons à la classe plus nombreuse et non moins utile de ceux
qui exercent la petite chirurgie, trop dédaignée des médecins qui ne
savent pas la faire, et cette chirurgie courante ( qu’on nous passe l’ex¬
pression ) qui, pour n’être pas pratiquée sur un grand théâtre, n’en est
pas moins appelée à réduire les luxations, maintenir les fractures , ar¬
rêter les hémorrhagies, réunir les plaies, etc., et conduire au milieu
de nos parties l’instrument tranchant, pour en séparer tout ce qui pour¬
rait nuire à leur harmonie et compromettre la santé ou l’existence.
Nous ne craindrons donc pas d’aborder et de traiter avec détails les
sujets qui paraissent futiles au premier coup d’œil, mais dont l’impor¬
tance est bien sentie par le médecin dont le zèle s’étend à tout ce qui
peut intéresser ses malades, 'et surtout par ces derniers qui souvent
paient de leur sauté ou de leur bien-être l’inobservation de certaines
précautions que beaucoup de praticiens ignorent ou dédaignent. Croit-
on , par exemple, qu’il serait inutile de rappeler de temps en temps
à ceux-ci qu’une application de sangsues peut être suivie, chez l’adulte
comme chez l’enfant, d’une hémorrhagie mortelle en peu d'heures;
qu’ils doivent connaître , non-seulement quelques-uns des moyens gé¬
néralement employés pour arrêter l’écoulement du sang, mais tous sans
exception, depuis la poudre hémostatique de M. Bonnafous, jusqu’à
la cautérisation avec le fer incandescent ; soit paroc qu’il n’aura pas les
uns à sa disposition, soit parce que les autres auront été inefficaces ? Et
ce que nous disons ici des sangsues peut s’appliquer, en partie, à une
foule de moyens secondaires vulgairement mis en usage. Mais si nous
nous étendons sur ce point de la thérapeutique chirurgicale, nous n’en
négligerons pas pour cela les parties plus importantes ; cependant nous
élaguerons toutes les questions qui ne se rattacheront pas essentiellement
à la pratique.
Ayant pour but unique d’éclairer des confrères et non de critiquer
des rivaux, nous nous en tiendrons, autant que possible, au positif de
l’art; nos colonnes ne seront point, comme celles d’autres journaux,
une arène où viennent s’engager des polémiques scandaleuses nées de la
2 .
( 20 )
jalousie du métier et que l’orgueil blessé entretient et envenime. L'in¬
térêt de la science et non l'intérêt des personnes , voilà notre mobile.
Tavernieb.
TORSION DES ARTÈRES DANS LES HÉMORRHAGIES.
Nous sommes étonnés que nos grands chirurgiens ne se soient pas
prononcés d’une manière définitive sur la torsion des artères. Cependant
cette méthode, qui n’est pas sans quelque importance, est généralement
employée dans plusieurs hôpitaux d’Allemagne. Ponrquoi donc n’avons-
nous pas encore sur ce sujet l’opinion de MM. Dupuytren, Roux et
Delpech? Pourquoi ces habiles opérateurs ne nous apprennent-ils pas,
apres l’avoir expérimenté d’une manière convenable, si ce moyen hé¬
mostatique est préférable à la ligature, dans quel cas il faudrait lui
donner la préférence, et si ccs avantages sont assez grands pour qu’il
entre désormais dans le domaine de la médecine opératoire ?
Quel est l’inventeur de ce moyen nouveau, dont la thérapeutique
chirurgicale s’est enrichie? Noüs ne saurions le dire ; malgré la récom¬
pense que l’Académie des Sciences vient de décerner à M. Amussat, pour
scs travaux sur la torsion, la question de priorité se débat toujours entre
lui et MM. Velpeau et Thierry; peut-être même celui de ces chirur¬
giens qui en a eu la première idée T a-t-il prise dans Gallien ( de Loc.
aff., lib. 1 , cap. 1. ), ou bien dans l’Histoire de la Chirurgie de
Peyrilhe, tom. II, pag. 658 : nous y renvoyons nos lecteurs. Quoi
qu’il en soit, disons en quoi consiste la torsion, comment elle s’opère, et
quels sont ses avantages.
La torsion a été inventée pour remplacer la ligature. Dans les cas
d’amputation, dans les ablations du sein, dans les extirpations de tu¬
meur , au lieu de saisir les vaisseaux qui donnent du sang et d’en serrer
l'extrémité avec un fil, de les lier, en un mot, on a imaginé de tordre
les e xtrémités béantes des artères ou des veines, et d’en déterminer ainsi
l’oblitération. Voici quel est le procédé le plus simple qu’on emploie
pour y parvenir.
Avec une pince qu’un coulant vient fixer, l'on saisit de la main droite
l’extrémité du vaisseau que l’on tire à soi légèrement ; après l’avoir
’solé des tissus environnans , on le prend en travers, auj niveau de la
plaie, avec des pinces à branches arrondies; et pendant qu’on le fixe de
cette manière avec la main gauche, l’on tord le vaisseau dans le sens de
sonaxe, avec la droite, trois, six ou huit fois, suivant son calibre.
Par ce mécanisme, les membranes interne et moyenne sont rompues et
( 21 )
se roulent en m ontant dans le vaisseau, en formant une espèce de culot
<jui s’oppose au cours du sang, ta résistance est aussi augmentée par
le tortillon que forme extérieurement la membrane celluleuse ; lorsque
la torsion est portée jusqu’à la rupture du vaisseau, cette membrane
présente une spirale très-serrée de plusieurs lignes de longueur. Nous
avons suivi, il y a deux ans, les expériences faites sur les chiens et les
chevaux ; nous avons toujours vu l’oblitération la plus complète du vais¬
seau suivre immédiatement-l’opération. Plusieurs fois nous avons tenté
de rompre la résistance en poussant de l’eau avec une forte seringue sur
l’extre'mité de l’artère ou de la veine tortillée, et sans y réussir.
La torsion a subi quelques modifications : les principales sont celles
que conseillent MM. Schrader et Thierry.
M. Schrader croit avoir constaté qu’il n’est point nécessaire de presser
horizontalement le vaisseau au niveau de la plaie, pour que les effets de
la torsion s’arrêtent là; suivant lui, cette précaution est inutile, ils ne
s’étendent jamais plus haut que la surface de la plaie. M. Thierry donne
un procède' ingénieux, de faire la torsion dans les cas d’anévrisme, lors¬
qu’il faut oblitérer l’artère loin du lieu de la lésion, comme ce serait
si, pour guérir un anévrisme de la poplitée, l’on avait à agir sur l’ar¬
tère fémorale. Il consiste, après avoir découvert et isolé le vaisseau, à
passer au-dessous de lui un crochet ou une aiguille à ligature, et à le
tordre en faisant agir l’instrument à la manière du bâtonnet d’un garrot.
Dans ce genre de torsion, il faut éviter la rupture de toutes les mem¬
branes.
La torsion vaut-elle mieux que la ligature dans quelques cas, et
quels sont ceux où elle doit lui être préférée ? Les faits ne sont pas assez
nombreux pour qu’on puisse répondre encore à cette question. Assu¬
rément la torsion aurait de grands avantages sur la ligature si, comme
on le dit, elle rend la réunion immédiate plus prompte et plus sûre ;
mais ce n’est pas encore complètement prouve. M. Schrader, dans une
dissertation inaugurale soutenue, à Berlin, sur la torsion des artères,
rapporte sept cas d’amputations avec torsions, recueillis à l’hôpital de
Hambourg, où ce mode opératoire est universellement suivi, et un seul
des amputés a joui d’une manière positive des bénéfices delà réunion
par première intention. Dans la 1 re observation, hémorrhagie; dans la2 e ,
nécrose du tibia ; dans la 5 e , hémorrhagie, gangrène, mort ; dans la 4 e ,
mort; dans la 5 e , nécrose du tibia; dans la 6 e , cicatrisation à la troi¬
sième semaine; dans la 7 e , mort. Nous ne voulons pas par là faire le
procès de la torsion ; nous savons que la réunion parfaitement immé¬
diate est presque impossible dans les amputations, que les fils des
ligatures soient ou non dans la plaie. Nous citons ces faits parce que
( 22 )
nous devons apprécier la torsion avec conscience; si plus tard des suc¬
cès plus marquans venaient à avoir lieu , nous les ferons connaître à nos
lecteurs.
Tout nous fait présumer que les seuls cas où la torsion sera préférée
à la ligature seront ceux où on ne peut point laisser de corps étranger
dans la plaie sans augmenter de beaucoup le danger de l’opération,
comme, par exemple, le cas de hernie; après avoir excisé l’e'piploon, la
torsion des artères permettrait de l’abandonner dans l’abdomen, sans
ligature, ce qui, dans ce cas, serait un véritable bonheur. N’aurait-
elle que ce seul avantage, la torsion serait encore une acquisition pré¬
cieuse de la thérapeutique chirurgicale. M.
SANGSUES APPLIQUÉES SUR LA CONJONCTIVE PALPÉBRALE, DANS
LES CAS d’oPIITHALMIE AIGUE ET CHRONIQUE. 1
Lorsque, dans l’ophthalmie aiguë, les symptômes inflammatoires affec-
tcnûune certaine intensité, il est généralement obligatoire de recourir
à l’application des sangsues au tempes, aux apophyses mastoïdes , sur le
trajet des jugulaires, et plus directement encore autour de la paupière
inférieure. Il arrive cependant assez souvent qu’au lieu d’obtenir l’effet
désiré, l’on détermine un surcroît de fluxion sanguine.
M. Sanson , chirurgien à l’Hôtel-Dieu, paraît avoir heureusement
modifié ce moyen thérapeutique en appliquant les sangsues immédiate¬
ment sur la conjonctive qui tapisse intérieurement la paupière inférieure.
Il semblerait, au premier aspect, que les piqûres de ces animaux sur
une surface sensible ctphlogosée devraient entraîner de graves inconvé-
niens, tels que la douleur, le gonflement, et, par suite, la gêne dans
les mouvemens du voile mobile ; mais l’expérience a démontré l’exagé¬
ration d’une telle appréhension. Il suffit d’un peu de patience et d’habi¬
tude pour pratiquer convenablement cette opération.
Après avoir fait choix de sangsues peu volumineuses, disposées à bien
prendre et mollement roulées dans un linge sec, on ahstergela surface
de l’œil et les paupières au moyen d’une douce ablution. L’index et le
médius de la main gauche, appliques au-dessous des deux angles de la
paupière inférieure, exercent une pression suffisante pour en opérer le
renversement et découvrir une étendue de conjonctive susceptible de
donner place à six ou huit de ces animaux , dont quatre ou cinq pro¬
curent ordinairement une déplétion suffisante. Il est inutile de dire
qu’elles doivent être placées l’une après l’autre, mais il n’est pas indif¬
férent de faire observer la nécessité d’éviter le voisinage du bord libre
{ 23 )
de la paupière et des points lacrymaux. Quelquefois les sangsues ont de
la peine à mordre, et se portent sur le globe oculaire , après s’être fixées
un instant sur la muqueuse palpébrale; il convient alors de les changer,
pour y revenir, s’il en est besoin.
Une fois prises, elles exercent une succion active, mais elles restent
peu de temps adhérentes, et tombent spontanément au bout de huit ou
dix minutes. Après leur chute, il suffit d’étuver quelques instans les
petites plaies qui toujours saignent abondamment. Cet écoulement pro¬
cure un dégorgement très-marqué.
Quelquefois les piqûres sont légèrement douloureuses dans le cours de
la journée , et peuvent devenir le siège d’une certaine tuméfaction : ces
accidens sont de peu de durée et ne sont pas suivis de cette inflamma¬
tion prurigineuse si fréquente à la peau , et qui, sur la conjonctive, en¬
traînerait de fâcheux inconvéniens. Au bout de deux jours, il ne reste-
plus qu’un petit caillot noirâtre occupant la plaie, et dont la chute ne
laisse aucune trace de ces cicatrices triangulaires, blanches, qui stigma¬
tisent la peau d’une manière presque indélébile.
Sur la quantité d’observations favorables à cette méthode, nous ne
mentionnerons aujourd’hui que deux faits qui constatent son efficacité.
Un homme affecté d’ophthalmic double , avec ulcérations des cornées,
entra, en mars dernier, dans le service de M. Sanson. Les conjonctives
présentaient une rougeur intense et un boursouflement considérable.
Plusieurs saignées générales n'ayant produit aucune amélioration sensi¬
ble, huit sangsues furent appliquées à la face interne des deux paupières
inférieures ; et, dès le lendemain, la rougeur, le gonflement et la dou¬
leur avaient notablement diminué d’intensité ; l’amélioration continua
les jours suivans ; mais les ulcérations de la cornée ne disparurent un
peu plus lard que pour reparaître ensuite avec un nouveau boursoufle¬
ment des conjonctives. L’application du même moyen procura les mêmes
résultats favorables, et le malade, au commencement de juin , était en
voie de guérison parfaite.
Un jeune homme affecté d’iritis, avec rougeur intense delà conjonc¬
tive de l’œil droit, accompagnée d’une vive douleur, se présenta vers la
même époque. Une saignée générale et des pédiluves dépuratifs n'empê¬
chèrent pas qu’un abcès se formât à la surface de l’iris, en même temps
que le boursouflement de la conjonctive devint plus considérable. Deux
applications de sangsues à la face interne des paupières inférieures pro¬
curèrent un prompt dégorgement ; à la fin de mai le malade sortit par¬
faitement guéri.
( 24 )
VACCINE.
QUALITÉS d’uH BON VACCIN (1).
Si on pique un bouton de vaccine déjà formé, sans être trop avancé,
c’est-à-dire entre le sixième et le neuvième jour, on voit paraître un
(t ) Nous avons considéré la vaccine comme appartenant à la thérapeutique,
et nous avons désiré que les principales questions qui s’y rattachent fussent trai¬
tées à fond dans ce journal, par quelqu’un aux paroles duquel on pût avoir une
entière confiance. M. Bousquet, secrétaire du conseil de l’Académie de médecine,
a bien voulu se charger de ce travail. L’ordre qu’il suivra dans scs articles est
indiqué dans la lettre suivante :
« Monsieur et très-cher confrère,
» En m’adressant le prospectus de votre Bulletin de thérapeutique, vous me
faites l'honneur de me demander quelques articles sur la vaccine. Vous avez la
bonté de croise que, chargé depuis plus de sic ans de vaccinations gratuites à
l’Académie royale de médecine, j’ai dû recueillir sur cc sujet des observations
dignes de figurer dans votre journal.
» II est vrai que, depuis quelque temps surtout, mes idées ont changé de di¬
rection : j’ai fait par devoir ce que certainement je n’aurais pas fait par goût.
C'est l'histoire de la plupart des hommes; on n’est pas toujours le maitre de
eh lisir l’objet de ses études, on le reçoit des circonstances. Mais, monsieur, ne
craignez-vous pas que la vaccine ne soit déjà considérée comme une vieillerie
médicale? C'est un sujet bien rebattu, bien usé; et quoique, en y regardant
attentivement, j’aie quelquefois été surpris de l’étendue qu'il prend à la réflexion,
je ne sais s’il intéressera bien vivement vos abonnés.
» Il est du moins dans l’esprit de votre journal. Tout en effet dans la vaccine
appartient à la thérapeutique. C’est un moyen comme un autre, dont l’art s’est
emparé, et qui serait aussi bien placé dans nos matières médicales que dans le9
traités de pathologie.
» Au reste, monsieur, j’ai plus de confiance dans votre jugement que dans le
mien. Je ne vous aurais jamais offert cc que vous me demandez, mais je ne sais
pas vous refuser.
» Je vous offre aujourd'hui un article sur les qualités d'un bon vaccin. J’exa¬
minerai plus tard, si vous le permettez, ce qu’ii faut penser de la varioloïde ; si
le virus vaccin a dégénéré ; s'il est nécessaire de vacciner plusieurs fois la
même personne; si la vaccine, qui marelle à côté de la variole, a quelque
influence sur elle; s'il est bon de conserver l’intégrité des boutons pour assurer
la vertu préservative de la vaccine; s’il y a quelque rapport entre fêtai des
boutons et l’effet préservatif, etc., etc.
Voilà, cc me semble, des questions qui ne sont pas dénuées d’intérêt; il en
est d’autres que j’omets; je les réserve pour un autre temps, si celles que je vous
propose sont traitées de manière à obtenir le suffrage de vos lecteurs et le vètre.
» J’ai l'honneur d’étre, etc. BorfQfET.
( 25 )
liquide clair, limpide , diaphane, qui s’amasse peu à peu à sa surface
en gouttelettes arrondies et brillantes comme une espèce de rosée : c’est
le fluide ou le virus vaccin. Quelquefois cependant il m’a paru légère¬
ment coloré en jaune, et je puis affirmer que cette teinte, que j’ai ren¬
contrée surtout chez les enfans qui viennent de naître, ne lui ôte rien
de ses propriétés.
Je note , sans m’y arrêter, la lenteur avec laquelle le vaccin sort de
ses alvéoles : cela tient à sa consistance et surtout à la disposition inté¬
rieure des boutons , qui, divisés en plusieurs loges, ne lui permet pas
de se faire jour tout à coup.
Le vaccin le plus clair, le plus limpide, est toujours un peu vis¬
queux comme une goutte d’un sirop léger : il file entre les doigts, se
mêle difficilement au sang, adhère à la lancette, s’épaissit et se dessè¬
che promptement à l’air sous la .forme d’un enduit gommeux ; étendu
sur un linge ou sur un fil, il le raidit à peu près comme ferait un li¬
quide légèrement chargé d’empois , et s’en détache ensuite en écailles
d'un aspect vitré ; enfin il n’a point d’odeur , mais au goût il est âcre
et salé.
La chimie ne nous a donné que des notions très-peu satisfaisantes
sur sa composition ; elle n’y a trouvé que de l’eau et de l’albu¬
mine : il est certain pourtant qu’il y a quelque chose de plus subtil qui
lui échappe, et il faut bien croire que ce qu’elle ne peut sadsirest au¬
trement important que ce qu’elle a découvert, puisque là réside le se¬
cret de toutes ses propriétés. C’est un des nombreux exemples en mé¬
decine où l’esprit l’emporte et doit l’emporter sur les sens , malgré les
prétentions de cette triste et stérile philosophie qui ne veut croire que
ce qu’elle voit.
Telles sont les qualités physiques d’un bon vaccin, et tel est ordi¬
nairement le vaccin, depuis l’apparition du bouton jusqu’au huitième
ou neuvième jour , à compter de la date de l’insertion. C’est aussi dans
cet intervalle qu’il possède toute la plénitude de ses propriétés. Mais
chaque virus a son degré d’énergie, et quelque grande que soit celle de
la vaccine, elle est bien loin de celle de la variole.
Du moins le conlagium vaccinal n’empoisonne pas l’air, il ne se ré¬
pand pas dans l’atmosphère; il ne menace, il n’atteint que ceux qui le
veulent bien, et, pour le vouloir , il faut souffrir qu’on le dépose sous
l'épiderme à la faveur d’une petite opération dont nous parlerons en
son lieu.
Le virus vaccin, disons-nous, jouit de toute son énergie dès qu’il
existe, et il la conserve jusqu’au huitième ou neuvième jour, après
quoi elle décroît sensiblement. Au premier al>ord, il semblera peut-être
( 26 -)
extraordinaire qu’il n'y ait pas une progression ascendante comine il y
a une progression descendante , et que le vaccin parvienne de suite à
l’époque de sa maturité ; cependant rien n'est plus vrai.
Dans la vue de savoir jusqu’à quel point il était possible de provenir
l’infection vaccinale, comme on dit qu’on prévient l'infection vénérienne
en cautérisant un chancre , j’ai détruit avec la lancette et la pierre in¬
fernale les boutons dès qu’ils commençaient à poindre ; mais avant d'o¬
pérer celte destruction je piquais d’autres enfans avec cette même lan¬
cette pour utiliser doublement mon expérience. Le résultat n’a jamais
été douteux ; j’ai toujours développe la vaccine avec un vaccin de qua¬
tre à cinq jours.
Depuis lors, je m’inquiète assez peu de l’âge du vaccin, pourvu qu'il
soit jeune. Autrefois je n’aurais pas voulu qu’il eût moins de sept jours;
à présent il m’est indifférent qu’il en ait quatre , cinq, six ou sept. Je
vaccine très régulièrement deux fois par semaine, le mardi et le sa¬
medi. Les enfans sont tenus de revenir la semaine suivante à pareil
jour : s’ils y manquent, ce qui n’est que trop commun ; si, par exem¬
ple , les vaccinés du mardi ne se représentent pas le mardi suivant, je
prends sms hésiter mon vaccin sur les vaccinés du samedi précédent,
et pour si peu que les boutons soient appareils , l’opération ne man¬
que pas.
Il n’y a à cela qu’un inconvénient, c’est que les boutons naissans ren¬
ferment naturellement très-peu de vaccin : cet inconvénient est le'gcr
quand on a peu de vaccinations à pratiquer ; il est plus sensible quand
on en a beaucoup. Je suis de ces derniers. Il est si difficile d’obtenir
des pareils qu’ils ramènent leurs enfans, que j’aurais plus d’une fois
manqué de vaccin si je ne me fusse avisé d’un expédient aussi simple
qu’il est efficace. Il consiste à allonger le vaccin avec de l’eau. J’ouvre
les boutons dont je puis disposer, et quand ils paraissent épuisés, ou
meme avant d’attendre jusque là, je plonge la pointe de la lancette dans
un verre d’eau fraîche , et puis je la reporte ainsi mouillée sur les bou¬
tons ; l’eau se mêle à ce qui reste de virus, et j’inocule ce mélange avec
la même sécurité que le vaccin le plus pur.
En revanche, quand le vaccin est jeune, je le crois très-actif, et plus
actif que s’il était plus avance; car, l ien qu’il réussisse très-généralement
tant qu’il n’a pas dépassé une certaine époque, il n’est pas probable
cependant qu’il conserve toute son énergie jusqu’au dernier moment :
par la seule raison que cette énergie s'éteint vers le neuvième jour, il
est à croire qu’elle s’affaiblit avant de se perdre.
Au reste il est fort superflu de raisonner pour appuyer des faits con¬
sacrés par l'expérience. Tous les vaccinateurs savent que le vaccin me-
( 27 )
rite d'autant plus de confiance qu’il est plus jeune ; seulement il est
bon detre prévenu qu’on lie peut pas toujours juger de son âge d’après
la date de l’opération ; il est plus sûr, pour des yeux exercés , de con¬
sulter le développement du bouton , puisqu'il peut se faire que , par
l’effet de la température ou d’autres causes, tel bouton soit plus avancé
au septième ou huitième jour que tel autre au neuvième ou dixième ;
toutefois ce sont là des exceptions , et des exceptions heureusement fort
D’autre part, il est d’observation que moins il y a de vaccin dans
un bouton, plus ce vaccin est sûr. Et comme en général les boutons les
plus lents à se développer sont ceux qui donnent le moins de vaccin , il
s’ensuit que les deux conditions d’un bon vaccin, d’être jeune et rare,
rentrent en grande partie l’une dans l’autre , et vont presque toujours
ensemble.
Je crois avoir observé aussi quel’àge du sujet n’est pas sans influence
sur les propriétés du vaccin. Par exemple, il m’a semblé que le vaccin
fourni par les enfans les plus jeunes, les enfans de quelques jours ,
comme ceux qui nous .viennent de l'hospice de la Maternité, est aussi
d’un effet plus certain. A la vérité, les boutons marchent un peu plus
lentement à cet âge qu’à un autre ; en sorte qu’il est très-possible que
cet excès d'énergie ne tienne lui-même qu'à la lenteur des pustules ;
c’est-à-dire à la jeunesse, c’est-à-dire à la rareté du vaccin.
Vous voyez la conclusion pratique. Si la vaccine la plus jeune, si le
vaccin le moins abondant, et finalement si le vaccin des enfans qui vien¬
nent de naître, est celui qui présente le plus de chances de succès, c’cst
celui-là qu’il faudra choisir pour vacciner les sujets que leur âge rend
naturellement plus rebelles à la contagion, et surtout ceux qu’on a déjà
vaccinés inutilement une ou plusieurs fois.
Jenner a dit que le virus vaccin conservait sa limpidité jusqu’au der¬
nier moment, à la différence du virus varioleux , qui devenait bientôt
purulent ; c’cst là une grave erreur. A mesure que le bouton vaccin se
flétrit, le fluide qu’il contient se détériore, s’altère, se corrompt ;
dair et limpide jusqu’au huitième ou neuvième jour, il se trouble et
s’épaissit en vieillissant ; il devient jaune, purulent, et, soit que celte
couleur lui vienne des changemens qui se passent dans sa composition ,
soit plutôt qu’il la reçoive du pus qui se mêle à lui par les progrès na¬
turels de l’inflammation, il est certain qu’elle est le signal le plus sûr
de sa dégénérescence et du déclin de ses propriétés.
Bousquet.
( 28 )
ACCOUCHEMENT.
IL FAUT PERCER LE PLACENTA QUAND IL EST IMPLANTÉ SUR
LE COL.
L’époque où nous vivons n’est plus celle de Deventer, où l’on élait
taxé de paradoxe en professant que le placenta peut s’implanter sur
l’orifice de la matrice : on sait maintenant que cet organe , s’accolant en
tout point de la circonférence interne de l'utérus,. peut également adhé¬
rer sur l'orifice de cet organe. Les anciens n’ignoraient cependant pas
cette circonstance ; mais ils pensaient que toutes les fois qu’elle a lieu
elle reconnaissait pour cause la séparation du placenta, qui, par son
propre poids, étant tombé à la partie la plus déclive de l’organe, allait
contracter de nouvelles adhérences sur l’orifice interne de son col. Le-
vret fut le premier qui signala les difficultés attachées à cet accident ;
Osiander l’observa dix fois, Gardien deux fois, et M. le professeur
Maygrier dix fois. Les signes au moyen desquels on le reconnaît se
tirent du toucher et des circonstances antérieures à l’accouchement. Les
femmes, dans ce cas, sont affectées d’hémorrhagies fréquentes à dater de
la fin du sixième mois, phénomènes dont on se rend parfaitement compte
en se rappelant que ce n’est que depuis la fin du sixième mois que le
col commence à changer de forme et de diamètre ; il en résulte que le
placenta cesse de correspondre à la matrice dans les points de son éten¬
due qui étaient en rapport avec la circonférence de l’orifice, et dq là
hémorrhagie.
Indépendamment des hémorrhagies qui résultent de cet accident
dans les derniers mois de la grossesse, et qui peuvent être cause de
l'avortcmcnt, quand la femme parvient au terme de la gestation , l’ac¬
couchement est rendu laborieux et par les hémorrhagies qui surviennent
à chaque instant ou l’orifice se dilate sous l’influence des contractions
utérines, et par l’obstacle que présente le placenta à la sortie du fœtus.
Deux indications sont donc à remplir : 1 “ terminer l’accouchement le
plus tôt possible pour tarir la source des hémorrhagies qui peuvent de¬
venir mortelles pour la mi re et l'enfant j 2° rompre l’obstacle qui s’op¬
pose à ce qu’on puisse directement aller chercher les pieds.
Les auteurs different d’opinion sur les moyens à employer pour rem¬
plir ces deux indications. M. Gardien conseille de temporiser, ainsi
que M. Capuron; M. Baudelocque, au contraire, prescrit de ne per¬
dre aucun instant et de décoller une portion du placenta pour arriver
directement sur les membranes, les percer, et saisir les pieds. M. le
( 29 )
professeur Maygrier est convaincu que si le col est suffisamment dilaté,
on doit se liâtcr de terminer l’accouchement, et que pour cela il convient,
suivant cet habile praticien ,'dé percer directement la masse placentaire
pour arriver sur les pieds et les amener à l’orifice. MM. Gardien, Du¬
bois et Yclpcau regardent cette manœuvre comme impossible et suscep¬
tible de faire courir des risques à la mère et à l’enfant. Nous n’avons pas
la même opinion.
Il y a peu de temps, je fus appelé par un médecin, en l’absence de
M. le professeur Maygrier, pour un cas de cette espèce : lorsque j’ar¬
rivai , je vis une femme de quarante à quarante-cinq ans, presque sans
vie, d’une constitution faible et détériorée, gisant sur le lit de misère.
On me rapporta que depuis trois jours les douleurs avaient commencé,
qu’elles avaient été accompagnées de fréquentes hémorrhagies ; on me
dit de plus que ces hémorrhagies existaient depuis les deux derniers
mois de gestation. Je pratiquai le toucher, et je reconnus une implan¬
tation sur le col : je proposai d’exécuter la manœuvre nécessaire, mais
ne répondant ni de la mère, qui était trop faible, ni de l’enfant, que
celle-ci ne sentait plus remuer depuis quarante-huit heures. Ayant ob¬
tenu l’assentiment de la famille, à laquelle je fis part de mon pronostic
fâcheux, je procédai à l’opération.
J’introduisis la main droite ; je perçai directement le placenta, en le
déchirant avec les ongles ; j’éprouvai même quelques petites difficultés
à transpercer les membranes revêtant la surface fœtale du placenta;
mais je réussis bientôt, et j’anivai sur la tête, dont l’occiput était dirigé
vers la fosse iliaque droite; j’atteignis les pieds, en réduisant en pre¬
mière position de ces extrémités. Je dégageai le tronc, les bras; et
comme la tête présentait quelque résistance, j’appliquai le forceps, l’oc¬
ciput répondant à la symphyse pubienne.
L’enfant paraissait mort exsangue ; je lui fis prodiguer les soins né¬
cessaires, mais ils furent infructueux. Je procédai immédiatement à la
délivrance, qui n’offrit aucune difficulté. Le placenta était percé à un
pouce de l’insertion du cordon, et de cet endroit il s’était déchiré en
deux, d’un côté de la circonférence, déchirure qui était évidemment
opérée parle passage du corps du fœtus. La mère succomba six jours
après, à la suite d’un affaiblissement dont rien ne put la tirer. De cette
observation on peut conclure :
1° Que toutes les fois qu’il y a implantation sur le col, et que celui-
ci est suffisamment dilaté, on doit procéder de suite à la terminaison de
l’accouchement; car, agissant autrement, comme cette observation le
prouve , l’hémorrhagie est mortelle et pour la mère et pour l’enfant.
2° Pour opérer plus promptement, il convient de percer directe-
( 30 )
meut le placenta. Mais, disent quelques auteurs , en agissant ainsi, on
rompt le tissu placentaire , et on s’oppose à la circulation de la mère à
l’enfant ; mais ne s’y oppose-t-on pas également en décollant cet organe,
manœuvre qui est plus longue et très-difficile? Ces mêmes auteurs avan¬
cent encore que pendant l’extraction du fœtus , qui passe à travers l’ou¬
verture pratiquée au placenta, le fœtus entraîne avec lui cet organe ;
mais quand le placenta est seulement décollé, ne peut-il pas arriver qu’il
soit entraîné par les tractions qu’on opère sur le produit de la conception ?
5" Si j’avais été appelé plus tôt, il est probable que l’enfant ne serait
pas mort, et je pense que la mère aurait aussi survécu ; j’en ai la con¬
viction d’après plusieurs observations faites conjointement avec M. le
professeur Maygrier. Comment la malade qui fait le sujet de cet article
n'anrait-clle pas succombé aux suites d’hémorrbagies aussi considéra¬
bles , lorsqu’on n’a rien lait pour les arrêter, et qu’on est resté quatre
jours entiers sans chercher à réprimer les accidens graves qu’elle pré¬
sentait. Halma-Gkand.
MALADIES DE LA PEAU.
QUELQUES MOTS SUR LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES
DE LA PEAU.
S’il est une branche de la pathologie qui puisse favoriser les progrès
de la thérapeutique , qui soit accessible aux essais , aux expérimenta¬
tions , et dans laquelle les résultats des efforts du praticien ne doivent
jamais lui échapper, c'est, sans contredit, celle des maladies de la
peau. Ici tout est à découvert ; point de tâtonneinens ; l’œil du médecin
suit pas à pas les effets de la médication qu’il a mise en usage, averti
qu'il est toujours par le mal lui-même, dont il peut constamment ob¬
server ou les progrès ou la marche décroissante. On croirait qu’avec des
conditions si favorables la thérapeutique des maladies de la peau est
depuis long-temps des plus avancées et des plus généralement connues.
Cependant il n’en est rien. Ce n'est guère que depuis quelques années ,
depuis qu un pathologiste célèbre, M. le docteur Biett, se livraut à cet
enseignement clinique à l’hôpital Saint-Louis, est venu débrouiller le
chaos des maladies de la peau , que l’on possède en France des connais¬
sances positives sur plusieurs méthodes de traitemens, qu’il a toutes
expérimentées et sanctionnées par l’expérience.
( 51 )
Confondues sous une seule et même dénomination générale, qui en¬
traîne arec elle l’idée d’une nature identique pour toutes les formes,
les maladies de la peau désignées sous le nom générique de dartres ,
étaient considérées oomrne une maladie une, dont il importait peu de
connaître les variétés si nombreuses, et qui devait céder à un seul et
meme traitement. Aussi les <i7rem, les bains sulfureux et le cérat
soufre’ ont-ils été long-temps, et sont-ils très-souvent encore regardés
comme les seuls moyens capables d’être opposes aussi bien à Yeczema
( dartre squameuse liumide, de M. Alibert ) qu’au psoriasis ( dartre
sqnam. lichnoïdc, de M. Alibert), etc. Les maladies de la peau sont-
elles donc si peu importantes qu’il ne faille pas se donner la peine d’exa¬
miner à part telle ou telle forme? Y a-t-il donc la moindre analogie de
diagnostic, de pronostic ou de traitement entre le lepra vulgaris ( d. fur-
furacée arrondie, de M. Alibert ) et Yerytliema papulatum ou autre
( d. érytbmoïde )? Non, sans doute. Ce qui importe surtout au praticien,
c’est de savoir distinguer telle forme , telle variété qui ne doit avoir que
quelques jours de durée , et céder à un traitement simple, à de légers
laxatifs, à quelques bains tièdes , etc., de telle autre qui peut résister
pendant plusieurs mois, et contre laquelle il faut diriger une médication
énergique ; c’est de connaître quels sont les nombreux moyens qu’on
peut opposer aux maladies de la peau, dans quels cas ils sont applica¬
bles, etc., etc.
Si nous en exceptons, avant tout, certaines affections dans lesquelles
l'inflammation de la peau est loin de constituer toute la maladie, affections
à part, et auxquelles tout ce que nous avons à dire sur la pathologie cu¬
tanée n’est nullement applicable, je veux parler de la rougeole, de la
variole , de la scarlatine , etc., il reste encore une foule d’éruptions
différentes par leur nature, parleur forme, parleur siège, et aussi le
plus souvent par les moyens de traitement qu’il convient de leur opposer.
Les maladies de la peau peuvent être combattues de deux manières,
localement ou par des médicamens administrés à l’intérieur. Quelques
auteurs ont pensé que le traitement local pouvait suffire , et que seul il
devait être employé dans la plupart des cas, s’exagérant à eux-mêmes
les inconvénicns de certaines méthodes auxquelles on est souvent oblige"
d’avoir recours, et qui sont sans danger. C’est une erreur qu’il importe
de détruire. Seul, le traitement local est le plus souvent inefficace, et
même il peut être dangereux. S’il est des cas où l’éruption constitue
toute la maladie, où il n’y a rien au-delà de la vésicule ou de la pustule,
où la surface cutanée qui en est le siège est la seule partie affectée, en
un mot, où le mal est tout-à-fait local, il en est d’autres où l’altération
de la peau tient évidemment à une cause inconnue , à un principe que
( 32 )
je ne saurais expliquer, mais qui existe dans l’économie , et qui est at¬
testé hautement par une foule de faits, ne fut-ce que par l’hérédité. Eh
bien ! alors les moyens locaux , seuls, sont inefficaces ; et si par hasard
ils avaient assez d’action pour faire disparaître l'éruption, cette dispari¬
tion ne serait pas toujours sans danger.
Il n’en est pas de même du traitement local uni aux moyens généraux :
alors au contraire il est d’une utilité très-grande ; mais s’il fallait adopter
exclusivement l’un ou l’autre, le traitement général serait évidemment,
dans la plupart des cas, elle plus prompt et le plus sûr.
Le traitement général des maladies de la peau n’est pas le même,
comme je l’ai dit, pour toutes les espèces; et, bien plus, tel médica¬
ment qui réussit chez tel malade, pour combattre telle variété, échoue
souvent chez les autres pour combattre la même forme. Toutefois l’ex¬
périence a appris que certaines médications étaient plus spécialement
applicables à certains genres de maladies de la peau. Ainsi, pour parler
d’une manière générale, les alcalins conviennent aux formes prurigi¬
neuses, les acides aux formes eczématiques , les purgatifs légers, les
laxatifs aux formes impétigineuses , les préparations arsenicales aux
formes sèches, etc., etc. Cependant on ne saurait tracer aucune règle
précise à cet egard; et l’ancienneté de l’éruption, son état aigu ou
chronique, l’âge du malade, sa force, sa constitution, etc., sont au¬
tant de conditions qui doivent influer et sur le choix et sur la dose des
médicamcns.
Parmi les moyens qui composent le traitement général, les uns, les
antiphlogistiques, applicables à tous les cas, sont destinés à combattre
l’inflammation , que peut accompagner une éruption aigue ( l’ecsema ,
le lichen agrius , Y impétigo, etc.), ou bien à préparer convenable¬
ment un malade à un traitement énergique en diminuant la pléthore
sanguine. Les autres, les laxatifs , les purgatifs légers , administrés à
la méthode de Hamilton , pendant long-temps et à petites doses,
amènent souvent, par une dérivation lente et graduée, une modifica¬
tion notable dans des éruptions qui se présentaient avec quelque appa¬
rence de gravité. D’autres, dans l’emploi desquels on n’est véritable¬
ment guidé que par l’expérience, semblent avoir une action spéciale,
dont le plus souvent on ne saurait se rendre compte •. ceux-ci sont très-
nombreux ; ils ont souvent une action positive et très-marquée : aussi,
par la même raison qu’on ne les emploie dans telle ou telle circon¬
stance que parce que l’on sait que dans des cas analogues ils ont par¬
faitement réussi, il importe d’être bien fixé sur leurs effets, sur leur
mode d’administration, et de savoir, s’ils échouent, les abandonner au
bout de quelque temps, pour en choLir un autre, qui quelquefois est
( 55 )
promptement suivi d’un résultat heureux. Ici viennent se ranger les sul¬
fureux, les préparations antimoniales , quelques acides, les sudo¬
rifiques , etc., et une foule de médicamens qui comptent tous quelques
succès.
Enfin il en est quelques-uns qui paraissent avoir une action spéciale
et directe sur le système dermoide même; ce sont l 'iode, la teinture de
cantharides et les préparations arsenicales, etc. Ces dernières sur¬
tout sont les armes les plus puissantes que possède la thérapeutique pour
combattre les maladies de la peau; et, il faut le dire, elle en a souvent
besoin quand elle se trouve en présence de ces cas graves , hideux et
rebelles, qui ont résisté pendant plusieurs années à toute espèce de mé¬
dication. On a dit qu’elles étaient trop dangereuses pour devoir jamais
être employées par des mains prudentes. Nous avons déjà contesté cette
assertion, et il est inutile d’y revenir aujourd’hui, que le temps et l’ex¬
périence ont prouvé qu’elles n’étaient, comme tant d’autres, dange¬
reuses que dans des mains inhabiles. Elles sont si faciles à manier, d’une
part, et si efficaces, de l’autre, que même on aurait tort de penser que
leur emploi dût être exclusivement réservé à des cas graves.
Quant aux moyens qui constituent le traitement local, les uns sont
destinés à combattre l’inflammation des parties qui sont le siège de l’é¬
ruption : ce sont les cataplasmes, les applications émollientes de toute
espèce; les autres ont pour but de déterminer une excitation plus vive
de la partie affectée, et de hâter la résolution. Ici la thérapeutique pos¬
sède une foule de lotions et de pommades, parmi lesquelles nous ci¬
terons, comme réussissant le mieux, celles qui résultent de l’union de
Y iode au mercure.
Il est un autre ordre de moyens destinés à changer la vitalité des par¬
ties malades, et même, au besoin, à désorganiser entièrement les sur¬
faces affectées, ou à borner les ravages d’un mal qui tend toujours à
détruire, en envahissant de nouveaux points : ce sont les vésicatoires
appliqués sur la surface altérée, et les caustiques, parmi lesquels nous
citerons la pâte arsénicale du frère Côme, et le nitrate acide de
mercure.
Enfin, dans le traitement local, les bains doivent occuper la pre¬
mière place : leur secours est des plus puissans et des plus efficaces ;
mais il n’est pas indifférent de prescrire indistinctement pour telle ou
telle affection un bain sulfureux, un bain alcalin, un bain de vapeur
ou une fumigation. Eux aussi demandent à être administrés avec dis¬
cernement; et leur choix est soumis , non-seulement à la forme de la
maladie, mais encore à ses périodes, à la constitution de l’individu.
Beaucoup de personnes, décidées à l’avance à résoudre la question
( 34 )
par la négative, sc sont demandé souvent si on guérissait les maladies
de la peau. —Oui, on les guérit comme la plupart des maladies; mais
aussi, comme la plupart des maladies , elles sont sujettes à des récidi¬
ves , dont on conçoit d’ailleurs très-bien la facilité, quand on réfléchit
à l’organe qui en est le siège et à sa fréquente exposition, à une foule de
causes, souvent même à celles qui auront produit la maladie dont il est
à peine guéri. Cependant il est vrai de dire qu’il y a quelques éruptions
très-rebelles; mais alors les efforts des médecins ne restent pas inutiles,
car c’est déjà rendre au malade un très-grand service que d’apporter,
dans ce cas, une modification, quelque légère qu’elle soit.
Je me propose d’examiner successivement, dans ce journal, les di¬
verses méthodes qui composent la thérapeutique des maladies de la
peau , et dont j’ai pu observer l’action à l’hôpital Saint-Louis. Nous
nous occuperons aussi en détail des médicamcns qui les combattent avec
le plus d’avantage , en ayant soin d’insister principalement sur leurs
divers modes d’administration, leurs effets et les cas auxquels ils sont
surtout applicables.
Ai.enÉE Cazenavk.
TOXICOLOGIE.
UES CONTRE-POISONS EH GÉNÉRAL.
La thérapeutique emprunte aux trois règnes de la nature toutes les
substances actives qu’ils contiennent, pour en faire des médicamcns ; ce
sont elles qui deviennent entre des mains habiles d'héroïques moyens
de guérison. Mais l'énergie même de leur action dit assez que ces mê¬
mes produits peuvent être des moyens dangereux entre les mains du
crime ou de l’inexpérience, lorsque, donnés à des doses trop élevées,
ils n’ont plus sur nos organes des effets modérés et passagers comme les
médicamens , mais bien une action destructive et mortelle comme les
jioisons. Ainsi, la même substance est à la fois médicament et poison.
Ici, administré convenablement, il suscite dans l’économie un ébranle¬
ment salutaire, un changement utile ; là, si la quantité en est trop
forte, il dénature le tissu de nos appareils organiques, et anéantit leur
vitalité.
Ce n’est donc point assez de montrer dans ce journal les effets salu¬
taires des agens thérapeutiques, il faut les suivre encore jusque dans
les effets nuisibles dont s’occupe la toxicologie. Cette substance, qui
( 35 )
naguère était un instrument de guérison, est maintenant un instrument
de mort ; elle va développer un appareil de symptômes qui n’ont aucun
rapport avec les phénomènes qu’elle suscitait dans le corps malade qu’il
fallait guérir ; c’est une maladie nouvelle, c’est un empoisonnement au¬
quel le médecin a à remédier ; il faut donc qu’il invoque de nouveaux
remèdes pour neutraliser l’action délétère du poison ingéré.
Nous publierons dans celte feuille une série d’articles sur les meil¬
leurs moyens à mettre en usage pour modérer l’action des substances
actives qui auraient été administrées à de trop hautes doses, et qui de¬
viendraient des agens de perturbation. Là toxicologie est du domaine
delà thérapeutique; en traitant des contre-poisons, ne fait-on pas la
thérapeutique des empoisonnemens ?
Il est très-difficile d’adopter un ordre parfait dans nos articles; notre
but n’est pas de faire un traité de toxicologie : aussi nous n’en suivrons
aucun. Notre intention étant d’éclairer les praticiens de campagne, qui
se trouvent si souvent embarrassés pour donner des secours prompts et
efficaces à des empoisonnemens pour lesquels ils sont appelés, nous
nous efforcerons de leur indiquer le moyen de remédier aux accidens les
plus fréquens ; nous les instruirons aussi des réactifs qui pourront leur
faire reconnaître la substance qui a été l’instrument du crime. Nous
commencerons par examiner les empoisonnemens par l’arsenic, les sels
de cuivre, de mercure, d’antimoine, de plomb, nous examinerons en¬
suite les empoisonnemens parles acides concentrés, les narcotiques , les
narcolico-âcrcs, etc., etc., en nous tenant toujours dans la spécialité de
ce journal, l’utilité pratique.
A. Chev.ali.ier.
CHIMIE ET PHARMACIE.
PRÉPARATION L'E l’iOUURE DE PLOMB.
Après avoir fait deux dissolutions aqueuses, l’une de 75 parties d’a¬
cétate de plomb neutre, l’antre de cent parties d’iodure de potassium ,
et les avoir mêlées ensemble, on obtient un beau précipité jaune. Ce
précipité, étant traité plusieurs fois par l’eau bouillante, se dissout en
grande partie si on le laisse refroidir ; alors il se précipite des paillettes
micacées, brillantes et d’un jaune doré magnifique; c’est là l’iodure de
plomb, qui est sans contredit un des plus beaux produits pbarmaceuto-
chimiques.
( 30 )
A peine ce médicament nouveau a-t-il été connu qu’on a espéré en
retirer de grands avantages ; il a été expérimenté aussitôt par plusieurs
médecins et chirurgiens d’hôpitaux, entre autres par M. Bailly, à
l’Hôtcl-Dieu; M. Fouquier, à la Charité, M. Velpeau, à la Pitié. Lui
croyant une action très-énergique, on a commencé par des doses très-
fractionnées : un 1 G' ou un 8° de grain ; mais il a été porté rapidement
à des doses très-élevées ; nous avons vu M. Bailly en prescrire 12 grains
d’emlilée, et en porter l'administration jusqu’à 24 et 30 grains. Nous
reviendrons sur ce médicament, qui est spécialement employé chez les
scrophuleux. L’iodure de plomb est aussi employé en frictions sur les
tumeurs scrophuleuses, au moyen de la pommade suivante :
Axonge.une once.
Iodure de plomb. un gros.
Cette pommade est d’un jaune magnifique.
FORMULES NOUVELLES.
M. le docteur Pierquin a adressé à l’Académie des Scienees un mémoire
destiné à concourir au prix Monthyon, pour l’année 1832. Ce mémoire
çontient les formules suivantes, qu’il a employées dans le traitement de
l’aménorrhée et des flueurs blanches : ces formules ont pour base l’by-
driodate de fer.
Pastilles avec V hydriodate de fer.
Hydiodate de fer. 4 grammes ( 1 gros ).
Safran pulvérisé.. 16grammes (4 gros).
Sucre. 25 grammes ( 8 onces ).
Faites une masse que vous diviserez en 240 pastilles ; on en prendra
de huit à dix par jour. L’on augmente la dose d’une tous les trois ou
quatre jours.
Pommade d’hydriodate de fer.
Hydriodate de fer. ... 6 grammes ( 1 gros et demi ).
Axonge.52 grammes ( 1 once ).
On l’emploie matin et soir ; on en prend gros comme une noisette
pour se frictionner à la partie supérieure de chaque cuisse.
Teinture d’hydriodate de fer.
Hydriodate de fer. 8 grammes ( 2 gros ).
Alcool.64 grammes ( 2 onces ).
( 57 )
Vin d’hydriodate de fer.
Vin de Bordeaux. 500 grammes ( 1- livre ).
Hydriodate de fer. 16 grammes ( 4- gros ).
La dose est d’une cuillerée à bouche, soir et matin, pour les adultes;
on le met en usage contre les flueurs blanches, le vice scrophuleux, l’a¬
ménorrhée.
Eau hydriodatée.
Hydriodate de fer. 46 grammes ( 4 gros).
Eau.. 1,000 grammes ( 2 livres ).
En lavemens, lotions, injections, plusieurs fois par jour.
Chocolat avec Vhydriodate.
Hydriodate de fer, 6 grammes 35 centigrammes (115 grains).
Chocolat.. . . 500 grammes (1 livre).
On prend d’abord demi-tasse de ce chocolat, puis une tasse entière.
Bains avec Vhydriodate de fer.
Hydriodate de fer. 64 grammes ( 2 onces )
Eau. quantité suffisante.
On augmente successivement la dose de 16 grammes ( 4 gros ) pour
les adultes.
Déjà l’un des rédacteurs de ce journal, M. Chevallier, avait appelé
l’attention des praticiens sur les préparations de fer et d’iode, dans les
cas d’atonie.
— Mannite et acide gallique. — Une lettre de M. Avequin, écrite
du Port-au-Prince, île Saint-Domingue, à M. Chevallier, lui annonce,
1° que la graine de l’avocatier, le laurus persea , contient une assez
grande quantité de mannite ; 2° que la graine de mango contient unq
très-grande quantité d’acide gaUique qui peut être obtenu avec la plus
grande facilité.
M. Avequin a adressé avec la lettre les deux produits qu’il a signalés
dans ces végétaux.
— Sinapismes. — Il résulte d’un travail récent de M. Fauré aîné,
pharmacien à Bordeaux, que les acides diminuent plutôt qu’ils n’aug¬
mentent l’action irritante de la moutarde, en s’opposant à la formation
de son huile volatile qui constitue toute sa vertu. Cette huile volatile ne
préexiste pas dans la farine de moutarde; l’eàu est un élément indis¬
pensable à sa formation. Il ne faut donc plus, préparer les sinapismes
avec le vinaigre, mais avec de l’eau si on veut les rendre très-actifs. Il
( 5 « )
y a deux aus que M. Trousseau a constaté ce l'ait par un grand nombre
d’expériences ; mais il n’avait pu se rendre compte de la cause de cette
différence.
— Salicine. — M. Gay-Lussac a présenté à l’Institut de la salicine
obtenue sans alcool ; ce qui permet de la livrer au commerce à un prix
très-modique.
BULLETIN DES HOPITAUX.
Rage. — Une maladie effrayante et heureusement fort rare s’est
montrée il y a peu de jours à l’Hôtel-Dieu ; les personnes qui l’ont ob¬
servée n’en oublieront pas de long-temps l’horrible et déchirant tableau.
Le 20 juin, un enfant de treize ans, mordu il y a trois mois à Grenoble,
par un chien, est entré à quatre heures de l’après-midi avec tous les
symptômes de la rage, qui s’étaient manifestés seulement depuis la veille,
et est mort dans les fureurs et les convulsions à dix heures du soir.
(Nous y reviendrons au numéro prochain. )
— Chlore. —Les fumigations de chlore ne sont plus guère employées
dans le traitement de la phthisie pulmonaire. L’irritation souvent grave
qu’elles ont déterminée dans les bronches, des hémoptysies, et la con¬
somption plus rapide des malades, ont fait abandonner ce moyen, au¬
quel cependant quelques médecins ont encore confiance. M. Amiral a
voulu voir si, pris à l’intérieur, le chlore liquide aurait les mêmes in-
convéniens que quand il pénètre gazeux dans les bronches : il l’a admi¬
nistré à la dose de 10 gouttes dans une potion gommeuse de 4 onces ; il
vient d’être obligé d’en cesser l’emploi à cause de la toux et de l’irrita¬
tion gastrique qu’il déterminait.
— M. Magendie a commencé, il y a peu de jours, à l’Hôtel-Dieu,
l’usage du bromure de fer dans les scrophules. Ce médicament paraît
avoir une action très-énergique.
— Acide hydrocyanique. — M. Andral a commencé aujourd’hui,
à la Pitié, l’usage de l’acide hydrocyanique chez les malades atteints
d’affections chroniques de la poitrine. Ce médicament dangereux n’a
pas encore, en thérapeutique, de rang bien déterminé. Selon quelques
observateurs, il a pour effet de diminuer, dans un temps donné, le
nombre des inspirations : c’est pourquoi M. Andral veut en essayer les
effets dans les maladies de poitrine.
( 59 )
— Sirop de pointes d J asperges. — Le sirop de pointes d’asperges est
aussi employé, comme essai,' par le même médecin, dans les affections
du cœur. On croit qu’il contribue à ralentir la circulation, comme la
digitale, mais à un moindre degré. H a de plus que ce dernier me'dica-
ment l’avantage d’activer la sécrétion urinaire.
— Bismuth. — Un cuisinier est entré ces jours derniers à l’Hôtel-
Dieu , salle Sainte-Martine, avec des vomissexnens presque continuels
qui durent depuis plusieurs mois ; ils sont accompagnés de douleurs ner¬
veuses très-vives. Il n’y a aucun symptôme qui puisse faire croire à
une dégénérescence cancéreuse du pylore ou à une inflammation gastri ■
que. M. Bailly a commencé l’usage de sous-nitrate de bismuth, à la dose
de 8 grains, à prendre par 2 grains de quatre en quatre heures.
VARIÉTÉS.
Commissions médicales de Russie et de Pologne. — Sur la de¬
mande de M. le Ministre de l’Intérieur, l’Académie de Médecine a eu
à nommer neuf médecins et chirurgiens pour aller étudier la marche
du choléra-morbus aux lieux où il exerce scs ravages. Trente-trois mé¬
decins avaient brigué les suffrages de l’Académie ; ceux qui sont partis
pour remplir cette mission honorable sont : MM. Girardin, Gaymard
ctllippolytc Cloquet, pour la Russie; MM. Londc, Alibert, Boudard,
Dalmas, Duhled et Sandras, pour la Pologne. Celui qui après eux a
obtenu le plus de suffrages est M. Miquel.
— Magnétisme. —M. Husson a terminé, à l’Académie, la lecture
du rapport de la commission nommée, il y a cinq ans , sur la demande
de M. Foissac,pour examiner les effets du magnétisme : cette lecture a
duré deux séances, et a été écoutée avec beaucoup d’intérêt par quelques-
uns, et avec des marques non équivoques d’incrédulité et d’impatience
de la part de quelques-autres. Nous reviendrons sur la question du ma¬
gnétisme. Il est probable que le rapport de M. Husson va donner beu,
comme en 1825, à de chaleureux débats. Voici une des conclusions du
rapporteur : « L’on peut considérer le magnétisme comme un nouvel
agent thérapeutique dont l’expérience peut constater l’utilité, mais dont,
dans aucun cas, on ne doit séparer les autres moyens curatifs ; les méde¬
cins devraient seuls en diriger l’emploi. »
— Opération de Véléplianliasis. — M. le professeur Delpech a écrit
tout récemment au célèbre Astley Cooper, à Londres, pour lui marquer
( 40 )
son étonnement que sous ses yeux un chirurgien habile , M. Key, chi¬
rurgien à l’hôpital de Guy, ait pratiqué l’opération de l’éléphanliasis
scrotal sans respecter la verge et les testicules. La conservation des par¬
ties sexuelles est d’une assez grande importance pour que l’on tentât dans
cette circonstance de répéter ce que fit M. le professeur Delpech le
1 1 septembre 1820. Un boulanger âgé de trente-quatre ans, Baptiste
Ortier, de Perpignan, fut opéré par cet habile chirurgien d’une tumeur
scrotale du poids de soixante-deux livres et demie. L’opération dura une
heure moins quatre minutes, comme le portent mes notes de cette épo¬
que. Le temps ne fut aussi long que parce que M. Delpech voulut lui
conserver les testicules ct la verge, perdus dans cette masse de chair qui,
l’opération terminée, pesa cinquante-une livres. Le succès couronna
cette hardie et ingénieuse tentative. La guérison fut des plus rapides, et
le malade conserva son caractère viril, que bien gratuitement peut-être
l’on a fait perdre à l’opéré de l’hôpital de Guy, et au sujet qui a subi,
il y a peu de temps, la même opération aux Etats-Unis.
— Croup. — Un assez grand nombre de croups ont été observés à
Toulouse, de mai \ 830 à mai 1851. Un praticien de cette ville, que
M. le docteur Bessière ne nomme pas dans la Constitution médicale de
Vannée qu’il a lue à la Société royale de médecine de Toulouse, a eu le
bonheur de faire rendre la membrane croupale à trois enfans, au moyen
de la potion suivante : tartre stibié, 2 grains ; eau distillée, 4 onces,
sirop d’ipécacuanha et oxymel scillitique, de chaque, demi-once.
— Bruits sur l'abolition des concours. — Si l’on en croit quelques
bruits qui chaque jour prennent plus.de consistance, le concours serait
aboli dans les Facultés de Médecine ; il serait remplacé par le choix fait
sur une quadruple présentation : celle de l’Institut, de l’Académie de
Médecine, de la Faculté des Sciences et de la Faculté de Médecine.
Un événement, jusqu’à présent sans exemple, vient augmenter nos
craintes sur le sort des concours , que tant de personnes se plaisent à at¬
taquer. M. Bérard aîné a été dernièrement nommé professeur de phy¬
siologie; sur onze juges, six lui avaient donné leurs voix, ct cinq
avaient voté pour M. Bouillaud : c’était ainsi que le résultat du scrutin
avait été proclamé par le president du concours ; mais voilà que
M. Bouillaud est maintenant possesseur des certificats de six professeurs
qui déclarent avoir voté pour lui. Comment cela se fait-il? Tout le monde
se le demande, et personne ne peut l’expliquer. C’est probablement
un défaut de mémoire de la part d’un des professeurs. Ce fâcheux
événement est le sujet des causeries de la Faculté' et de tout le monde
médical.
( 4 > )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
CONSIDÉRATIONS SUR l’iMPORTANCE ET l’ÉTAT ACTUEL DE
LA THÉRAPEUTIQUE.
2* ARTICLE.
Nous avons exposé dans une rapide esquisse combien la thérapeu¬
tique, à proprement parler l’art de guérir, est peu avancée jusqu’à
présent; nous avons fait sentir l’impuissance de cet art dans un grand
nombre de maladies graves soit aiguës, soit chroniques; nous avons dit
la vérité et nous l’avons dite nettement et franchement, parce qu’en
médecine il est dangereux de conserver des illusions. Les hommes les
plus raisonnables, les plus instruits, les plus modestes, doivent désirer
voir la science telle qu’elle est, avec ses pauvretés et ses richesses : c’est
de cet inventaire que peut naître seulement le progrès.
Maintenant si l’on recherche les causes qui ont entrave’ jusqu’à ce
.jour la marche de la thérapeutique, on reste frappé de leur multipli¬
cité, de leur activité, de leur influence. En sorte qu’après y avoir mû¬
rement réfléchi, on est même étonné que nous possédions un nombre si
petit qu’il soit de moyens de guérison consacrés par l’expérience et sur
l’action desquels on est à peu près d’accord. Suivez en effet la science
dans scs époques palingénésiques, observez les variations, les trans¬
formations que lui ont imprimées les âges, les climats, les religions, les
habitudes des peuples, les inventions des arts, les systèmes dominans
en médecine, vous serez confondu de ce que devient la thérapeutique
dans ce grand mouvement. Les préjugés de secte et de religion, les
travaux et les vues exclusives des systématiques; l’ignorance, la cré¬
dulité , le charlatanisme, l’amour du merveilleux, la routine, le ha¬
sard surtout, telles sont les sources primitives de la matière médicale,
l’origine de notre arsenal thérapeutique. Quelque peu d’or et beaucoup
de scories, voilà ce qui nous est resté de cette fermentation qui, à diffé¬
rentes époques, eut pour but de changer et de bouleverser la médecine.
Un tableau philosophique bien fait des révolutions de la science,
considérées sous le rapport thérapeutique, serait un ouvrage précieux.
Les systématiques y tiendraient le premier rang comme on doit s’y at¬
tendre. Le caméléonisme de leurs doctrines est en médecine la preuve
la plus .directe de la faiblesse de leurs moyens et des prétentions de
leur orgueil.
Quant à nous, resserrés par l’espace et le temps, nous ne pouvons
( 4 * )
qu'indiquer rapidement les canses qui ont nui aux progrès de la thé¬
rapeutique , et qui nous ont obligés à cheminer lentement et péni¬
blement.
Remontant à l’origine des choses, l’on trouve quatre causes princi¬
pales du statu quo thérapeutique auquel nous avons été long-temps
condamnés.
i° Une connaissance très-imparfaite de l’économie et des lois qui la
régissent ;
2 ° L’ignorance de l’action des médicamens sur les tissus, soit dans
l’état sain, soit dans l’état morbide ;
3° L’impulsion violente et dans une direction exclusive des divers
systèmes qui ont régné en médecine;
4° L’incertitude sur les effets réels des médicamens les plus oppo¬
sés , ayant dans des cas donnés des revers et des succès.
Parcourons rapidement ces objets dignes de fixer l’attention d’un vrai
praticien pour indiquer ensuite quel est, à notre avis, la méthode la plus
sûre d’arriver à des résultats utiles en thérapeutique.
Voltaire disait, en parlant des médecins : « Ils mettent des drogues
qu’ils ne connaissent pas dans un corps qu’ils connaissent encore
moins. » Ce trait acéré contre notre profession était-il, il y a soixante-
dix ans, décoché avec autant de justesse que de malignité ? Je ne sais ;
mais en y réfléchissant on trouve qu’il n’y a pas même aujourd’hui au¬
tant d’exagération qu’on le croirait d’abord; car peut-on dire que le
corps humain est pour nous une région complètement connue ? sauf
les circonstances de forme, de structure extérieure et de quelques rap¬
ports organiques, circonstances de peu d’importance pour la médication,
n’y a-t-il pas raille choses que nous ignorons? Que savons-nous, par
exemple, sur l’action moléculaire des tissus, sur l’influence des corps
impondérables? Que savons-nous sur le système nerveux et même
sur les fluides? Ces derniers ont même été regardés comme inertes par
certains médecins outrés solidistes ; et pourtant ces fluides forment peut-
être les sept huitièmes de l’économie (i), ils contiennent tous les maté¬
riaux de notre organisation, et ils ont un degré de vitalité tel, que le
lait, selon la remarque de Bordèu, est empreint même des passions et
des maladies de l’individu d’oùil sort, pour les porter dans celui qu’il va
nourrir. Ainsi la machine sur laquelle nous devons agir nous est précisé¬
ment presque inconnue dans sa nature, dans son action, dans ses ressorts
(t) Le très-minutieux et exact Sanciorius dit que le nombre des humeurs du
corps humain, tant naturelles qu’artificielles , peut s’élever à qua(rc-vin;;t
mille.
( 43 )
les plus profonds, les plus actifs; cela n’empêche pas néanmoins d’agir
sur cette économie et de la modifier, circonstance qui constitue la
thérapeutique, mais empirique. Je sais tout ce qu’on peut répondre à
cet examen critique ; je n’ignore pas qu’on va m’accabler de cette masse
de faits, de dissections, de vivisections, d’observations, d’expérimen¬
tations, de recherches sur les cadavres, dont on fait tant de bruit, et
qui doivent, dit-on, donner à la médecine une précision mathéma¬
tique. Mais guérir! voilà le point où je les attends, le but qu’il s’agit
d’atteindre, le voile sacré qu’il faut soulever. C’est pour y arriver,
me crie-t-on de toutes parts : cela est possible, répliquerai-je ; mais dans
quel siècle, je vous prie ? car jusqu’à présent la fin a bien peu justifié
les moyens. Citez-moi un fait thérapeutique de quelque importance,
une méthode curative heureuse due à des investigations cadavériques,
à des recherches d’anatomie pathologique. En vérité, pour peu
qu’on me presse, j’avouerai, comme on l’a dit, que la découverte de la
circulation du sang n’a guère plus servi à la. médecine que la décou¬
verte d’une étoile dans le ciel. Hippocrate, qui savait si peu d’ana¬
tomie qu’on se moquerait de lui dans nos facultés s’il aspirait à un
diplôme d’officier de santé, a été et sera pourtant l’éternel modèle des
médecins observateurs. Est-ce à dire pour cela que nous blâmons l’étude
approfondie du corps humain ? non sans doute, nous voulons seulement
prouver que jusqu’à présent ces recherches ont été peu fructueuses à la
thérapeutique ou à l’art de guérir; que l’anatomie pathologique, cette
lumière posthume, ne nous a conduits à aucun moyen de guérison, et
qu’elle a même détourné les praticiens du vrai sentier, l’expérience
clinique , l’observation pure et simple des médicamens. Ne soyons donc
pas étonnés si, malgré cette multitude d’observations toujours termi¬
nées par l’autopsie, on n’ouvre pas toujours le livre de la nature en ou¬
vrant le cadavre; si l’on compte bien peu de vérités philosophico-médi-
cales, si tout retentit encore de vaines disputes et de controverses, si
en un mot, les opinions sont opposées aux opinions, les doctrines aux
doctrines , les écoles aux écoles.
La seconde cause qui s’est opposée aux progrès de la thérapeutique
est que nous avons négligé l’étude attentive, suivie, exacte, de l’ac¬
tion des médicamens sur l’économie. Quelques hypothèses et rien de
plus, voilà ce que nous avons possédé long-temps sur cet important
objet. Aussi le sarcasme voltairien était-il ici dans toute sa force et sa
verdeur.
Pour faire un emploi méthodique et raisonné des médicamens,
il faut remplir trois conditions : i° connaître intimement les éle'mcns
constitutifs d’une substance médicamenteuse; 2 ° apprécier avec jtis-
4 -
( 44 )
tesse leur action sur les tissus vivans ; 3° déterminer les conditions pré¬
cises de leur application. La science est tellement arriérée sur cet objet,
que nous sommes tombés dans un scepticisme déplorable sur l’emploi de
beaucoup de médicamens précieux; on y a recours seulement parce qu’ une
expérience vague nous sert de guide. Quand nos devanciers assuraient
que le mercure était un fondant vrai , au moins avaient-ils un but
quelconque, et ils s’appuyaient sur des faits pratiques; mais à notre
époque, quelle idée a-t-on, par exemple, de l’action du mercure? Il
serait curieux d’entendre un savant disserter sur cet objet, et cependant
nous l’employons tous les jours et à chaque instant. Je le répète, en
médecine, l’expérience seule, mais sagement raisonnée, doit nous
éclairer ; c’est elle seule qu’il faut invoquer.
Il est si vrai qu’en négligeant d’étudier les médicamens comme ils
doivent l’être, on a retarde' les progrès de la thérapeutique, que tou¬
tes les fois que les chimistes et les médecins ont adopté une marche
sévère, ils ont obtenu d’importans résultats. Nous devons à des recher¬
ches faites dans cet esprit la belle découverte du sulfate de quinine ,
des sels de morphine et autres alcalis végétaux. Mais séparer, classer
les médicamens comme on le fait dans la plupart des matières médi¬
cales, avance peu la science, au moins dans ce sens, qu’on attribue
souvent aux substances médicamenteuses des propriétés qu’elles démen¬
tent dans la pratique. Dissertons peu, expérimentons beaucoup; sinous
voulons marcher dans une voie progressive, ne perdons pas de vuecettc
réflexion de Condillac, que « la source de nos erreurs est dans l’habi¬
tude où nous sommes de raisonner sur les choses dont nous n’avons pas
d’idées, ou dont nous n’avons que des idées mal déterminées. » Mal¬
heureusement, c’est ce qui nous arrive quand il s’agit de médicamens
et de thérapeutique. Toutefois entendons-nous quand il s’agit d’expéri¬
menter : nous ne voulons parler ici que de l’expérience clinique, c’est
la seule qui ait du poids et de la valeur aux yeux d’un médecin prati¬
cien. Tous les essais tentés sur les animaux ou sur l’homme sain ne
sont ni positifs ni concluans. Certainement les expériences faites par le
professeur Jœrg et ses coassociés, sur un grand nombre de médicamens,
sont dignes d’éloges ; mais, en définitive , elles ont peu contribué aux
progrès de la thérapeutique. Antre chose est l’action d’un médicament
sur l’état normal des organes, autre chose est leur effet dans l’état pa¬
thologique. Le quinquina, le mercure, le camphre, l’opium, impriment
à l’économie des modifications tout à-fait différentes en raison des dif¬
férons états où elle se trouve. L’oubli de cette vérité, aussi simple que
lumineuse, a conduit des médecins du plus grand mérite à avancer de
grossières et de matérielles erreurs.
( 45 )
C’est bien pis quand on est dirige' par l’esprit de système : alors on
est entraîne', fascine'; alors on ne voit que ce qu’on de'sire voir, et le
champ de la thérapeutique se rétrécit tout à coup; cette partie de la
seience se transforme , se modifie, s’altère, se plie selon les vues du
systématique. Or rien n’a plus contribué dans ces derniers temps à
comprimer les progrès de la science, au moins de celle qui guérit :
nous tâcherons de pénétrer dans ce labyrinthe en nous aidant toujours
du fil de l’expérience et de la logique. A.
FEUII.L15S DE HOUX DANS LE TRAITEMENT DES FIÈVRES
INTERMITTENTES.
Déjà, en 1776 et en 179a, deux médecins, Durande et Reil, avaient
préconisé les feuilles de houx comme ayant guéri des fièvres intermit¬
tentes rebelles au quinquina.; mais ce moyen était tombé dans l’oubli.
M. le docteur Rousseau, chef des travaux anatomiques au Jardin des
plantes, vient de réveiller l’attention des praticiens sur cet agent théra¬
peutique , en faisant part à l’Académie des Sciences des.succès qu’il en
a obtenus, ainsi que plusieurs autres médecins de Paris et de Rochefort.
M. le professeur Magendie ayant consenti à répéter à l’Hôtel-Dieu leurs
expériences, nous allons examiner quels en ont été les résultats.
Depuis le i4 mai, treize malades atteints de fièvres intermittentes de
différens types ont été traités par le houx ; onze sont sortis guéris , les
deux autres sont encore dans les salles. Voici le résumé de quelques-
unes de ces observations.
Obs. I. Une couturière, âgée de dix-neuf ans , n’ayant jamais eu de
fièvre intermittente, entre le 14 mai à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Mo¬
nique, n° 10, au quatrième accès d’une fièvre tierce survenue sans
cause connue. Après avoir constaté, pendant neuf accès successifs qui
augmentaient toujours d’intensité, que la maladie livrée à elle-même
ne pouvait que s’aggraver, M. Magendie commence le 24 mai le trai¬
tement de la manière suivante :
if. Feuilles de houx, 2 gros.
Eau, 6 onces, faites bouillir jusqu’à réduction d’un sixième.
Sirop de sucre, 1 once.
Faites une potion à prendre en deux fois dans la journée.
Deux accès ayant continué avec la même intensité, on ajouta au trai¬
tement le lavement suivant :
if. Feuilles de houx fraîches ou sèches , '/» once.
Faites bouillir 10 minutes dans 12 onces d’eau.
( 46 )
La fièvre revint encore r mais avec un peu moins de force. L’accès
suivant s’éloigna de quelques heures ; il en fut de même des deux qui
vinrent ensuite et qui furent les derniers. La malade resta encore huit
jours à l’hôpital sans rechute. Depuis le quatrième jour, la potion avait
e'te' composée avec 'J t once de feuilles de houx.
Obs. II. Une domestique, âgée de vingt-trois ans, entre, le i8mai r
au cinquième accès d’une fièvre tierce bien caracte'rise'e. On observe
trois autres accès consecutifs avant de commencer le traitement ; mais
au huitième il devint urgent d’agir sur la fièvre, car sa violence fut
extrême et sa duree de iq heures. En conséquence, M. Magendie
prescrivit la potion et le lavement dont nous avons donne les formules;
ils eurent un effet peu notable sur la marche de la fièvre. Malgré l’aug¬
mentation de la dose de houx, qui fut portée à ■/, once daus la potion,
la continuation des lavemens et une décoction de ■/, once de houx en
tisane, les accès persistèrent, seulement avec une diminution dans la
longueur et l’intensité des frissons. Le 8 juin, l’on ajouta an traitement
Finfusion vineuse suivante :
if. Poudre de feuilles de houx, i gros '/*•
Vin blanc ordinaire, 4 onces.
Laissez infuser à froid pendant i a heures, et prenez-en trois fois en
avalant la poudre.
L’accès qui suivit cette nouvelle médication fut plus faible que les
precédens , et les suivans manquèrent complètement. La malade a resté
cinq jours encore à l’hôpital après la guérison de la fièvre.
Obs. III. Une ouvrière âgée de vingt-sept ans, entrée le 20 mai,
avait été guérie en six jours d’une fièvre tierce qui durait depuis trois
semaines, au moyen de la potion et du lavement de houx. Après avoir
été neuf jours sans fièvre, elle était sur le point de sortir de l’Hôtel-
Dieu, lorsqu’un frisson suivi de chaleur et de sueur annonça une re¬
chute que l’on attribua à la position du lit de la malade entre une fe¬
nêtre toujours ouverte sur la Seine et une baignoire d’où s’échappait,
toute la matinée, de la vapeur d’eau. La fièvre continua cinq jours sous
le type quotidien, pendant lesquels on ne lui donna que de la tisane de
chicorée, espérant que la guérison s’opérerait d’elle-même; mais voyant
la maladie continuer, on prescrivit l’infusion vineuse de houx, que la
malade prit le 8 juin pour la première fois. Elle eut encore un léger
accès le soir ; mais celui du lendemain et des jours suivans manquèrent
complètement, et elle sortit guérie le 19, après dix jours de convales¬
cence.
Obs. IF. Une autre femme, entrée le 18 mai, salle Sainte-Monique,
n" 4a, a présenté une fièvre intermittente quotidienne qui a été
long-temps rebelle au médicament. Entrée au quatrième accès, on
n’a commence' le traitement qu’au douzième, afin d’être assure' que la
lièvre ne guérirait pas d’elle-même. L’infusion aqueuse et le lavement
avaient eu peu d’effet sur la maladie; les accès continuaient en variant
d’heure et d’intensité, lorsque le 8 juin on en vint à l’infusion vineuse,
d’après la formule que nous avons donnée. L’accès suivant ne vint pas,
et dès ce jour la malade fut guérie. Elle ne sortit de l’hôpital que le
Sans tirer aucune conclusion définitive avant d’avoir observé un plus
grand nombre de faits, nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de
reconnaître que la poudre de houx a eu dans ces cas une action fébri¬
fuge très-marquée. Le premier malade avait eu treize accès des plus
forts avant le commencement du traitement : quatre accès faibles ont
terminé la maladie, après l’administration du remède. Chez les trois
autres malades, la fièvre a résisté à l’infusion aqueuse et au lavement,
et a été coupée en peu de temps par l’infusion vineuse. Cela nous fait
penser, jusqu’à présent, que c’est le mode d’administration le plus
sûr et le plus efficace. Pour préparer cette infusion, il faut faire sécher
les feuilles au four ou au soleil, et après les avoir pulvérisées dans un
mortier et passées au tamis de soie, on en laisse macérer à froid, pen¬
dant douze heures, de un à deux gros et même trois gros, dans un
verre de vin blanc ordinaire, que le malade prend en avalant la pou¬
dre , deux ou trois heures avant l’accès. Ce moyen a constamment
réussi à M. Rousseau : depuis plusieurs années, il distribue aux habi-
tans du quartier du Jardin des Plantes la poudre de houx, avec les
mêmes avantages. M. le docteur Constantin, médecin à l’hôtel de la
marine de Rochefort, où l’on sait que les fièvres intermittentes sont en¬
démiques, s’applaudit aussi des essais qu’il a faits l’année dernière
avec la poudre de houx. Il ajoute à l’infusion vineuse, dans les jours
d’apyrc’xie, quatre gros de feuilles de houx en décoction, dans quatre
verres d’eau réduits à trois. Après avoir passé à travers un linge, il fait
prendre les trois verres à quatre heures de distance chaque.
Nous voyons avec plaisir tous les efforts qui tendent à agrandir le do¬
maine de la thérapeutique. Il serait certainement plus avantageux pour
nous de découvrir des moyens de guérison pour des maladies auxquelles
aucune médication sûre ne peut être encore appliquée, que d’acquérir
un nouveau succédané du quinquina ; mais il est néanmoins précieux de
connaître quelles substances indigènes jouissent, au plus haut degré,
après ce spécifique, de la vertu fébrifuge, afin que, si une guerre ma-
( 48 )
time ou une cause quelconque venait à nous empêcher de recevoir la pré¬
cieuse c'corcc du Pérou, nous puissions trouver auprès de nous, et sur
notre sol, un produit qui nous rendît une partie de ses bienfaits.
M. Leroux, pharmacien à Yitry-le-Français, a déjà doté la thérapeu¬
tique de la salicine, principe extrait de l’écorce du saule ; si les espé¬
rances de M. Rousseau ne sont pas trompées, le principe actif des
feuilles de houx, qu’il appelle ilicine, et qui en a été extrait par un
jeune chimiste, M. Dcleschamps, jouira des mêmes propriétés fébrifu¬
ges. Cette substance n’a pas encore été employée.
DE l’emploi DH TABTBE STIBIÉ A HAUTE DOSE DANS LE TBAI-
TEMF.NT DE LA PNEUMONIE , ET DE SON MODE d’aCTION.
La plus grande dissidence règne aujourd’hui parmi les médecins sur
les effets du tartre stibié à haute dose; les uns lui attribuent les succès
les plus heureux, les autres ne lui reconnaissent aucune efficacité et le
rejettent comme dangereux.
A quoi tient cette différence? C’est que l’on est loin de s’entendre
sur le mode d’action de cet agent thérapeutique, et sur les cas où il est
le plus avantageux d’y avoir recours. 0n s’imagine que toute pneu¬
monie peut être indifféremment traitée par le tartre stibié ; c’est une
erreur, et une erreur grave, car toutes les pneumonies ne sont pas de
la même nature. On me dira que ce sont des inflammations; oui, sans
doute, mais des inflammations qui, dans plusieurs cas , ne se ressem¬
blent en aucune manière , et demandent des médications quelquefois op¬
posées. C’est ce qui sera démontré quand nous parlerons des indications
curatives. Nous allons aujourd’hui rechercher quel est le mode d’action
du tartre stibié à haute dose, et quelles sont les circonstances les plus
favorables pour son administration. Pour arriver à ce double but, ban¬
nissons toute préoccupation sur l’influence de cette méthode thérapeu¬
tique, et essayons d’en apprécier la valeur d’après les données des nom¬
breuses observations que nous avons été en position de faire dans les
hôpitaux et dans notre pratique.
Il est rare que les premières doses de tartre stibié ne provoquent pas
des vomissemens et des selles. Les médecins qui tiennent le plus à lui
reconnaître une action spécifique n’ont pas cherché à se le dissimuler.
Cependant Laënnec se plaisait à répéter que, dans le plus grand nombre
des cas qu’il avait observés, il n’avait été accompagné d’aucune action
évacuante (i); l’on peut dire néanmoins que les faits où l’on ne lui a
(i) M. Ilaime,
aire-général de la Société médicale de Tours, a publié
( 49 )
pas vu produire des évacuations sont rares et peuvent-passer pour des
exceptions : à part ces cas peu ordinaires, on doit admettre que le pre¬
mier effet de l’administration de l’émétique à haute dose est de déter¬
miner des vomissemens et des déjections alvines plus ou moins abon-
daus. A ces phénomènes se joignent encore assez souvent d’abondantes
sueurs et un flux d’urines plus ou moins copieux. Jusque-là tout sc
passe comme à la suite de l’ingestion du tartre stibié à dose vomitive.
Mais un résultat caractéristique de l’emploi de ce médicament à haute
dose, qui ne manque jamais et est toujours en rapport direct .avec le
degré de son action médiatrice , c’est la dépression générale des forces
caractérisée par la mollesse et la moiteur de la peau, l’affaiblisse¬
ment du pouls, l’humeclation de la langue et tous les autres signes d’un
relâchement général. Sous son influence baissent et tombent par degrés
les symptômes inflammatoires. Nous ne parlons ici que des cas où l’em¬
ploi de ce procédé est couronné de succès.
Si l’on se bornait aux premières doses de tailre émétique, l’inflam¬
mation ne tarderait pas à se raviver; mais en les continuant, suivant
l’usage, à des doses sagement progressives pour empêcher la force de
l’habitude de contrarier sa puissance, son action dépressive se soutient
et s’augmente ainsi que le prouvent à cette époque de la maladie et le
ralentissement de la circulation, et l’abaissement de la température , et
le sentiment général de lassitude et d’accablement; en même temps
les symptômes de la pneumonie s’effacent de plus en plus et achèvent
de s’évanouir. Nous avons vu, presque toujours, les convalescences être
solides et surtout rapides. C’est donc par une action déprimante opposée
à propos aux phénomènes pathologiqucsde l’inflammation que le tartre
stibié à haute dose paraît agir avantageusement dans la pneumonie. Ce¬
pendant il s’en faut bien que toutes les inflammations ou plutôt les
maladies confondues dans cette classe cèdent à cette méthode. Celle-ci
a été tentée vainement sur un grand nombre, et sans parler de son in¬
suffisance ou de son danger dans la plupart de ces essais, on se rappelle
que Laënnec y a renoncé dans le traitement des phlegmasies des mem-
toul récemment dans le précis de la constitution médicale du département d’In-
drc-ct-Loire un mémoire pour prouver qnc le tartre stibié n’agissait pas comme
révulsif, et il a cité pour exemples les cas où il n’y a aucune action évacuante. Ce
médecin croit que ces cas sont les plus nombreux. Nous ne partageons pas son
opinion. Quoi qu’il en soit, comme l’a très-bien dilM. Bouillaud ces jours der¬
niers dans le concours de clinique, les bons effets de ce médicament sont indé-
pendans de la manière dont il est toléré par l’estomac, et si l’on veut soutenir
qu’il agit comme révulsif, il faudra du moins convenir que tous les révulsifs no
sont pas capables de guérir comme lui la pneumonie. ( Note du Rédacteur. )
( 5o )
branes séreuses. Cette épreuve devrait suffire pour montrer qu’il y a
dans celles-ci autre chose qu’une vraie inflammation. Si nous analysons
sans partialité les cas de pneumonie où elle réussit le mieux, nous trou¬
vons que ce sont ceux qui offrent de la manière la moins équivoque les
attributs des inflammations: telles sont celles de ces affections qu’accom¬
pagnent un pouls fort, dur et fréquent, une face rouge et vultueuse ,
une chaleur très-vive : celles en un mot dont l’inflammation est la plus
franche, et exempte de toute complication. Car dans les cas où des
symptômes bilieux, une susceptibilité nerveuse prononcée, une faiblesse
native ou accidentelle, viennent en altérer l’expression, son action cura¬
tive perd de son efficacité à proportion, au point que dans les affections
de ce genre , dans lesquels les anciens médecins tels que Baillou, Syden¬
ham , de Haën, Stoll, Huxham et beaucoup d’autres recommandaient
les antibilieux, l’opium ou le quinquina, au lieu de conserver scs
avantages, elle est impuissante ou plutôt très-nuisible. C’est donc
contre les affections vraiment phlogistiques, et dans celles du poumon,
qui en offrent souvent le type, qu’elle se montre surtout utile , et cette
utilité diminue dans le même rapport que la pureté de leur caractère
inflammatoire.
Une action déprimante directement contraire à l’appareil bien des¬
siné des inflammations du poumon, voilà le résultat constant des faits
de pneumonie, traités avec un succès complet par le tartre stibié à
haute dose. Il est vrai que les saignées sont également pourvues d’une
vertu déprimante; aussi sont-elles bien placées dans les mêmes cas , et
peut-on les associer avec avantage à ce traitement, surtout dans le
début; cependant les émissions sanguines ne jouissent de cette propriété
qu’en soustrayant à l’organisme les matériaux de sa nutrition ; de là
une double action par leur usage : la débilitation d’abord, et la dé¬
pression qui en est la suite. Ce n’est pas ainsi qu’agit le tartre stibié.
Ici point d’affaiblissement radical; les forces se maintiennent dans leur
intégrité ; seulement elles sont effacées et comprimées comme il convient
pour enrayer les mouvemens pathologiques qui constituent l’inflam¬
mation. Celle-ci une fois dissipée, et le tartre stibié suspendu , l’orga¬
nisme se relève aisément, et la convalescence n’est nullement entravée.
Quand on emploie la saignée, on court toujours le risque de jeter le
malade dans une prostration incompatible avec une heureuse résolution.
Ajoutons que ce moyen n’attaque l’inflammation qu’indirectement en
enlevant avec le sang les élémens de la nutrition du corps, et que,
dans tous les cas, la faiblesse dont il est suivi gêne les efforts mé¬
dicateurs spontanés, facilite les récidives et éloigne le retour de
la santé. Nous ne disons pas qu’il faille s’interdire la saignée ;
( 5 . )
nous lui reconnaissons, au contraire, une utilité très-grande au com¬
mencement de ces maladies, mais dans la suite de leur cours , il est
heureux de trouver un moyen qui puisse agir directement sur le concours
des phénomènes inflammatoires, sans compromettre les forces , et tel
paraît être le tartre stibié à haute dose : c’est pourquoi nous n’hési-
tons pas à le pre'fe'rer aux saignées toutes les fois que les conditions de
son admission sont rc'unies, c’est-à-dire toutes les fois que nous avons à
traiter une pneumonie hautement exprimée et dépourvue de compli-
Cette manière de voir les effets du tartre stibié à haute dose permet
de concilier les contradictions apparentes qu’on rencontre à cet égard
dans les écrits des médecins. Les uns en effet exaltent sa vertu avec en¬
thousiasme , un plus grand nombre en réprouve l’usage, et aujour¬
d’hui les praticiens les mieux disposés en sa faveur bornent son utilité
à quelques cas exceptionnels, dans lesquels les saignées n’ont pas
réussi, ou dans ceux où Von ne peut absolument pas en espérer
du succès.
S’il n’est pas douteux que cette méthode doive être réservée pour les
pneumonies décidément et purement inflammatoires, l’extension abusive
qu’en ont faite les Italiens, et, à leur exemple, plusieurs médecins
français et étrangers, explique les revers qu’on lui a reprochés : car, il
faut le dire, quoique les pneumonies soient les maladicslesplussuscep-
tibles des conditions d’opportunité inséparables de ses bons effets, la plu¬
part ne jouissent qu’imparfaitement de cet avantage, et plusieurs y sont
diamétralement opposées.Rappelons ce que nonsavons dit plushautdes
pneumonies qui réclament un traitement par l’opium, par le vomitif ou
par le quinquina, et nous jugerons que celles-là du moins néparaissent
nullement en mesure de céder à la méthode dont nous parlons. A l’é¬
gard des autres, réfléchissons à la rareté du concours de circonstances
qui favorisent les inflammations franches, particulièrement dans les ci¬
tés populeuses et dans la classe des hommes traités dans les hôpitaux,
et nous renfermerons dans des limites assez étroites la fréquence de l’u¬
tilité de cette méthode. La plupart de ces remarques s’appliquent avec
la même raison à l’usage exclusifdes émissions sanguines dans les pneu¬
monies : plus tard nous reviendrons sur cet objet, et nous aurons oc¬
casion de montrer ce que la pratique aurait à gagner à se relâcher de
la rigueur de la méthode dite antiphlogistique, pour la combiner avec
d’autres moyens thérapeutiques aujourd’hui méconnus , mais qui n’en
ont pas moins été pendant des siècles généralement accrédités et justi¬
fies par d’éclatantes guérisons.
L’indication du tartre stibié à haute dose est bien vague, si on la fait
( 5 * )
reposer, ainsi que le veulent plusieurs, sur les cas où les saignées ont
échoué, au lieu qu’elle est claire et précise lorsqu’on la déduit de l’ac¬
tion même de cette substance. Sous ce rapport, il est évident qu’au mi¬
lieu de l’hiver, dans un temps froid et sec, sur les lieux élevés, si un
sujet jeune, vigoureux, se présentait à nous affecté de pneumonie, nous
n’hésiterions pas à avoir recours au tartre stibié avec une confiance ex¬
trême dans la guérison. Si, au contraire, l’affection se présentait en
été, dans un pays chaud, au milieu de circonstances propres à altérer
la pureté de l’inflammation , nous ne considérerions pas le tartre stibié
comme devant jouir des mêmes avantages.
Les doses auxquelles l’on doit donner le tartre stibié n’ont rien de
fixe et d’absolu : on commence ordinairement par quatre ou six grains
administrés par cuillerée d’heure en heure, dans une potion de quatre
onces d’infusion de feuilles d’oranger, suffisamment édulcorée avec un
sirop quelconque, ou bien dans six demi-verres de la même infusion ,
que l’on fait prendre au malade , à deux heures d’intervalle chaque,
comme le faisait Laënnec. Si la marche de la maladie l’exige, on peut
élever graduellement la dose du tartre stibié jusqu’à douze et dix-huit
grains et davantage ; mais il n’est pas prudent de la porter trop loin ,
quoique nous en ayons vu prendre jusqu’à quarante grains dans vingt-
quatre heures, sans accident, et que Rasori en ait donné jusqu’à quatre-
vingt-seize grains. Aussitôt que son action médicatrice est complète , il
faut en diminuer la quantité suivant une progression décroissante, jus¬
qu’à ce que toute crainte de récidive soit dissipée.
Dans le cours de l’administration de ce remède, si les déjections al-
vines et les vomissemens sont trop fréquens et affaiblissent trop le ma¬
lade , il faut en modérer l’action, en joignant à la potion ou à l’infu¬
sion de feuilles d’oranger de un à deux grains d’extrait gommeux
d’opium , ou d’une once à une once et demie de sirop diacode. En
agissant ainsi, on assure au tartre stibié toute sa puissance antiphlo¬
gistique (t).
(t) Un des rédacteurs des Archives de Médecine a inséré dans un des der¬
niers numéros de ce journal une analyse des travaux faits jusqu’à ce jour sur
l’emploi du tartre stibié, à haute dose , dans le traitement de la pneumonie : il
examine l’un apres l’autre, dans un long mémoire, tous les faits publiés par
Rasori, Laënnec, Peschier, Gendrin, Viau de Lagarde, Mériadcc-Laënnec, etc.;
et de cette analyse critique est résultée pour lui la conviction que la plupart de
ces travaux manquent do la certitude nécessaire pour inspirer une entière con¬
fiance. Cependant, au milieu de ces motifs d’incertitude , il trouve un fait domi¬
nant : c’est qu’en admettant tontes les causes possibles d’erreurs, tant de
témoignages et d’observations, dont quelques-unes présentent réellement le ca-
( 53 )
DÉCOUVERTE DE L’iODE DANS LES SOURCES d’uR'E VALLÉE DU
PIÉMONT.
Au moment où l’Académie des sciences vient de récompenser l’au¬
teur de la découverte de l’iode et les médecins qui l’ont les premiers
employé comme remède, l’on apprendra avec plaisir que de nouveaux
faits viennent appuyer les succès déjà proclamés.
Il existe une vallée du Piémont (la vallée de Gormayeur), où depuis
un temps immémorial l’on se rendait en foule pour obtenir la guérison
du goitre et des engorgemens scropbuleux. Celte antique réputation
ne s’était point affaiblie, et l’on vantait encore aujourd’hui avec raison
la spécificité de ces sources ; cependant l’analyse chimique ne nous avait
point encore révélé le principe actif auquel elles devaient leur vertu. Les
travaux chimiques et thérapeutiques sur l’iode, ayant réveillé l’attention
d’un chimiste fort habile de Turin, M. Cantu, il s’est mis en devoir de
rechercher la présence de ce corps dans ces eaux salutaires : le résultat
n’a pas trompé son espérance, et un grand nombre d’expériences lui ont
démontré la présence de l’iode dans toutes les sources que possédait
la propriété dont nous avons parlé.
Les eaux iodurées des vallées du Piémont n’occasioncntjamais d’ac-
cidens, lors même qu’on en boit une grande quantité ; cependant leur
action est assez énergique. Cette innocuité ne serait-elle point un avertis¬
sement pour les praticiens qui prescrivent l’iode et ses préparations à
si hautes doses? De nombreux revers ont pour cela suivi la prescrip¬
tion de ce médicament, et quelques médecins ont frappé de réprobation
un remède qui a déjà rendu des services, et qui dans des mains ha¬
biles et prudentes est destiné à en rendre de plus grands encore.
Nous avons vu des goitres résister constamment à l’action des eaux
de Cormayeur : ce sont principalement ceux à poche remplie de liquide,
et dont Maunoir a si habilement tracé l’histoire sous le nom d’hydrocède
du cou. Ces eaux sont employées avec succès soit à l’intérieur, soit à
chfet de l’authenticité, ne permettent pas de révoquer en doute que cette médi¬
cation n’ait eu quelques avantages. Pour nous, notre conviction est fortement
assise. Quoique nullement disposé à ingérer à tort et à travers dans l’estomac
des gros entiers de cette substance, bien déterminé au contraire à n’y avoir
recours que dans les cas très-graves, et dans les indications les plus évidentes,
nous ne pouvons oublier les guérisons inespérées que nous avons vu obtenir par
cette méthode, à notre maître, le professeur Laënnec, dans un grand nombre
de pneumonies doubles très-intenses, chez des sujets jeunes et vigoureux, et cela
sans l’aide d’aucune émission sanguine. ( Note du Rédacteur. )
( 54 )
l’extérieur, contre la plupart des engorgemens strumeux, ainsi que
ceux connus sous le nom d’engorgemens blancs. L’iode est un excellent
ine'dicament; il a remplace' arec avantage le muriatc de baryte, et son
usage n’a pas les mêmes inconve'nicns ; comme ce dernier, il peut ce¬
pendant fatiguer l’estomac, l’enflammer, et les premiers essais tentes
par les compatriotes du docteur Coindet ont e'te' signales par une foule
d’accidens de ce genre. Heureusement l’expérience a apporté une grande
modification aux formules de préparation et de prescription de l’iode :
nous les ferons connaître, ainsi que les résultats heureux de son admi¬
nistration dans les hôpitaux de Paris. C.
TBAITEMENT DE LA GONOnKHÉE PAB LES COUBANS d’eAU TIÈDE.
M. Serre, médecin à Alais (Gard), a présenté à l’Acadc'raie des
Sciences, pour le concours des prix Monthyon, un mémoire sur ce sujet
intéressant de thérapeutique.La gravité de certaines urétrites, leur persi-
siance quelquefois malgré tous les moyens mis en usage, les tisanes, les
sangsues, les spécifiques, les e'molliens ou les astringens topiques, nous
font vivement désirer que l’expérience d’autres médecins vienne confir¬
mer les résultats obtenus par M. Serre (i). Ce praticien dissipe par des
courans continus d’eau tiède la gonorrhée la plus aiguë , la plus vio¬
lente , en quatre à six jours : ce moyen bien appliqué n’a jamais, dit-
il, échoué; la plupart des malades qu’il a traités ont été guéris dans
cet espace de temps, et les autres n’ont conservé qu’un suintement de
très-faible importance qui n’a pas été au-delà de dix à quinze jours.
Voici comment il procède. Après avoir fait placer le malade dans un
bain à la température de 25 à 25 degrés, les jambes fléchies et légère¬
ment écartées, il introduit dans le canal de l’urètre une sonde de femme
en argent ou bien une en gomme élastique de quatre à six pouces de
longueur, d’un calibre assez petit pour qu’elle puisse avoir du jeu et
permettre le retour de l’eau entre ses parois et celles du canal ; une pe¬
tite seringue à oreille étant chargée de l’eau du bain, il en introduit
l’extrémité dans l’ouverture de la sonde, et pendant que la main gauche
maintient celle-ci pour éviter les ébranlemens douloureux, il pousse dou¬
cement le piston du doigt indicateur de la main droite. L’eau pénètre
alors dans le canal par plusieurs petites ouvertures préalablement pra¬
tiquées aux côtés de la sonde et revient au dehors, en passant entre la
(t ) La Gazette Médicale contient aujourd’hui des réflexions critiques sur ce
moyen thérapeutique, nous les ferons connaître dans notre prochain numéro.
( 55 )
sonde et le canal, emportant arec elle le pus gonorrhoïque. Pendant une
heure ou une heure et demie il faut répéter sans cesse ces injections.
Pour éviter le dérangement qu’entraîne la séparation de la seringue de
la sonde afin de la remplir de nouveau, on peut pratiquer un trou de
deux à trois lignes de diamètre à l’extrémité de l’instrument, du côté
du bec ; alors en retirant le piston, il se remplit de lui-même, etl’on n’a,
pour repousser le liquide dans le canal, qu’à fermer le trou avec un
doigt. De cette manière les injections sont plus continues. On peut rem¬
placer la seringue par un clysoir ; il a l’avantage de n’imprimer aucune
secousse aux parties génitales , de donner un courant également continu
et dont on peut encore modérer la force d’impulsion en variant la hau¬
teur du liquide. Le clysoir rend de plus le bain inutile, du moins pour
effectuer l’injection ; car le bain a toujours de grands avantages : outre
son effet général sur le corps, il rend l’introduction de la sonde plus
facile et neutralise l’irritation de son contact. Pour obtenir une gué¬
rison radicale, il faut prendre un bain avec injection pendant quatre
à six jours. L’opération n’est pas douloureuse. On n’éprouve qu’un pi¬
cotement désagréable à l’introduction delà sonde; mais il est de courte
durée, et le sentiment du retour de l’eau à l’extérieur n’a rien d’in¬
commode. Si le malade avait besoin d’uriner pendant l’opération , il
faudrait retirer la sonde.
Déjà, au sortir du premier bain, l’amélioration se prononce; le pas¬
sage de l’urine est moins douloureux, l’écoulement moindre et le poids
des testicules moins pénible : ce mieux-être se prolonge neuf ou dix
heures. Après le second bain, la certitude de la guérison, promise au
quatrième ou sixième jour n’est mise en doute par aucun malade.
M. Serre publie quatre observations de gonorrhées aiguës ou chro¬
niques guéries en quatre, cinq, six et sept jours par ce moyen thé¬
rapeutique dont l’emploi, si l’efficacité en est bien constatée, éviterait
des rétrécissemens, la fatigue de l’estomac par d’abondantes et fades
tisanes, l’affaiblissement qu’amènent les sangsues et surtout les irrita¬
tions qui peuvent survenir par l’usage du copahu, du poivre de cubèbe,
de l’iode et d’autres médicamens également actifs.
( 56 )
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
NOTE SUR LE TRAITEMENT DES BRULURES PAR LE TYPHA (l)
ET LE COTON ÉCRU.
Les douleurs résultant de l’action du calorique en excès sur nos
parties sont tellement intolérables qu’il ne faut point s’étonner de la
sollicitude qu’elles excitent chez les personnes qui ont été témoins des
plaintes qu’elles arrachent ou qui en ont été elles-mêmes victimes.
Ainsi s’explique l’innombrable série de remèdes imaginés pour guérir
les brûlures. Ici, il faut l’avouer, l’empirisme, tout aveugle qu’il est,
a plus fait que l’art, puisque c’est à lui que nous devons les procédés
les plus efficaces pour remplir les premières indications.
Que voit le vulgaire dans une brûlure ? Une douleur violente à apai¬
ser ; et, sans s’enquérir des phénomènes organiques qui accompagnent
ou qui doivent suivre ce symptôme, il cherche à soulager, et à soulager
immédiatement, le malheureux qui souffre. Aussi tout lui parait bon
pour remplir ce but. Le froid est l’agent qui a dû le premier fixer son
attention; c’est en effet celui dont l’emploi est le plus général et le
plus anciennement connu : on y a recours sous toutes les formes. D’un
autre côté, comme on s’est aperçu que le contact de l’air ou des corps
extérieurs augmentait cette douleur qu’on tend sur toutes choses à
détruire, on a été conduit à couvrir les parties brûlées de corps mous
et imperméables; de là les applications d’huile, de lard, et de ces
mille et un onguens pour la brûlure, de tous ces secrets enfin qui, pour
n’avoir pas toutes les vertus qu’on leur accorde, remplissent assez bien
ordinairement la double indication que présente la brûlure récente, de
soustraire l’excès du calorique et de mettre le derme rubéfié ou dénudé
à l’abri du contact des corps extérieurs.
(t) Le typlia est une espèce de duvet prodoit parles (leurs femelles d’une
plante aquatique très-commune, connue vulgairement sous le nom de massette
ou masse d’eau ; elle offre en botanique deux especes, le lypha latifolia et le
typha angustifolia. Elle croit sur le bord des étangs et des fossés. Le chaume
de cette plante a jusqu’à quatre et six pieds de hauteur; au mois de mai, époque
de la floraison, il est surmonté d’un chaton cylindrique brunâtre formé par l’en¬
semble des fleurs. Pour obtenir le duvet, il suffît de séparer le chaton de la tige
et de l’approcher du feu, où plutôt de le placer sur un poêle ou une plaque de
tôle chauffée, ou dans un four; le cylindre ne tarde pas à s’onvrir, quelquefois
avec éclat, et laisse échapper une quantité considérable d'un produit cotonneux
très-léger, grisâtre et excessivement doux an toucher.
( 5 7 |
Le médecin procède autrement dans la curation des brûlures ; il ex¬
plique les différons phénomènes qu’a fait naître la combustion, et en
tire des indications. La douleur est une excitation anormale des houppes
nerveuses du derme; la rougeur une augmentation d’action des capil¬
laires cutanés; en un mot une inflammation par cause externe.
Or la science lui dit que les moyens les plus propres à combattre une
inflammation aiguë extérieure sont les topiques émolliens , caïmans
ou répercussifs, les boissons aqueuses, le régime débilitant, les éva¬
cuations sanguines; il doit donc couvrir la partie brûlée de cataplasmes
mucilagineux ou de liqueurs plus ou moins astringentes ou sédatives;
et pourtant l’expérience ne viendra pas alors confirmer l’infaillibilité
de sa théorie; il se verra obligé, tout instruit qu’il est, à devenir peu¬
ple un instant pour être véritablement médecin, c’est-à-dire homme qui
guérit.Si le traitement ordinaire del’inflaramation convenaitaux brûlures,
les médecins eux-mêmes auraient-ils vanté successivement et ce Uni¬
ment si anciennement préconisé d’huile de lin et d’eau de chaux , et
l’huile de térébenthine, et l’espril-de-vin , et le vinaigre, et le carbo¬
nate de chaux ou de plomb , et la solution de chlorure de sodium, etc.;
tous moyens sans exception qui comptent des succès, mais dont l’action
serait bien difficile à expliquer par notre théorie de l’inflammation.
Toutefois, si l’empirisme semble avoir fait plus que l’art pour la cu¬
ration des premiers accidens de la brûlure, disons qu’il devient insuf¬
fisant , dangereux même plus tard, quand ces phénomènes locaux et
primitifs ont disparu. C’est alors qu’il ne peut plus y avoir de remèdes
pour les brûlures, mais bien un traitement plus ou moins compliqué qui
variera suivant le degré, l’étendue de la lésion , suivant la nature des
parties intéressées et les diverses complications. Nous nous proposons de
développer bientôt ces idées, qui ne seront pas sans quelque intérêt pour
les praticiens. Le fait suivant, qui vient leur prêter l’appui de l’expé¬
rience, va constater en outre l’utilité d’une substance dont l’emploi mérite
d’être connu, tant pour ses effets vraiment remarquables qu’à cause de
la facilité qu’on peut avoir à se la procurer.
Un jeune homme de dix-neuf ans, employé dans une pharmacie de
la rue des Lombards, était occupé , le 25 juin, à luter une cornue
qu’il venait de remplir d’esprit-de vin, lorsqu’il se trouva tout à coup
entouré de flammes provenant de la combustion d’une certaine quantité
d’alcool laissé par mégarde dans un entonnoir près du feu. Pour fuir le
danger qui le menace et qui l’atteint déjà, il veut franchir un large
fourneau ; mais, dans son trouble, il se précipite la tête la première
dans une chaudière qui contenait environ cinq cents livres d’onguent
populeum bouillant. Ses efforts pour en sortir sont vains, ils sont même
tome i. 2° liv. 5
un nouveau supplice, car ses bras et ses mains, en contact immédiat avec
les parois de la chaudière presque rouge, sont chaque fois brûlés plus
profondément. Heureusement pour lui, le garçon de laboratoire, qui
était présent, s’élance à son secours et parvient, non sans peine, à le
rejeter hors de la chaudière sur le sol. « De l’eau, saignez-moi, » sont
les seuls mots que le malheureux prononce à plusieurs reprises; on lui
accorde ce qu’il demande, on lui enlève la chemise et le pantalon, seuls
vêlemens qui le couvrent, et on l’enduit de ce'rat. C’est dans cet état, et
souffrant des douleurs faciles à concevoir, qu’on le transporte à la mai¬
son de santé du Faubourg Saint-Denis. Ses brui lires étaient, comme on
le pense bien, étendues et profondes ; elles envahissaient toute la moitié
supérieure du tronc jusqu’à la ceinture, et n’avaient épargné que le cou,
qui était entouré d’une épaisse cravate ; la face, chose remarquable,
était moins intéressée que le reste de la tête , le dus et les avant-bras.
Quant à ceux-ci, surtout le droit, ils l’étaient Irès-profondéinent et
dans presque toute leur étendue. Aussitôt son arrivée à la maison de
santé, on eut l’heureuse idée de couvrir toutes les parties brûlées , sans
exception , de typha; et les jours suivans on se contenta d’appliquer de
nouvelles couches de ce duvet pour absorber les liquides qui avaient
traversé les premières. On continua ainsi jusqu’au 13 juillet, époque à
laquelle le malade, par des motifs d’économie, se fit transporter à
l’Hôtel-Dien, oit le meme traitement est continué.
Dès le moment où le typha recouvrit les brûlures, la douleur cessa
pour ne plus revenir. Aucun accident, aucune suppuration ne survint;
les parties qui n’c'taient que rubéfiées ou à l’état de vésication furent
bientôt parfaitement nettes; celles qui étaient plus profondément brû¬
lées demeurèrent couvertes d’une croûte sèche très-dure et très-adhé¬
rente , formée par les différentes couches de typha et le suintement
séreux dont nous venons de parler. Ces croûtes sedétachèrent successive¬
ment, et leur chute laissa voir constamment une cicatrice achevée.
Aujourd’hui, vingt-troisième jour, il ne reste plus d’un accident qui
pouvait avoir des conséquences si funestes que des croûtes assez nom¬
breuses à l’avant-bras droit, quelques autres à la face antérieure de
l’avant-bras gauche , au cuir chevelu et sur le dos. La figure ne con¬
servera aucune trace de brûlure : il est vrai qu’elle est une des parties
qui ont été le moins endommagées. Cette heureuse circonstance s’ex¬
plique parle contact de cette partie avec l’eau de végétation occupant le
fond de la chaudière, et qui par sa nature même devait être pénétrée
d’une moindre quantité de calorique que la graisse en ébullition qui se
trouvait au-dessus.
On ne saurait exiger d’un agent thérapeutique plus d’avantages que
( 5g )
li’en a offert le typha dans l’observation qui précède. Hâtons-nous d’a¬
jouter que ce n’est pas à une qualité propre à ce produit que cette gué¬
rison si prompte doit être attribuée, mais seulement à la propriété que
possède tout corps absorbant inerte d’attirer et de retenir les fluides
exhalés d’une partie dénudée, et de former, par la dessiccation, une
croûte fortement adhérente et imperméable qui met la surface malade à
l’abri du contact de l’air. Le typha agit sans doute à la manière du co¬
lon écru, dont l’usage, dans le traitement des brûlures, commence à se
répandre, mais n’est pas encore assez généralement connu. Nous profi¬
terons donc de cette occasion pour dire deux mots de ce dernier moyen,
dont nous avons pu apprécier la valeur par nous-même.
Personne n’a revendiqué jusqu’à présent l’idée première de l’emploi
du coton écru dans le traitement des brûlures ; c’est que probablement
le hasard a la plus grande part, sinon tout le mérite, de cette décou¬
verte, comme dans celle de la plupart des médicamens dont la réputa¬
tion s’est soutenue. Le médecin qui a le plus contribué jusqu’à présent
à la propagation de ce traitement, en publiant scs observations, est le
docteur Anderson. D’après ce médecin, quels que soient l’étendue et le
degré de la brûlure, le phénomène le plus remarquable que produit l’ap¬
plication du colon écru est la cessation prompte de la douleur locale et
de l’irritation générale qui l’accompagne toujours; dans les cas graves,
où le salut du malade est devenu impossible, l’emploi du ceton a en¬
core cet avantage immense, qu’un soulagement soudain,' ou même la
disparition des souffrances rend plus supportables les quelques momens
d’existence qui restent. Quand au contraire la brûlure est superficielle,
le coton diminue l’inflammation, et paraît prévenir la formation des
escarres ; il ne se forme alors, comme cela s’est montré dans l’observa¬
tion que nous avons donnée plus haut, qu’une pellicule ou plutôt une
croûte plus ou moins épaisse, qui semble favoriser la cicatrisation et la
reproduction de l’épiderme.
Un des faits les plus convaincans est Celui-ci : une jeune fille offrait
aux deux jambes des brûlures profondes et d’égale étendue; le docteur
Anderson couvrit l’une de coton écru, et pansa l’autre avec du cérat
simple. La première ne conserva que très-peu de douleur, et offrait,
dès la troisième semaine, une cicatrice parfaite, tandis que l’autre resta
long-temps enflammée et douloureuse, et ne fut complètement guérie
qu’au bout de trois mois.
M. Larrey, qui semble avoir modifié ses idées relativement au trai¬
tement des brûlures, qu’il couvrait autrefois de linges enduits de cérat
safrané dans les premiers momens, a fait part l’année dernière, à l’À-
( 6o )
de ces lésions ; elle consiste à ouvrir les pldyctènes et à couvrir toute
l’e'lendue de la brûlure de plusieurs couches de coton carde' qu’il main¬
tient avec une bande, sans y toucher jusqu’à guérison complète. Cette
gue'rison a ordinairement lieu au bout d’une quinzaine de jours. ( On
conçoit qu’il ne s’agit ici que des cas où la brûlure n’a intéresse' que les
tègumens, et n’a pas pénètre' jusqu’aux muscles ni aux os. )
A. T.
INJECTION d’eAU DANS LES VEINES DANS UN CAS d’iIYDROPHOBIE.
Le jeune Ménard, dont nous avons annoncé la fin funeste dans notre
premier numéro, fut amené à l’Hôtel-Dieu avec tous les signes de la rage
confirmée. Voici quel était alors son état : son pouls était très-fréquent
sans être fort, sa respiration peu pénible , ses yeux égarés , sa bouche
écumeuse; sa physionomie exprimait une profonde anxiété, mêlée
parfois de fureur. Il avait conservé l’intégrité de ses facultés intellec¬
tuelles ; aussi pendant l’intervalle de ses accès s’entretenait-il avec calme
de son état; il y avait même dans sa parole et dans ses manières quel¬
que chose d’affectueux qui intéressait le cœur des assistans et rendait
le spectacle de ses fureurs encore plus douloureux. Il ne fallait, pour le
faire sortir de ce calme passager et le jeter dans un état difficile à
peindre, que lui montrer de l’eau ou quelque chose de brillant : alors
sa tête se renversait en arrière; des cris rauques et étouffés s’échap¬
paient de sa poitrine oppressée ; ses yeux étincelaient ; il saisissait avec
fureur ses draps, ses couvertures, les portait à sa bouche écumante et
avec ses dents les déchiraient en lambeaux.
Des saignées abondantes , plusieurs fois répétées , ayant été faites
sans succès, les médecins rassemblés autour de lui crurent devoir re¬
courir au moyen indiqué et déjà mis en usage à l’Hôtel-Dieu par
M. Magendie, l’injection de l’eau dans les veines. Vers neuf heures,
M. Sanson procéda ainsi à l’opération.
La veine radiale gauche fut choisie comme étant la plus apparente ;
on la fit gonfler en comprimant la partie moyenne du bras, et un aide
la maintenant immobile entre deux doigts placés sur ses côtés, l’opéra¬
teur fit sur son trajet, et parallèlement à son axe, une incision à la
peau d’un pouce et demi d’étendue. Ce vaisseau ainsi mis à nu, mais
masqué pendant quelques instans par le sang provenant des capil¬
laires sous-cutanés, fut saisi avec une pince et ouvert longitudi¬
nalement dans l’étendue de deux lignes. Aussitôt un des doigts de
l’aide qni servait à le fixer arrêta l’écoulement du sang, et l’opérateur
( Gi )
soulevant le bout supérieur avec une pince à disséquer, y introduisit le
siphon très-délié d’une seringue contenant huit onces à peu près d’eau
distillée à la température de a5 à 28 degrés. L’injection commençait à
s’opérer, mais avec quelques difficultés, lorsqu’on s’aperçut que l'avant-
bras se tuméfiait. Force fut d’interrompre sur-le-champ l’opération et
de retirer la canule, car ce gonflement était produit par l’infiltration
de l’eau injectée dans les mailles du tissu cellulaire , soit que le siphon
n’eût pas été introduit dans la veine ou en fût sorti, soit que les parois
du vaisseau eussent été rompues. On remplit de nouveau la seringue, et
l’ayant fait pénétrer avec plus de bonheur cette fois, on injecta d’un
seul trait, fort lentement et sans secousse, quatre onces de liquide qui
fut ainsi mêlé avec le sang. La seringue étant retirée, on rapprocha les
bords de la plaie et l’on mit l’appareil ordinaire de la saignée.
Pendant l’opération , pratiquée avec les plus grands ménagemens ,
l’enfant manifesta beaucoup d’agitation , mais d’une manière moins
continue qu’auparavant; et, immédiatement après l’injection, soit à
cause de la fatigue de ses mouvemens convulsifs désordonnés, soit par
l’effet du remède, il survint un calme qui, jusqu’à la mort, ne fut in¬
terrompu que par quelques accès de convulsions beaucoup moins forts,
que provoqua une saignée faite à dix heures.
Depuis ce moment, le pouls devint faible , petit, tout en conservant
de la fréquence ; la respiration devint de plus en plus difficile, et la
bouche fut constamment couverte d'une écume plus abondante. On
parvint avec quelque peine à faire mâcher et avaler au malade une
tranche d’orange ; enfin, après un moment de calme de quelques mi¬
nutes, il expira.
— Le malheureux enfant dont nous venons de raconter la fin déplo¬
rable avait, dans un de ses accès terribles, arraché un lambeau de ses
draps, qui, placé au fond sa bouche, risquait de le suffoquer; ce ré¬
sultat était infaillible, si M. Caillard, médecin sédentaire de l’Hôtel-
Dicu, n’avait eu le courage de l’en délivrer; mais ce médecin a été
mordu fortement au pouce de la main droite ; les plaies saignantes ont
été immédiatement cautérisées avec le fer rouge.
M. Caillard ne croit pas que la rage puisse se communiquer d’homme
à homme ; aussi est-il plein de confiance et prodigue-t-il aux mal¬
heureux hydrophobes, que tout le monde n’approche qu’avec frayeur, des
soins affectueux qui l’honorent. On l’a vu, en i 8 i 4> garder à vue, seul
dans une chambre, des hydrophobes furieux dont il finissait par se
rendre maître. L’un d’eux une nuit s’était sauvé sur un toit de l’hôpi¬
tal , et avait fait en quelques heures un dégât considérable, personne
ne voulut s’exposer à aller le chercher; M. Caillard l’osa, mais il fut
( 6a )
egalement mordu au doigt médius de la main droite; il n’y eut aucun
accident. Cette anne'e une circonstance épouvantable augmenta la pro¬
portion ordinaire des hydrophobes qui sont traites àl’Hôtel-Dieu. Un
amateur d'expérience sur les animaux avait voulu juger les effets de
l’inoculation du virus rabique sur dix chiens. Ce que l’on prévoit ar¬
riva , tous les dix devinrent enragés. Pour s’en défaire il les fait mettre
dans un sac et charge un commissionnaire d’aller les noyer. Celui-ci ,
ignorant le danger du fardeau qui lui était confié, entre chez un mar¬
chand de vin et pose le sac à côté de lui ; mais le sac n’e'tait pas sans
doute bien attaché, car les chiens s’élancent bientôt de toutes parts et
mordent tous ceux qu’ils rencontrent. Soixante-quatorze personnes furent
à cette époque cautérisées à l’Hôtel-Dieu. Sur ce nombre il en est dix
qui ne purent être soustraites à l’action du venin : elles moururent toutes
dix enragées à l’hôpital.
On reçoit, année commune, deux ou trois personnes atteintes de la
rage à l’Hôtel-Dieu. De mémoire de médecins, il n’y a aucun cas de
guérison après l’apparition des premiers symptômes. La durée de la
maladie est très-courte. Le malade périt le plus souvent au bout de
vingt - quatre ou quarante - huit heures. Le meilleur moyen préventif
qu’on puisse employer dans un cas de morsure suspecte estla cautérisation.
Il y a dans ce moment à l’Hôtel-Dieu , salle Sainte-Jeanne, n° 3i, un
cordonnier âgé de soixante-douze ans, qui a été cautérisé profondément
le 22 juin, pour une morsure faite par un chien suspect. Le moral de
ce malade est loin d’être tranquille à cause de la mort récente que nous
avons rapportée.
DU TRAITEMENT DES ULC&RES ET PLAIES ANCIENNES PAR LA
COMPRESSION , AU MOYEN DES BANDELETTES AGGLUTINATIVES.
Un chirurgien de la Pitié, M. Yelpeau, s’est assuré que le meilleur
moyen de guérir un grand nombre d’ulcères et de plaies un peu ancien¬
nes est l’emploi des bandelettes de diachylum gommé. On taille des
lanières de ce sparadrap larges d’un pouce ou d’un travers de doigt et
suffisamment longues pour faire une fois et demie, au moins , le tour du
membre malade; on applique le plein de chaque bandelette sur le côté
opposé à la solution de continuité ; on enramèneles extrémités par-devant,
de manière à la recouvrir en les croisant pour les rapporter en arrière.
La première doit être placée à quelque distance au-dessous de la plaie,
et la dernière à deux ou trois pouces au-dessus; il faut qu’elles s’imbri-
( 03 )
■cjncnt les unes les autres de manière à former une espèce de guêtre ou
de bottine. Ce pansement n’a besoin d’être renouvelé' que tous les trois,
quatre, cinq ou six jours, plus ou moins, suivant l’abondance de la
suppuration.
D’abord répandue en Angleterre par Baynton, importée en France
par M. Roux, en 1814, cette me'tbode paraît avoir des avantages nom¬
breux et qui n’ont pas e'te' assez appre'cie's parmi nous. La cicatrisation
s’opère, sous cet appareil, avec une rapidité' vraiment étonnante : des
surfaces ulce're'es de la largeur de2, 3, 4 et 5 pouces, se ferment quel¬
quefois dans l’espace de 12, i5, 20, 3o et 4o jours. Ce n’est pas par
le rapprochement des bords de la plaie qu’il guérit, mais bien en fa¬
vorisant la formation d’une cicatrice de toutes pièces; de telle sorte
qu’après la guérison, il semble qu’on ait appliqué sur l’ulcère un
morceau de tégument. La cicatrisation se manifeste fréquemment sur
plusieurs points de la blessure à la fois, et il n’est pas rare de la voir
s’effectuer comme par une simple solidification, un endurcissement
graduel de toute la surface suppurante.
Les expériences de M. Velpeau tendent à prouver que ce genre de
médication n’est pas moins efficace pour les plaies proprement dites,
avec perte de substance ou non, pour toutes les blessures qui ne peu¬
vent pas se guérir par première intention, les ulcérations auxquelles
donne lieu la brûlure du troisième degré , les abcès avec destruction
de la peau, etc., que pour les ulcères calleux et variqueux des mem¬
bres inférieurs. Il est vraiment étonnant que, jusqu’ici, on n’ait pas
plus généralisé l’usage d’une ressource aussi puissante.
Nous citerons, entre autres faits puisés à l’hôpital de la Pitié, une
fille qui portait, depuis huit ans, un grand nombre d’idcères à la jambe
gauche ; plusieurs étaient cicatrisés ; mais il en était reste quatre qui
avaient résisté à tous les moyens successivement employés. Eh bien ! il
a suffi de quatre applications de bandelettes , c’est-à-dire de douze
jours, pour les cicatriser entièrement.
Une autre jeune fille , couchée salle Saint-Jean, n° 26, a été guérie
«11 neuf jours, parce moyen, d’un ulcère taillé à pic et plus large que
le pouce, qu’elle portait à la jambe gauche depuis deux mois.
Un homme de soixante-cinq ans , qui est encore actuellement à l’hô¬
pital , portait à la jambe gauche trois ulcères dont l’un de la largeur
d’une pièce de cinq francs , les deux autres de l’étendue d’une pièce
d’un franc. Chez ce malade, quatre applications de bandelettes ont éga¬
lement suffi pour guérir ces trois ulcères à la fois.
Un autre qui avait à la jambe plusieurs ulcères , un enti
( 64 )
de forme irrégulière et plus large qu’une pièce de cinq francs, a été
guéri en vingt jours.
Chez un ex-garde royal dont toute la face extérieure, le bord cl
même la plante du pied étaient couverts d’nne vingtaine d’ulcères sa-
nieux séparés par des brides, des festons, etc., deux applications de
bandelettes ont suffi. Un autre jeune homme, ayant, depuis six mois,
cinq ulcères sordides à la jambe droite, fut également guéri en six jours.
Dans les plaies qui ne tendent pas à se cicatriser, les bandelettes de
diachylum ne présentent pas moins d’utilité que dans les ulcères. Il
s’en est présenté à la Pitié de toutes les sortes qui ont été traitées par
ce moyen avec un avantage incontestable. Nous citerons d’abord un cas
de plaie contuse sur laquelle des cataplasmes ont été appliqués pendant
huit jours pour favoriser l’exfoliation des couches mortifiées et le dé¬
veloppement des granulations : à partir du huitième jour, on a com¬
mencé l’emploi des bandelettes; la plaie avait alors trois travers de
doigt au moins de dimension et plusieurs lignes de profondeur, et la
cicatrisation a été opérée en quinze jours.
Deux malades ont été soumis à la section de la saphène interne pour
des varices ; la plaie a été pansée de manière à empêcher la réunion
immédiate et prévenir le rétablissement du calibre de la veine divisée,
comme le pratique ordinairement M. Velpeau : le douzième jour, le
fond de cette plaie étant presque de niveau avec ses bords, mais sans
disposition manifeste à se cicatriser, on a applique des bandelettes, et,
à la levée du seco'nd appareil, les plaies de ces deux malades se sont
trouvées cicatrisées, toujours par un tissu de nouvelle formation et
non par le rapprochement des bords.
En somme, ce moyen paraît avoir des avantages nombreux dans
presque tous les genres d’ulcères, dans .toutes les solutions de conti¬
nuité suppurantes dont l’indication principale est la cicatrisation.
La particularité la plus remarquable à noter dans les effets de ce
moyen thérapeutique, c’est la formation de la cicatrice par un tissu
nouveau qui, ne réagissant pas sur les bords de l’ancienne solution de
continuité, doit se trouver moins disposé à se déchirer par la suite et
donner lieu à une guérison beaucoup plus solide que toute autre. Ce
mode de pansement est simple, peu dispendieux, facile à exécuter ;
les malades eux-mêmes pourraient, à la rigueur, s’en charger; il a,
sur la compression par les bandages, l’inappréciable avantage de ne
point se déplacer, de se mouler exactement sur les parties, de modifier,
par sa composition, les bords et la surface de toutes les solutions de
continuité, de les humecter et de les ramollir bien mieux encore que
les plaques de plomb, de n’avoir pas besoin d’être renouvelé chaque
( 65 )
jour, et enfin, circonstance précieuse pour les hommes de la classe
indigente et l’habitant de la campagne, de ne pas exiger impérieuse¬
ment le repos des membres. 11 est bon, du reste, d’appliquer un peu
de charpie mollette par-dessus l’emplâtre, pour absorber les humidités
purulentes qui pourraient s’en échapper, et de maintenir le tout avec
un bandage roule', me'diocrement serré, depuis le pied jusqu’au genou ;
les malades qui veulent marcher auront surtout besoin de cette pré¬
caution.
NOUVEAU PROCÉDÉ POUR BRISER LES SÉQUESTRES OSSEUX DANS
LA CAVITÉ QUI LES RENFERME, AU MOYEN d’une PINCE A
DEUX BRANCHES, AVEC FORET EXFOLIATIF.
Lorsqu’un os a été frappé de mort dans une partie de son étendue ,
si la partie mortifiée est située à l’extérieur, rien n’est plus facile que
d’en pratiquer l’extraction, quand toutefois sa chute ne s’opère pas
d’elle-même; mais il n’en est pas ainsi lorsque le séquestre est caché
par l’os ancien ou environné par un os de nouvelle formation : l’ex¬
traction de la partie mortifiée devient alors une nécessité, et une néces¬
sité douloureuse pour le malade et souvent difficile pour l’opérateur.
Il faut inciser les parties molles dans une grande étendue; faire éprou¬
ver à l’os nouveau une perte de substance, afin de ménager une issue
au corps étranger. Outre la douleur, outre la difficulté, cette opération
a le grave inconvénient d’affaiblir les parties osseuses nouvellement for¬
mées , et de retarder le moment où le malade pourra se servir de son
membre. S’il était possible d’agir sur le séquestre à travers une des
ouvertures dont son enveloppe osseuse est percée , si on pouvait le ré¬
duire en fragmens assez petits pour être retirés par ces ouvertures, on
aurait singulièrement perfectionné le traitement de ces corps étrangers :
c’est ce qui a été fait à l’Hôtel-Dieu, par M. Dupuytren, au moyen
d’un instrument ingénieux inventé par M. Gharrière.
Un jeune homme avait l’extrémité inférieure du corps du fémur né¬
crosée; une ouverture fistuleuse existait à la partie interne de la cuisse,
elle fut dilatée : on retira d’abord un séquestre mince et aplati; mais
il fut impossible de pratiquer l’extraction delà portion cylindrique, car
elle était plus longue que l’espace compris entre l’ouverture et le fond
de la cavité osseuse ; il fallait donc ou agrandir l’ouverture, ou dimi¬
nuer le diamètre du corps étranger : ce dernier parti fut adopté. t
L’instrument avec lequel on agit sur le séquestre est construit sur le
modèle du lithotriteur ordinaire; comme lui, il se compose d’une canule
( <W )
extérieure, d’une pince et d’un foret. Voici les différences : l’instru¬
ment est plus fort et plus épais que celui qui sert à exe'cuter le broie¬
ment de la pierre ; la pince n’a pas trois branches, mais deux seule¬
ment; elles n’ont ni la te'nuitc' ni la courbure de celles de l’instrument
lithotriteur. Supposez que la canule qui les porte a e'te' fendue à son
extrémité', dans l’étendue de deux pouces, de manière à former deux
gouttières qui se regardent par leur concavité : vous aurez une idée de
la lormc de ces branches. Les bords de ces gouttières sont hérissés de
dents assez aiguës pour pénétrer dans le corps étranger ; enfin ces bran¬
ches s’écartent légèrement l’une de l’autre par leurs extrémités. Le
foret consiste en une plaque en forme de lozange, dont les deux bords
opposés à la tige, réunis sous un angle obtus, sont coupés en biseau de
gauche à droite, et ont une arête tranchante.
L’instrument introduit, on chercha d’abord à engager le séquestre
dans l’écartement des deux branches ; cela fait, les branches furent
serrées avec la canule, et le corps étranger fut fixé. Enfin , l’instru¬
ment étant tenu immobile avec un étau , on fit agir le foret sur le sé¬
questre, au moyen d’un archet. Le cylindre osseux fut divisé en deux
parties, dont la première , longue d’un pouce environ , sortit avec la
pince; l’autre, plus étendue, fut facilement extraite.
11 ne faut pas croire qu’on soit arrivée d’emblée à l’invention de cet
instrument. Plusieurs tentatives d’extraction avaient déjà été faites par
des moyens plus ou moins défectueux. Ainsi on essaya d’abord de
briser l’os avec des tenailles incisives, dont une branche se cassa et
resta dans la plaie; une autre fois, les branches d’un instrument sem¬
blable furent faussées ; dans un troisième cas, on mit en usage le foret
de M. Charrière, avec une pince à deux branches courbes et ondulées à
l’intérieur : on ne réussit pas mieux. Le foret seul, et dépouillé de ses
branches, fut encore inutile; un trépan à couronne ne pénétra que jus¬
qu’à la base de la couronne ; enfin la pince à deux branches et à foret,
telle que nous l’avons décrite, réussit à merveille.
Ce cas n’est pas le seul dans lequel cet instrument sera utile : toutes
les fois que des os longs, tels que le fémur, le tibia, l’humérus, les os
de l’avant-bras , auront été frappés de nécrose, et que le séquestre mo¬
bile ne pourra sortir de la cavité du nouvel os qu’à la faveur d’une large
ouverture, la pince à deux brandies et à foret le fixera, le réduira en
pièces. Les plus petits fragmens s’échapperont; les autres, s’ils sont
trop volumineux , pourront être saisis encore et divisés ; en un mot,
on traitera un séquestre comme on traite un calcul renfermé dans la
vessie.
( 67 )
CHIMIE ET PHARMACIE.
EXTRACTION DU PRINCIPE GÉLATINEUX DU LICHEN d’iSLANDE;
FORMULES DE PLUSIEURS PRÉPARATIONS DONT IL FORME LA
BASE MÉDICAMENTEUSE.
M. Be'ral a inséré dans le dernier numéro du Journal de pharmacie
une note intéressante sur ce sujet. Voici le procédé qu’il indique pour
extraire le principe gélatineux du lichen, if Lichen d’Islande lavé à
l’eau froide, 52 onces ; eau commune, 16 onces. Faites bouillir pen¬
dant une heure, en agitant le mélange avec une spatule; retirez la
bassine du feu ; exprimez la masse sur un tamis de crin placé au-dessus
d’une terrine qui recevra le liquide gélatineux ; reprenez le marc et
faites-le bouillir une demi-heure dans 8 onces d’eau; passez comme la
première fois. Faites ensuite liquéfier, en chauffant la masse gélatineuse
obtenue, et faites-la passer ainsi à travers un blanchet de molleton croisé
et épais. Alors if liquide gélatineux, ci-dessus, la totalité ; alcool rectifié,
o livres; mêlez exactement et laissez refroidir.Versez alors le tout sur
un tamis de crin, et remuez avec une spatule pour faire passer la par¬
tie liquide. Lavez la matière gélatineuse restée sur le tamis avec 4 livres
d’alcool ; versez de nouveau sur le tamis, et broyez avec la main pour
en séparer la majeure partie du liquide spiritueux, vous obtiendrez
une masse élastique composée de gélatine et d’alcool pesant environ
deux livres. — Ce procédé peut être exécuté dans tous les labora¬
toires , parce qu’il n’exige aucun appareil particulier. Les eaux alcoo¬
liques sont soumises à la distillation pour en séparer l’alcool, que l’on
réserve pour d’autres opérations. Deux livres de lichen, traitées
comme nous venons de le dire , fournissent 3a onces de gélatine alcoo¬
lisée, qui se réduisent à 16 onces par la simple expression dans un
linge, et à 4 onces par la dessiccation à l’étuve. Dans ce dernier état,
la gélatine de lichen est dure, cornée, difficilement soluble dans l’eau
bouillante, et ne peut en conséquence être employée à la préparation
de la gelée. Convenablement épuisé par l’eau, le lichen peut fournir
4 onces de gélatine par livre. On peut obtenir la gélatine de lichen en
feuilles, en desséchant à un feu vif sur les parois d’une bassine une dé¬
coction concentrée.
— Saccharolê de gélatine de lichen. — if Gélatine alcoolique
ci-dessus, i livres; sucre Raguenet, grossièrement pulvérisé, 4 livres.
Mêlez ces deux substances en les triturant dans un mortier de marbre,
et faites-les sécher à l’étuve ou à la chaleur du bain-marie, en agitant
( 08 )
souvent la masse. — Le sucre ainsi chargé des principes gélatineux du
lichen est privé d’amerLurae, et se dissout complètement et avec faci¬
lité dans l’eau bouillante.
— Gelée de lichen. — if saccharolé de gélatine de lichen, 4 onces ;
eau pure, 6 onces. Faites bouillir pour réduire le mélange à 8 onces;
passez à travers une étamine, et coulez dans un pot. Aromatisez avec
quelques gouttes d’alcoolat de citrons, si vous le jugez convenable.
— Cette gelée peut être préparée en dix minutes, et elle se solidifie
en moins d’une heure : elle est privée d’amertume, peu colorée,
agréable au goût, et on retrouve en elle les qualités et les propriétés du
lichen. De toutes les méthodes qui ont été proposées pour préparer la
gelée de lichen, nous n’en connaissons aucune d’aussi commode, au¬
cune dont le produit soit préférable.
— Tablettes de gélatine de lichen. — if saccharolé de lichen
pulvérisé, 6 onces; sucre Raguenet en poudre, i4 onces; saccharure
de vanille pulvérisée, a onces : total, 32 onces; ajoutez mucilage de
gomme arabique à '/<, environ 32 gros. Faites une pâte, et divisez-la
en tablettes de forme orbiculaire, et du poids de 18 grains chaque. —
Une once de ces tablettes contient 18 grains de gélatine sèche, ce qui
correspond à 2 gros de gélatine molle.
— Liriodendrine. — On appelle ainsi le principe actif récemment
extrait de l’écorce fraîche des racines de tulipier, grand et bel arbre
des forêts de l’Amérique du Nord. M. Emmet, professeur à l’univer¬
sité de Virginie, l’a obtenue en cristaux parfaitement transparens et in¬
colores. A cet état de pureté, la liriodendrine doit être considérée comme
un amer balsamique, qui possède plus d’énergie comme médicament
que l’écorce qui la contient, mais qui, comme tonique, est très-infé¬
rieure à la salicine. Son odeur,son goût balsamique, la rapprochent du
camphre, et en forment comme un intermédiaire entre les résines et les
huiles volatiles.
VARIÉTÉS.
ÉLOGE DE VAUQUELINJ DÉCOUVERTE DE Là CINCHON1NE ET DU
SULFATE DE QUININE.
L’Académie de médecine a tenu le 12 juillet une séance solen¬
nelle au palais de l’Institut. M. Parisct a eu presque tous les honneurs
de cette réunion. L’exposé remarquable des observations qu’il a faites
en Égypte sur la peste avec la commission médicale, dont il était le
président, et son éloge de Vauquclin, ont été plusieurs fois couverts
( 6<) )
d’unanimes applaudisscmcns. Il y a long-temps que M. le secrétaire
pcrpe'tuel sait quelle est sur scs auditeurs la puissance de la parole.
Nous ne pouvons résister au désir de donner à nos lecteurs un exemple
du charme du style de M. Pariset. Écoutons-le raconter dans l’dloge de
Yauquelin la découverte de la cinchonine et du sulfate de quinine.
« A l’exemple de Fourcroy, de Se'guin, de Deschamps , de Reuss,
et de quelques autres chimistes distingues , Yauquelin s’est occupé des
kinkinas. Il en a examiné toutes les espèces connues de son temps, afin
d’en découvrir les différences, et de discerner, comme Séguin l’avait
voulu faire, quelles sont celles de leurs parties constituantes où réside
exclusivement la vertu fébrifuge. Qu’il me soit permis de rappeler
brièvement cette suite de tentatives. On verra par cet épisode à quoi
tiennent les plus belles découvertes, avec quelle peine s’élaborent les
idées les plus simples , et combien il en coûte quelquefois aux meil¬
leurs esprits d’apercevoir une vérité toute prochaine et de saisir un
fait qu’ils ont, pour ainsi dire, entre les doigts.
» Je commence par Séguin, c’est-à-dire par la première erreur.
Séguin analyse plus de 600 échantillons d’écorces, à la vérité mal ca¬
ractérisées ; il y croit reconnaître , entr’autres principes, de la gélatine
végétale et du tannin. Or le tannin n’est pas fébrifuge ; il en conclut
que la gélatine l’est, et veut que dans le traitement des fièvres on lui
substitue la gélatine ordinaire: fausse vue que rejette bientôt l’expé¬
rience.
» Desehamps, de Lyon, prépare en grand le sel essentiel de la Ga-
raye, il en retire un sel cristallisé dont l’emploi guérit quelques fiè¬
vres. Grande rumeur ! Le spécifique est découvert. Mais un échantil¬
lon de ce sel est envoyé à Vauquelin. Vauquclin trouve que c’est une
combinaison de chaux avec un nouvel acide , qu’il appelle acide kini-
quc. Mais cet acide n’est pas fébrifuge; l’illusions’évanouit, et le pro¬
blème reste encore tout entier.
» Après cette découverte , Vauquelin examine à son tour dix-sept
échantillons de kinkinas , qui lui sont remis par deux illustres voya¬
geurs. Après avoir bien comparé ces échantillons , il finit par déclarer
que les meilleurs kinkinas sont ceux qui précipitent à la fois et le plus
abondamment par le tannin , la gélatine et l’émétique. Mais où est le
principe fébrifuge? Il est caché dans le précipité que produit la noix de
galle ; ce précipité, Vauquelin ne l’examine pas, et le principe lui
» Cependant son travail est lu à Édimbourg par le docteur Duncan.
Frappé de ces précipitations diverses, par les mêmes réactifs , et de
celle que l’eau produit dans la teinture alcoolique du kinkina, le doc¬
teur Duncan soupçonne que ces précipiiés pourraient bien contenir un
( 7 ° )
principe particulier commun à tous les kinkinas, et ce principe, qu’il
ne voit pas, au lieu d’en constater la réalité par l’expérience, il la
constate seulement par un nom. Il l’appelle cinchonin.
» Cette idée voyage: elle va à Lisbonne. Là le docteur Gomez fait ce
qu’avaient négligé de faire et Duncan et Vauquelin. Il obtient le pre¬
mier , à l’état cristallin, le principe du kinhina loxa, et lui conserve le
nom qu’avait imaginé Duncan.
» A la même époque, M. Laubert s’attachait, en France, à l’étude
des kinkinas. Il a connaissance du travail de Gomez, le refait, décolore
l’extrait de kinkina par des lotions d’eau de potasse, traite le résidu
par l’alcool bouillant, laisse refroidir, évaporer et obtient ainsi le prin¬
cipe plus pur même que ne l’avait obtenu Gomez. Trésor, mais trésor
stérile. On n’en lit rien. On ne songea ni à l’essayer sur l’organisation,
ni à l’extraire en grand. Fait isolé, sans conséquence, et qu’on perdit
de vue. Chose étrange! la même main qui tenait ce principe, laissait
écrire dans le Dictionnaire des sciences médicales que probable¬
ment il ne serait jamais découvert et que la propriété fébrifuge du kin¬
kina tenait plutôt à la parfaite harmonie de ses élémens constitutifs
qu’à la nature particulière de chacun d’eux.
» Les choses en étaient à ce point en 1818, c’est-à-dire à l’époque où
deux disciples de Yauquelin , MM. Pelletier et Caventou , achevaient
de longs travaux sur plusieurs plantes énergiques, la noix vomique, le
colchique, l’ellébore , et venaient de prouver par des expériences que
les propriétés de ces plantes étaient dues à un principe unique. L’ana¬
logie les conduisit à soumettre les kinkinas à des recherches du même
genre. Ils répètent les expériences de Gomez et de M. Lauheit, et ne
tardent point à reconnaître dans le nouveau principe un alcali végétal,
lequel était aux kinkinas ce que la morphine est à l’opium, la strych¬
nine aux différens strychnos , la vératrine aux colchicacées. Enfin , au
lieu de rencontrer du cinchonin dans tous les kinkinas, ils y démêlent
en proportions diverses un autre alcali, doué de propriétés différentes ,
incristallisables , soluble à l’alcool, mais insoluble à l’eau, si ce n’est
à l’état salin. Ils en forme le sulfate de kinine, c’est-à-dire un des
plus précieux remèdesque possède la médecine de nos jours. C’est ainsi
qu’une découverte préparée à Paris, mûrie à Édimbourg et presque
réalisée à Lisbonne, revient se confirmer à Paris, et produire une se¬
conde découverte entre les mains des deux élèves de Yauquelin. Elle
avait presque fait le tour de l’Europe pour remonter à sa source.
Heureux le maître qui se forma de tels successeurs ! Heureux les élè¬
ves qui, nouveaux Élise'es de ce nouvel Élie, savent continuer ainsi la
gloire de leur maître ! »
L’Académie dans cette séance a distribué le prix de vaccine. M. La-
( 7*4
besquc, docteur-médecin à Agen (Lot-et-Garonne), et M. Benoît, offi¬
cier de santé à Grenoble, ont partagé le prix de i,5oo fr. Des mé¬
dailles d’or ont été décernées à MM. Barré , docteur-médecin à
Besançon , Bouclier à Versailles , et Naucbe à Paris.
— Choléra-morbus. —- Est-il contagieux ? — Expériences pro¬
posées par M. Cliervin. — Quelques-uns des médecins français qui se
trouvent à Varsovie ne pensent pas quele choléra-morbus soit contagieux.'
Cependant on ne peut blâmer les dispositions sévères que le gouverne¬
ment prend dans les ports pour garantir la santé publique. MM. Brière
de Boismont, Legallois et Foy, et tous nos autres confrères ont montré
le plus grand courage dans les secours qu’ils ont prodigués aux cholé¬
riques des hôpitaux polonais ; ils ont porté le zèle jusqu’au plus haut
degré; M. Foy s’est même inoculé le sang d’un individu infecté , et
a goûté les matières vomies ; et cependant aucun d’eux n’a été atteint
du choléra. C’est fort heureux; mais ces faits sont-ils suffisans pour
asseoir une conviction et faire prononcer que la maladie n’est pas con¬
tagieuse? Non , certainement; car si ces médecins eussent été attaqués
du choléra, on n’aurait pas manqué de discuter d’une manière intermi¬
nable, pour savoirsi c’étaitpar épidémie oubien par contagion qu’il leur
était survenu, et la question fût certainement demeurée indécise. M. le
docteur Chervin propose aujourd’hui au gouvernement de faire, sur
l’extrémité du nord-ouest de la France (probablement le Finistère), des
expériences pour arriver à la solution définitive de ce grand problème
de la contagion ou de la non-contagion du choléra-morbus. Là, dit-il
dans une lettre qu’il vient d’écrire à cet effet au ministre de l’intérieur,
l’on serait éloigné de l’influence épidémique, et l’on arriverait à des
résultats nets et certains qu’on ne saurait obtenir dans les lieux où règne
la maladie. En prenant les précautions convenables (les cordons sani¬
taires et autres ), on pourrait se livrer à toutes ces expériences sans
compromettre la santé publique; on y procéderait absolument comme
dans un lazaret contenant la maladie la plus contagieuse qu’il existe.
On se procurerait facilement sur les divers points du littoral de la
Baltique, où règne le choléra-morbus, des effets tels que chemises,
caleçons , draps de lits , etc., ayant servi aux individus atteints de cette
fatale maladie. On recueillerait ces différens objets dans le plus grand
état d’impureté où ils pourraient se trouver, on en ferait constater
l’origine de la manière la plus authentique et la plus circonstanciée ; on
les enfermerait ensuite hermétiquement, et ils seraient expédiés sans
délai pour le lieu de l’expérimentation. Un bateau à vapeur chargé de
ce service ferait ces transports avec toute la célérité possible ., et peu
de jours après la mort des victimes du choléra-morbus, des hommes
sains se seraient déjà vêtus de divers effets qui, durant leur maladie,
auraient été en contact immédiat avec leur corps, et seraient imprégnés
des matières de leurs différentes évacuations, matières qu’on obtien¬
drait d’ailleurs séparément pour les faire servir à des expériences va¬
riées. Enfin, malgré la rapidité que présente souvent la marche du cho-
le'ra-morbus, on parviendrait sans doute à se procurer des malades qui
fourniraient un nouveau moyen d’expérimentation , et partant d’arriver
à la vérité.
M. Cbervin demande à être soumis le premier à toutes les expé¬
riences qui seraient prescrites par nos corps savans ; et comme le cho-
le'ra-morbus étend chaque jour de plus en plus ses ravages et menace
des plus grands désastres tous les peuples occidentaux, il pense qu’il
conviendrait de proposer aux gouvernemens les plus rapprochés de
nous de vouloir bien envoyer des commissaires, qui assisteraient per¬
sonnellement à ces mêmes expériences, prendraient une connaissance
exacte de tous leurs détails et seraient témoins oculaires de leurs résul¬
tats, qu’ils pourraient attester au besoin.
— Oxide de bismuth dans le chole'ra-morbus. — M. le docteur-
Léo, médecin de Varsovie, croit avoir trouvé, dans le bismuth, un
excellent remède contre le choléra-morbus. Puissent de nouveaux faits
confirmer cette nouvelle consolante ! Le sous-nitrate de bismuth (oxide
blanc de bismuth, magistère de bismuth , blanc de fard ) jouit, il est
vrai, à un haut degré d’une vertu calmante, spécialement dans les
crampes d’estomac, les dyspepsies, et surtout dans les vomissemens tenant
à une irritabilité nerveuse de l’estomac; mais nous n’osons ajouter foi
à sa spécificité dans le cboléra-morbns. Ce médicament est depuis long¬
temps peu usité : quel immense bonheur si sa réintroduction dans la
thérapeutique était signalée par scs avantages dans la terrible maladie
qui ravage le nord de l’Europe!
Voici comment M. Léo rend compte du traitement : « Je donne,
tontes les deux ou trois heures, 3 grains de sous-nitrate de bismuth
avec un peu de sucre ; en outre, je fais boire au malade une infusion de
mélisse, et si la douleur est très-vive dans les mains et les pieds, je les
fais frictionner avec une mixture chaude d’ammoniaque liquide | j et
esprit d’angélique composé 5 iv. Ces moyens doivent être continués
sans interruption pendant quarante-huit heures, jusqu’à ce qu’il sur¬
vienne une sécrétion d’urine, sécrétion presque suspendue dans le cours
de cette maladie. Dans le cas où la langue est couverte d’un enduit
jaunâtre, une addition de trois grains de r.xine de rhubarbe à chaque
dose de bismuth est très-utile. Le malade ne doit pas perdre patience
et persévérer d.-jns l’emploi unique du bismuth. Quand la sécrétion est
rétablie, on peut continuer encore pendant quelques jours, soir et matin,
l’usage de ce médicament. D’autres médecins ont déjà employé avec
succès ma méthode de traitement.
( ?3 )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
CONSIDÉRATIONS SUR L’iMPORTANCE ET L’ÉTAT ACTUEL DE
LA THÉRAPEUTIQUE.
3" ARTICLE.
ï)e toutes les causes qui ont nui aux progrès de la thérapeutique, la
plus puissante, la plus continue dans son action , est la direction exclu¬
sive que les systématiques ont imprimée à la science. Il semble que l’es¬
prit de l’homme ne saurait se contenir dans un juste milieu. Un point
lui paraît lumineux : ce point l’éblouit, et il y rapporte tout; il trace
un cercle et dit : En dedans se trouve la vérité, hors de cette ligne il
n’y a qu’erreur; ici est la lumière, et là sont les ténèbres; le phare que
j’ai allumé est le seul qui doive guider. Ce langage, soutenu d’une
certaine verve de paradoxe, annonce l’esprit systématique, esprit exclu¬
sif, inflexible, appliquant à tous les faits sa règle et son compas. Et
comme les idées systématiques sont impatientes et orgueilleuses de leur
nature, elles tendent bientôt à dominer la science entière; mais vce cœ-
cis éucentïbus, væ cœcis sequentlbusï qu’en résulte-t-il ? Le paradoxe
devenant dogme , la probabilité certitude, les fauteurs , les affolés du
système, qu’on me passe cette expression, écartent ou nient ce qui com¬
bat le principe posé et les conséquences qu’ils en tirent. Ainsi tout mé¬
dicament , toute thérapeutique contraire à ce même principe, est nulle ou
pernicieuse; au contraire , toute médication qui s’y lie est l’unique voie
de guérison. Or que devient la vraie, ïa bonne thérapeutique, quand
on la place de cette manière dans un sillon étroit, profond et sans issue ?
L’histoire de la médecine ne prouve que trop la vérité de ces assertions.
Depuis les quaternités humorales de Galien, qui ont régné seize siè¬
cles dans la science, jusqu’à la doctrine de l’irritation, qui a fait sensa¬
tion pendant une dixaine d’années, les mêmes causes , les mêmes effets
se font remarquer. Quand l’auteur de cette dernière se vante « de n’a¬
voir jamais fléchi le genou devant le Panthéon de l’ontologie, » n’est-ce
pas dire, en d’autres termes : Ma doctrine est la seule vraie, et je
voue au mépris tout ce que mes devanciers ont dit et enseigné? C’est
ainsi que l’esprit de système devient la cause le plus directement nui¬
sible aux progrès de la thérapeutique.
Il est une chose qui séduit, par-dessus tout, les inexpérimentés dans
une théorie tissue avec art, c’est que le systématique se sert toujours des
faits; il n’emploie que les faits , ne reconnaît que les faits ; mais remar_
tome i. 3* G
74 )
quez ici «ne distinction des plus importantes : le vrai praticien remonte
de ces faits à la règle, tandis que le systématique va de son principe
générateur à ces mêmes faits. Le praticien déduit donc sa théorie de ce
qu’il voit et observe ; le systématique, au contraire, explique les faits
par son principe. C’est bien à lui que s’applique l’axiome de Platon et
de Spinosa, que les faits reçoivent leur loi de la pensée humaine. La
différence dont j’ai parlé est capitale, décisive , et rien n’influc davan¬
tage sur la médication. L’un observe , combine ; l’autre applique, exé¬
cute sur-le-champ j son idée est arrêtée d’avance; il n’y a que le plus
ou le moins qui limite ses prescriptions. Ainsi, quand Chirac disait :
« Petite-vérole, tu as beau faire, je t’accoutumerai à la saignée, » sa
règle pratique était préconçue, et il saignait toujours. Sydenham van¬
tait aussi la saignée dans cette maladie; mais, remontant des faits aux
principes, qui n’en sont que l’expression synthétique , il s’abstenait de
saigner selon certaines conditions du malade et de la maladie.
Il est des médecins qui pensent que la théorie influe peu sur la pra¬
tique , et qu’un instinct d’expérience détermine dans la plupart des cas.
C’est une erreur chaque jour démentie. Suivez la clinique d’un méde¬
cin vitaliste ou d’un humoriste, d’un brownien ou d’un sectateur du
pliysiologisme, d’un médecin qui compte sur les efforts de la nature, ou
d’un inédicastre drogueur inconsidéré, vous verrez la différence. Si
l’assertion que je combats était vraie, ce serait la satire de la médecine
la plus violente qu’on ait jamais faite.
Rien donc de mieux prouvé que la pratique est une conséquence de
la théorie; que si cette dernière est systématique, exclusive , la théra¬
peutique le sera également; dès lors plus de progrès. Une seule indi¬
cation se présentant sans cesse, un seul ordre de médicamens sera tou¬
jours employé, préféré. C’est ce que nous avons vu dans ces dernières
années. Nos écoles pourtant avaient échappé à cette espèce de fatalisme
médical ; mais selon l’opportune et judicieuse remarque du docteur Bous¬
quet , « Par la plus inconcevable bizarrerie, on a confié la pathologie
générale à un homme qui a mis toute la médecine dans un seul fait ;
on a fait professeur de thérapeutique un homme qui a rayé la théra¬
peutique du nombre des sciences médicales. »
11 n’entre pas dans mon but de parcourir les différens systèmes qui
ont dominé la science, et de déterminer leur influence sur la thérapeu¬
tique. Ce cadre trop vaste appartient au tableau philosophique dont
j’ai parlé. Contentons-nous d’esquisser rapidement l’action sur la thé¬
rapeutique des deux doctrines qui, à notre époque, ont le plus agité la
science , le brovrniswc et le physiologismc.
Certes la plus grande loi de physiologie appliquée à la pathologie a
< 7 5 )
été decouverte par Brown, les rapports de l’excitement et de l’excitabi¬
lité'. Ce fut là une véritable loi de progrès. Mais loin d’en tirer des co¬
rollaires fondes sur l’expe'rience pratique, le me'decin écossais trouva
plus simple de bâtir sur ce fondement ime doctrine qu’il appela vraie,
immuable, eomme c’est l’ordinaire. Cette doctrine, fonde'e sur une
dualité physiologiste, produisit bientôt la dualité pathologique, et
bientôt une dualité thérapeutique : la conséquence était inévitable. II y
a force ou faiblesse dans l’économie, faiblesse directe ou indirecte ; il y
a sthénie ou asthénie : donc il n’y a que deux sortes de maladies, donc
il n’y a que deux classes de remèdes, les débilitans et les toniques. Et
comme Brown avait établi que les maladies sthéniques formaient les
quatre cinquièmes du cadre nosologique, les médicamens toniques com¬
posèrent presque toute la matière médicale. On se figure difficilement
aujourd’hui jusqu’à quel point on poussa l’abus de la médication sti¬
mulante. La saignée fut presque abandonnée, et le déliramentum hæ-
mophobi était tel qu’à peine on saignait dans les péripneumonies les
mieux caractérisées. Au contraire, les toniques les plus énergiques,
fixes ou diffusibles, étaient prodigués à l’excès. Pour en donner une idée,
je dirai que, lisant il y a quelques années l’extrait d’un journal de mé¬
decine anglais, je trouvai qu’une jeune dame de complexion très-délicate
éprouva, après une opération grave, un grand état de faiblesse. On lui
administra, dans l’espace de deux heures et demie, une once d’éther rec¬
tifié, une demi-once d’esprit (c’est ainsi qu’on s’exprime) d’ammoniaque,
même dose d’esprit de nitre, et une livre d’eau-dc-vie. Voilà comment se
faisait la médecine brownienne -, mais les praticiens n’ayant recueilli dé
cette doctrine que de tristes moissons , on en revint à la médecine hip¬
pocratique tant préconisée par Pinel : ce fut pour peu de temps.
M. Broussais parut : le brownisme fut retourné. Je n’entrerai dans
aucun détail sur la doctrine de ce médecin : elle est assez connue. On
sait que l’irritation, ses métamorphoses, son itinéraire, ses divisions,
ses espèces, ses Sous-espèces, sorte de dynastie poétique, comme l’a
dit un médecin homme d’esprit, en est le principe fondamental. On
sait encore que l’inflammation formant les neuf dixièmes des affections
pathologiques, la diète, les sangsues et l’eau de gomme , sont le tré¬
pied thérapeutique de cette doctrine. Ici se retrouve encore, mais dans
un ordre inverse, la dualité dont nous avons parlé, affaiblir ou fortifier,
des toniques ou des débilitans. Cette thérapeutique biforme, et par cela
même informe, a été des plus désastreuses pour la science des médica¬
mens. Jamais peut-être la vraie thérapeutique ne fut plus restreinte,
plus délaissée qu’à cette époque ; jamais la toniphobie né fut si exagé¬
rée j jamais les pharmaciens n’éurent tant de loisirs forcés ; plusieurs ,
C 7 6 )
dit-on, firent le projet de mettre nn crêpe à leur officine. Les praticiens,
se'duits , subjugues, craignant toujours la gastro-entérique, cette Me'duse
physiologique, épuisaient les malades par de continuelles et impitoya¬
bles sanguisugies. Le sang coulait sans cesse (i). Quant aux élèves de
cette époque, se plongeant ou s’abreuvant jusqu’à l’ivresse dans la source
de cette doctrine, la parole du maître était leur loi suprême; ils voyaient
un traité complet de matière médicale dans ce mot sangsue, avec la
devise nec plus ultra. Quel changement aujourd’hui ! la doctrine de
l’irritation a baissé de trente coudées. Gela devait être; le temps, l’ex¬
périence et le bon sens ont fait leur office. Aussitôt que les praticiens,
ces véritables juges de l'art, se sont aperçus que toutes les maladies ne
consistaient pas dans une déviation quantitative de l’état physiologique;
que cet état ne donnait point la clef de la pathologie ; que les sympa¬
thies morbides ne sont rien moins que l’extrcmc des sympathies phy¬
siologiques ; qu’unc seule cause ne peut produire des maladies entiè¬
rement différentes; qu’il y a souvent une disproportion énorme entre
les symptômes fébriles et les lésions organiques, ce que les sectaires at¬
tribuent à 1 ’ignis fatuus inflammationis ; qu’on ne peut s’empê¬
cher d’admettre des inflammations spécifiques qui exigent un trai¬
tement spécial ; que, pratiquer des émissions sanguines et irrationnelles,
c’est souvent s’associer à la maladie pour égorger le malade; qu’affaiblir
celui-ci outre mesure, c’est s’opposer aux mouvemens critiques, mettre
obstacle aux éruptions, rendre les convalescences interminables et
les récidives fréquentes, etc. ; les praticiens , dis-je, ont abandonné en
gçande partie la doctrine de l’irritation. D’ailleurs un éclectisme puis¬
sant et raisonné, ayant toujours le crible de l’expérience à la main,
n’a pas tardé à réduire cçtte doctrine à sa juste et minime valeur. A la
vérité, la révulsion est là pour répondre que la thérapeutique du phy-
siologismc n’est pas aussi pauvre qu’on le dit; mais cet argument à
raille fins n’a pas plus de fondement que le reste. Empêcher la terre
de tourner et la vérité de paraître, c’est tout un. Or à qui persuadera-
t-on que le quinquina guérit les fièvres intermittentes par révulsion ;
qu’il en est de même du carbonate de fer dans les névralgies, des su¬
dorifiques qui ne font jamais suer, pour les maladies vénériennes an¬
ciennes ? etc. Au reste, 1’inventeur de ce bizarre système, maintenant
suranné, a tellement modifié ses idées, que lui-même emploie le tartre
stibié à haute dose dans les péripneumonies. Que penserait Laënnec
d’un tel changement?
Q) TJn médecin allemand a calculé que les sangsues dévoraient alors
France, année commune, 247 mille livres de sang humain.
( 77 )
Quoi qu’il en soit ; l’influence de la doctrine de l’irritation n’en a pas
moins e'te'fatale à la thérapeutique; la science des medicamens a rétro¬
gradé'. Pendant une période de douze ans, ou a discute', disputé, récri¬
miné , pour s’apercevoir enfin que cette doctrine, au lieu de tourner sur
l’axe de la vérité, comme on l’assurait, n’avait pour base qu’un prin¬
cipe hypothétique, inapplicable et indéfini.
Passons maintenant à la quatrième et dernière cause qui nuit, selon
nous, au progrès de la thérapeutique. Elle consiste dans la différence
des effets produits par le même médicament, les cas étant identiques
ou paraissant tels. Gette cause se lie essentiellement aux progrès de la
science; mais elle est peut-être la plus embarrassante et la plus trom¬
peuse pour le praticien. A chaque instant il éprouve des mécomptes que
lui-même ne peut s’expliquer. La maladie est caractérisée, l’indication
formelle; le médicament est choisi, puis administré à doses ration¬
nelles : point du tout, les effets ne répondent nullement ou bien impar¬
faitement à ce qu’on attendait-. Y a-t-il des remèdes véritablement et con¬
stamment toniques, anti-spasmodiques, stimulans, sédatifs, allérans, etc.?
Grande question, malheureusement insoluble dans l’état actuel de la
science. Celte incertitude fait souvent hésiter le praticien et déconcerte
même le génie. Faites que nous ayons des connaissances exactes sur les
résultats de mc'dicamens, et la médecine acquiert sur-le-champ plus de
précision dans ses applications, plus de sûreté dans son pronostic ; elle
prend aussitôt le premier rang dans les sciences par ses bienfaits,
comme elle l’a déjà par son but; mais nous n’en sommes pas là. L’o¬
pium est-il excitant? Quand Brown disait, en prison, à ses disciples :
Méhercle opium, non sedat, inscription mise depuis au-dessous de son
buste, était-il ou non dans l’erreur? Cette question est encore aujour¬
d’hui tout-à-fàit intacte.
Tout récemment il s’est élevé, dans le sein de l’Académie royale de
médecine, des discussions animées sur les effets du seigle ergoté. Les
deux adversaires n’ont manqué ni d’autorités, ni de preuves, ni d’ob¬
servations, en faveur de leurs opinions , quoique- diamétralement oppo¬
sées; en sorte qu’on peut soutenir que ce médicament est des plus salu¬
taires, ou bien que le dicton américain est fondé, pulvis ad partum,
pülvis ad mortem. Et combien de médicamens présentent encore pour
le praticien ce déplorable doute! Le célèbre Linnée, dans sa Matière
médicale , que maintenant on ne lit guère, a marqué tous les remèdes
qu’il croit certains d’un point d’exclamation, tandis qu’il a soin de
stygmatiser d’un point d’interrogation ceux dont l’action lui pa’ftnt in¬
efficace ou inconnue. Cette Matière médicale a été imprimée au milieu
du siècle dernier; il serait curieux de savoir aujourd’hui les changcmcns
de points à opérer.
• 08 )
Que ne s'en rapporte-t-on aux faits? s’écrient les bornmes gravement
superficiels; mais ce sont les faits précisément qui présentent des résul¬
tats contradictoires, au moins en apparence (i). Si vous me citez vingt
cas où l’opium a été sédatif, je vous en rapporterai vingt autres où il
a produit le plus fatiguant excitement. Les personnes qui se tiennent au
courant de la science ont remarqué le long et beau travail de M. le
docteur Dance sur le traitement des fièvres graves ( Archives géné¬
rales de Médecine). L’auteur a prouvé, par des faits multipliés re¬
cueillis dans les hôpitaux, que le traitement de ces fièvres par les anti¬
phlogistiques, par les saignées, par les toniques, par les c'vacuans,
par les révulsifs, présentait, à peu de chose près, les mêmes résultats.
Il finit par conclure que la médecine dite expectante est celle qui offre
encore le plus de chances en sa faveur.
Résulte-t-il de ces faits et de notre assertion qu’il n’y a ni thérapeutique
ni médecine? Ce serait une conclusion fausse et téméraire. Admettons
plutôt que la thérapeutique a besoin de nouvelles recherches, d’in-
(l) Certainement, on observe parfois de grands mécomptes dans l'action des
incdicamens, et tel remède administré pour produire un effet en donne souvent
un tout contraire ; mais cela ne tient-il pas la plupart des temps aux idiosyncrasies
( 79 )
vestigations faites avec soin; qu’il est nécessaire d’y recourir sans cesse,
de. s’y attacher sans relâche. Si nous avons quelques probabilités sur
l’emploi de beaucoup de médicamens, avouons aussi que ces probabi¬
lités ne suffisent nullement dans plusieurs cas. Défrichons donc de
nouveau le champ de la thérapeutique, Mais, pour que ces trayaux ne
soient pas défectueux, ils doivent être faits dans une direction conforme
au but qu’on se propose. Il y a donc, pour l’atteindre, des conditions
indispensables, conditions importantes à connaître. Hâtons-nous de
nous en occuper. A.
TRAITEMENT DU ÇHOLÉRA-MORBUS} RAPPORT DE l’aOADÉMIE
DE MÉDECINE.
Quand même il n’entrerait pas dans notre plan de rendre compte des
séances de l’Académie royale de médecine en tout ce qui concerne l’ob¬
jet spécial de ce journal, nous ferions une exception pour parler du
choléra-morbus , fléau terrible, enfant de l’Asie et l’effroi de l’Eu¬
rope.
A son apparition en Russie, l’alarme se répandit avec la rapidité de
l’e'clair parmi les populations du Nord, et le gouvernement français
s’empressa de chercher des lumières an sein de l’Académie. Une com¬
mission fut nommée : elle se compose de MM. Ke'rai}dren, Cbomel,
Boisseau, Desportes, Double, Marc, Dupuytren, Pelletier, Desge-
nettes et Emery. Elle a choisi M. Double pour son rapporteur.
Désignée le 8 mars, elle a employé cinq mois à préparer son tra¬
vail.G’est beaucoup quand on considère les progrès et le danger du mal;
c’est peu quand on songe aux recherches qu’il a fallu faire pour suppléer
par la lecture au défaut d’une expérience personnelle.
Sous ce point de vue, la commission s'est trouvée dans la même po¬
sition qu’un historien qui entreprend de raconter un événement dont il
n’a pas été témoin ; ou, pour prendre une comparaison dans nptre su¬
jet, elle est dans la même position qu’un médecin consulté sur- un cas
qu’il n’a pas sous les yeux, avec cette différence qu’au lieu de recevoir
ses renseignemens du médecin ordinaire, elle a dû les chercher elle-
même dans les livres et dans sa correspondance.
Le rapport de la commission nous a paru aussi complet qu’il puisse
l’être ; ce n’est pas un rapport ordinaire, c’est une monographie dont
la seule lecture a occupé deux séances et a duré quatre heures. On a
suivi l’ordre adopté dans ces sortes de compositions ; mais on ne s’est
pas borné à parcourir historiquement les causes, les symptômes et toutes
( 8o )
les parties qui consistent l’histoire d’une épidémie : c’est la manière
Vulgaire, c’est la me'thode des esprits sans portée.
Sans doute il a fallu recueillir ce que l’observation a fait connaître des
causes , des symptômes, de la marche, du pronostic, etc., du choiera :
sans cela il n’y a rien en me'decine ; mais avec cela seulement la me'de-
cine n’est, pour beaucoup de monde, qu’une pratique routinière indigne
d’occuper les loisirs d’une tête pensante.
C’est ainsi que l’a compris la commission. Il n’est pas dans notre
dessein de la suivre dans toutes ses recherches; mais il est dans l’esprit
de ce journal de tracer la marche qui l’a conduite à poser les bases des
indications curatives, car sans indications point de thérapeutique.
Ces indications se déduisent nécessairement de la nature du choléra.
On entend ici par nature la réunion des dlémens morbides qui le con¬
stituent; mais cesélémcns eux-mêmes, d’où se déduisent-ils?
Depuis que le goût des études anatomiques s’est répandu au point
où nous le voyons, on a cru que la nature des maladies devait se re¬
trouver dans les traces qu’elles laissent après elles. Cette prétention a
duré plus de vingt ans; enfin elle commence à s’affaiblir : à mesure que
la déception se prolonge, on sent de plus en plus l’inconséquence de
demander à la mort les secrets de la vie.
ta commission n’a pas eu de peine à prouver qu’il n’est rien de fixe,
rien de constant dans le cadavre des cholériques. Ici on trouve une in¬
flammation de l’encéphale, là de l’estomac, ou du foie, ou des reins, ou
des intestins, ou des bronches, etc.; et, chose remarquable! souvent on
ne trouve rien, et cela principalement lorsque la mort est très-prompte,
c’est-à-dire lorsque la maladie est très-grave.
Il est clair que ces données de l’observation clinique ne sauraient se
concilier ni avec l’idée d’une maladie spécifique, comme le choléra, ni
avec l’idée d’une épidémie.
D’après cela, la commission a dû prendre ailleurs les bases d’un
diagnostic plus certain ; elle a cru les trouver dans les symptômes aux¬
quels elle a rendu l’importance que l’anatomie pathologique avait usur¬
pée sur eux.
« Puisque les lumières de l’anatomie pathologique nous laissent sans
guide dans la recherche du siège et de la nature du choléra, voyons si
la symptomatologie pourra nous être en meilleure aide.
» Étudions d’abord cette impression si remarquable que produit sur
l’organisation en général le mode épidémique. Partout cette influence a
été observée, dans l’Inde aussi bien qu’en Russie et en Pologne ; les
médecins de toutes les doctrines l’ont soigneusement notée. Peu d’indi¬
vidus échappent à son action, même ceux qui n’ont eu aucun des sym¬
ptômes du choléra réalisé.
( 81 )
» La presque totalité des personnes vivant dans les pays atteints par
le choléra épidémique se plaignent de lassitudes spontanées, de mal¬
aises généraux, de pesanteurs de tête, de vertiges fre'quens, et de dé¬
faillances poussées jusqu’à la syncope. Voilà déjà bien évidemment,
sur tous les individus placés dans la sphère d’activité d’un foyer épidé¬
mique, les indices non équivoques d’une altération, d’un affaiblisse¬
ment de la grande fonction de l’innervation, c’est-à-dire de l’influence
vivifiante du système nerveux sur les autres systèmes et sur tous les or¬
ganes de l’économie. Voilà l’effet primitif, capital, essentiel de l’agent
épidémique, puisqu’il s’exerce sur tous les individus sains ou malades,
forts ou faibles, et quoiqu’à des degrés différens. Ce fait, à là fois
constant, positif, manifeste, domine tous les autres.
» A cette première action de l’affaiblissement de l’innervation se joi¬
gnent presque simultanément la constipation ou un dévoiement léger,
des anorexies, des inappétences, des nausées ou des vomissemens, une
diarrhée légère, en un mot un trouble plus ou moins considérable des
fonctions des membranes muqueuses gastro-intestinales. Ainsi, d’une
part, affaiblissement de l’innervation ; de l’autre, effets prononcés de
cette altération de l’innervation sur les membranes muqueuses qui n’en
sont qu’imparfaitement soutenues, vivifiées, animées : voilà les deux
faits primitifs produits par l’influence épidémique. Et remarquez bien
que, dans ces deux ordres de phénomènes, l’innervation affaiblie et
cette faiblesse de l’innervation portée spécialement sur le système mu¬
queux , nous avons en réalité les rudimens, le germe et comme l’abrégé
de la maladie tout entière.
» Ce n’est pas sans raison que nous voudrions insister davantage sur
des considérations d’un ordre si relevé ; mais avançons.
» Lorsque le choléra se réalise, et quand la brutalité de sa marche
ne rompt pas d’un coup les liens de l’organisme vivant, les symptômes
que nous avons signalés prennent plus d’intensité, et alors commence la
période d’imminence de la maladie : période dont les phénomènes sub-
se'quens sont l’oppression, la faiblesse du pouls, la décomposition de la
face et l’anxiété épigastrique, tous accidens qui ne sauraient être si ra¬
pidement produits ni plus naturellement expliqués que par une sous¬
traction de l’innervation dont les effets frappent essentiellement l’appa¬
reil digestif et l’appareil circulatoire.
» A l’instar de la nature dans le cours de cette maladie, rapprochons
les désordres et pressons les conséquences.
» Les contractures des membres, les spasmes des extrémités, les
syncopes, les défaillances , la pâleur, le refroidissement et les rides de
la peau, la couleur bleue des doigts et des ongles, la face hippocra-
( 8a )
tique née en un instant et sans cause connue, la rapide disparition des
forces vitales brisées, éteintes, anéanties, si on les considère en action
puisque la vie est si près de cesser, et qui, considérées au contraire en
puissance, sont palpitantes, intactes, vivantes, puisque souvent le
malade passe de la mort apparente à la santé parfaite aussi rapidement
qu’il avait éprouvé le changement inverse ; tous ces symptômes ne dé¬
voilent-ils pas bien manifestement l’idée véritable de la maladie ?
» Où trouver, en effet, ailleurs que dans la soustraction de l’influx
nerveux, la raison suffisante et une explication complète de ces dé¬
sordres ?
» Résumons cette doctrine.
» Le choléra , dans ses diverses périodes de durée, dans ses divers
degrés d’intensité, est use maladie spéciale, complexe, formée par la
réunion d’une altération profonde de l’innervation générale, unie à un
mode particulier d’affection catarrhale de la muqueuse gastro -intestinale.
» L’un et l’autre de ces deux élémens pathologiques sont suscep¬
tibles de dominer au point de réclamer plus particulièrement l’attention
clinique, suivant les complexions individuelles, les époques différentes
de la maladie, etc. »
Après cette savante analyse la commission passe au traitement.
Elle suit, dans cette seconde et intéressante partie, la même marche
que dans la première, c’est-à-dire qu’elle raisonne, à l’égard des moyens
curatifs, comme elle a fait à l’égard des symptômes. Elle expose d’a¬
bord et presque confusément tous les moyens dont l’expérience paraît
avoir consacré l’efficacité, la saignée, le calomel, l’opium, l’oxidç de
bismuth, les stimulans diffusibles, le camphre, le musc , l’éther , les
bains chauds, les révulsifs, etc. ; après quoi elle revient sur scs pas et
pose les indications curatives. C’est ici, c’est dans cette partie qu’on
sent l’avantage d’une bonne analyse de la maladie. En effet, en la con¬
sidérant comme indivisible, comment comprendre que tant de moyens
différens y trouvent leur place? Comment séparer, distinguer les cas où
tel médicament convient de ceux où tel autre est préférable ?
Au contraire, en séparant les affections élémentaires qui concourent
à former la maladie, les indications se découvrent comme d’elles-
mêmes.
Ranimer l’innervation anéantie et en rendre la distribution plus ré¬
gulière j exciter, réchauffer les surfaces refroidies de la peau ; appeler
les mouvemens et la vie du centre à la circonférence : première et prin¬
cipale indication.
Attaquer en même temps l’état catarrhal par des moyens éprouvés :
seconde indication.
( 83 )
Enfin combattre les symptômes en raison de leur importance et de
leur pre'dominance relative : c’est la troisième indication, indication se¬
condaire , et d’où dépend néanmoins quelquefois l’issue de la maladie.
i° Nous avons, pour remplir la première indication, la saignée;
mais avec quelle précaution n’en faut-il pas user ! Quoiqu’elle soit d’un .
usage général dans l’Inde, ce n’est pas ce qui m’a fait commencer par
elle, mais bien parce que, lorsqu’elle est indiquée, elle doit précéder
toute autre médication. Le moment de l’employer passe avec une rapi¬
dité extrême, puisqu’à vrai dire, elle ne convient que dans la période
d’imminence, c’est-à-dire à ce moment où la maladie n’existant pas en¬
core , il est impossible de dire ce qu’elle sera, grave ou légère : aussi
les succès dont on lui fait honneur sont-ils susceptibles de contestation.
Dans tous les cas, elle ne convient qu’aux constitutions les plus fortes
et les plus sanguines : elle est fatale à toutes les autres ; en sorte que
c’est un moyen qui s’adresse plutôt à l’idiosyncrasie des sujets qu’à la
maladie elle-même.
Chez ceux-là même elle n’agit pas comme débilitante, mais en appe¬
lant doucement les forces et les mouvemens à l’extérieur des corps : in¬
dication importante dans une maladie où il se fait une si grande con¬
centration à l’intérieur.
Les stimulans diffusibles conviennent mieux au génie de la maladie
et sont d’une administration moins délicate. Parmi ces remèdes il en est
un qui jouit à Batavia d’nne confiance sans bornes : c’est un mélange
d’une partie de laudanum liquide et de deux parties d’essence de men¬
the, alcoolat de menthe. Nous en devons la connaissance au zèle
éclairé de M. Réveille'-Parise. Cette mixture se prend par cuillerées à
bouche et répétées; mais deux conditions' sont indispensables pour le
succès : la première, qu’elle soit administrée à doses rapprochées jus¬
qu’à ce que les accidens se calment; la seconde, que cette administra¬
tion commence le plus tôt possible, au moins dans les trois premières
heures de l’attaque. Sans le concours de ces deux conditions, et no¬
tamment de la seconde, la maladie est indubitablement mortelle, sauf
quelques exceptions.
Les médecins d’Aremberg disent avoir donné avec beaucoup de suc¬
cès un mélange de gouttes d’Hoffman et d’essence de menthe. Ce re¬
mède acquit une telle vogue que tout le monde en prenait à titre de
préservatif.
C’est ainsi que, sur la côte du Coromandel, le docteur Noè'l traita
fort heureusement les militaires atteints du choléra par des doses frac¬
tionnées d’alcali volatil dans une infusion de mélisse sucrée.
C’est dans le même but et avec le même résultat que M. Deville a
( 84 }
prescrit à Calcutta de fortes doses d’éther; mais i! s’ÿ prenait dès le.
de'but de la maladie.
Jj opium est fort employé dans le choléra; on le donne rarement
seul, parce qu’on a remarqué qu’il favorise la concentration des mou-
vemens à l’intérieur ; mais on l’associe le plus souvent au camphre , à
l’éther, à l’ammoniaque en liqueur, etc.
Oxide de bismuth. J’indique ce moyen sans m’y arrêter, parce qu’il
en a été parlé dans le dernier cahier de ce journal. On sait que le doc¬
teur Léo le met au-dessus de tous les autres, et il y serait bien autorisé
si, comme il le dit, il n’avait vu périr aucun des malades qui ont été
traités par sa méthode.
A ces pricipaux moyens on joint, à titre d’auxiliaires, les boissons
aromatiques chaudes , tantôt aqueuses et tantôt spiritueuscs. Cependant
Anneslay, l’un des historiens les plus estimés du choléra, prescrit la
limonade tartarique, qu’il ne craint pas de faire prendre froide.
En même temps qu’on agit à l’intérieur , il ne faut pas perdre de vue
les surfaces extérieures que la vie semble avoir abandonnées. Parmi
les moyens les plus propres à l’y rappeler on vante principalement les
frictions et les sinapismes, qu’on préfère généralement aux vésicatoires,
sans doute parce qu’ils agissent plus promptement : avantage inappré¬
ciable dans une maladie qui marche si rapidement. Les bains chauds
semblent propres à remplir la même indication; ils composaient toute
la thérapeutique d’Hippocrate dans le choléra. Les médecins de l’Inde
ne sont pas d’accord sur le degré de leur utilité; cependant les Russes
en ont adopté l’usage; mais frappés de l’inertie des fonctions cutanées,
ils leur préfèrent les bains de vapeurs aromatiques , et notamment les
bains de foin. Nos lecteurs peuvent se rappeler que le gouvernement
russe a récompensé d’un certain nombre de roubles le paysan qui pro¬
posa ce moyen : c’est au moins une présomption de son utilité.
i° Passons à la seconde indication. Parmi les remèdes qu’il convient
d’opposer à l’état catarrhal, la commission place en première ligne le
calomel donné en poudre et associé à la gomme arabique (i). Après le
calomel viennent les excitans internes, la serpentaire de Virginie asso¬
ciée au quinquina, les excitans externes et notamment les vésicatoires.
(i) On connaît l’abus qu'en font les Anglais : c’est pour eus une panacée uni¬
verselle; ils le donnent partout et toujours. Fille de la médecine anglaise, la
médecine indienne a trop bien profité de ses leçons. Elle en prescrit jusqu’à
trois, quatre et cinq scrupules par jour. C’est ce traitement que le marquis Ilas-
tings, commandant les forces anglaises dans l’Inde, fit mettre à l’ordre du jour.
Cela rappelle les arrêts du Parlement contre l'émétique et contre l’inoculation.
( 85 )
La commission s’étonne que, dans un cas où il est si important de mé¬
nager la susceptibilité de l’estomac, on n’ait pas songé au. sulfate de
quinine combiné avec le musc, l’essence de menthe, le camphre, l’é¬
ther, etc. Ce moyen serait sûrement d’un puissant secours.
3° Attaquer le fond d’une maladie, c’est sans doute en attaquer les
symptômes ; néanmoins s’il s’en présente qui dominent tous les autres,
il importe de les combattre directement. Cette supposition se réalise
assez souvent dans le choléra. Les vomissemens répétés y sont un des
accidens les plus communs et les plus pénibles à supporter. L’opium
est peut-être le meilleur moyen de les réprimer j mais ce qui réussit à
l’un ne réussit pas à l’autre. Ainsi on a vu la potion de Rivière sup¬
pléer avantageusement l’opium. Si les déjections alvines sont moins
fatigantes que les vomissemens, elles épuisent peut-être plus rapidement
les forces : on y remédie par des lavemens narcotiques.
En général, le choléra marche avec une rapidité extrême, rapidité
telle qu’on serait tenté de croire à un empoisonnement. Il n’est pas rare
qu’il enlève les malades en dix ou douze heures, et quelquefois plus
tôt. Lorsque les malades doivent revenir à la santé, cet heureux retour
s’annonce par plusieurs signes : l’un des plus favorables est la chaleur
et la moiteur de la peau. J’en dis autant de la fréquence du pouls , et
généralement de tout ce qui annonce une distribution plus régulière des
forces toniques.
Tel est le résumé succinct du long travail de la commission. Je l’ai
reproduit avec soin, parce que l’exactitude est le premier devoir d’un
historien. Elle était d’autant plus facile pour moi que je reconnaissais
mes principes à chaque page avec une satisfaction égale à l’estime que
j’ai pour les talens de M. le rapporteur.
Je crois fermement que la méthode dont il a fait l’application au cho¬
léra est la seule bonne ; elle a du moins l’avantage sur toutes les autres
d’aller droit aux indications curatives ; et comme en dernier résultat le
traitement est le but final de la médecine, il est évident qu’il n’y a de
bonne doctrine que celle qui y conduit.
Est-ce à dire que la nôtre sauvera tous les cholériques ? Non sans
doute ; il y a des causes morbifiques tellement puissantes que la méde¬
cine ne saurait lutter contre elles ; et, quoi qu’elle fasse, elle est vain¬
cue. Il y a, dans la profondeur des organisations, des conditions mal¬
heureuses et qui décident du sort des malades : ainsi, toutes choses
égales, l’un meurt de la pneumonie et l’autre se sauve avec le même
traitement. A combien plus forte raison cela est-il vrai du choléra !
On comprend donc que, quelle que soit la méthode thérapeutique
qu’on adopte, quels que soient les remèdes qu’on emploie, saignée,
: se )
opium, essence de menthe , calomel, etc., il y aura des guérisons et
des morts.
Que les gens du monde s’autorisent de cet aveu pour accuser la mé¬
decine , cela ne tire pas à conséquence. Ces réflexions ne s’adressent
qu’aux médecins , parce que les médecins sont seuls en état de sentir
que l’égalité parmi les homines n’est pas plus vraie en pathologie qu’en
politique, dans l’ordre physique que dans l’ordre moral.
TRAITEMENT DÛ RHUMATISME ET DES NÉVRALGIES PAR I.’ACÉTATE
DE MORPHINE INTRODUIT PAR I.E DERME DÉNUDÉ.
M. Trousseau, médecin du bureau central des hôpitaux, vient
d’obtenir, dans le traitement de deux rhumatismes aigus, l’un fibreux,
l’autre articulaire, un succès si prompt et si remarquable, par l’acétate
de morphine employé par la méthode endermique, que nous devons
les signaler à nos lecteurs (i).
Une dame, âgée de soixante-un ans, sujette aux affections rhumatis¬
males, le fait appeler vingt-quatre heures après l’invasion d’une douleur
insupportable à l’épaule droite. Les mouvemens étaient impossibles; la
douleur au toucher était extrême dans toute la région occupée par le
deltoïde; il y avait une forte fièvre et une violente céphalalgie. Une
saignée de seize onzes fut pratiquée immédiatement. Le lendemain la
fièvre et la céphalalgie avaient diminué; mais il n’en était pas de même
de la douleur de l’épaule, qui était intolérable : M. Trousseau fit alors
composer la pommade ammoniacale suivante : 'if ammoniaque liquide,
i gros; axonge, i gros; suif de mouton, 6 grains; et après en avoir
appliqué une petite masse sur le moignon de l’épaule, qu’il renouvela
au bout de cinq minutes , quelques instans après il n’eut qu’à essuyer
la partie avec la manche de son habit pour enlever l’épiderme avec
facilité ; alors il saupoudra la plaie avec un demi-grain d’acétate de
morphine et recouvrit le tout d’un morceau de taffetas d’Angleterre.
Un quart d’heure après, la malade souffrait déjà beaucoup moins , et
bientôt elle s’endormit. A son réveil, la douleur rhumatismale avait
disparu ; on put saisir le poignet, faire exécuter au bras des mouvemens
de circumduction sans ne faire éprouver qu’une légère souffrance que la
malade comparait à un engourdissement. Le second jour, la malade
était levée, sans fièvre, sans douleur, et demandait à manger. La dou¬
leur rhumatismale ne se montra plus ; mais, chose remarquable ! c’est
que pendant dix jours le bras resta faible et pesant.
(1) M. le docteur Ricotti a publié trois observations semblables en 1829.
{Ann. univ. di med.. Iiiglin 1829.)
Voici un fait encore plus remarquable. Un garde national, âgé de
vingt-un ans, gagna une pleurésie en bivouaquant dans les rues de Pa¬
ris par le temps pluvieux et froid du mois de décembre. Celte pleu¬
résie marche et nécessite plusieurs saignées qui enlèvent le point de
côtéj mais le quatrième jour, douleur à l’épaule gauche et au poignet
droit, qui deviennent rouges et gonflés, et empêchent tout mouve¬
ment; le cinquième jour, l’articulation coxo-fémorale se prend ainsi
que le genou droit, et le malade ne peut se mouvoir dans son lit sans
pousser des cris; le sixième jour, le poignet gauche est envahi.
Le kermès, les boissons diaphoniques, les applications émollientes,
rien n’avait diminué les douleurs, lorsque M. Trousseau appliqua sur
la face dorsale du poignet droit de la pommade ammoniacale d’après
la formule indiquée; un demi-grain d’acétate de morphine fut ap¬
pliqué, ainsi qu’un morceau de taffetas d’Angleterre. La nuit fut
bonne, et au réveil le poignet du malade était guéri ; il n’y avait
plus ni rougeur ni tuméfaction ; la main exécutait tous les mou-
vemens sans la moindre douleur. Les autres articulations étaient tou¬
jours fort douloureuses : un petit vésicatoire ammoniacal fut fait à la
partie antérieure de l’épaule gauche-, un demi-grain de morphine y fut
déposé, et le soir l’épaule était guérie. Le même moyen est employé au
trochanter gauche, près de la tête du fémur, et cette articulation est
libre quelques heures après. Il ne restait le lendemain que le poignet
gauche et le genou ; à l’aide de la même médication, le poignet fut
guéri dans la journée. Quant au genou, il fut abandonné aux soins de
la nature ; comme il n’y avait ni tuméfaction ni douleurs vives, en peu
de jours la guérison fut parfaite. La convalescence ne fut entravée par
aucun accident; mais elle fut longue. Plusieurs articulations furent un
certain temps le siège de douleurs vagues, que des bains dissipèrent.
La rapidité de la guérison dans ces cas, après l’application de l’acétate
de morphine sur chaque articulation, est un fait pratique d’une grande
importance. Si des faits de ce genre se multipliaient, et si une médica¬
tion aussi simple suffisait pour détruire une maladie aussi grave et aussi
opiniâtre que le rhumatisme articulaire général, on aurait, certes, fait
une grande conquête thérapeutique. Il est impossible d’attribuer au
hasard la disparition des symptômes inflammatoires dans chaque arti-
lation affectée, lorsque d’une part on voit le mal persister dans les
jointures primitivement atteintes, et chaque jour en envahir de nouvel¬
les , et que, d’autre part, successivement et dans l’ordre de l’applica¬
tion du remède, on voit le rhumatisme quitter toutes les articulations
malades pour ne plus se montrer dans d’autres.
Nous ne pouvons qu’engager lés praticiens à tenter avec prudence
( 88 )
des essais, pour fixer d’une manière défini^ve le parti que l’on peut
tirer de ce moyen thérapeutique.
L’introduction par le derme dénudé des médicampns narcotiques a
fait obtenir encore d’autres succès à M. Trousseau ; il a triomphé par
ce moyen de deux cas de névralgie extrêmement graves, l’une temporo-
faciale aiguë, l’autre fémoro-poplitée chronique. Dans le premier, la
névralgie était accompagnée d’une fièvre intermittente. Depuis trente-
six heures la malade, âgée de soixante cinq ans, éprouvait une atroce cé-
phalgie ; une douleur aiguë parcourait sans relâche le trajet des nerfs
temporaux du côté gauche et lui faisait pousser des cris douloureux.
Sans s’occuper de la fièvre intermittente, il fut appliqué sur le trajet
de l’artère temporale, après avoir rasé les cheveux, une compresse de
toile pliée en huit et de la largeur d’une pièce de dix sous; puis, pre¬
nant de l’ammoniaque avec une plume, on la versa goutte à goutte
sur la compresse, que l’on maintint ainsi imbibée; au bout de douze
minutes, la compresse fut enlevée ; la peau était rouge et paraissait
ridée; quelques frottemens avec l’extrémité des doigts suffirent pour
enlever l’épiderme. Alors un demi - grain d’ace'tate de morphine fut
appliqué sur le derme dénudé. Au bout d’un quart d’heure la douleur
était supportable, et demi-heure après la malade se trouvait guérie et
n’avait pas d’expression assez forte pour témoigner sa reconnaissance.
Dans la nuit la douleur reparut avec assez d’intensité, mais elle occu¬
pait surtout l’oreille; un nouveau vésicatoire et deux tiers de grain
d’acétate de morphine au-devant du trou auditif en triomphèrent en
quelques minutes, et cela pour toujours. Ce symptôme ou cet accident
de la fièvre étant dissipé, celle-ci, d’abord double-tierce, puis tierce,
fut guérie par Je sulfate de quinine.
Le malade atteint de névralgie fémoro-poplitée chronique a été guéri
par l’extrait de Belladone. Un négociant, âgé de quarante ans, gardait
le lit depuis trois mois, souffrant cruellement plusieurs heures par jour;
en vain les saignées, les sangsues, les bains, les linimens avaient été
employés. Un vésicatoire sur la fesse, au point où le nerf sciatique sort
du bassin , est appliqué, et sur le derme dénudé on fait une friction
avec six ou huit grains d’une pommade composée de parties égales de
cérat et d’extrait de belladone; dès ce jour même, les douleurs cessèrent
dans toute l’étendue du membre. Le soir on recommença la friction, qui
fut faite aussi le lendemain matin et soir. Le traitement en resta là : le
malade était guéri.
M. Trousseau prévoit que l’on trouvera ces cas de guérison extraor¬
dinaires par leur rapidité : aussi manifeste-t-il lui-même son étonnement
dp la promptitude des succès qu’il a obtenus. M. Trousseau est du
( 8c) )
nombre de ces inc'dccins consciencieux aux paroles desquels on ne peut
refuser sa confiance : aussi appelons-nous l’attention de nos lecteurs sur
les résultats de sa pratique. Mais nous devons dire que si nous avons
connaissance de succès obtenus par les moyens qu’il préconisé dans les
névralgies Je'moro-poplitées , nous avons vu aussi des cas qui ont etc
rebelles aux narcotiques de toute espèce employés par la méthode en-
dermique. Nous en avons en ce moment deux exemples sous les yeux.
Chez les deux malades la névralgie occupe les deux extrémités infé¬
rieures : des douleurs horribles et l’impossibilité de tout mouvement,
voilà leurs caractères. Chez tous les deux l’ace'tate de morphine est
appliquée à des doses très-fortes, et n’a d’autres résultats que de ealmcr
les douleur pour dix, douze, quinze ou vingt-quatre heures ; mais cet
effet est assuré : cinq ou six minutes après que les vésicatoires ont été
pansés, le calme survient. Un des malades a un vésicatoire au côté
de chaque pérone'e, et en deux pansemens use de i a à 15 grains par
jour d’acc'tate de morphine ; l’autre a un vésicatoire au haut de chaque
cuisse, et n’a besoin encore, pour avoir ses jours et ses nuits tranquilles,
que de trois grains de ce sel narcotique. L’acétate de morphine n’aurait
d’autre avantage, comme ici, que de calmer les douleurs d’une manière
aussi sûre, qu’il serait d’une grande ressource pour la pratique. La mé¬
thode endermique n’aurait-elle aussi d’autre bienfait que d’introduire le
médicament actif dans l’économie, sans agir directement sur l’estomac,
et par conséquent de conserver l’intégrité des fonctions digestives, chose
si importante dans les maladies chroniques, qu’on devrait la préférer à
tout autre mode d’introduction du médicament.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
SUR LE TRAITEMENT DE LA CARIE DENTAIRE ET DE
l’odontalgie.
Faire souffrir pour apaiser une douleur, mutiler pour guérif, est
trop souvent le rôle du chirurgien pour qu’il ne cherche pas sans cesse
A diminuer le nombre de ses moyens thérapeutiques indispensablement
cruels, et qu’il applique le plus souvent possible à la curation des ma¬
ladies le jucundè , dont les anciens ont fait une loi dans le manuel
des opérations. Pourquoi dédaignerait-il de faire l’application de ce
principe aux points les plus minimes de la chirurgie, aux maladies
tome i. 3’ 1 liv. n
( 9 ° )
des dents par exemple, surtout à leur carie et aux douleurs si cuisantes
qui l’accompagnent ? L’avulsion des dents est un mal assez grand en
lui-même pour qu’on en soit moins prodigue. C’est, sans contredit, le
meilleur moyen de traiter la carie, mais à la honte de la me'decine ;
car mutiler pour gue'rir peut être une nécessite ', jamais un bien : c’est
agir en me'decine à peu près comme Lycurgue en économie politique ;
mais comme aujourd’hui on redresse ( où l’on essaie de redresser ) les
rachitiques , et que tout au moins on les laisse vivre, espe'rons qu’un
jour on guérira la carie dentaire sans arracher les dents : c’est bien
le moins qu’on puisse espe'rcr des lumières d’une socie'te' qui est dans
le pi’Ogrès. En attendant, et sans avoir la prc'tention de résoudre en¬
tièrement le problème, mais dans l’intention de travailler à sa solu¬
tion , nous prierons le lecteur de nous permettre de l’entretenir un in¬
stant du mal de dents, sujet que la dignité doctorale semble dédaigner,
et qui, par cela seul peut-être, est devenu presque exclusivement le
domaine du charlatanisme des foires ou de la médecine de portière.
Nous ne rappellerons pas ici tous les procédés vantés contre le mal
de dents ; ils sont par centaines, comme tons les remèdes souverains
qui guérissent toujours en promesse, et presque jamais en réalité. Nous
dirons seulement qu’on peut les rapporter à trois groupes principaux :
i“ ceux qui agissent sur le rameau dentaire lui-même, soit médiale-
ment, soit immédiatement, en modifiant sa sensibilité sans altérer sa
texture : tels sont les opiacées de toute espèce; on pourrait y joindre le
galvanisme et le magnétisme , et certaines impressions morales vives et
instantanées, celles , par exemple, que fait naître la vue du dentiste
ou le simple contact du cordon de sa sonnette; a" ceux qui, par une
irritation nouvelle et plus ou moins forte, développée dans la pulpe den¬
taire, la muqueuse buccale ou quelque partie voisine, font tairela dou¬
leur primitive, comme les teintures aromatiques, les huiles essentielles,
la rubéfaction de la peau de la joue, les excitans de toute espèce portés
dans la bouche ; 3° enfin ceux qui désorganisent et le nerf dentaire et
la dent elle-même, et font ainsi disparaître l’organe malade, c’est-à-
dire les caustiques soit liquides, soit solides, et le fer incandescent.
C’est à ce groupe que peut se joindre le plus héroïque des moyens de
guérison, l’avtdsion. Négligeant de parler des caïmans dont l’action est
très-infidèle, des excitans qui, le plus ordinairement, n’agissent que
temporairement et ne font cesser la douleur qu’en en développant une
antre ; enfin de l’avulsion qui, tout en produisant une douleur atroce,
prive sur-le-champ d’un organe important pour la mastication et la pa¬
role , nous dirons quelques mots de l’emploi des caustiques, bien pins
sûrs dans leurs effets que le feu lui-même.
( 9 > )
Les caustiques qu’on peut employer sont de deux sortes, solides ou
liquides. Les premiers , à cause de leur forme même, ne pouvant se
répandre assez promptement et assez sûrement dans toutes les anfrac¬
tuosités de la dent carie'e, paraissent devoir être moins efficaces que
les caustiques liquides : aussi doit-on pre'fe'rer ceux-ci, excepte' dans le
cas où un obstacle quelconque interdit leur usage. Parmi les caustiques
solides, il en est un dont on vient de constater et de publier les effets
avantageux, c’est l’alun calcine'. M. Kuhn dit que, d’après son ex¬
périence , l’alun, réduit en poudre très-fine, non-seulement fait cesser
la douleur causée par la carie, mais encore arrête la marche de celle-ci.
Il suffit d’introduire dans la dent malade un ou deux grains de cette
poudre au moyen d’une plume taillée, et de l’y laisser. A mesure que
l’alun fond, les douleurs se dissipent. On doit y revenir autant de fois
que le mal de dent veut reparaître , jusqu’à sa disparition complète,
qui ne tarde pas à avoir lieu.
Si un caustique pulvérulent produit ces effets, on doit en attendre de
plus prompts et de plus certains d’une substance liquide, surtout si
cette substance a, par ses propriétés chimiques, une action plus grande
sur les mêmes tissus, et si son emploi est aussi facile; c’est en effet ce
qui a lieu pour l’acide nitrique. L’exemple suivant le prouve.
Une dame , qui déjà avait perdu plusieurs dents, ressentait depuis
quelque temps, par l’effet d’une carie assez avancée d’une grosse mo¬
laire, des douleurs très-vives dans la mâchoire, douleurs qui s’éten¬
daient à tout le côté correspondant de la figure, avec tous les carac¬
tères d’une névralgie du nerf facial. L’arrachement de la dent cariée
fut proposé; mais l’aversjon insurmontable de la malade pour un tel
moyen, qui lui promettait cependant la cessation immédiate de douleurs
devenues intolérables , nous engagea à proposer la cautérisation, qui
réussit au-delà de nos espérances. Nous touchâmes à plusieurs reprises
la surface cariée avec de l’acide nitrique concentré : la douleur cessa.
Une heure et demie ou deux heures après elle revint; mais elle céda
complètement à une nouvelle cautérisation , et la malade, qui, depuis
plusieurs jours , ne pouvait goûter de repos, s endormit et se reveilla
le lendemain toul-à-fait exempte de douleurs. Dans l’espace de six
mois, trois cautérisations, provoquées par de nouveaux accès, en triom¬
phèrent chaque fois très-promptement. Peu de tempsapres la demiere,
la couronne se détacha spontanément et d’une seule pièce. Depuis
plus de huit mois , ni l’odontalgie ni la névralgie faciale ne se sont ma¬
nifestées , et la racine parfaitement saine peut servir à la mastication.
Chez un enfant de cinq ans, dont une première molaire cariée était
Irès-douloureuse , pareil résultat fut obtenu, à l’exception que la chute
( 9* )
de la couronne n’eut pas lieu, mais la carie fut arrêtée. Dans deux au¬
tres cas moins remarquables par l’intensité de la douleur et l’éten¬
due de la catic, les effets de la cautérisation ont été les mêmes,
et dans aucun d’eux l’inflammation de la pulpe dentaire, ni les autres
accidens qu’on redoute dans ce cas , n’ont été produits. Pour que la
cautérisation soit avantageuse, il faut, d’une part, y revenir aussi sou¬
vent q ne la douleur reparaît, employer chaque fois assez d’acide pour
en bien imprégner la surface malade, et de l’autre éviter d’intéresser
les parties voisines. Voici comment on doit procéder.
Quand la dent cariée occupe la mâchoire inférieure , rien n’est en
général plus facile. La tête étant placée , autant que possible, de telle
sorte que le fond de sa cavité en soit la partie la plus déclive, on rompt
à moitié une allumette, à quatre ou cinq lignes d’une de ses extrémités,
de maniéré que celle-ci forme avec le reste un angle plus ou moins ou¬
vert. (Il vaudrait mieux avoir une tige de verre ou de platine également
courbée, ou un petit pinceau fait avec quelques iilamens d’amianthe
bien attachés à une allumette. ) On plonge l’extrémité courbée de
l’instrument dans de l’acide nitrique très-concentré, et on la porte aus¬
sitôt dans la cavité de la dent; on l’y appuie légèrement, et après l’y
avoir laissée quelques secondes , on l’en retire, en évitant de toucher
les parois de la bouche ou les lèvres. On doit reporter ainsi quatre ou
cinq fois de suite l’instrument chargé de caustique, et attendre : si la
douleur revient, on recommence. Bien entendu qu’il faut éviter d’em¬
plir la cavité dentaire de caustique au point de le répandre dans la
bouche. La grosseur de l’instrument, la quantité d’acide à porter cha¬
que fois, le nombre et l’intervalle des cautérisations, seront propor¬
tionnés à l’étendue, à la position delà carie, à la docilité du malade, etc.
Quand la carie intéresse une dent de l’arcade supérieure, ce procédé
est impraticable, parce que l’acide, obéissant aux lois de la pesan¬
teur, ne pourrait atteindre lefond delà cavité dentaire , et se répandrait
dans la bouche. Le procédésuivantcxc'cutéavec un peu d’adresse atteint
parfaitement le but. On prend un morceau de cire jaune du même vo¬
lume que celui de la dent cariée; onle malaxe entre les doigts, et l’on en
forme une espèce de godet dont la profondeur et l’ouverture sont égales
à celles de la cavité de la dent malade. On place dans ce godet une pe¬
tite boulette d’amianthe hachée, d’un diamètretel qu’ellepuissc pénétrer
très-facilement dans la dent sans la remplir entièrement. On imbibe
cette boulette d’acide nitrique, et on la présente ainsi à l’entrée de la
cavité de la dent. Les bords du godet de cire sont ensuite collés avec
le doigt tout autour de la dent qu’on a préalablcmentessuyéc. Cela fait,
on presse de bas en haut sur la cire, soit avec le doigt, soit avec un in-
( 93 )
strument quelconque, si cela paraît plus commode, de manière à forcer
la boulette d’amianthe à quitter le godet et à pe'ne'trer jusqu’au fond de
la cavité' dentaire, en ayant soin de ne pas de'coller les bords du godet.
Après avoir laisse' ainsi le caustique en contact avec la carie, un quart
d’heure au plus, on recommence de la même manière, si l’on juge que
la première cautérisation est insuffisante.
La situation de la carie peut être une cause d’empêchement à la eau.
te'risation.Quand, par exemple, la carie occupe un des côtes de la dent
en contact imme'diat avec une dent voisine, on conçoit qu’il est impos¬
sible d’y porter le caustique; mais ce cas est rare. Il n’est pas ordinaire
qu’une carie assez avancée pour produire des douleurs vives soit borne'e
à ce point; presque toujours elle s’e'tend à l’une des faces libres ; car,
en general, il est de l’essence de la carie de corroder la dent beaucoup
plus en largeur qu’en profondeur ; de là le peu de cas où le plomber
est praticable ou efficace. Quand la circonstance dont nous venons de
parler se présente, o’est-à-dire quand' là carie intéresse à la fois une
des faces libres et une de celles correspondantes anx dents voisines, on
peut pratiquer la cautérisation; mais alors, pour préserver la dent saine,
il faut la couvrir d’une lame mince de platine pendant l’opération. Il
est une autre contre-indication à la cautérisation, c’est l’existence d’une
fluxion : mais cet obstacle n’est que temporaire, et peut-être en éxagè-
re-l-on l’importance ; neanmoins il est plus sage dans ce cas de s’abste¬
nir.Quant à la production de cet accident par la cautérisation elle-même,
nous ne l’avons pas observée : elle doit être rare quand l’opération est
bien faite, mais elle est possible.
La cautérisation des dents cariées avec l’acide nitrique n’est pas un
moyen nouveau, nous le savons, et n’en revendiquons pas la découverte.
Beaucoup d’ouvrages en parlent, mais de manière à empêcher d’y
recourir, soit par le manque de détails sur les moyens de la pratiquer,
soit par le peu de crédit qu’on lui accorde. N’est-on pas, par exemple,
détourné de son usage par le passage suivant de l’ouvrage d’un de nos
chirurgiens les plus renommés à juste titre, mais qui, dans ce cas ,
nous paraît en défaut : « Les caustiques ne paraissent pas jouir, à
l’égard de la carie des dents, de propriétés semblables à celles que
ces moyens exercent sur la carie des autres os. La lésion organique
n’est- pas moins bornée. Il est sans exemple que l’on ait jamais
frappé de nécrose, par des procédés semblables, la surface cariée , et
réduit ainsi la maladie aux conditions d’une simple perte de substance,
La cautérisation peut avoir pour résultat la réduction des parties molles
que la dent renferme et la cessation des douleurs; mais la carie continue
de s’étendre et la destruction de la dent se consommera. » C’est à cette
( 94 )
opinion très-répandue qu’il faut attribuer l’indifférence des dentistes
pour l’emploi de ce procédé curatif, et aussi à la manière peu métho¬
dique avec laquelle on le met en pratique. C’est donc pour faire cesser
les préventions des praticiens à son égard, et les engager à expérimen¬
ter sur ce point de thérapeutique, qui n’est pas si indifférent qu’il le
paraît, que nous leur avons soumis nos idées et le résultat de notre ex¬
périence. A. T.
MALADIES DE LA PEAU.
DIÎS PURGATIFS.
Dans un précédent article, j’ai signalé les purgatifs comme occupam
une place importante dans la thérapeutique des maladies de la peau. En
effet, ils constituent une des médications auxquelles on a le plus sou¬
vent recours, soit qu’on les administre comme devant préparer à un
mouvement plus ou moins énergique, soit qu’ils viennent aider l’emploi
d’autres moyens, soit enfin qu’ils forment à eux seuls la base du trai¬
tement.
Avant de les envisager sous ces différens points de vue, il n’est peut-
être pas inutile de les examiner un instant d’une manière générale.
Les purgatifs, dont on a peut-être abusé autrefois, mais aussi, en
revanche, dont on est de nos jours devenu très-avare, peuvent être
employés le plus ordinairement sans la moindre crainte ; et même on
peut revenir à plusieurs reprises sur leur usage, sans qu’il en résulte
le plus léger accident. Appliqués convenablement, ils sont ordinaire¬
ment des plus efficaces , et il ne faut pas craindre d’insister sur leur
emploi. Il est évident que ce que je dis ici s’applique plus spécialement
aux maladies cutanées. Il semble en effet que l’état pathologique de la
peau soit une espèce de sauve-garde contre l’inflammation gastro-intes¬
tinale que l’on pourrait redouter. J’ai vu bien des fois, à l’hôpital St.-
Louis, dans les salles de M, Biett, des malades soumis pendant des
mois entiers aux laxatifs , et d’autres faisant usage à diverses reprises
de purgatifs fort énergiques, et à doses assez élevées, sans qu’il en ré¬
sultât jamais d’accidens fâcheux. Il est inutile d’ajouter, je pense, ce
précepte qu’on retrouve consigné avec une exactitude remarquable dans
tous les ouvrages à l’article traitement, c’est-à-dire que l’usage des
purgatifs est contre-indiqué quand il y a la moindre trace d’irritation
( 95 )
gastro-intestinale. Il est évident que nous supposons les voies digestives
dans un état sain : le contraire devra toujours former un cas d’excep¬
tion. Mais ce qu’il importe beaucoup de faire remarquer, c’est le soin
avec lequel les praticiens, avant d’avoir recours aux purgatifs,doivent
avoir égard à l’individu lui-même, à l’état d’acuité, à la période,
quelquefois même à la nature de la maladie.
Ainsi cette médication ne saurait être employée en général chez les
personnes naturellement irritables, nerveuses , habituellement maigres,
d’un faible appétit, à peau fine, sensible et délicate, ou au moins il ne
faut se permettre le plus souvent que de légers laxatifs.
Les purgatifs conviennent au contraire très-bien chez ces individus
forts, mais mous, indolens, sans activité, tout à la fois sanguins et
lymphatiques, chez lesquels la sensibilité est peu développée, etc. C’est
surtout chez eux que l’on peut s’adresser avec confiance aux purgatifs
énergiques. Ils conviennent encore très-bien les plus ordinairement aux
vieillards.
En général, quand une éruption est accompagnée d’un léger mou¬
vement fébrile, de quelques symptômes de chaleur à la peau, ou même
d’un appareil inflammatoire local un peu prononcé, ce n’est pas le cas
de la méthode purgative : elle est, au contraire, des plus avantageuses
quand la période d’acuité est passée, ou même au déclin. Administrez
plutôt les purgatifs en stimulant la muqueuse intestinale, réagissant
d’une manière évidente sur les points de la peau qui sont affectés, et
l’inflammation marche souvent alors avec une rapidité et une intensité
nouvelles.
Enfin il est certaines maladies de l’enveloppe tégumentaire dans les¬
quelles l’expérience a prouvé que les purgatifs étaient inutiles et quel¬
quefois même dangereux. Je signalerai parmi elles la plupart des exan¬
thèmes , quelques formes de Y acné, le pemphigus, V élépliantiasis
des Grecs, etc., etc.
J’ai dit plus haut que souvent, dans le traitement des maladies de
la peau, les purgatifs étaient administrés comme devant précéder un
médicament plus énergique : il est en effet très-utile de débuter par ce
moyen préparatoire, surtout dans les formes sèches et les affections chro¬
niques , et principalement quand le traitement doit être long. Ici leur
effet est tout simplement de débarrasser les voies digestives pour les
rendre plus aptes à l’impression des me'dicamens auxquels on se pro
pose d’avoir recours. Dans ce cas on emploie le plus ordinairement
quelques purgatifs salins; l’eau de Sedlitz, par exemple.
Les purgatifs sont aussi quelquefois de puissans auxiliaires , surtout
à certaine période de telle ou telle éruption, et quand il s’agit de s’a-
( gü )
dresser principalement aux produits de l’inflammation. Ainsi dans l’ec-
zema (dartre squammeuse humide de M. Alibert ),quand les vésicules
se sont déchirées, quand la sérosité qu’elles contenaient, se desséchant,
a formé de légères squammes qui tombent et se renouvellent sans cesse,
reproduites qu’elles sont par une exhalaison continuelle des surfaces
malades; ainsi dans Y impétigo (dartre crustacée de M. Alibert), quand
les pustules se sont ouvertes pour laisser échapper une matière puru¬
lente qui, en se coagulant, a formé des croûtes jaunes, épaisses, qui
se détachent pour laisser apercevoir des surfaces rouges, enflammées ,
qui ne tardent pas à être recouvertes d’une croûte nouvelle, etc., etc.
Autant dans ces circonstances l’emploi prématuré des purgatifs
peut avoir d’incoiivc'niens, autant il a d’avantages alors que l’acuité
première de l’éruption s’est dissipée. Ici il semble que les purgatifs
agissent en stimulant la membrane muqueuse des voies digestives, en
augmentant les sécrétions intestinales aux dépens de cette exhalaison
des points affectés de la peau. Quoi qu’il en soit, voici les phénomènes
que l’on observe : peu à peu les croûtes ou les squammes se reforment
plus lentement et moins épaisses ; elles adhèrent moins fortement et
tombent plus tôt; les surfaces qu’elles laissent à nu, en se détachant,
sont moins humides, moins rouges; peu à peu elles se rétrécissent;
bientôt il n’y a plus de produits de l’inflammation , il ne reste plus
qu’une rougeur qui ne tarde pas à se dissiper, ou quelques petites par¬
celles d’épiderme, sèches (comme des molécules de son), à peine fixées
sur une peau sèche aussi, pâle et comme flétrie.
Les mcdicaincns que l’on peut employer alors sont nombreux ; quel¬
quefois on se borne à quelques laxatifs, à des purgatifs légers, suivant
que l’on veut en continuer l’usage pendant quelque temps, ou y reve¬
nir à plusieurs reprises. C’est ainsi que l’on administre souvent le sul¬
fate de soude ou de magnésie à la dose de deux gros ou demi-once
dans une pinte d’une infusion émolliente, ou d’une décoction amère
continuée plus ou moins long-temps, ou bien que l’on a recours à
l’huile de ricin, à quelques pilules de calomel et de jalap, etc., etc.
Mais il est des cas où les purgatifs constituent à eux seuls la base du
traitement. Cette méthode, dite de Hamilton, est surtout très-utile
dans les formes sèches , dans la lèpre vulgaire (dartre furfuracéear¬
rondie de M. Alibert) ; dans les diverses espèces de psoriasis (dartre
squammeuse lichénoïde de M. Alibert), etc., etc.
Elle offre d’ailleurs d’autant plus de chances de succès que l’érup¬
tion est moins avancée, que le malade en a déjà été atteint moins
souvent.
Elle consiste principalement dans l’administration de-laxatifs, ou
( 97 )
meme quelquefois de purgatifs énergiques, mais fractionnés par petites
doses et long-temps continués , un mois ou deux par exemple, et même
plus, en ayant soin toutefois d’interrompre par intervalles le traitement
pour le reprendre ensuite, après avoir laissé reposer le malade quatre,
six ou huit jours, plus ou moins.
Les effets immédiats de ce traitement sont peu marqués. Le malade a
quelquefois, les premiers jours seulement, une diarrhée très-légère;
mais, dans la plupart des cas, les fonctions digestives rentrent promp¬
tement dans l’état normal ; et l’on croirait presque non-seulement à l’in¬
nocuité , mais encore à l’inutilité des moyens employés, si au bout de
quelque temps on ne remarquait dans l’éruption des changemens appré¬
ciables. En effet, bientôt les squammes deviennent moins adhérentes,
plus petites ; les cercles de la lèpre se brisent, les élévations du pso¬
riasis s’affaissent; peu à peu la rougeur disparaît, les plaques revien¬
nent au niveau de la peau, et il ne reste qu’une légère empreinte qui
ne tarde pas elle-même à s’effacer.
J’ai vu, dans les salles de M. Biett, de nombreux exemples de ces
guérisons remarquables par leur promptitude.
» Ici encore on peut avoir recours aux sels purgatifs administrés dans
une pinte de tisane; mais en général il faut s’adresser à des médicamens
plus énergiques; on emploie de préférence l’aloès, la résine de jalap,
la gomme gutte, etc., sous forme pilulaire ; mais le moyen qui semble
réussir le mieux et le plus constamment, c’est le calomel. On en fait
prendre au malade quatre grains tous les matins à jeun, incorporés
dans des pilules, ou mieux délayés dans une cuillerée de tisane. On
peut continuer ainsi pendant long-temps, sans crainte d’accidcns, en
ayant soin toutefois de s’arrêter à différons intervalles. J’ai bien vu
quelquefois survenir de la salivation, mais ces cas sont excessivement
rares; d’ailleurs il est impossible de désigner à priori s’il faut em¬
ployer tel médicament plutôt que tel autre ; mais je dois dire que le
calomel est celui qui a paru le plus facile à manier, et même dont
l’administration a été le plus souvent suivie de succès.
C’est souvent le seul médicament que l’on puisse employer chez les
enfans, chez lesquels il est à la fois et très-efficace et très-facile à frac¬
tionner en doses relatives à leur âge. Dans ce dernier cas on peut mé¬
langer quelques grains de calomel dans une quantité donnée de sucre en
poudre, et diviser le tout en prises qui peuvent ne contenir qu’une très-
petite quantité de proto-chlorure de mercure. A. C.
VACCINE.
Y A-T-IL PLUSIEURS QUALITÉS DE VACCIN?
Dans le monde, on croit généralement qu’il y a un grand choix à faire
dans le vaccin, parce qu’on est persuadé qu’il en est de plusieurs qua¬
lités : aussi chacun demande-t-il du meilleur. Rien n’égale la sollicitude
des mères à cet égard ; elles ne tarissent pas de questions sur la santé
non-seulement de l’enfant qui fournit le vaccin, mais sur la santé de ses
parens et de ses grands-parens; elles voudraient pouvoir remonter jus¬
qu’à leurs bisaïeuls. Et pourquoi tout cela ? Je n’en connais qu’une
seule raison, c’est l’idée où l’on est que le vaccin varie d’un sujet à
l’autre, et qu’il suit dans sa constitution toutes les variations bonnes ou
mauvaises des vaccinés, de telle sorte que chacun communique au vac¬
cin quelque chose de son tempérament. S’il est scrophuleux, il fournit
un vaccin scrophuleux ; s’il est dartreux, rachitique, scorbutique, etc.,
le vaccin se ressent nécessairement de ces fâcheuses prédispositions ;
enfin chacun donne le vaccin comme il le fait, et chacun le lait avec
son tempérament.
J’ai connu des mcres en qui cette idée éta'it si fortement enracinée,
qu’elles auraient mieux aimé exposer leurs enfans à toutes les chances
d’une variole imminente, plutôt que de leur faire courir celles d’ïm vac¬
cin malsain.
Les raisons sur lesquelles se fonde l’identité du vaccin sont nom¬
breuses et de plus d’une espèce. Premièrement, de toutes les causes des
maladies, les virus sont, avec les poisons, celles qui éprouvent le
moins de variations dans leurs effets. Comment en éprouveraient-ils
dans leur nature? Telle est la puissance dont ils sont doués qu’ils
triomphent de toutes les différences des organisations , et qu’ils les af¬
fectent toutes ou presque toutes de la même manière, à peu de chose
près. Cela est vrai du virus varioleux, de celui de la rage, de la rou¬
geole, et surtout du virus vaccin.
De cette puissance d’action découle l’unité , la spécificité de leur na¬
ture. Mêlez ensemble deux virus, et j’ai fait, après d’autres, l’expé¬
rience pour le virus varioleux et le virus vaccin, croyez-vous qu’ils se
combineront, qu’ils se modifieront, qu’ils se neutraliseront? Point du
tout : chaque virus se dégage lui-même de ce mélange et se développe à
son tour avec l’allure qui lui est propre, c’est-à-dire en suivant dans
son développement les lois qu’il a coutume de suivre. Or s’ils ne peu¬
vent rien les uns sur les autres, malgré toute leur énergie, comment
( 99 )
veut-on qu’il se laissent changer, alte'rer, dénaturer, par des causes
le plus souvent insignifiantes?
Mais, dira-t-on , ce ne sontlà que des présomptions : d’accord; mais
voici qui est plus positif et plus direct.
Il est peu d’épidémies de varioles où l’on n’ait occasion de voir réu¬
nies sur le même sujet la vaccine et la petite-vérole, et cela parce qu’on
a pratiqué la première lorsque la seconde avait déjà frappé sa victime.
Or si ces deux éruptions étaient susceptibles de réagir l’une sur l’autre
et de s’influencer, il est à croire qu’elles se ressentiraient en quelque
chose et de quelque manière de cette rencontre; cependant vous pouvez
les examiner avec toute l’attention dont vous êtes capable, vous ne dé¬
couvrirez rien qui dénote entre elles la moindre influence ni dans les
symptômes, ni dans la marche, ni dans la durée. Et si vous voulez
pousser plus loin l’expérience, et que vous preniez ces deuxvirus pour
les transporter sur d’autres enfans, je vous garantis d’avance que cha¬
cun des deux se reproduira comme s’il n’avait eu avec l’autre aucun
rapport de voisinage, aucune communauté d’origine. M. Leroux a vu un
bouton vaccin comme implanté au centre d’un bouton varioleux ; il ino¬
cula les deux virus : le virus vaccin donna la vaccine avec toutes ses
prérogatives ; le virus varioleux communiqua la petite-ve'rolc avec tous
ses dangers.
Secondement, on a pris souvent par ignorance , et quelquefois
à dessein , du vaccin sur des enfans actuellement atteints du syphilis^
Qu’est-il arrive'? le vaccin s’est toujours reproduit dans toute 8a
pureté, et sans causer aucun accident qui pût faire soupçonner la sdiitcé*'
impure où l’on avait puisé. 'e*- f
Troisièmement, on a recueilli du vaccin sur des enfans galeiiÿ^ et
jamais la gale ne s’est mêlée au résultat de l’inoculation.
Quatrièmement, on a tiré du vaccin de plus d’un dartreux, et pour¬
tant je ne sache pas que, dans aucun cas, la vaccine ait porté le germe
des dartres avec lui.
Il nous serait facile de multiplier les faits de cette espèce, car ils
sont en si grand nombre qu’il n’est pas de rapport soit de l’ancien co¬
mité, soit de l’Académie, qui n’en contienne plusieurs; mais c’est pour
cela même qu’il nous est prescrit d’en user avec réserve. Nous croyons
avoir montré assez de déférence pour ceux qui tiennent encore au pré¬
jugé que nous combattons, en choisissant les cas qui leur paraissent les
plus suspects et par conséquent les plus favorables à leur opinion.
Nous avons pris tous nos exemples, hors un, parmi les maladies con¬
tagieuses , parce qu’il est sensible pour tout le monde que si le vaccin
IOO )
ne transmet pas avec lui ces maladies , à plus forte raisou ne transmet -
tra-t-il pas celles qui sont d’une communication plus difficile.
Qu’on se persuade donc bien que de la même manière que le virus
de la rage ne peut donner que la rage, le virus de la syphilis la syphi¬
lis, etc., de même aussi le virus vaccin ne saurait communiquer que la
vaccine, la vaccine toute seule, sans complication, sans me'lange d’au¬
cune espece, ni'bon ni mauvais.
Si j’insiste sur cette vérité', j’en demande pardon aux médecins, je
sais qu’elle n’a pas de contradicteurs parmi eux; mais je voudrais faire
passer leur conviction dans l’esprit des parens, et j’ose à peine m’en
flatter. La tendresse même qu’ils ont pour leurs enfans les rend plus,
difficiles à persuader.
Et nous-mêmes , qui nous montrons si sévères, n’accorderons-nous^
rien à la faiblesse humaine? Nous avons dû nous élever contre un pré¬
jugé funeste et défendre les droits de la’science; mais le stoïcisme n’est
pas notre philosophie. Après tout, si le vaccin des enfans les plus mal¬
sains vaut celui des enfans les mieux portans, celui des derniers vaut
aussi celui des premiers. Gela suffit pour laisser le choix aux parens
quand on le peut. Je dis quand on le peut ; car si la variole est mena¬
çante , s’il y va de la santé des enfans , et finalement s’d y a danger à
remettre l’opération, ce serait faiblesse, et faiblesse impardonnable, que
de mollir ; c’est alors que la fermeté est à sa place. Si jamais l’homme
~^)ciit parler avec autorité, c’est sans doute quand il trouve dans son sa-
’ywtr tous les moyens de faire le bien que son cœur lui suggère. B.
—-
•x
'H/- g j CHIMIE ET PHARMACIE.
- FORMULES NOUVELLES POUR I.A PRÉPARATION DES EAUX
SULFUREUSES, PAR M. FÉLIX BOUDET.
La nature a répandu à la surface de la terre des eaux de toute es¬
pèce : les unes sont pures, insipides, inactives; les autres, désignées
sous le nom d’eaux minérales , contiennent divers corps étrangers, des
gaz, et surtout des sels en quantité assez notable pour agir sur notre éco¬
nomie. L’esprit d’analyse qui exerce depuis plusieurs années tant d’in¬
fluence sur la préparation des me'dicamens, qu’il a en quelque sorte
renouvelé la pharmacie, a porté son investigation sévère sur les eaux
minérales, et à fait connaître tous les matériaux qui en font partie, de
sorte qu’en associant entre eux les principes qui constituent la vertu
( 101 )
des eaux minérales naturelles, l’on peut aujourd’hui composer des eaiïx
minérales artificielles qui suppléent jusqu’à un certain point les pre¬
mières ; car c’est une erreur de prétendre que l’art peut reproduire en
toute identité et avec toute leur efficacité les eaux minérales naturelles. Ce
n’est pas là le problème que les chimistes doivent se proposer de résoudre
dans la fabrication des eaux minérales : leur but est de fournir aux mé¬
decins des agens efficaces pour combattre les maladies. Qu’ils s’at¬
tachent donc seulement à reconnaître les principes actifs des eaux mi¬
nérales et à les introduire dans leurs préparations sans s’inquiéter des
insignifians accessoires qui les accompagnent; qu’ils reproduisent tout ce
qu’elles présentent d’efficace sans rechercher à imiter autre chose que
leur efficacité; et s’ils re'usissent cn.ce point, ils fourniront à la mé¬
decine des moyens de guérison bien plus sûrs, bien plus précis , bien
plus uniformes que ces eaux naturelles transportées, qui chaque jour
s’altèrent et varient de nature. Il n’importe donc pas à la fabrication
des eaux minérales que la chimie ait fait connaître tous les élémens des
eaux naturelles, mais ceux qui sont efficaces; et la question , réduite à
ces termes, devient facile à résoudre; car bien que l’analyse chimique
ne soit pas infaillible lorsqu’on l’envisage sous son point de vue le plus
général, on peut presque toujours compter sur elle pour découvrir dans
les eaux minérales, comme dans les végétaux, les principes actifs qu’ils
renferment.
Prenons pour exemple les eaux sulfureuses des Pyrénées, dans les¬
quelles M. Anglada, professeur de la faculté de médecine de Montpel¬
lier, vient de démontrer l’existence de l’hydro-sulfate de soude. Après
l’analyse et la synthèse qu’il en a exécutées, il est impossible de ne pas
regarder l’hydro-sulfate alcalin comme le principe esscnticllemenOffi-
cacc de ces eaux; et dès lors il est évident qu’en préparant les eaux
factices avec ce sel, on reproduira très-fidèlement les propriétés natu¬
relles.
Voici les formules que M. Félix Boudet propose de substituer à celles
qui ont été suivies jusqu’à ce jour pour la préparation des principales
eaux sulfureuses :
— Eau de Barèges pour boisson. —Pour 20 onces '/, d’eau de Ba-
règes, le Codex prescrit : if. carbonate de soude, 16 grains; muriatc
de soude, ’/ 2 grain; eau chargée d’un volume égal au sien d’acide
hydro sulfurique,'4 onces; eau distillée, 16 onces '/ a .
Il substitue à l’acide hydro-sulfurique la quantité d’hydre-sulfate
neutre de soude cristallisé qu’il serait capable de former si on le com¬
binait avec des proportions convenables de soude et d’eau, et la for¬
mule devient la suivante : if hydro-sulfate neutre de soude cristal-
( 102 )
lise (i), 25 grains; carbonate de soude, iG grains; muriate de soude,
'/a grain; eau distillée, 20 onces •/*.
Modifiant de la même manière la formule de l’eau de Bonnes, il l’é¬
tablit comme il suit :
_ Eau de Bonnes. — if hydro-sulfate neutre de soude cristallisé,
25 grains; muriate de soude, 3o grains; sulfate de magnésie, 1 grain,
eau distillée, 20 onces 'A-
Dans l’eau hydro-sulfurée pour bains prescrite par le Codes, il rem¬
place l’hydro-sulfatc de soude liquide par une quantité d’hydro-sulfate
de soude qui représente une proportion de soufre égale à celle que con-
tienfThydro-sulfure. La formule devient :
— Solution concentrée pour un bain sulfureux. — if hydro-sul¬
fate de soude neutre cristallisé., 10 onces 'A; eau q. s. pour le dis¬
soudre; solution salino-gélatineuse du Codes, 10 onces.
BULLETIN DES HOPITAUX.
— Érysipèle épidémique dans les hôpitaux. — Il règne, depuis
un mois environ, dans les hôpitaus de Paris, une constitution érysipéla¬
teuse à laquelle presque aucun opéré n’échappe. Dans les salles de chi¬
rurgie de la Pitié d’abord, puis à la Charité et à l’Hôtel-Dieu, des
érysipèles viennent compliquer les opérations même les plus légères; il
est aussi beaucoup de malades que le bistouri n’a point touchés qui res¬
sentent l’influence de la maladie régnante. Le traitement qui compte le
plus de succès est les frictions mercurielles sur les points envahis ; il est
employé à la Pitié. Nous le ferons connaître avec détail.
— Empoisonnement par la belladone. — Tout récemment un
médecin de l’Hôtel-Dieu prescrit à un enfant d’une quinzaine d’années
2 grains de belladone, dans un cas de coqueluche. Par une erreur
commise à la pharmacie, les 2 grains sont transformés en deux gros qui
sont pris, et l’enfant expire en quelques heures dans un état de narco-
tisme dont rien ne peut le tirer. Jusqu’à quand aurons-nous à gémir
sur des accidens aussi déplorables ? Quand mettra-t-on assez de con¬
science et d’attention dans les divers services des hôpitaux, pour que
i i) L’hydro-sulfate de soude neutre cristallisé se compose de :
Acide hydro-sulfurique.14,4
Soude..-6,4
Huit. . . . . 59,2
100,0
( «o3 )
de semblables malheurs ne se renouvellent plus? Certes ces cas ne sont
pas à la gloire de la mc'decine ; mais nous devons les faire connaître afin
que les me'decins exercent une surveillance plus active. Ils ne doivent
point surtout permettre que les sœurs fassent elles-mêmes aux malades
la distribution des médicamens qui arrivent de la pharmacie. C’est le
pharmacien qui a suivi la visite qui, seul, doit présider à cette distri¬
bution ; alors nous ne verrons pas , comme cela arrive trop souvent, le
n° i prendre le vomitif destine' au n° 2, celui-ci avoir la potion opiace'e
que devait prendre son voisin , etc. ; inconséquences impardonnables et
qui font, à juste titre, jeter les hauts cris à tous ceux qui en sont les
témoins.
VARIÉTÉS.
— Conseil supérieur de santé. —C’est avec juste raison que dans
les circonstances graves où nous nous trouvons places, le Gouvernement a
cru necessaire d’augmenter le nombre des membres du conseil supérieur
de santé, et de rendre ses travaux plus actifs en formant dans son sein
une espèce de commission permanente. Mais le ministre, pour arriver
à un résultat avantageux à la santé publique , devait-il prendre la pres¬
que totalité des membres du conseil parmi des banquiers , des magis¬
trats? Ce sont des gens éclairés, je le veux; mais ont-ils les connais¬
sances spéciales pour donner un avis compétent dans des questions aussi
difficiles que celles qui peuvent être agitées au sujet de l’épidémie ou
de la contagion du choléra-morbus ? Nous ne le pensons pas. Pourquoi
donc mettre en si petite minorité les médecins dans un conseil dont le
titre seul indique qu’ils devraient y être en majorité ?
Trois médecins seulement, MM. Bailly, médecin de l’Hôtel-Dicu,
Ke'raudrcn , médecin en chef de la marine, et Pariset, secrétaire per¬
pétuel de l’académie de médecine, faisaient partie de l’ancien conseil.
M. Dubois, ancien doyen de la faculté de médecine, et M. Marc, méde¬
cin du roi, viennent d’y être appelés dans la nouvelle organisation :
voilà donc cinq médecins dans le conseil supérieur de santé ; et il est
composé de vingt-deux membres !
— Commission médicale de Russie. — La commission envoyée
par le gouvernement pour étudier le choléra-morbus en Russie, et
composée de MM. Gaymard, Gérardin et Cloquet, est arrivée le 9
juillet à Copenhague., venant de Berlin et de Lubeck; elle en est re¬
partie le 12 pour Saint-Pétersbourg, en prenant sa route par la Suède
et la Finlande. Nos médecins sont pleins de zèle et de santé. Leur inten¬
tion était de- gagner Saint-Pétersbourg par le bateau à vapeur russe ;
mais ce bateau venait d’apporter à Copenhague la nouvelle que le cho¬
léra régnait dans la capitale de l’empire russe et à Cronslad, et il a été
obligé de faire quarantaine à Carlescrona. Ce contre-temps retarde
beaucoup la marche de la commission.
— Nouvelles du choléra-morbus de Russie. — Le choléra, qui ne
s’est manifesté à Saint-Pétersbourg qu’il y a un mois et demi, y fait
( i<4 )
maintenant les plus affreux ravages. Depuis le commencement de l’e'pi-
de'mie jusqu’au G juillet, le nombre total des malades s’est eleve' à 6,22 4,
et sur ce nombre, 3,012 sont morts. Le i3 juillet, il y a eu dans la
ville 5G{) malades, 77 ont ete' guéris et 247 sont morts. Le i5 au ma¬
tin il restait 2,322 malades, dont 198 offraient beaucoup de chances
de gue'rison. Le cliole'ra-morbus paraît avoir e'te introduit dans Saint-
Pe'tersbourg par une personne qui venait de descendre la Neva dans une
barque ; elle en mourut. La seconde personne qui fut atteinte est un
homme que ses affaires appelèrent à bord de cette barque, aussitôt après
son arrivée. La troisième est un soldat qui monta la garde dans cette
barque, pour empêcher ceux qu’elle contenait de communiquer avec les
gens de la ville.
MORTALITÉ DU CHOLÉIl A-MORBUS.
Pendant l’irruption du choléra-morbus dans les provinces de l'empire Russe
en 1830 , la mortalité, comparée au nombre des malades, a été ainsi qu’il suit
Jours. Malades. Morts. Proportion.
Tiflis.En 02 2,222 1,575 3 sur 5
Astrakhan. 28 5,912 4,043 2 3
Piijni Piovigorod. 04 1,879 982 1 2
Village de Pavloro. 33 40(i 233 1 2
Woroncsc.
Txver.
Kasair.
Jaroslaff.
Rybinsk.
Wologda.
Cosaques du Sou . . .
Kharkoff.
Orenbourg.
Tartares Nogais.
Cosaques de l’Oural..
Nkhokieff.'
Odessa.
Moscou.
33 2,050 1,334 13
600
60
10
200
39
. _60 8,130 4,585 J_2
Totaux. 1071 54,557 31,230 5 sur 5
Cette mortalité s’étend jusqu’au 15 novembre seulement; c’est le chiffre donné
par M. de Loder.
Ce tableau est extrait d’un article que M. Moreau de Jonnès a inséré dans le
dernier numéro de la Revue Encyclopédique. Lorsque les ravages de la mala¬
die sont aussi effrayans dans un pays où la population de la plupart des provin¬
ces est maigre et disséminée à tel point qu’on ne compte que 70 personnes par
lieue carrée dans les gouvernemens de Yologda, Ferme et Saratof ; que 50 seu¬
lement dans celui d’Orembourg, 8 dans les provinces d’Astrakan et du Caucase,
que serait-ce dans le midi de l'Europe, où chaque lieue carrée contient de 200
à 300 habitans?
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
CONSIDÉRATIONS SUR l’iMPORTANCE ET l’ÉTAT ACTUEL DE LA
THÉRAPEUTIQUE.
4 C ET DERNIER ARTICLE.
Voulez-vous connaître la pâleur d’un médicament nouveau qu’on
préconisé avec ardeur ? attendez qu’un remède egalement nouveau ou
juge'tel soit vanté pour la même maladie. Vous verrez avec quel em¬
pressement, quelle certitude, avec quel nombre de faits surtout on
vous démontrera le peu de succès du premier. Rien de plus probable
que le même sort est réservé au dernier, et ainsi de suite. Il en est des
médicamens comme de certains personnages qui brillent et jouent une
espèce de rôle; dans la faveur, on en dit trop de bien , et trop de niai
dans la disgrâce. De là résultent deux choses également fatales à la thé¬
rapeutique , c’est que des médicamens dangereux où inefficaces usur¬
pent une réputation non méritée, et de l’autre part, que de bons médi¬
camens tombent dans un injuste oubli. Cela est si vrai que, depuis un
certain temps, quelques remèdes Vantés jadis par nos devanciers ont
etc' exhumés, employés, remis en faveur, au grand avantage de l’art
et de l’humanité. Tels sont entre autres la térébenthine pour les sciati¬
ques, l’écorce d’armoise dans l’e'pilepsie, celle de la racine de grenadier
contre le tamia, du houx dans les fièvres intermittentes, du polytric
dans l’aménorrhée, etc. Quanta moi, je puis certifier que j’emploie
avec un succès incontestable l’acétate d’ammoniaque dans la seconde pé¬
riode des affections typhoïdes.Or ce médicament jouissait, il y a vingt-
cinq ans, d’une considération très-me'ritée parmi les praticiens ; mais le
fracas de la doctrine de l’irritation l’avait fait perdre de vue : les éter¬
nelles sanguisugies suppléaient à tout.
Mais d’où peut provenir cet injuste oubli, ou cette richesse sté¬
rile? Nous l’avons dit, de l’ignorance, de la routine, du charlata¬
nisme , et bien plus encore de l’observation superficielle de la plupart
des médecins. On essaie un remède, on l’emploie, on le vante, puis
on s’en dégoûte, on le rejette, presque toujours d’après ce qu’on en
dit, rarement d’après une observation constante et positive de ses ef¬
fets. La renommée est coutumière de mensonges et toujours d’exagé¬
ration; ne nous en rapportons donc pas à elle. De nos jours il faut que
la thérapeutique fasse des progrès réels et non fictifs. La docimasie mé¬
dicale, comme celle des arts, doit être faite avec soin. Les essais re'pé-
TOME I. 4' LIV. 8
( io6 )
tes et varies, l’exactitude extrême, les soins minutieux, n’y sont pas de
trop. Je le demande, est-ce ainsi qu’on a procède' en general? Excep-
tons-en toutefois le sulfate de quinine ; aussi est-il peu de médicamcns
plus connus, plus employés et mieux jugés.
Posons d’abord en principe qu’il ne suffit pas de voir, mais qu’il faut
apprendre à voir. Il faut que les yeux de l’esprit soient aussi clair-
voyans que ceux du corps ; il faut, en un mot, que les objets soient
considérés, examinés, analysés avec justesse et bonne foi.
Il est donc des conditions importantes à remplir si l’on veut déter¬
miner aussi rigoureusement que possible l’action d’un médicament sur
l’écpnomie, établir son efficacité sur l’inébranlable base de l’expérience
clinique. Je n’entrerai dans aucun détail sur les qualités de l’observa-
teur ; je n’en signalerai qu’une seule, mais bien importante, c’est que
son esprit ne soit point offusqué par des idées préconçues, c’est que,
semblable à ce sectaire enthousiaste, il ne soit pas toujours prêt à dire :
« Je n’en sais rien, mais je l’affirme. » Comment en effet reconnaître
la vérité à travers des préjugés de système ou d’école? On a beau faire,
on inclinera toujours à voir ce que l’on désire trouver, et, conduit par
ce fil secret, on devient infidèle dans les faits, sophiste dans les rai-
sonnemens, téméraire dans les conclusions. Comme je l’ai déjà remar¬
qué , au lieu d’aller des faits aux principes généraux, on va de ceux-
ci aux faits pour en tirer des conséquences illégitimes, des inductions
arbitraires. Les méticulosités d’un puritain broussaisien l’empêcheront
toujours de connaître la véritable action des toniques et des slimulans ;
l’idée d’irritation est toujours là qui l’importune et l’obsède.
Je voudrais aussi que dans les essais d’un remède on n’employât que
lui seul, autant que possible. Beaucoup de praticiens pèchent en cela.
Ils saignent, purgent, médicamentent, puis ils emploient concurrem¬
ment telle ou telle substance. Il est inutile de dire que l’estimation
réelle et positive de cette substance ne s’obtiendra jamais ainsi.N’ayant
pas le moyen de faire le départ des modifications de chaque remède
employé, comment reconnaître celles qui appartiennent précisément à
la substance mise à l’essai ? Ce point d’expérimentation clinique est un
des plus difficiles ; car remarquez que la diète, le repos, l’atmosphère
du malade, les affections morales, etc., sont aussi des modifications de
l’économie et des plus énergiques •, or pouvez-vous les écarter ? Non,
sans doute ; et quel moyen avez-vous d’apprécier avec rigueur leur ac¬
tion , de calculer leur influence par comparaison avec le remède que
vous employez en même temps? Pourtant il faut que tous ces objets
soieot pesés, mesurés , mis en ligne de compte. Le lecteur voudra bien
suppléer aux exemples, ils sont innombrables.
( «o 7 )
N’oublions pas de dire que les essais doivent être re'pe'tés sous mille
formes différentes. Qu’on ne s’en laisse pas imposer par les apparences;
les journaux de médecine de tous les pays sont remplis de formules
qu’on dit excellentes pour tel ou tel cas; mais bien souvent le praticien
qui les emploie se voit trompé dans son espérance. Pourquoi cela?
C’est qu’une circonstance imprévue, le désir d’être utile , la vanité,
le hasard, ont guidé le premier observateur; il a cto avec légèreté;
quelques essais de plus, et il eût découvert son erreur. Le grand Sy¬
denham avait raison : Nam sœpenumer'o inefficqx medicamentum
fortuna nobilitat. Cela est vrai, mais il fallait ajouter que ce succès
n’est pas de longue durée. Le temps qui toujours va, et l’expérience
avec lui, ont bientôt fait justice de ce favori de la fortune. Je le
répète, des essais multipliés, variés, sont donc de la plus haute
importance pour constater l’efficacité d’un médicament, et pour
qu’on y ait foi. Il y a trente ans qu’on connaît la vaccine, des mil¬
liards de faits ont prouvé ce quelle peut contre la variole ; eh bien !
beaucoup de personnes encore ne croient point à sa puissance pré-
servative ; i| est même des médecins qui élèvent des doutes, sinon
sur cette puissance, au moins sur sa durée. Des essais répétés, faits
avec patience et sagacité, sont d’ailleurs la seule voie possible pour
donner à un médicament une précision telle, que tout praticien puisse
y recourir avec espoir et conviction. Quand l’expérience n’a pas mis
définitivement son cachet à l’emploi d’un remède, alors vient l’expres¬
sion banale, qu’on a cru remarquer de bons effets : phrase officieuse,
mais insignifiante, toujours à l’usage des observateurs superficiels
ignorans et vaniteux.
J’ai déjà remarqué que toutes les expériences faites sur les animaux
n’ont qu’une utilité très-relative pour la pathologie humaine, d’expé¬
rience purement clinique , voilà encore une des conditions du progrès
de la thérapeutique. Tant que l’action d’une substance médicamenteuse
n’a été observée que sur les animaux, elle reste dans la mesure des
plus faibles probabilités. Certains poisons démontrent la vérité de cette
assertion. Nous avons même posé en principe que l’action d’un médi¬
cament sur l’homme sain ne donne aucune garantie de son action sur
l’homme malade. Certainement la mercurialisation et la stibiation ,
pour nous servir des expressions du professeur Delpech, présentent des
phénomènes bien autrement nombreux et variés dans l’état de maladie
que dans l’état sain.
Les systématiques se sont élevés avec force contre les spécifiques; ils
avaient leurs raisons pour en agir ainsi. Quant aux praticiens simples
et de bonne foi, tous avoueront que,sans trop se bercer de chimères,
8 .
( io8 )
l’empirisme raisonne' est la véritable et souvent l’unique source de la
thérapeutique. En effet, qu’est-ce que l’empirisme raisonne'? C’est l'ex¬
périence clinique dans toute sa pureté, dans toute sa fidélité ; c’est l’ob¬
servation des faits sans verbiage dogmatique ; ce sont des inductions
claires comme la vérité, simples comme le bons sens, fournies par la
nature elle-même quand on sait l’observer. Les explications ne prouvent
bien souvent que les ressources de l’esprit du médecin qui les donne.Sc
tenir dans la vaporeuse région des comment, des pourquoi, région à
jamais dévouée au point d’interrogation, fut toujours une manie stérili¬
sante pour la thérapeutique. Le célèbre Pringle prétendait que l’empi¬
risme était le moyen le plus efficace pour l’avancement de la médecine.
« Qu’il soit au moins raisonné cet empirisme , » lui dit un de ses con¬
frères. — « Le moins qu’il se pourra , répondit Pringle; c’est en raison¬
nant que nous avons tout gâté. » Ceci est visiblement exagéré : un em¬
pirisme non raisonné ne serait autre chose que de la routine.On pourrait
bien ainsi répéter ce que les autres ont fait avant nous ; jamais il ne
serait possible d’augmenter d’un fétu le trésor de la science. Toujours
est-il que, dans la grande majorité des cas, l’empirisme raisonné, au¬
trement dit l’expérience clinique , pure, simple, évidente, est le moyen
le plus assuré de hâter les progrès de la thérapeutique. Dans ces der¬
niers temps on est tombé dans les explications hypothétiques, dans les
rapports de lésions organiques avec l’action des me'dicamens ; on s’est
beaucoup occupé de localiser les affections pathologiques. Qu’y a-t-on
gagné pour la thérapeutique? Assurément peu de chose, bien que ces
recherches ne soient pas sans utilité.
Une secte turbulente, ayant l’esprit frondeur et tracassierde notre
époque, prit pour devise : Qu’est Vobservation si l’on ignore le siège
du mal ? Ombre illustre de Bichat, n’en soyez point indignée , mais
celte assertion est complètement fausse. L’observation clinique, empi¬
rique si l’on veut, est beaucoup; elle est même notre seule ressource
dans presque toutes les maladies. Savons-nous le siège des fièvres in¬
termittentes simples ou pernicieuses ? savons-nous quel est précisément
l’organe malade dans l’hystérie, la danse de Saint-Guy, l’hydrophobie
et une foule d’autres ? Cependant, si nous possédons quelques moyens
de les combattre , c’est à l’observation empirique que nous le devons.
La découverte de la vaccine, le plus beau fait médical peut-être du dix-
neuvième siècle , n’a été appuyée que sur cette manière d’observer et de
conclure. Certes il nous dirait du nouveau le savant qui nous appren¬
drait où est le siège de la variole non développée, de la vaccine, et
ce qui se passe précisément dans l’action neutralisante de celle-ci sur la
première.
( log )
Nos devanciers ne se perdaient pas tant que nous en vaines explica¬
tions, bien que nous affirmions le contraire. Ils inventaient, ils cher-
cliaient des remèdes , et ils en trouvaient.. Ils observaient, et nous
profitons de leurs ide'es sans l’avouer, sans leur en savoir gre'. Nous ne
répétons souvent que ce qu’ils ont dit. Le principe générateur du pliy-
siologisme est qu’on doit regarder l’irritation comme la source des phé¬
nomènes morbides ; mais, bien avant l’ère de cette doctrine, Pouteau
( œuvres posthumes ) avait dit « que toute altération provient d’irrita¬
tion. » On a également avancé que les sangsues agissaient et par l’évacua¬
tion du sang et par la douleur des piqûres. Eh bien! lisez Boerhaave,
Inst, med., art. 1287 : Hirudines, scarificationes , agunt slimu-
lando et evacuando. Rien de plus évident; on nous a donné du re¬
nouvelé pour du neuf : ce n’est pas ainsi que la thérapeutique fera des
progrès réels.
Après l’observation purement empirique des effets des médicamens,
ce qui me paraît devoir le plus hâter ces progrès, c’est la recherche des
spécifiques d’organes, c’est-à-dire des substances qui ont une action
pour ainsi dire spéciale sur tel ou tel appareil.Le corps humain est un;
il y a un effort consensuel et harmonique de toutes les parties ; mais il
n’en est pas moins vrai que chaque organe a sa sphère d’activité parti¬
culière , sa vie , ses e'iémens, ses excitans de prédilection. C’est une
vérité qucBordeu a mise hors de doute par les plus belles considérations.
Il résulte de cette disposition de l’économie que beaucoup de substances
agissent sur des organes, tandis qu’elles n’ont que peu ou point d’action
sur d’autres. Il y a plus : c’est qu’un même appareil, pris isolément,
présente des différences de sensibilité dans toutes ses parties. Ainsi on
a remarqué que la pointe de la langue, que le dos et la base de cet or¬
gane , que l’œsophage , l’estomac, les intestins grêles, les gros intestins
et même le sphincter de l’anus, étaient sensibles à l’action de stimulans
très-différens. Personne n’ignore les effets de la digitale sur le cœur,
de la noix vomique sur la moelle épinière, des cantharides sur les voies
urinaires, du seigle ergoté sur l’appareil urétro-vaginal, de la bella¬
done sur l’iris , etc. ; mais il me semble qu’on n’a point encore appro¬
fondi comme il doit l’être ce point important de matière médicale ; il
y a ici une mine précieuse pour la thérapeutique. Les affinités mèdica-
mento-organiques, étudiées avec plus de soin, de méthode, de persé¬
vérance qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, amèneront d’e'tonnans résul-
tats, j’en ai le pressentiment. Et les sympathies, dira-t-on, les néglige¬
rez-vous ? Le médecin thérapeutiste ne néglige rien. Après avoir reconnu
l’individualité pathologique, il sait que des rapports organiques impor¬
tais ont lieu dans l’économie, et il ne les perd jamais de vue. Le quœ
ex quitus est une partie essentielle de son plan et de sa méthode. En
effet, guérir une maladie est un problème dont les données sont singù-
licremènt multipliées. A la connaissancé des médicamens, à la science
de la maladie, il faut encore joindre la science du malade. Faites entrer
dans votre équation médico-philosophique le tempérament, l'idiosyn¬
crasie , l’àge, là profession, les habitudes, le climat, la saison, la con¬
stitution épidémique, le temps même, cet élément si nécessaire au dé¬
veloppement complet d’ühe malâdîe. Ajoutez encore le moral de l’in¬
dividu , sà manière d’être, de sentit, le diapason de sa Sensibilité.
Toutésces appréciations, dira-t-on, sont bien difficiles; elles exigent un ef¬
frayant effort de jugement pour les combiner avec la justesse convenable.
Sans douté '; mais qui vous dit qu’on obtient à bon marché des certitudes
en médecine, et même des probabilités conditionnelles de tout succès?
Judicium difficile, nous l’avons déjà dit dans le premier article de ces
Cônsidéràtions. C’est là ce qui caractérise le vrai, le bon, l’utile prati¬
cien. Ce n’est ni au feu du génie ni aux éclairs de l’imagination que
vous reconnaîtrez le médecin digne de ce nom; beaucoup de justesse
dâns l’esprit, de sagacité dans les vues, de précision dans les idées, en
voilà les eléiriéns. Et qu’on ne s’iïnagine pas que les données du pro¬
blème dont nous venons de parler soient de vulgaires scolarités qu’on
répète par tradition ; ces données se présentent tous les jours : vienne
le premier malade, et vous en aurez le vivant tableau sous les yeux.
Ah ! sans doute il serait plus commode d’avoir, comme tous les sys¬
tématiques , un principe général servant de règle et de base pour le
traitement dé chaque maladie; mais la médecine est loin'de ce degré dé
perfection : l’expérience clinique le prouve journellement. Ce Newton
de l’art de guérir est encore à naître. N’allons pas concluré de là néan¬
moins que la découverte de ce grand principe, critérium invariable du
praticien, soit une chimère. Dans les futurs contingens se trouvent les
plus profonds secrets de la nature, et ils sont immenses. Tout n’est pas
'découvert dans le corps humain ; un nouveau monde nous attend. La
navigation a eu le sien par là boussole , la géographie par l’Amérique,
l’astronomie par lé tëlescOpë et la loi de gravitation, l’art militaire par
l’invention de la poudré, le transport par la soupente et l’étrier, la mé-
càuiqüe par la vapeur, là diffusion des lumières par l’imprimerie, les
sociétés politiques par les gouvernemens représentatifs. Espérons que
la médecine découvrira un jour le sien. Heureux ceux qui vivront à une
époque Où seront donnés tant de gloire à notre art et de bienfaits à l’hu¬
manité ! Reveillé-Parise.
C ni )
DE LA STRYCHNINE ET DE SON EMPLOI THÉRAPEUTIQUE DANS
LES PARALYSIES.
La strychnine, cette substance si promptement déle'tère, est devenue
dans les mains des me'decins un agent thérapeutique d’une énergique
efficacité contre des maladies jusque là à peu près incurables. Mais son
action vénéneuse touche de si près à sa vertu médicatrice, il en faut
une si petite quantité pour produire les plus terribles effets, que ce
n’est jamais sans la plus grande réserve qu’elle peut être employée ;
cependant les succès réels que nous en avons obtenus, et ceux qui ont
été signalés par des praticiens dignes de foi, ne permettent pas de re¬
culer devant son usage toutes les fois que son indication est bien établie
et son mode d’administration sagement entendu.
Comme tous les remèdes nouveaux, la strychnine a été essayée dans
une foule de maladies diverses ; c’est ainsi quelle a été administrée dans
la dysenterie , dans les affections périodiques et dans les maladies convul¬
sives telles que la danse de Saint-Guy {i ) ; mais le cas de guérison de ce
(1) M. Rollande, docteur-médecin à Château-Renard (Bouches-du-Rhône),
a entendu l'appel que nous avons fait aux praticiens : il nous communique une
observation qui doit trouver ici sa place. Voici ce qu’il nous écrit : «Une jeune
lille de douze ans a été, il y a peu de lemps, confiée à mes soins. A la suite d’une
frayeur, elle avait été prise, il y avait deux mois, de mouvemens convulsifs irrégu¬
liers et continuels des membres supérieurs et inférieurs, du tronc et de la tète ;
elle présentait au plus haut degré les symptômes de la danse de Saint-Guy , lors¬
que je commençai son traitement. Comme sa constitution était assez robuste, que
depuis huit jours la parole était embarrassée, la déglutition gênée, qu’il y avait
de l’insomnie et une agitation plus forte, je pratiquai immédiatement une sai¬
gnée qui calma tous ces symptômes; mais les njouvemens convulsifs continuè¬
rent. Je résolus alors d’employer la strychnine; appuyé de l’autorité de M. Ca-
zenave, cité dans le formulaire de M. Magendie, je fis préparer des pilules où
entrait 1/12 de grain de ce médicament. Le premier jour, la malade en prit une;
le second, deux; j’augmentai ainsi chaque jour de 1/12 de grain. Le quatrième
jour, la malade se plaignit de douleurs très-vives dans le bras et la jambegauche,
et je m'aperçus d’un ralentissement notable dans les mouvemens convulsifs.
Malgré une inflammation des parties sexuelles et des paupières, qui survint le
sixième jour, je n’en continuai pas moins le médicament. Le onzième jour , les
mouvemens convulsifs cessèrent entièrement ; mais dès ce moment la locomotion
fut impossible; la malade ne pouvait pas même se tenir sur son séant; lorsqu’on
la soutenait assise sur son lit, elle se plaignait d’un engourdissement insuppor¬
table dans la tête. La strychnine fut suspendue pendant deux jours, et les en-
gourdissemens diminuèrent et disparurent; mais en même temps les mouvemens
convulsifs revinrent, quoique avec moins d’intensité qu’auparavant. Le quator-
( in» )
genre sont rares, et l’on peut dire que cet agent thérapeutique n’a guère
de résultats Lien positifs que dans les maladies tenant à une débilité
nerveuse, et notamment dans les paralysies; c’est dans des cas sembla¬
bles que nous avons eu très-souvent l’occasion d’éprouver son effica¬
cité; c’est aussi de l’emploi de la strychnine dans les paralysies que
nous allons nous occuper. Commençons par citer quelques faits qui,
à cause de l’époque peu éloignée où ils ont été observés , sont encore
présens à notre esprit, avec tous leurs détails :
I. La femme Gronct, âgée de soixante-deux ans, était paraplégique
depuis six mois; toute la série des antiphlogistiques généraux et locaux
avait été épuisée, mais vainement; des moxas larges et profonds étaient
depuis trois mois entretenus aux lombes, et malgré leur abondante sup¬
puration , il n’y avait point de résultat satisfaisant. La strychnine est
commencée. La malade en prend d’abord matin et soir une pilule de
Y& de grain, composé d’après la formule suivante :
if Strychnine bien pure, deux grains.
Conserve de roses, demi-gros.
Faites seize pilules bien égales, et argentées, afin d’éviter qu’elles
ne se collent les unes aux autres.
L’amélioration se manifesta bientôt; vers la seconde semaine, des
secousses légères dans les membres dénotèrent l’action du remède dont
on put graduellement augmenter la dose jusqu’à deux grains et demi par
jour. Au bout de deux mois, la mobilité et la sensibilité étaient reve¬
nues dans les membres; la malade était guérie. Ce fait a été observé
par nous à l’Hôtcl-Dieu.
Voici maintenant deux observations prises dans notre pratique :
II. Dufour, porteur d’eau, âge' de cinquante-six ans, avait, à la suite
zième jour je repris la strychnine: les mouvemens cessèrent et l'engourdissement
de la tête reparut ; cependant je ne discontinuai cette fois pas le remède, et il
n’y eut point d'accident. Le vingt-unième jour, la malade me paraissant guérie ,
je cessai entièrement la strychnine : j’étais arrivé jusqu’à i grain t/2 en une seule
prise. Quelques légers mouvemens ayant reparu , une douzaine de bains irais à
t S» les ont fait disparaître , et au moment où je vous écris (18 juillet) , la petite
malade sort de mon cabinet; elle marche parfaitement et n’a plus le moindre
mouvement convulsif, n
Cette observation sera Inc avec intérêt, les effets de la strychnine dans la cho¬
rée n’étant pas encore suffisamment connus. Elle encouragera les praticiens qui
voudront avec prudence tenter de semblables essais dans une maladie affreuse et
si souvent rebelle à tout moyen de traitement.
(Vote du Rédacteur.)
( i«3 )
d’un violent effort, éprouvé' de vives douleurs dans la région des lombes,
et bientôt il avait été atteint de pàraplc'gie. Nous le soumîmes d’abord à
un traitement antiphlogistique local, et nous eûmes quelque temps un
grand espoir de succès ; car, sous son influence, l’e'tat du malade s’e'tait
considérablement ame'liore'. Cependant quarante jours s’e'taient déjà
écoulés depuis l’accident, et la paraglégie persistait toujours; tout an¬
nonçait même que le mal allait rester stationnaire; c’est dans cette con¬
joncture que nous eûmes recours à la strychnine. Des pilules d’un dou¬
zième de grain furent données matin et soir, et nous élevâmes rapide¬
ment la dose du médicament jusqu’à ce que le malade en prît demi-
grain par jour. Aucun accident autre que quelques contractions des
membres n’eut lieu, et la paraplégie diminua avec une telle prompti¬
tude que le vingtième jour du traitement la guérison était assez complète
pour que l’on cessât l’administration de la strychnine. Le malade en
tout avait pris six grains du médicament.
III. Une jeune femme de vingt-neuf ans, après une péritonite, suite
de couches laborieuses, fut atteinte d’une inertie avec pesanteur des
membres pelviens. Cet état provenant, à notre avis , de l’abondance des
émissions sanguines que nous avions été forcé de lui faire , pour nous
rendre maître des accidens, nous nous abstînmes de rien faire pour cela.
Cependant la convalescence avançait toujours, sans qu’il y eût aucun
amendement sensible du côté des extrémités inférieures ; nous pratiquâ¬
mes alors des frictions avec la teinture de strychnine le long de la colonne
lombaire. Cinq à six jours après le commencement de cette médication,
dans laquellenous usions unedemi-once deteinture par jour, les extré¬
mités avaient repris leur action cfccoutumée, et aucun accident n’avait
dérangé les progrès Hu rétablissement général.
Voilà incontestablement trois maladies dont la guérison doit être at¬
tribuée à la strychnine ; le premier surtout était, selon nous, incurable
sans son secours. Nous nous bornons à rapporter ces faits; nous les
multiplierons davantage , surtout en rassemblant tous ceux qui sont
épars dans les journaux de médecine.
L’extrait alcoolique de noix vomique, dont la strychnine est le prin¬
cipe actif, a aussi triomphé de paraplégies et d’hémiplégies récentes et
anciennes entre les mains de M. Fouquier, qui a le premier introduit
cet agent dans la thérapeutique. Il a été ensuite employé avec le même
avantage par MM. Audouart, Finot, Lescure , Rose, Lafaye, Nilo ,
Chauffart et Rion, etc. Quoique ces médecins aient principalement pu¬
blié des guérisons d’hémiplégie , nous sommes porté à croire que la
strychnine et l’extrait de noix vomique n’ont jamais plus d’efficacité que
( n4 )
dans les cas de paraplégie qui ne tiennent pas à une lésion organique
de la moelle épinière.
Avant d’employer la strychnine pure, on peut essayer la noix vo¬
mique. Cette semence s’administre, 1° en poudre, à la dose de 4grains
d’abord, que l’on peut porter jusqu’à i5 ; (l’on peut se servir de la
formule suivante : iç noix vomique, 4 grains ; gomme arabique et sucre
blanc, de chaque i a grains ; f. trois paquets à prendre daus le jour) ; a"
en extrait aqueux ; 3° en extrait alcoolique. Cette dernière préparation
est la plus usitée à cause de sa plus facile conservation. Cet extrait se
donne en pilules d’un grain qu’on répète deux fois par jour , et qu’on
augmente progressivement jusqu’à ce qu’on ait obtenu l’e£fet désiré.
Chez quelques personnes on l’a élevée jusqu’à 24 et 3o grains pour avoir
des secousses tétaniques ; mais quatre ou six grains suffisent le plus sou¬
vent. Il faut avoir soin de faire préparer cet extrait avec de l’alcool à
4o degrés, car avec de l’alcool plus faible le médicament contiendra
beaucoup de parties gommeuses et aura une activité bien moindre. C’est
la différence qui existe dans les préparations de noix vomique, suivant
les procédés que l’on emploie pour les obtenir, qui rend ce médicament
dangereux et infidèle ; cette différence est telle que quelquefois le produit
pharmaceutique est presque inerte, et d’autres fois d’une énergie exa¬
gérée. L’usage de la strychnine doit être préférée à cause de cette infidé¬
lité d’action. Cette substance, quoique infiniment plus active, a l’avan¬
tage de pouvoir être mi eux dorée ; on sait du moins ce que l’on administre ;
et quand on augmente ou que l’on en réduit la quantité, on est certain de
ce que l’on fait. Cette circonstance doit être toute-puissante pour les méde¬
cins de campagne, où le manque d’habitude des préparations de noix vo¬
mique doit rendrcl’infidélitéde ce médicament plus-facile et plus grande.
La strychnine peut être administrée en pilules d’après la formule que
nous avons donnée, ou en poudre comme il suit : if strychnine, '/s de
grain ; oxide de fer noir, 6 grains; sucre, gros; à prendre par
moitié le matin et le soir. On en fait également une potion de la manière
suivante : % strychnine, 1 grain; eau distillée, 2 onces; sucre blanc,
2 gros; acide acétique, 2 gouttes. Cette potion se prend par petites
cuillerées à café, une le matin et l’autre le soir. Enfin on en compose
une teinture que l’on administre à l’intérieur à la dose de 0 à 24 gouttes
dans une potion gommeuse ordinaire, dans un julcp ou dans une tisane,
ou bien en frictions sur les membres paralysés. Cette teinture se fait
ainsi : % strychnine , 3 grains ; alcool à 36°, 1 once. Administrée en
frictions, cette teinture doit être employée à une dose double ou triple
de celle qu’on fait prendre à l’intérieur; cependant il ne faut pas ou¬
blier que , même introduit par l’absorption cutanée, ce médicament est
toujours très-actif. Les expériences sur les animaux ont prouve que
deux ou trois grains de strychnine donnes par la méthode endermique,
à de fort gros lapins , les ont fait périr en moins de sept minutes avec
les symptômes ordinaires à ce genre d’empoisonnement.
Les effets de la strychnine sont les mêmes que ceux de la noix vo¬
mique ; mais il faut, pour les produire, beaucoup moins de strychnine:
ainsi un huitième ou un douzième de strychnine représentent à peu près
deux à trois grains de noix vomique. Yoici ce qu’on observe par l’usage
de ces substances à dose médicamenteuse : les deux ou trois premiers
jours de leur administration , les malades n’en éprouvent en général
aucun effet ; ce n’est guère qu’au bout de ce temps que leur puissance
commence à se manifester par des scintillations dans les yeux ; des étour-
dissemens, des douleurs vagues dans la tète , un accroissement de la
susceptibilité ; bientôt après il survient des tressaillemens spontanés
dans les muscles des membres, et meme des contractions générales de
ces parties. Ces commotions s’accompagnent de raideurs tétaniques pas¬
sagères comme ces commotions mêmes. Si l’on pousse plus loin les doses
du remède, ces effets se prononcent davantage. Ces contractions téta¬
niques des membres alternant avec des soubresauts , ce surcroît d’irri¬
tabilité générale, sont les effets caractéristiques de la strychnine et de
la noix vomique. 11 n’ont pas lieu d’une manière continue , mais par
accès qui se répètent à des intervalles d’autant plus fréquens qu’on
augmente davantage la proportion de ces substances : alors aussi ils sont
plus énergiques. Une impression légère suffit souvent , dans ces cas ,
pour rappeler les accès qui reviennent d’ailleurs, sans cause excitante,
après quelques minutes de repos. Lorsqu’on est parvenu à ce point, il
est prudent de ne pas augmenter les doses du remède : son action mé¬
dicatrice n’en demande pas davantage. Il est même quelquefois néces¬
saire de les réduire lorsque ses effets se prononcent avec trop d’énergie.
C’est dans l’administration de la strychnine surtout qu’il importe de
commencer par les plus petites doses , et de ne passer à des quantités
plus élevées qu’après un ou deux jours de l’usage d’une dose inférieure,
ayant encore le soin d’en bien ménager la gradation en n’augmentant
ces doses que de fort petites quantités. A l’aide de semblables précau¬
tions , on a pu en donner jusqu’à 3 et 4 grains par jour. Nous en avons
vu donner jusqu’à 6 grains, dose énorme et à laquelle on ne doit jamais
arriver, excepté dans les cas extraordinaires et sur des sujets dont l’ir¬
ritabilité est très-obtuse. Au-delà de cette quantité la puissance de la
strychnine cesse d’être médicinale, et devient promptement mortelle.
Une remarque importante dans l’emploi de cette substance , c’est que,
lorsque des circonstances particulières obligent d’en interrompre l’u-
( »i6)
sage, il faut se garder de la reprendre à la dose à laquelle elle avais
été' quittée, quoique la durée de cette interruption ait été fort comte ;
il faut au contraire recommencer aux mêmes doses qu’aux premiers
temps de son administration, et les ménager avec la même mesure.
En analysant le genre de succès obtenu par la strychnine, les mala¬
dies où elle a le mieux réussi, les phénomènes qui en accompagnent l’u¬
sage, enfin ce caractère des altérations qu’elle détermine sur les animaux
empoisonnés avec cette substance, il parait évident que c’est principa¬
lement le système spinal qui en reçoit l’impression, et que la nature de
cette impression est exprimée par une augmentation d’irritabilité. Ces
circonstances servent à fixer les indications sur lesquelles son usage doit
être établi ; ainsi il n’est pas douteux que toutes les fois qu’une para¬
lysie sera récente ou accompagnée d’une douleur quelconque dans l’un
des points correspondant à l’origine des nerfs affectés, il ne convienne
de différer d’y avoir recours jusqu’à l’entière cessation de l’irritation.
En un mot, la strychnine ne sera utilement employée que dans le cas où
les paralysies, déjà avancées, laisseront lieu de penser que tout principe
d’inflammation est éteint dans l’endroit où elles ont pris naissance, et
qu’elles ne sont plus déterminées que par le relâchement des filets ner¬
veux à leur origine , ou par la compression qu’une cause quelconque
leur fait éprouver. Une autre contre-indication de la strychnine se dé¬
duit de la présence d’une irritation gastro-intestinale, et surtout gastri¬
que. L’ingestion d’une substance aussi âcre ne pourrait qu’accroître
l’irritation qui affecterait déjà le ventricule ; la forme pilulaire du re¬
mède ne réussit pas toujours à mettre à l’ahri de cet inconvénient. Cet
état d’irritation gastrique, très-commun dans les affections dont nous
parlons, doit faire préférer la méthode d’administration de la strychnine
par la surface extérieure du corps. Celle-ci se pratique à 1 aide de la
teinture : on en frictionne le trajet des nerfs affectés, à partir du point
d’insertion, pendant qu’on s’efforce de faire tomber l’irritation du ca¬
nal digestif. Quel que soit même l’état des premières voies, il est bon
en général de combiner l’usage intérieur de cette substance avec son
administration , par la peau : par cette combinaison , on a 1 avantage
de ménager la susceptibilité des organes digestifs , en ne les mettant en
contact qu’avec de moindres doses de strychnine , et de porter direc¬
tement l’action du médicament sur le siège même de la maladie.
C )
1)E L’EMPLOI DU CYANURE UE POTASSIUM A l’eXTÉRIEUR U ANS
LES NÉVRALGIES FACIALES.
Un mémoire de M. le docteur Lombard, de Genève, a été lu, il y
a quelques jours, sur ce sujet, à l’Academie. C’est à ce mémoire, com¬
muniqué par M. le docteur Jules Guérin, que nous allons emprunter
les faits remarquables que nous devons faire connaître à nos lecteurs.
Le cyanure de potassium réunit toutes les qualités de l’acide prussique
sans présenter comme lui l’inconvénient d’une prompte décomposition;
dissout à la dose de i à 4 grains par once d’eau distillée et employé
en lotions, ou bien incorporé à de l’axonge à la dose de 2 à 4 grains
par once , et employé en frictions , il a guéri avec rapidité plusieurs
maladies nerveuses graves.
Obs. I. — Une dame âgée de 49 ans, d’une constitution sanguine et
d’un embonpoint assez marqué, est prise de douleurs très-aiguës reve¬
nant par accès , et commençant à la région temporale pour s’étendre en¬
suite à l’arcade sourcilière et à la région maxillaire supérieure. Ces
douleurs étaient accompagnées de tirailleinens et d’élancemens si vio¬
lons qu’elles arrachaient des cris à la malade , et causaient même une
perte momentanée de connaissance. 16 grains de cyanure de potassium
furent immédiatement prescrits en solution dans 4 onces d’eau distillée.
La malade devait se frotter la joue et le front avec un bourrelet de co¬
ton imbibé de cette solution. L’effet du médicament ne se fit point at¬
tendre ; car, suivant l’expression de la malade, il semblait qu’on lui
enlevât la douleur avec la main. Dès qu’elle sentait le retour d’une crise,
elle avait recours à la solution, et de cette manière'elle fut complète¬
ment guérie. Lcseuhnoyen accessoire employé pour la guérison de cette
maladie fut un lavement purgatif avec une ouce de sulfate de soude qui
produisit trois évacuations et diminua la congestion cérébrale. La ma¬
lade n’a éprouvé aucun retour de névralgie faciale depuis le traitement
employé ci-dessus. Les douleurs avaient été précédées pendant plusieurs
jours d’une violente odontalgie de la mâchoire supérieure, mais elles
ne s’étaient étendues à la joue que depuis le matin.
Obs. II. — Une dame de 38 ans ressentait depuis quatre jours de
violentes douleurs dans les régions temporale, sus-orbitaire et maxillaire
supérieure du côté gauche. Depuis son apparition cette névralgie reve¬
nait régulièrement à quatre heures du matin , augmentait d’intensité
jusqu’à dix ou onze heures, et diminuait plus tard, sans cesser tout-
à-fait avant quatre’heures. Pendant toute la durée de l’accès la tète était
pesante, la face colorée et la peau chaude; il y avait anorexie com-
plète , et ce n’est que vers le soir que la malade pouvait vaquer à ses
occupations , et prendre quelque nourriture. Les douleurs avaient été
sans cesse en augmentant d’une manière effrayante, au point que, quoi¬
que la malade ne fut point d’une sensibilité exagérée, elle ne pouvait
s’empêcher de crier quand les douleurs atteignaient leur plus haut de¬
gré d’intensité. Une saignée de 1 o onces fut ordonnée immédiatement
pour diminuer la congestion cérébrale. Plus tard, des frictions furent
pratiquées sur la joue et les tempes aveG un onguent composé de deux
grains de cyanure de potassium dans une demi-onced’axonge.Lelende-
main les douleurs furent notablement diminuées, les accès furent moins
longs et moins intenses. Un soulagement marqué suivait chaque fric¬
tion. Le surlendemain l’onguent étant terminé, il fut remplacé par
8 grains de cyanure de potassium dans i onces d’eau distillée pour être
employés en lotions. Dès lors le soulagement fut prompt et la guérison
rapide. A peine la moitié de la solution eut-elle été employée que les
douleurs cessèrent complètement.
Ons. III. — Une demoiselle de ao ans éprouvait régulièrement, de¬
puis plusieurs jours, à- la même heure, des douleurs aiguës dans les
régions orbitaires des maxillaires supérieures. Pendant tout le temps
que durait l’accès, la face était rouge et tuméfiée , principalement du
côté affecté, qui était en même temps contracté de manière à défigurer
momentanément la malade. 8 grains de cyanure de potassium furent pres¬
crits dans 4- onces d’eau distillée ; les lotions faites avec un bourrelet de
coton furent suivies d’un succès aussi immédiat que dans l’observation
première. Les douleurs diminuèrent promptement et disparurent com¬
plètement avant même que toute la solution eût été employée.
Obs. IV. — Une femme de 8o ans ressentait depuis fort long-temps
une douleur assez vive dans l’orbite gauche. Elle éprouvait par momens
la sensation d’un corps qui comprimait le globe de l’œil : cette douleur
s’étendait à l’arcade sourcilière, àla joue etàla mâchoire du même côté;
il lui semblait alors sentir comme des mèches de cheveux qui flottaient
sur la joue. Cette névralgie n’avait rien de régulier dans son appari¬
tion. 16 grains de cyanure de potassium furent prescrits dans 4 onces
d’eau distillée pour être employés en frictions sur la joue. Le résultat
de ce traitement n’a pas été immédiat; mais la malade ayant persévéré
dans l’usage du remède, elle a été complètement délivrée de la douleur
sus-orbitaire et maxillaire supérieure. Quant au globe de l’œil, il con¬
tinuait à être le siège de violentes douleurs , qui ont cependant diminué
sous l’influence des pilules de Méglin.
Ces faits, dit M. Lombard , sont plus que suffisans pour montrer
( iig )
quel parti la thérapeutique peut tirer des lotions de cyanure de potassium.
L’expérience a démontré qu’elles suffisent souvent pour calmer des dou¬
leurs très-aiguës j que dans le cas de névralgie faciale le soulagement
est instantané ; que les douleurs rhumatismales superficielles cèdent
souvent à l’emploi de ce moyen; enfin que, dans tous les cas de dou¬
leurs nerveuses qui ne sont point accompagnées d’inflammation , ce
médicament est doué d’une propriété calmante supérieure à celle detous
les autres agens thérapeutiques, et doit, par conséquent, leur être pré¬
féré, en ayant soin toutefois de faire fermer les yeux aux malades aux¬
quels l’on fait frictionner la joue et le front, l’absorption de cyanure par
la conjonctive oculaire pouvant entraîner quelque danger. Quant à son
mode d’action , il paraît dépendre de la décomposition du cyanure par
la peau, en sorte que l’acide prussique se trouve en contact avec la sur¬
face du derme à Y état que les chimistes appellent naissant; il est pro¬
bable que des lotions d’acide hydrocyanique ne remplaceraient pas
celles faites avec le cyanure de potassium, qui présente en outre l’avan¬
tage de pouvoir être gardé pendant plusieurs jours sans se décomposer.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DU TRAITEMENT DE LA SUPPURATION ET DE l’iNDURATION
DES AMYGDALES.
Les amygdales, ces organes qui occupent si peu d’espace et dont l’or¬
ganisation et les fonctions sont si simples, deviennent le sic'ge de ma¬
ladies fréquentes autant que dangereuses par la proximité des voies
aériennes. Parmi ces lésions , les unes sont purement idiopathiques et
sont nées sous l’influence d’un stimulus local ; les autres sontl’effet d’une
affection interne plus ou moins grave. Celte distinction, si importante
pour la thérapeutique interne, intéresse peu celui qui doit appliquer un
traitement chirurgical aux abcès et à l’induration des amygdales, ter¬
minaisons les plus fréquentes des inflammations tonsillaires. Dans ces
maladies, la vie dépend souvent d’une opération exécutée avec adresse
et promptitude; ce qui nous importe surtout, c’est de déterminer avec
précision les circonstances qui réclament l’emploi de la main , et d’expo¬
ser les règles qui doivent la diriger.
Une inflammation de l’amygdale parvenue à un très-haut degré se ter¬
mine presque toujours par suppuration. Alors la douleur qui était aiguè
( )
devient gravalive ; la chaleur, la fièvre, l'anxiété diminuent ; la tu¬
meur est plus volumineuse, mais en même temps elle est plus molle,
plus lisse et d’un rouge plus pâle. L’œil aperçoit la membrane mu¬
queuse amincie et prête à se rompre, le doigt posé dans l’arrière-
bouche reconnaît facilement la présence d’un liquide. La rupture de
l’abcès est quelquefois spontanée, et le pus, dont l’odeur est très-fétide,
est évacué par la bouche avec les crachats. Mais il n’en est pas toujours
ainsi : quelquefois on n’aperçoit sur l’amygdale aucune marque de la
formation d’un abcès, pendant que les signes généraux de la suppura¬
tion se prononcent ; alors le pus se fraie un passage à travers le tissu
cellulaire qui unit la glande au muscle constricteur supérieur du pha¬
rynx; la fétidité de l’haleinc est le seul signe auquel on reconnaisse
qù’il s’est formé du pus ; ce liquide n’est point mêlé aux crachats. Dans
quelques cas l’inflammation s’étend au tissu cellulaire environnant, le
pus s’y infiltre et vient faire saillie dans une partie plus ou moins éloi¬
gnée , après avoir dénudé les muscles et la peau. C’est ainsi qu’on a
trouvé quelquefois l’occasion d’ouvrir de tels abcès autour de l’apophyse
mastoïde.
C’est sur le degré de violence des accidcns que le chirurgien doit ré¬
gler sa conduite. Si une inflammation vive empêche les mouvemens du
voile du palais et menace de suffocation, il ne faut pas hésiter à prati¬
quer une prompte ouverture, lors même que le foyer purulent ne serait
pas bien formé ; quelque peu considérable que soit le liquide évacué,
le malade en éprouvera toujours du soulagement.
L’inflammation est-elle modérée , il faut attendre pour opérer que la
tumeur soit ramollie dans toute son étendue : il arrive même alors que
l’évacuation spontanée prévient le secours de l’art ; ou bien la mem¬
brane est tellement amincie que la plus légère pression suffit pour don¬
ner issue au pus.
Lorsque l’incision est jugée nécessaire , voici comment on doit y pro¬
céder : on se sert d’un bistouri droit ordinaire dont on entoure la lame
avec une bandelette jusqu’à trois lignes de sa pointe; on fait asseoir le
malade sur une chaise en face d’une croisée bien éclairée; un aide fixe
solidement sa tête contre sa poitrine. Alors la langue étant abaissée avec
l’indicateur d’une main, on plonge de l’autre main la pointe de l’instru¬
ment dans la partie la plus saillante de la tumeur; on presse sur le dos
de l’instrument tourné en bas pour agrandir l’ouverture si le gonfle¬
ment est porté à un tel degré que les mâchoires ne puissent pas s’écarter
assez pour permettre aux yeux de diriger la marche de l’instrument;
l’indicateur préalablement porté sur la tumeur devra servir de guide à
la pointe du bistouri.
( tai )
Celte operation exige de la rapidité' dans l’execution, car il faut aus¬
sitôt retirer le bistouri pour permettre au malade de rejeter le pus au-
dehors. Elle u’exige pas moins de dexte'rite', car on a yu, entre des
mains peu cxerce'cs , l’instrument traverser l’amygdale, blesser la caro¬
tide, et donner lieu à une lie'morrhagie mortelle : Chczelden en cite deux
exemples. Des pressions exerce'es avec le doigt achèveront de faire éva¬
cuer le pus, que l’on entraînera au moyen de gargarismes. La cicatrisa¬
tion de la plaie sera entrêmement prompte.
Si le pus se montre au cou, trop de temporisation sera funeste , il
produirait des dénudations , il fuserait dans le médiastin, il pourrait
même se faire jour dans la trachée-artère. L'opération estfacile lorsque
la peau est soulevée par la collection purulente ; mais si le foyer est si¬
tué profondément, il est dangereux de se frayer une route avec l’instru¬
ment tranchant à travers des parties aussi importantes. Dans ce cas,
l’évacuation du pus étant jugée indispensable , on doit commencer par
inciser la peau et le tissu cellulaire seulement, et faire parvenir jusqu’au
foyer à travers les espaces celluleux une sonde cannelée mousse dont le
pus suivra la direction.
L’amygdalite persiste plus fréquemment encore à l’état chronique
.qu’elle ne se termine par suppuration. Cet état expose à des récidives
fréquentes de la phlegmasie aiguë : l’action du froid humide sur la peau,
le contact de l’air froid sur la gorge, produisent avec une facilité in¬
croyable de la douleur à l’isthme du gosier, de la difficulté d’avaler, le
gonflement et la rougeur des amygdales, une sécrétion abondante de
mucosité. Ces accidens disparaissent au bout de deux ou trois jours ;
mais souvent répétés, ils finissent par amener une carnification des
glandes avec augmentation de leur volume; elles font l’office de corps
étrangers qui excitent des mouvemens continus de déglutition ; leur vo¬
lume peut même s’accroître au point d’intercepter entièrement le pas¬
sage des alimens , des boissons et de l’air.
Cet état des amygdales était désigné autrefois parlenomdesquirrhe:
l’idée qu’on se faisait de la nature de ces tumeurs inspirait beaucoup
de circonspection dans leur traitement. Sharp le premier remarqua que
la récidive n’avait pas lieu après leur extirpation : « Toutes le autres
tumeurs squirrheuses, dit-il, de nature scrofuleuse ou cancéreuse, sont
sujettes à revenir, parce que le virus reste dans le voisinage de la glande
que l’on a extirpée, ou au moins se jette sur quelque autre glande. Dans
le cas dont il s’agit je n’ai jamais rien observé de semblable, le malade
s’est toujours rétabli dans une santé parfaite et durable. » Malgré la cé¬
lébrité de ce chirurgien, plusieurs de ses contemporains révoquèrent
cette assertion en doute : elle n’a cependant rien d’étonnant lorsqu’on
tome i. 4 ' uv. 9
( l'iî )
sait que les amygdales tuméfiées sont rarement squirrheuses. A l’appui
de l’idée émise par Sharp, Bell remarqua que dans les amygdales en¬
gorgées il n’y avait jamais de douleur à moins que l’inflammation ne
devînt aiguë, tandis que dans le squirrhe les douleurs lancinantes sont
un des caractères les plus constans; il assura n’avoir jamais rencontré
de véritables squirrhes des amygdales. Cependant ce squirrhe existe; il
a été observé par plusieurs chirurgiens, et depuis peu de jours on en a
recueilli une observation à l’Hôtel-Dicu dans les salles du professeur
Dupuytren ; il a examiné la mort du sujet par suffocation : ce fait est
très-important; il prouve combien il est dangereux de ne pas faire à
temps l’excision des amygdales engorgées, car elles peuvent dégénérer
par la répétition fréquente des irritations. Ici cette maladie était évi¬
demment secondaire à cet engorgement; le malade y avait été sujet, et
toujours il avaitnégligé dose faireenleverl’organemalade; àlafin celui-ci
avait tellement augmenté de volume que lorsque ce sujet entra à l’Hôtel-
Dieu il portait au côté droit du cou Une tumeur dont Ja grosseur égalait
bien celle des deux poings; le fond de la gorge était occupé par une
tumeur moins volumineuse située entre les deux piliers du voile du pa¬
lais : ces deux tumeurs semblaient être continues bien qu’assez éloignés
l’une de l’autre. Il y avait une grande difficulté de respirer et quelque¬
fois une suffocation imminente ; cette suffocation çut lieu en effet avant
qu’on put la prévenir par l’ouverture de la trachée-artère. La dissection
de la tumeur ne laissa aucun doute sur son origine : son extrémité in¬
terne, resserrée entre les deux piliers du voile du palais, occupait la
place de l’amygdale, elle était assez saillante pour comprimer l’épi¬
glotte et intercepter l’entrée de l’air ; elle se continuait à travers les
muscles du cou avec la tumeur extérieure. Son tissu était cérébriforme
et commençait à se ramollir. M. Dupuytren assura avoir observé dans
sa pratique trois ou quatre faits semblables. Ainsi se trouve contredite
cette opinion de la plupart des chirurgiens modernes que les amygdales
ne dégénèrent jamais en cancer.
On voit de quelle importance sont ces faits pour la thérapeutique :
ils imposent l’obligation d’exciser sans retard les amygdales gonflées,
afin de prévenir leur dégénération.Une fois qu’ellessonttransformécs en
tissu squirrheux, cette excision partielle est insuffisante, il faut extir¬
per la glande tout entière, quel que soit son volume ; mais cela consti¬
tue une opération difficile, parce que le corps à enlever est situé au
fond de la bouche; dangereuse, parce que les vaisseaux qui avoisinent
l’amygdale courent grand risque d’être ouverts, et qu’on ne saurait
arrêter l’hémorrhagie. A la vérité, certaines personnes conseillent d’en¬
lever toute l’amygdale affectée d’un simple engorgement; cet enlève-
( ia3 )
ment total est inutile , parce qu’il n’est pas plus avantageux pour le
malade que l’excision partielle; il est nuisible en ce qu’il prive inutile¬
ment d’un organe dont la sécrétion ne peut être remplacée par aucun
autre. Il faut donc se contenter d’exciser ce qui dépassé le pilier du
palais, après que la cicatrisation de la plaie est achevée: ce qui reste de
l’organe se cache derrière le pilier, et l’isthme du gosier est parfaitement
libre.
Tant que l’engorgement des amygdales n’existe qu’à un faible degré,
il faut se borner aux moyens qui peuvent apaiser l’inflammation et en
prévenir le retour ; on prescrira un régime adoucissant, des laxatifs, des
pédiluves,unc saignée si le sujet est sanguin; il évitera le froid humide
et les variations de l’atmosphère. Lorsque la douleur sera complètement
dissipée, on en viendra aux gargarismes astringens; on a utilisé dans
ce cas la propriété irritante du collyre de Lanfranc, qui sc compose,
comme on le sait, d’une solution de sulfate d’arsenic jaune et d’oxide
vert de cuivre dans le vin blanc et les eaux distillées de rose et de plan-
tin ; ce collyre est, comme on le Voit, un caustique assez violent : on
doit l’employer avec circonspection ; on en imbibera un pinceau qu’on
appliquera légèrement sur l’amygdale ; on répétera cette application jus¬
qu’à ce qu’on ait réduit le volume de la glande.
De nombreuses méthodes ontétéproposécspourenlevcrles amygdales
engorgées. L’excision est la plus simple et la plu6 facile à exécuter ;
c’est elle qu’on doit préférer. Quelques personnes emploient encore les
caustiques liquides ou solides ; mais ils ne conviennent que lorsque la
tuméfaction peu considérable peut être détruite par quelque cautérisation.
Les caustiques solides, tels que le nitrate d’argent ou la potasse, se¬
raient portés sur la tumeur avec un porte-crayon ; les caustiques liqui¬
des , tels que les acides minéraux concentrés, seront appliqués avec un
pinceau : on fera aussitôt rincer la bouche,afin d’entraîner toutlccaus-
tique, qui mêlé aux mucosités pourrait couler le long do l’œsophage.
Le cautère actuel qui a été proposé le cède encore à l’instrument
tranchant. On doit le réserver pour le cas où après l’excision il survien¬
drait une hémorrhagie qui résisterait aux astringens et aux caustiques;
mais cet accident est extrêmement rare, et sous ce rapport l’expérience
est loin de justifier les craintes des chirurgiens du dernier siècle, qui,
dans le but de prévenir l’hémorrhagie inévitable, scion eux, dans l’ex¬
cision , donnaient la préférence à la ligature. Quand on n’aurait pas
d’autre raison pour préférer l’excision à la ligature, l’accident arrivé à
Moscati est bien propre à faire renoncera cette dernière : ce chirurgien
avait lié l’amygdale, mais bientôt survinrent une douleur très-vive et
de l’inflammation avec difficulté d’avaler la salive et de respirer, qui
9-
( >4 )
l’obligèrent d’exciser le pédicule avec l’instrument tranchant. On devrait
encore invoquer le secours du cautère actuel, si des fongositc's s’e'levaient
des amygdales rescise'es, et se reprodusaient malgré les caustiques. Le
feu serait appliqué à l’aide d’un cautère en roseau, conduit le long
d’une canule destinée à garantir les organes qui forment la bouche.
L’instrument tranchant est donc le seul qu’on doive employer aujour¬
d’hui pour enlever les amygdales engorgées. Il avait été conseillé par
Cclse ; on ne lui a de nouveau accordé la supériorité qu’il mérite qu’a-
près avoir éprouvé l’insufiisance ouïe danger de tous les autres moyens.
Moscatti pratiquant cette opération incisait la tumeur de haut en bas ;
l’excision n’était pas encore achevée lorsque l’opéré fut pris d’une toux
violente qui força de suspendre l’opération ; la partie déjà détachée tomba
dans l’ouverture du larynx et occasiona une suffocation imminente que
le chirurgien prévint en enfonçant scs doigts au fond de la gorge, et en
arrachant l’amygdale excisée. Wissman s’était trouvé deux fois dans le
même cas. C’est pourquoi Louis avait donné le précepte de commencer
l’incision par en bas et de la terminer par la partie supérieure : idée
bien plus heureuse que celle inspirée à Moscati par l’accident qui lui
était arrivée : il fendait l’amygdale en quatre parties, et les excisait cha¬
cun séparément ; cette manière d’opérer doit être rejetée. Quant au
danger de la suffocation, on l’évitera toujours si on a le soin d’opérer
dans un moment de repos et si on agit avec rapidité.
Deux instrumens sont nécessaires pour l’excision, l’un destiné à sai¬
sir l’amygdale, l’autre à la séparer. Les pinces de Muzeux remplissent
pa faitement le premier objet; on doit les préférer à l’airigne simple ou
double. Pour diviser l’agmÿdale, un bistouri courbé, boutonné ou
émoussé à son extrémité, et dont la moitié de la lame sera enveloppée
d’une bandelette de linge, sera préférable aux ciseaux et surtout au kys-
titome de Desault, justement abandonné.
L’excision doit être faite avec la main droite pour l’amygdale gauche,
et avec la main gauche pour l’amygdale droite. Le malade est assis ou
debout, et le fond de la gorge éclairé par le jour ou par une lumière
artificielle. On pénètre profondément dans la tumenr avec la pince de
Muzeux, et on la tire en dedans ; le bistouri porté au-dessus delà glande
la coupe de haut en bas et d’arrière en avant. Il serait imprudent de se
servir d’un bistouri aigu : avec cet instrument on pourrait percer la pa¬
roi postérieure et latérale du pharynx, et ouvrir les gros vaisseaux situés
à côté de cet organe. M. Cloquet rapporte, d’après Béclard, qu’un opé¬
rateur ambulant avait excisé l’amygdale sur un homme avec un bis¬
touri aigu ; le malade mourut d’hémorrhagie quelques heures après ,
l’opérateur avait disparu ; à l’ouvcrtnre du cadavre, on trouva que
( «25 )
l’artère carotide interne avait été perce'e. Ordinairement les deux, amyg¬
dales sont tume'iie'es ; il n’y a pas d’inconve'nient de les enlever l’une
immédiatement après l’aiitre. Lorsque le malade estdocile, on doit s’al'.
stenir de placer des corps e'trangers entre les dents, parce qu’ils gênent
l’action des instrumens. On aura soin de ne pas exercer avec la pince
une traction trop forte dans le tissu de l’amygdale, afin d’éviter sa dé-
chirure ; il faut que la portion excise'e vienne au-dehors attachée à l’in¬
strument. Le de'gorgement sanguin qui se fait après l’excision concourt
à diminuer l’inflammation; s’il était trop abondant, on le supprimerait
par des gargarismes astringens.
Telles sont les règles à suivre pour pratiquer une opération bien
simple, mais qui n’en exige pas moins de la dextérité de la part du
chirurgien; opération qui peut, comme on l’a vu , prévenir de graves
accidens , et dont les applications sont fréquentes dans la pratique. Des
circonstances accidentelles peuvent la rendre encore plus fréquemment
nécessaire : ainsi M. A. Séverin rapporte qu’il pratiqua un grand nom¬
bre de fois l’excision des amygdales dans une constitution épidémique
qui dévasta le royaume de Naples depuis i5so jusqu’en i54-i, et dont
un des symptômes les plus constans était la tuméfaction des. amygdales.
TRAITEMENT UE LA GONORRHÉE PAR LES COUnANS d’eAD TIÈDE.
( a” Article. )
Dans la seconde livraison de notre journal, nous avons promis de
faire connaître-les remarques critiques sur le traitement de la gonorrhée
par les courans d’eau tiède. Elles pourront intéresser le lecteur en ce
qu’elles lui feront mieux apprécier le mérite réel et les inconvéniens
de ce moyen thérapeutique.
La guérison de la gonorrhée par les courans d’eau tiède est due , se¬
lon M. Serre (d’Alais), inventeur de ce moyen , à l’espèce de lavage
qu’on fait subir à l’urèthre , et qui entraîne le pus blcnnorrhagique
dont la présence continuelle entretient l’irritation, source elle-même de
l’écoulement puriformc. Non-seulement le courant d’eau agit de cette
manière sur le pus tout formé qu’il rencontre, mais ensuite il le délaie
à son état naissant et le met hors d’état de nuire; et, de plus, agissant
sur la muqueuse uréthrale à la manière des émollicns, il l’adoucit et l’as¬
souplit. La gonorrhée se trouve donc suspendue pendant tout le temps
du lavage , qui dure une ou deux heures chaque fois, et l’expérience
prouve qu’il suffit de cette suspension totale ou partielle rappelée qua¬
tre ou cinq fois en quatre ou six jours, pour obtenir une guérison corn-
( 126 )
plète , ou amener cette maladie à un état chronique facile à dissiper.
La guérison obtenue dans ce cas n’est-elle pas plutôt produite par
l’introduction de la sonde que par le courant d’eau tiède ? Telle est la
question que se fait le critique (M. Poulain), et qu’il résout par l’af¬
firmative en s’étayant sur les faits et les raisonnemens suivans :
Un officier de cavalerie, atteint depuis long-temps d’un rétrécisse¬
ment de l’urèllire pour lequel il avait l’habitude de se sonder lui-même,
contracte une gonorrhée des plus violentes. Au bout de quinze jours le
rétrécissement était devenu extrême; la sonde ne peut pénétrer dans la
vessie , malgré de grandes tentatives et l’emploi du bain ; mais le soir
même , diminution de moitié de l’écoulement et de la douleur. Le len¬
demain , nouvelle introduction de la sonde, qui pénètre dans la vessie
après de longs efforts ; diminution de la douleur et de l’écoulement qui
cessent tout-à-fait après une troisième introduction et un troisième bain.
Dans trois cas analogues chez d’autres personnes, pareil résultat fut
obtenu; d’ailleurs, dit M. Poulain, les praticiens ont été souvent dans
le cas d’observer le même phénomène. On serait donc en droit de dou¬
ter de la vertu de l’eau tiède dans le procédé de M. Serre, surtout si
l’on se rappelle le peu de succès des injections émollientes condamnées
déjà par Bell. Suivant M. Serre, la sonde ne joue dans son procédé
qu’un rôle passif, et c’est exclusivement à la propriété émolliente de
Peau tiède et à ses courans qu’il rapporte les différentes cures qu’il a
faites ; mais il est évident que cet effet émollient est entièrement neu¬
tralisé par l’introduction de la sonde et la forte irritation qu’elle déve¬
loppe dans le canal. Quant aux courans et à leurs effets, il est facile de
les obtenir avec la seringue seule, pourvu que son bec à olive ait de deux à
trois lignes au plus de largeur, et que son pistonjoue facilement. On peut,
avec elle, faire une injection continue, profonde, et nullement sacca¬
dée ; en outre, l’irritation produite par le bec de cette seringue sera
nulle ou presque nulle comparativement à celle que provoque l’intro¬
duction de la sonde, et l’injection n’en lavera pas moins bien le canal.
Cela paraîtra évident à tous ceux qui ont souvent pratiqué cette opéra¬
tion , et qui savent, par conséquent, que le liquide poussé dans le canal
en sort avec une grande force. M. Serre n’a donc pas atteint le but,
puisque, d’une part, le cathétérisme seul peut guérir une gonorrhée ,
et que, d’une autre, les injections émollientes ne sauraient réussir sans
le secours de la sonde. Son procédé se réduit, en dernière analyse , à
l’introduction de la sonde, opération souvent impraticable et toujours
très-douloureuse.
Telle est l'opinion de M. Poulain sur le traitement de la gonorrhée
par les courans d’eau tiède ; elle est, comme on le voit, peu favorable
( 127 )
à ce nouveau procédé', et répond bien peu à l’espoir qu’en a conçu
M. Serre de la faire adopter comme un moyen nouveau et précieux ;
mais ce dernier pourrait répondre à son Aristarque : « Oui, le cathé¬
térisme peut guérir une gonorrhée ; mais combien de fois sur cent ? Si
ce moyen, assez commode , puisqu’il est toujours sous la main, a tant
d’efficacité, pourquoi le négligez-vous pour recourir, dans tous les cas
de gonorrhée , aux injections astringentes? Il est trop douloureux, di¬
rez-vous ; moi je soutiens, et cela d’après l’expérience, « que la pre-
» mièrefoisil excite, il est vrai, en cheminant, un picotement très-
» désagréable; mais ce picotement offre ceci de particulier qu’il est de
» courte durée , qu’il cesse immédiatement après que la sonde est ar-
» rêtée; et le calme est si prompt, si instantané, si parfait, qu’il
» constitue un état de bien-être; » que si, en général, la sonde pro¬
duit de la douleur, sa présence , quand le malade est dans le bain , est
presque inaperçue par celui-ci. L’injection avec une seringue sans
sonde , direz-vous encore , peut-être portée aussi loin qu’avec celle-ci ;
elle est aussi continue et doit produire le même résultat. Non , répon¬
drai-je ; car si la sonde , comme vous le dites , est l’instrument de gué¬
rison , et que les injections émollientes ne peuvent guérir seules , vous
ne réussirez pas, attendu qu’un bec de seringue qui ne pénètre qu’à deux
ou trois lignes dans le canal ne saurait avoir les mêmes effets qu’une
sonde qui est portée à deux, trois ou quatre pouces. En outre, avec ma
sonde percée latéralement j’arrose l’urèthre sur toute sa surface d’une
manière douce et uniforme ; je délaie le liquide morbifique et je permets
au courant de l’entraîner au dehors. Avec une seringue seule, on pousse
dans le canal un jet qui, comme) toute espèce de douche, agit nécessai¬
rement, et par sa nature même , à la manière d’un corps dur, avec
plus ou moins de violence, chasse devant lui le mucus altéré sans le
délayer aussi bien que dans l’autre procédé. Enfin, pourrait ajouter
M. Serre, si, pour traiter la gonorrhée, on a eu recours à la sonde,
aux injections émollientes, personne ne les a employées simultanément,
dans le même but et avec les mêmes précautions que moi : or que peut
un raisonnement contre un fait? Les injections émollientes seules ne
guérissent pas la gonorrhée , cela est vrai ; l’introduction de la sonde
dans le canal ne réussit pas mieux, je le suppose ; et pourtant, avec
l’injection d’eau et la sonde, j’ai toujours triomphé de cette maladie. Que
dire à cela ? qu’il faut voir ; sans doute ; voyez donc avant de critiquer ;
etsi les faits viennent corroborer votre opinion, critiquez haut et ferme :
votre critique alors sera utile; jusque là elle n’est que décourageante
pour moi, inventeur, qui, en cette qualité, ai plus besoin d’encoura¬
gement que de blâme. »
( i*8 )
DES INJECTIONS ASTRINGENTES DANS LE TRAITEMENT DE LA
GONORRHÉE.
% Sulfate de 7.îdc . 24 grains.
Dissolvez dans eau distille'. . io onces.
Ajoutez extrait de satume. . 20 gouttes.
« Il faut employer cette injection dès qu’on s’aperçoit d’un le'ger pi¬
cotement, d’un peu de rougeur et d’un le'ger suintement à l’orifice du
canal : le plus tôt vaut le mieux. On s’injecte trois ou quatre fois par
jouç , et trois seringue'es chaque fois, en ayant soin de retenir le liquide
une minute dans le canal au moyen d’une le'gère pression excrce'e sur
les côtes de son orifice. Le plus souvent la douleur et l’inflammation
avortent au bout de vingt-quatre heures, ou au plus tard, le deuxième ou
le troisième jour; mais il faut continuer les injections; elles réussissent
pendant toute la dure'e de l’e'tat aigu et quelle que soit l’intensite' de la
douleur et de l’inflammation. Il est vrai de dire que plus on s’éloigne
del’e'poque de l’invasion, moins leur effet est prompt et efficace, mais
alors on change l’injection pour la suivante.
y. Eau de roses. ... 6 onces.
Sulfate de zinc. . . 10 grains.
Laudanum. % gros.
» Celle-ci manque rarement de produire son effet le troisième ou le
quatrième jour, rarement plus tard. Quelquefois il reste un le'ger suin¬
tement dont on s’aperçoit le matin avant d’uriner ; mais il n’en faut pas
moins cesser les injections. Il disparaît ordinairement de lui-même, sur¬
tout si on observe le régime prescrit ge'nc'ralement en pareil cas. »
C’est riche de plus de cent observations et fort de l’opinion de Bell, que
M. Poulain recommande ce traitement aux praticiens, traitement qu’il
ne regarde pas et que nous ne donnons pas comme nouveau, mais qu’il
signale comme ne méritant pas les préventions dontil est l’objetdans notre
pays. Pour quiconque a eu l’occasion de traiter beaucoup de gonorrhées,
des succès aussi constans et aussi nombreux que ceux qu’annonce ce chi¬
rurgien paraissent étonnans ; mais on peut les expliquer par lepeu d’an¬
cienneté des gonorrhées soumises à ce traitement. On sait, eu effet, que
l’opiniâtreté de ces maladies est en raison directe de leur ancienneté.
Il n’est pas rare en effet de voir des gonorrhées légères cesser d’elles-
mêmes au bout de quelques jours : aussi regardons-nous comme très-
sage la précaution qu’indique M. Poulain d’attaquer la maladie dès
qu’elle commence à se manifester. Quant à la crainte que fait naître gé¬
néralement l’emploi de ce moyen, voici comment ce médecin cherche à
( 129 )
la détruire : « J’affirme en mon ame et conscience que cette crainte
n’est nullement fondée et tout-à-fait illusoire j car, de tous ceux que j’ai
traités, aucun à ma connaissanee ne s’est plaint d’un pareil accident,
chose que je suis à même de vérifier tous les jours, etc... Adressez-vous
d’ailleurs à des personnes qui ont des rétrécissemens : la plupart vous
diront qu’elles n’ont jamais fait d’injection, et que c’est à la suite d’un
écoulement plus ou moins long, et qui a duré des années entières ,
qu’elles se sont aperçues que leur canal était rétréci. »
GUÉRISON d’une HERNIE VOLUMINEUSE PAR LES DOUCHES FROIDES.
Une osche'o-entéro-épiplocèle du côté droit, d’un tel volume que la
verge se trouvait confondue dans la masse de la tumeur, avait été traitée
sans succès par une foule de moyens dans divers pays et déclarée ir¬
réductible. Constamment irritée par l’écoulement de l’urine, elle offrait
de profondes érosions, et son poids donnait lieu à de fréquentes coliques.
M.Vanderbarch, chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Thionville,
eut recours au traitement suivant : la tumeur fut enfermée dans un sus-
pensoir et soulevée de manière que la partie inférieure devînt supé¬
rieure. Dans cette position et à l’aide d’une fontaine placée à six pieds
au-dessus du malade, on fit arriver sur elle pendant un quart d’heure
un filet d’eau froide.
Six heures après cette première douche, la verge avait repris assez de
longueur pour que l’urine ne se répandît plus sur la tumeur. On conti¬
nua les douches matin et soir pendant plus de vingt jours : la tumeur
avait déjà diminué de plus des deux tiers , quand tout à coup, après la
douche du soir, un gargouillement se fait entendre dans les bourses,
avec une douleur vive et déchirante dans l’anneau inguinal, et la hernie
rentre. Bientôt cette douleur disparut, et une ecchymose résultant pro¬
bablement de la rupture des vaisseaux qui alimentaient les adhérences
envahit peu à peu le scrotum et céda aux compresses imbibées de vin
rouge chaud. L’usage d’un bandage herniaire a mis, depuis, le malade
à l’abri d’une rechute.
CHIMIE ET PHARMACIE.
DÉCOUVERTE DE LA SALtCINE DANS l’ÉCORCE DU TREMBLE ET DU
PEUPLIER.
Des expériences nombreuses faites dans presque tous les hôpitaux de
Paris établissent les vertus fébrifuges de la salicine. Personne ne saurait
( j3o )
nier que la decouverte faite parM. Leroux dans une écorce si commune
que celle du saule, d’un principe qui se rapproche, pour les propriétés,
de celui que recèle le quinquina, ne soit une acquisition très-impor¬
tante pour la thérapeutique.
M. Braconnot, qui avait employé avec avantage l’écorce de tremble
contre les fièvres intermittentes, et qui avait remarqué que l’extrait
de cette écorce se comporte avec les réactifs à peu près comme celui du
quinquina, ayant appris la découverte de la salicine, voulut s’assurer
si l’écorce du tremble ne contiendrait pas quelque principe analogique,
et il a reconnu que la salicine elle-même s’y trouve en parfaite identité.
On se la procure aisément en versant dans la décoction de cette écorce
du sous-ace'tate de plomb, et en évaporant la liqueur limpide et incolore
préalablement privée de l’excès de plomb par l’acide sulfurique. Il ne
s’agit plus que d’ajouter sur la fin un peu de noir animal et filtrer la
liqueur bouillante; la salicine s'en sépare et cristallise aussitôt par le
refroidissement.
La salicine se trouve également, d’après ce chimiste, dans le peuplier
blanc et dans le peuplier grec; mais le peuplier noir et beaucoup d’au¬
tres espèces de ce genre en paraissent dépourvus ; divers saules, les
salix alba, triandm,fragilis, en manquent également; c’est des salix
Jissa , amygdalina et hélix que l’on peut en tirer avec plus de faci¬
lité.
Réactif pour reconnaître la morphine. — Si l’on met en contact
à la température ordinaire de l’acide iodique dissous avec un seul
grain de morphine ou d’acétate de cette base, la liqueur se colore forte¬
ment en rouge brun, et il s’exhale une odeur très-vive d’iode. La cen¬
tième partie d’un grain d’acétate de morphine suffit pour produire cet
effet d’une manière encore très-sensible ; l’action est très-prompte, si la
liqueur est un peu concentrée; elle est plus lente quand celle-ci est
étendue, mais elle n’est pas moins appréciable au bout de quelques
instans, même dans sept mille parties d’eau.
La quinine, la cinchonine, la vératrine, la strychnine, la brucine,
soumises aux mêmes épreuves, n’agissent aucunement sur l’acide iodi¬
que. M. Sérullas, à qui ces faits importans sont dus, signale donc cet
acide comme un réactif extrêmement sensible pour déceler la présence
de la morphine libre ou combinée avec les acides acétique, sulfurique,
nitrique et bydro-chloriquc, non-seulement isolément, mais en mélange
avec les autres alcalis végétaux. Cette découverte peut être d’une
grande importance pour la médecine légale.
( »3i )
BULLETIN DES HOPITAUX.
— Choléra-morbus sporadique. — Un grand nombre d’affections se
sont présentées depuis un mois dans les hôpitaux et dans la ville avec
des symptômes cholériques, dont on n’aurait pas parle' les autres an¬
nées , mais dont on fait grand bruit celle-ci, à cause de la frayeur
qu’inspire l’affreux fle'au qui nous menace, et qui s’avance vers nous
du côte' du nord et du côte' du midi. Cependant les maladies que l’on a
observées à l’Hôtel-Dieu, à l’hôpital Saint-Louis, à l’hospice des Sourds-
et-muets , et dans plusieurs quartiers de Paris, ne sont pasdes chole'ra-
morbus ; elles ont présenté, peut-être à un haut degré, à cause de la
mauvaise qualité des fruits, les phénomènes propres aux maladies de
l’été; mais les vomissemens et les déjections alvines ont été facilement
arrêtées, et chez très-peu de malades l’on a observé des crampes et les
autres symptômes graves du choléra. Tous les médecins qui ont eu à
traiter de semblables affections ont remarqué qu’elles étaient toutes
survenues après avoir mangé du melon ou des prunes.
Il est certain que cette année la constitution atmosphérique de l’air
offre cela de remarquable., que les maladies prennent vite un caractère
épidémique. Nous avons eu au printemps la grippe, qui, après avoir
atteint plus de cent mille personnes à Paris, s’est portée dans les envi¬
rons de la capitale, où elle a régné épidémiquement dans un rayon de
plus de vingt lieues : elle s’est montrée également sur divers autres
points de la France. Récemment, nous avons vu i’e'risypèle être épidé¬
mique dans lés salles des hôpitaux ; et, dans ce moment, ne voit-on pas
une autre affection qui atteint à la fois un très-grand nombre d’habitans
de Paris ? Cette affection est caractérisée par le trouble des fonctions di¬
gestives; anorexie, bouche pâteuse, amère, pesanteur à l’épigastre,
coliques, dévoiement avec ténesmes,faiblesse,brisement général.Cette
maladie, comme les précédentes, n’est pas grave; mais cette disposi¬
tion de l’air, d’imprimer aux maladies un même caractère et d’en faire
de vraies épidémies, est inquiétante pour l’avenir.
— Empoisonnement par le vert-de-gris. — Un homme qui, dans
peu de temps, avait fait quatre tentatives de suicide et qui était entré à
l’Hôtel-Dieu pour se faire restaurer la mâchoire qu’il s’était fracassée
par un coup de pistolet, y a tenté, pour la cinquième fois, de mettre
• fin à ses jours. Pour cela, il a avalé une certaine quantité de vin dans
lequel il avait laissé macérer cinq gros sous. L’accident ayant été connu
à temps, on lui a fait boire de force une grande quantité d’un liquide al-
( *3a )
Lumineux qui a détermine' l’expulsion du sel de cuivre par le vomisse¬
ment. Le malade est hors de danger ; mais , outre la fracture de la mâ¬
choire, il a maintenant une irritation gastrique très-vive ; combattue par
les moyens convenables , celle-ci cédera facilement.
— Hernies étranglées. 'Récidive. — Plusieurs praticiens doutent
de la possibilité de la récidive d’une hernie crurale déjà opérée ; un cas
de cette espèce a été observé récemment à la Charité. La femme qui l’a
présenté avait subi l’opération depuis dix ans. M. Roux, obligé del’o'
pérer de nouveau, a fait observer que, dans ce cas, l’anneau se trouvant
élargi, l’étranglement est le plus souvent produit par le col du sac, et
que par conséquent il est indispensable de débrider celui-ci de prime-
abord , parce que, seul, il cause l’étranglement. Par un hasard singu¬
lier, sept cas de hernies étranglées se sont présentés dans un très-court
espace de temps, à la Charité. Nous ferons connaître les idées prati¬
ques qui ont été développées lorsque nous nous occuperons de ce sujet.
— Luxation de l’humérus onze fois répétée. — Un homme de
vingt-cinq ans, d’une bonne constitution, s’est présenté à l’Hôtel-Dieu
avec une luxation de l’humérus qui ,.par des causes variées et souvent
légères, s’est reproduite onze fois en cinq ans. Cependant, malgré la
facilité de l’articulation à se luxer, la réduction a nécessité des efforts
assez considérables , et le malade, qui a une certaine expérience à cet
égard, a fait ressortir lui-même l’avantage du point fixe (un anneau scellé
dans le mur) pour opérer la contre-extension. M. Dupuytren a rappelé
à ce sujet un élève en médecine dont il avait vu le bras se luxer plus
de cent fois. Nous connaissons un homme qui se le luxe à volonté. La
femme d’un des professeurs honorables d’une de nos Facultés de méde¬
cine est à peu près dans le meme cas.
VARIÉTÉS.
— Nouvelles du choléra-morbus de Pologne. Son traitement. —
M. Londe, président de la commission médicale envoyée en Pologne,
écrit de Varsovie, en date du u5 juillet : « Le choléra continue ici ses
ravages dans l’armée, dans les hôpitaux et dans la ville.Quand l’invasion
n’est pas subite, elle est précédée d’un sentiment de malaise dans toute la
région abdominale, de nausées, de vertiges, de crampes, et d’un dévoie¬
ment qui dure de six à huit heures. Bientôt la peau devient livide, les
extrémités sont froides et glacées, la figure est décomposée et d’un aspect
tout particulier ; les yeux sont profondément enfoncés dans leur orbite.
Souvent le globe de l’oeil est relevé de manière qu’on n’en aperçoit que
( i33 )
Je blanc; toute la peau de la face est injecte'e comme chez un asphyxie'.
Il survient des voinissemens de matières plutôt se'reuses que muqueuses,
et des déjections tantôt brunes, tantôt blanchâtres ; quelquefois ces deux
symptômes manquent, ou bien ne se présentent qu’au début ou à la fin
de la maladie; la langue est blanche et froide ; la soif est intense , in¬
extinguible; l’épigastre et l’abdomen sont très-douloureux; souvent les
parois abdominales sont comme collées contre la colonne vertébrale. La
respiration est extrêmement gênée ;' le pouls est petit, souvent imper¬
ceptible , même aux artères carotides; les crampes continuent en arra¬
chant aux malades des gc'missemens ; enfin l’excrétion des urines est
nulle. Ces désordres ne sont accompagnés d’aucun délire, et les mala¬
des répondent juste aux questions qui leur sont adressées. L’expression
de la face , les crampes, le froid, l’absence du pouls et de la sécrétion
urinaire, sont des symptômes constans et caractéristiques.
» La marche du choléra est rapide; sa durée varie de quelques
heures à deux ou trois jours. Sa terminaison par la mort est prompte.
J’ai vu souvent le choléra tuer, en six heures, des individus de l’un et
de l’autre sexe. On peut presque considérer les malades comme hors de
danger lorsque la chaleur et les battemens du pouls reparaissent, pourvu
qu’il ne soit point filiforme, mais qu’il devienne plein. La convales¬
cence est longue, pénible, souvent accompagnée d’œdème, d’anasarque
ou de gangrène des extrémités. Lorsque le malade entre en convales¬
cence, le pouls conserve, pendant quelques jours, une lenteur et une
rareté remarquables. Sur trente convalescens de l’âge de dix-neuf à
vingt-six ans, j’ai constaté qu’il n’olîrait que trente-six à cinquante
pulsations par minute.
» Les moyens principaux que l’on emploie ici contre le choléra sont :
i° le calomélas à forte dose (huit à vingt grains par heure, ou même
par demi-heure.) Il est administré ici, dans l’hôpital de Bagatelle, par
M. S...., médecin anglais. Dans cet hôpital la mortalité est effrayante ;
a 0 le nitrate de bismuth : MM. les docteurs Léo et Malez m’ont dit en
avoir obtenu de bons effets ; 3° quelques médecins, se fondant sur l’a¬
nalogie qu’ils croient trouver entre le choléra de ce pays et la colique
des peintres, emploient les e'vacuans dans le premier moment; ils pré¬
tendent que les matières vomies, d’aqueuses qu’elles sont, deviennent
d’un vert glauque, extrêmement abondantes, que, dans l’espace de
quelques minutes, le pouls se relève, le visage s’anime, les yeux ces-,
sent d’être ternes. Us mettent alors en usage la saignée et la teinture
d’opium à forte dose.
» Les moyens qui m’ont paru avoir le plus d’avantage sont, dans le
premier moment, tous ceux qui tendent à rappeler la chaleur animale,
( < 34 . )
comme les bains chauds, les larges sinapismes chauds sur le ventre,
les frictions alcooliques aux extrémités , etc. ; à l’intérieur les infusions
très chaudes de menthe, de mélisse ou de toute autre substance, ensuite
la saignée et les révulsifs.
— Huile de cajeput dans le choléra. — Un médecin du Bengale
vient d’écrire de Londres , à M. Chantourelle, une lettre qui a été com¬
muniquée à l’Académie. Suivant lui, un des meilleurs moyens de gué¬
rir le choléra-morbus est l’huile de cajeput administrée à la dose de
vingt-cinq à cinquante gouttes dans un verre d’eau chaude, en répétant
la dose une demi-heure après, si les accidens n’ont pas cédé. Ce mé¬
decin assure avoir guéri de cette manière 109 malades sur 11 o. M. Marc
apprend que la sœur du roi a reçu une lettre de l’Inde, où l’on con¬
firme les bons effets de cette médication.
— Précautions sanitaires. — L’entrée en France, par les fron¬
tières de terre et de mer, vient d’ctre interdite à tous les effets d’ha-
billcmensvieux, garnitures de lit, fourniture des hôpitaux, casernes,
camps et lazarets. Les hardes et vêtemens des voyageurs sont exceptés
de cette mesure ; ils seront soumis aux purifications prescrites par les
quarantaines. Les chanvres et lins provenant des pays du Nord ne seront
admis dans nos ports qu’après que les ballots auront été ouverts et sou¬
mis à la ventilation dans les lazarets. Les personnes employées au trans¬
port ou à la purification des ballots ne seront admises à la libre pratique
qu’après un temps de séquestration déterminé par l’intendance ou la
commission sanitaire.
— Intendances sanitaires. —Il va être établi des intendances sani¬
taires dans les chefs-lieux des vingt départemens limitrophes suivans :
Pas-de-Calais, tSomme, Nord, Aisne, Ardennes, Marne, Meuse, Mo¬
selle , Mcurthc, Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Doubs, Jura, Ain,
Rhône, Isère, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Var.
Des intendances sanitaires secondaires seront aussi formées dans les
chefs-lieux de sous-préfecture de tous ces départemens, excepté ceux
du Pas-de-Calais, du Nord et du Var, où il existe déjà des intendances.
Les préfets pourront augmenter, selon le besoin, le nombre des com¬
missions sanitaires.
—Création des commissions de santé à Paris .—Une commission
de santé, composée de deux médecins et d’un pharmacien, va être créée
dans chaque quartier de Paris ; cette commission, qui correspondra
avec le conseil de salubrité établi à la préfecture de police, devra recher¬
cher principalement les causes d’insalubrité qui peuvent compromettre
la santé des habitans, donner avis des maladies contagieuses ou épidé¬
miques qui pourraient se manifester, se transporter partout où sa pré-
( *35 )
sence sera ne'ccSsaire, et prendre, de concert avec l’autorité' et le con¬
seil de salubrité', les mesures urgentes que nécessiteraient des e've'ne-
inens imprévus.
— Nouveau moyen pour arrêter les hémorrhagies. —Nous
nous empressons de signaler à nos lecteurs la découverte d’une sub¬
stance qui peut rendre les plus grands services à l’humanité, si ses
effets avantageux se confirment, comme il y a tout lieu de le croire.
Nous devons cette découverte à MM. Talrich et Hahna-Grand, méde¬
cins de Paris. La substance dont nous parlons est un liquide qui a pour
propriété d’arrêter d’une manière sûre et définitive l’écoulement du
sang, quel que soit le calibre du vaisseau blessé. Plusieurs expériences
ont déjà été faites sous nos yeux -, voici quel en est le résultat : un mou¬
ton a eu la cuisse amputée ; un tampon imbibé de la liqueur hémosta¬
tique a été aussitôt appliqué sur la plaie et maintenu pendant dix ou
treize minutes, puis l’animal a été abandonné à lui-même : l’hémorrha¬
gie n’a pas eu lieu, même après la chute du tampon, qui s’est opérée
le cinquième jour. Sur huit autres moutons on a divise' la carotide en
long, en travers, dans une étendue qui n’a pas été moindre de quatre
lignes j on a fait subir à ce vaisseau une perte de substance, sans néan¬
moins le diviser totalement en travers, afin que la rétraction n’ait pas
lieu, et dans tous ces cas le même procédé a été couronné d’un égal suc¬
cès. Lorsque MM. Talrich et Halma-Grand jugeront à propos de pu¬
blier la composition de cette substance, nous nous ferons un devoir de
la faire connaître aussitôt, ainsi que tout ce qui se rattache à son emploi.
— Sujet héméralope et nyctalope à la fois. — Le docteur
Rennes, dans un mémoire qu’il vient de publier dans les Archives ,
cite le cas curieux d’un jeune homme de Pe'rigueux, qui possède à la
fois une vue de jour et une vue de nuit, c’est-à-dire qu’étant héméralope
de l’œil droit, il est nyctalope de l’œil gauche. L’œil frappé de nycta-
lopie offre cela de remarquable que la pupille est beaucoup plus con¬
tractée pendant le jour que celle du côté opposé, et ne se dilate qu’au
coucher du soleil, comme chez le chat ; du reste la vue de nuit est pres¬
que aussi complète de l’œil gauche que chez cet animal, et il n’est pas
rare de voir l’individu dont nous parlons éteindre les lumières pour
chercher un objet perdu avec plus de facilité.
— Retour de Pologne de M. le docteur Brière .—Notre honorable
confrère Brière de Boismont, que le mauvais état de sa santé a forcé
de quitter Varsovie, est arrivé le 23 de ce mois à Paris. Le premier de
tous les médecins français avec M. Legallois , il a abordé ccttc terre de
braves , que la guerre seule désolait alors. Sous leurs yeux sont nés les
deux terribles fléaux qui ont décimé et déciment encore les héros po-
( i36 )
lonais que la mort épargne sur les champs de bataille : le typhus et le
l'hole'ra-morbus.
Les amis de M. Brière le revoient avec d’autant plus de plaisir,
qu’atteint du typhus au milieu des camps de Pologne, les bruits les plus
sinistres s’étaient répandus sur son sort. Mais ce plaisir est mêle' pour
nous d’une profonde amertume : il revient seul. Qu’a-t-il fait de notre
camarade, de notre ami ? Où est celui que le comité polonais lui avait
donné pour compagnon de dangers et de gloire ? Pour lui, le doux so¬
leil de France, qui lui est rendu, aura bientôt raffermi sa convalescence ;
mais Legallois, le reverra-t-il? embrassera-t-il encore sa famille, ses
amis? pourra-t-il leur montrer aussi la glorieuse croix polonaise, prix
de son courage et de son dévouement? Hélas, puissions-nous pouvoir
l’espérer ! Mais, épuisé d’abord par une maladie longue et cruelle,
puis atteint d’une phthisie pulmonaire, qui fait chaque jour des pro¬
grès , la nature aura-t-elle chez lui assez de force pour lutter avec avan¬
tage contre une cause si active de destruction? Fasse le ciel qu’il nous
soit rendu ! c’est le vœu d’un ami ; c’est le vœu de la science, dont il
était l’espoir.
— Académie de médecine. — Une place de titulaire était vacante
«à l’Académie royale de médecine ; M. Réveillc'-Parise vient d’y être
nommé à une immense majorité. Au premier tour de scrutin, il a obtenu
43 voix; M. Hcrvez de Chégoin, 14; et M. Emery, i3.
— Lettre à MM. les pharmaciens. — Croyant être à la fois utile
et agréable aux nombreux pharmaciens qui ont souscrit à ce journal,
nous nous rendons volontiers aux désirs de notre collaborateur M. Che¬
valier, en leur insérant la lettre suivante, qu’il leur écrit dans un but
Messieurs et Collègues ,
J’avais donné à M. P. de Meze, dans L’intérêt des sciences et de l’art pharma¬
ceutique, l’idée de réunir dans un ouvrage peu volumineux ayant pour litre :
Fastes de la pharmacie française , 1” un résumé des analyses végétales faites
jusqu’à ce jour; a" 1 analyse de tous les travaux faits depuis quarante ans par les
pharmaciens français, avec l’indication des ouvrages où ces travaux ont été publiés.
Ces travaux, qui sont très-nombreux et qui ont produit des résultats immenses
par les heureuses applications qu’on en a faites, soit dans les arts et les manufac¬
tures , soit dans l’art médical, et surtout dans la thérapeutique , méritant à ceux
qui s’en sont occupés des droits à la reconnaissance publique , j’ai pensé qu’il
serait mile de tenir l’ouvrage publié au commencement de 1850 au niveau de la
science, et de donner tous les deux ans, dans un supplément de quelques feuilles,
un résumé des analyses faites pendant ce temps , et des nouveaux travaux mis au
J’ai cru cependant qu’il serait convenable de faire précéder ce résumé, dont
les matériaux sont déjà en partie prêts, d’un appendice ayant pour but de rec¬
tifier les omissions qui auraient pu se glisser dans l’ouvrage qui a déjà paru; je
crois donc devoir prier nos confrères de lire avec soin les articles qui les concer¬
nent dans les Fastes de la pharmacie française , et de vouloir bien adresser
franc de port à l’éditeur de cet ouvrage, M. Thomine , libéaire , rue de la
Harpe, n" 88, une note des additions et rectifications qu’il y aurait à faire dans
ces articles.
Je suis, en attendant ces renseignemens utiles pour la science, etc.
A. Chevalier.
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
DE l’aPPBÉCIATION DES FAITS EK THÉBAPEUTIQUE.
11 est impossible défaire de la bonne me'decine si l’on ne sait appré¬
cier les faits que l’on rencontre tous les jours dans la pratique. Or rien
n’est certainement plus difficile que cette appréciation. Les causes de
cette difficulté sont nombreuses ; nous allons les exposer avec quelques
détails.
L’homme est ainsi fait, qu’il abandonne volontiers à un autre la di¬
rection de ses idées; il aime surtout, dans des circonstances graves, à
se décharger de la responsabilité qui pèse sur lui, et lorsqu’il voit con¬
fiés à ses soins des malades dont le sort l’inquiète, il cède volontiers à
l’autorité de scs maîtres, dont il suit aveuglément les instructions thé¬
rapeutiques. On ne se défait pas aisément de cette servilité écolière, et
quels que soient nos revers, nèus nous obstinons à trouver bien ce que
naguèrenous avons cru le mieux, et confians dans ceux dont nous avons
adopté les idées, nous imputons à la nature les fautes dont nous som¬
mes coup aides.
. Sans doute un jeune praticien fait preuve d’un bon esprit en suivant
la voie que ses maîtres lui ont tracée ; mais lorsqu’il s’aperçoit que cette
voie est mauvaise, il doit la quitter et en tenter une autre , sans tenir
trop à ce respect pour les vieilles idées, presque aussi dangereux que
l’enthousiasme pour les nouvelles.
Il y a bien long-temps que la saignée est regardée comme un des
moyens les plus efficaces dans le traitement des angines tonsillaires.
C’est une idée que nous avons pour ainsi dire sucée en naissant ; mal¬
gré les révolutions médicales qui ont bouleversé toutes les théories dans
chaque siècle , on n’a jamais osé toucher à certains préceptes de théra¬
peutique , et celui que nous venons d’indiquer était de ce nombre. Or
une sanction aussi solennelle était bien puissante ; et cependant des ob¬
servateurs consciencieux veulent savoir à quoi s’en tenir au juste, ana¬
lysent avec soin un grand nombre de faits, et comparent la marche de la
maladie chez ceux qui ont été saignés et chez ceux qui ne l’ont pas été :
il devient alors évident pour tout le monde que les émissions sanguines
ont une influence nulle, ou presque nulle, sur l’angine phlegmoneuse.
Cette conclusion étonne bien des médecins ; la plupart résistent même à
la vérité, et veulent expérimenter à leur tour; mais ils ne tardent pas
à partager la conviction aujourd’hui générale, bien étonnés d’avoir cru
sur la foi d’autrui ce que tant d’autres avaient cru avec eux.
( >38 )
Aussi la première chose à faire pour un rae'dccin est-elle de connaître
la marche naturelle d’une maladie. C’est, nous en convenons, l'étude
la plus difficile. Il est bien rare qu’une maladie soit abandonnée à elle-
même • le médecin ne reste pas facilement spectateur des progrès du
mal, et le patient lui-même s’irrite contre l’inaction du médecin. Il en
résulte que presque jamais une maladie, même bénigne, ne parcourt
toutes ses périodes vierge des médications. C’est un grand malheur, car
la marche naturelle de la maladie restant inconnue, nous manquons d’un
des ternes du jugement, et toute appréciation des faits thérapeutiques
est impossible. On peut, il est vrai, comparer entre elles deux on plu¬
sieurs médications , et juger ainsi de l’efficacité relative des unes et des
autres ; mais une fois que l’on connaît la meilleure méthode, encore
faut-il savoir si, quoique meilleure que les autres, elle est préférable à
la simple expectation. II est bien digne de remarque que chaque faiseur
de système a cherché à -faire prévaloir ’le sien, en opposant les succès
obtenus par sa méthode aux revers qui attendaient ceux qui n’étaient
pas enrôlés sous sa bannière; mais nous ne voyons pas qu’il soit parti
du point réel de la question, savoir si, en ne faisant rien, on n’obtien¬
drait pas des succès plus certains encore.
Ainsi donc il est du devoir d’un médecin consciencieux de connaître
avant tout la marche naturelle des maladies. L’étude des auteurs . la
pratique des hôpitaux, le lui apprendront, pourvu qu’il le veuille
comme on doit vouloir. Quand nous parlons des auteurs, nous n’enten¬
dons pas les médecins spéculateurs, mais bien ceux qui recueillent,
analysent et comparent laborieusement des faits. Or, parmi les histoires
de maladies qu’ils rapportent, parmi celles que l’on peut rassembler
dans les hôpitaux, il en est qui nous montrent un malade entièrement
abandonné à lui-même, ou traité de telle manière que la médication n’a
eu certes aucune influence sur l’issue de la maladie. Ce sont là des faits ca¬
pitaux , des faits qu’il faut saisir avec avidité, car ils seront désormais
le jalon suivant lequel nous dirigerons notre conduite thérapeutique.
En effet, si, de cette manière, nous avons appris qu’abandonnée à
elle-même, la diphtérite pharyngienne, par exemple , a une issue né¬
cessairement funeste, nous serons dès lors autorisés à user de toutes les
médications possibles , car , en définitive , elles ne pourront avoir un
pire résultat que l’expectation. Que si quelqu’une de ces méthodes de
traitement sauve quelques malades, elle sera déjà bonne, et il n’y aura
désormais qu’à en chercher une meilleure, et une comparaison religieuse
entre les faits divers que nous ou nos confrères auront observés, nous
instruira promptement de la médication qu’il convient d’adopter on de
rejeter.
( i3g )
Mais si nous nous sommes convaincus, par l’observation des faits, que
la pneumonie aigue sporadique a, neuf fois sur dix, une issue spontané¬
ment heureuse, et que la maladie se termine communément du quin¬
zième au vingtième jour , nous aurons alors un terme de comparaison
auquel nous devrons mesurer nos médications ; et de toute e'vidence,
nous devrons abandonner celles qui seront moins efficaces que l’expec¬
tation, celles même qui ne modifieront en rien la maladie, car à quoi
bon faire subir aux patiens le supplice inutile de nos remèdes ?
Tout à l’heure , en parlant de la pneumonie aiguë, que nous avions
choisie comme exemple, sans attacher d’ailleurs à cette citation une im¬
portance particulière , nous ajoutions l’épithète de sporadique, et ce
n’c'tait pas sans intention. En effet, les influences épidémiques impri¬
ment aux maladies une allure particulière qu’il est essentiel de con¬
naître. Les données que nous avions jusqu’ici sur les affections spora¬
diques deviennent nécessairement infidèles ; il faut alors étudier sur de
nouveaux frais. 11 suffira d’une attention peu sévère pour juger de la
gravité et de la marche relative de la maladie épidémique, puisque
déjà nous posséderons l’un des éle'mens de notre jugement, savoir, la
connaissance exacte de la marche et de la gravité de l’affection à l’état
sporadique. Quant au traitement, il doit être provisoirement le même
que celui dont nous tirons le plus d’avantages dans les circonstances or¬
dinaires ; que s’il ne réussit plus aussi bien , il ne faudra pas en accuser
toujours la gravité plus grande de la maladie ; car souvent l’accession
de certaines modifications apportées parles influences épidémiques sera
la cause unique du peu de succès de nos moyens ordinaires, et une mé¬
dication autre réduira souvent aux termes les plus simples une maladie
qui s’annonçait avec un caractère et un danger insolites.
Ici donc la théorie nous abandonne, et notre expérience même per¬
sonnelle est en défaut; il nous devient impossible d’apprécier les faits
thérapeutiques en suivant la voie que nous indiquions tout à l’heure.
C’est dans de telles circonstances que l’expérience des autres vient le
plus efficacement à notre aide : car la vie d’un médecin ne suffit souvent
pas à voir deux épidémies dont les caractères identiques demandent un
traitement identique. Il faut donc consulter les auteurs anciens , tâcher
de reconnaître les faits défigurés , ou par des opinions préconçues et au¬
jourd’hui surannées, ou par le désir de faire triompher certains prin¬
cipes; comparer entre eux plusieurs écrivains , mettre en parallèle leurs
observations et celles que nous recueillons , et adopter franchement la
méthode thérapeutique que nous verrons être la meilleure , dût-elle
heurter toutes nos idées, toutes nos théories.
C’est ainsi que, dans la dysenterie sporadique , les Iavcmcns anodins
( >4° )
amylacés , les boissons a (pieuses et e'mollientcs, les bains de siège , les
applications de sangsues vers l’extrémité inferieure de l’intestin, seront
universellement conseilles, et produiront une prompte guérison ; mais
dans certaines cpide'miès , et nous avons pu en observer de ce genre, ces
moyens échouent, les malades succombent rapidement, et la dysenterie
n’est enrayée que par des potions salines, par des lavemens purgatifs
très-fréquemment administrés, ou bien encore par de hautes doses
d’opium. Nous concevons que l’on répugne à administrer deux fois par
jour un demi-gros de calomel à un dysentérique, ou bien une once de
sel d’Epsom; mais quand l’expérience a prononcé, que nous importe
l’absurdité de la médication si elle réussit ? Entre la théorie qui expli¬
que et qui tue, et l’expérience qui guérit et ne peut expliquer, quel
parti doit prendre le médecin? nous le demandons à tous ceux qui font
la médecine ailleurs que dans leur cabinet.
Ce que uons venons de dire des méthodes thérapeutiques employées
contre des cas sporadiques ou contre des maladies épidémiques s’appli¬
que tout-à-fait aux maladies en tant que spéciales. Il n’est peut-être pas
de tissu qui ne soit le siège d’un grand nombre de modes inflammatoires
qui ont entre eux quelque chose de commun, mais qui sont différenciés
aussi par des caractères constans à l’aide desquels ils peuvent être divi¬
sés en sous-genres et en espèces. Vainement l’école du Val-de-Grâce,
alors qu’elle avait encore de l’influence sur les opinions médicales, a-t-
elle lutté contre la spécialisation des maladies; il a fallu peu d’efforts
pour renverser le seul argument un peu solide dont elle s’e'tayàt. Elle
ne voulait voir dans l’inflammation, quelle que fût sa forme, qu’un
phénomène toujours le même, puisque ses e'iémens, savoir, la chaleur,
la rougeur, la douleur, la congestion, s’y retrouvaient toujours, mais
seulement dans des proportions différentes ; comme s’il fallait voir, dans
l’âne et le cheval, un seul et même animal, attendu qu’ils ont tous deux
six incisives et six molaires à chaque mâchoire, un estomac simple, le
cæcum énorme, un seul doigt à chaque pied, les mamelles entre les
cuisses ; comme si la différence dans la longueur des oreilles, dans le-
pelage, dans la queue, dans la crinière, dans le port, ne constituaient
pas d’assez importans caractères pour qu’on dût en tenir compte. Cer¬
tes, si d’après des caractères différentiels constans, quoique peu consi¬
dérables en définitive , on s’est cru fondé à faire une espèce à part de
chacun de ces pachydermes, pourquoi aurait-on hésité à considérer
comme espèces du genre inflammation certaines formes phlegmasiqucs
qui, dans un même tissu, se distinguent par des formes toujours sem¬
blables à elles-mêmes, toujours différentes des autres formes de l’in¬
flammation ?
( »4* )
Or, une fois que le médecin s’est bien pénétré de celte idée, que ,
dans l’étude de la pathologie comme dans celle de l’histoire naturelle,
les classifications et les divisions sont aussi .fécondes en progrès que la
tnanie de tout envelopper dans les memes catégories est absurde et ré¬
trograde; une fois qu’il aura bien compris tout ce qu’a d’important et
de vrai le système des spécialisations, il verra s’ouvrir devant lui une
voie toute nouvelle, et il sera étonné de la facilité avec laquelle il ap¬
préciera désormais les faits thérapeutiques qui se présenteront à son ob¬
servation.
Ainsi, pour prendre un exemple entre mille , soient la goutte et le
rhumatisme articulaire. Ces deux maladies occupent la même partie,
toutes deux sont remarquables par la soudaineté de leur invasion, par
la rapidité de leur transmigration : dans les deux il y a rougeur et tu¬
méfaction , il y a douleur et supersécrétion. Or, pour le médecin de
l’c'cole physiologique, il n’y a là que deux degrés différens d’un seul
mode inflammatoire; il ne tient compte ni de la rongeur vermeille des
articulations, ni de la sécrétion des tophus, ni de l’exquise douleur, ni
de la déformation singulière des doigts , ni de l’odeur particulière des
sueurs et des urines chez les goutteux, comme si tout cela se trouvait
chez le rhumatisant. Dès lors, s’il a quelque logique , quand il a vu le
rhumatisme articulaire être si promptement et si efficacement guéri par
le régime antiphlogistique , ne devra-t-il pas user des mêmes armes
dans le traitement de la goutte ? Et quand il verra cette dernière affec¬
tion empirer manifestement sons l’influence des émollicns et des sang¬
sues , et reparaître avec moins de douleur, il est vrai, mais avec des
douleurs bien plus long-temps continuées, quelle perturbation ne va pas
jeter dans scs idées thérapeutiques l’issue différente de la même médica¬
tion dans deux maladies qu’il croit identiques? Ce n’est désormais qu’en
tremblant qu’il soignera un rhumatisant ; tandis que si de bonne heure
il se fût habitué à reconnaître les caractères faciles qui différencient la
goutte et le rhumatisme , il pourrait profiter de chacun de ses essais
thérapeutiques, et, sans se rendre compte du pourquoi, il saurait que
la saignée, si utile dans un cas, est au moins inefficace dans l’autre, et
dès lors il ne resterait plus pour lui qu’une question de diagnostic.
Nous avons choisi cet exemple, et, comme nous le disions tout à
l’heure, nous aurions pu en choisir mille autres. Les maladies du canal
intestinal, celles delà peau, de la gorge, de l’œil surtout, nous auraient
fourni matière aux mêmes réflexions.
Mais l’évidence ne frappe pas tout le monde ; bien des gens naissent
avec un esprit qui ne se rend jamais à la vérité; une fois qu’ils ont
adopté une idée, ils la gardent et ils la conservent opiniâtrement ;
( )
ils ne veulent pas revenir en arrière, comme s’il y avait honte à s’être
trompe’, comme si dans une science d’observation nous n’e'tions pas
toujours à l’école, comme si des expériences nouvelles ne devaient pas
nous conduire à d’autres conclusions. Et puis ce n’cst pas toujours à un
mauvais esprit qu’est due cette résistance ; bien souvent une intelligence
bornée empêche de saisir les relations d’idées, et l’on reste stationnaire
parce que l’on est né stupide. Il en est aussi qui ont su de bonne heure
à quel point sont menteurs les gens de notre robe ; ils savent que rien
ne coûte aux médecins à priori ( nous appelons ainsi les faiseurs de
systèmes ) pour plier les faits aux théories qu’ils ont imaginées ; ils sa¬
vent encore qu’il n’est idée si absurde, théorie si inconséquente qui ne
trouve mille gens prêts à la soutenir, et qui la soutiendront en controu-
vant des observations; ils savent aussi que des milliers de confrères, les
uns par sottise, et pour l’honneur de notre profession nous devons dire
que c’est le plus grand nombre; les autres par calcul de vanité, les au¬
tres parle désir de se faire une renommée qu’ils feront chèrement payer,
publient des livres, des mémoires , remplis de grossières erreurs ou
d’impudens mensonges. Il en résulte qu’un honnête homme, las d’être
trompé, et toujours déçu lorsqu’il a voulu répéter des essais , finit par
tomber dans une méfiance absolue , rejette désormais tout sans examen
et ne s’en lie plus qu’à sa propre expérience. Quelques personnes ont
une autre façon de faire : ils croient tout avec trop de facilité ; il leur
suffit qu’un homme parle haut et fort pour que cet homme ait raison ,
pour qu’ils répètent ce qu’il dit, pour qu’ils fassent ce qu’il fait, et
ainsi ballottés d’obéissance en obéissance, ils croient tout, oublient tout
et ne jugent rien. A. Trousseau.
DE l’iode DANS LK TRAITEMENT DES SCROFULES. - ASSOCIATION
DE L OPIUM A L IODE DANS LES CAS ü’uLClîRES SCROFULEUX.
L’iode, en sa qualité de médicament énergique, peut aussi bien pro¬
duire des miracles que des accidens funestes, et doit trouver par con¬
séquent des admirateurs fanatiques comme d’opiniâtres censeurs. Son
sort, comme celui de l’émc'tique, sera sans doute d’éprouver toutes les
vicissitudes de la fortune ; mais ainsi que lui, supérieur aux louanges
de ses partisans exagérés comme au mépris injuste de ses détracteurs,
il survivra aux passions du moment et aux théories à venir , et pren¬
dra place dans le formulaire du praticien à côté du quinquina. Quand
M. Coindeteut l’idée si heureuse et si féconde d’appliquer ce corps, à
peine connu, au traitement des scrofules , et que les succès de ses
( '43 )
premiers essais furcul connus, chacun re'pe'ta à l’envi les expériences
du médecin de Genève. Bien des goîlres et des engorgemens strumeux
durent leur guérison à ce nouveau médicament ; mais aussi que de fem¬
mes virent sous son influence leur sein se flétrir ! combien de jeunes
gens achetèrent la fonte de quelques engorgemens cervicaux au prix de
la fièvre, de douleurs d’estomac, de la perte de l’appétit, de diarrhées
abondantes, de l’amaigrissement et même du marasme ! Ces accidens
éveillèrent la sollicitude des médecins , et ce qui n’était que le résultat
de l’inexpérience ou de l’impéritiefut attribué aumédicamentlui-même.
De là cette méfiance des uns et cette aversion des autres pour l’iode, à
qui il ne fallait, pour assurer son triomphe, que d’être manié par des
mains plus expérimentées. Les préparations indiquées par M. Coin-
det, et la teinture d’iode en particulier, étaient infidèles : d’une part,
la dose d’iode administrée chaque jour au malade était trop forte, et
de l’autre, dans le mélange qu’on faisait de la teinture avec d’autres li¬
quides , l’iode se précipitait, et se trouvant en contact immédiat avec la
muqueuse gastro-intestinale, il y produisait une irritation qui, entrete¬
nue chaque jour par le médicament, donnait lieu à des accidens plus
ou moins graves. Aussi M. Coindet s’en aperçut-il un des premiers, et
fractionna les doses d’iode de manière à rendre son action plus sûre et
moins dangereuse. Quelques recherches isolées tendirent au meme ré¬
sultat , et l’iode obtenait dans la pratique de quelques médecins des
succès bien évidens, mais ne cessait pas pour cela d’être aux yeux de
beaucoup d’autres un objet de défiance ou d’effroi. Pour faire cesser cet
état d’incertitude, il fallait qu’un homme, juste appréciateur des ver¬
tus de ce médicament, voulût en faire le sujet spécial de son étude, et
se trouvât à la tête d’un service d’hôpital, position indispensable à ce
genre de recherches. C’est M. Lugol qui a entrepris cette tache j ses
travaux, déjà connus de la plupart des médecins, ont été récompensés
un peu trop tôt peut-être ; mais l'on ne peut pas dire que ce soit sans
justice.
Les différens mémoires publiés par ce médecin ont eu déjà pour ré¬
sultat de vaincre la répugnance de plusieurs praticiens et de modérer la
confiance de quelques autres j leur publication a déjà provoqué et
amènera encore de nouvelles mesures qui achèveront de donner à l’iode
l’importance qu’il mérite. Ce qui est surtout à désirer, c’est qu’elle ré¬
pande généralement l’habitude de manier ce médicament avec sûreté.
Cette dernière considération nous engage à résumer dans une suite d’ar¬
ticles spéciaux tout ce qui a été fait dans ces derniers temps sur l’em¬
ploi de l’iode, le plus immédiatement applicable à la pratique. Notre in¬
tention n’est pas de faire sur ce sujet une monographie complète : la
( «44 )
nature de ce journal et la nécessite' de rassembler nos matériaux dans
plusieurs articles dont la publication ne peut qu’être irrégulière ne
nous permettraient pas d’observer dans la succession de ces articles l’or¬
dre méthodique qu’exigerait un traité ex-professo sur cette matière.
Nous commencerons donc aujourd’hui par faire connaître un travail
nouveau sur l’association de l’opium à l’iode dans les cas d’ulcères scro¬
fuleux, à ceux qui sont déjà au courant de ce qui a été fait ; plus tard,
nous reviendrons aux travaux antérieurs pour ceux à qui ils sont peu
familiers.
Un élève interne de l’hôpital Saint-Louis, M. Lemasson, qui a fait
des affections scrofuleuses l’objet spécial de ses études, vient de publier
dans le journal hebdomadaire un mémoire riche de faits et de considé¬
rations pratiques du plus grand intérêt ; il a pour but de prouver ce
i 0 Que l’iode, convenablement administré, n’est point nuisible à l’é¬
conomie, comme beaucoup de praticiens l’avaient cru;
2° Que l’iode, comme l’a depuis long-temps prouvé d’une manière
péremptoire M. Lugol, est un médicament beaucoup plus puissant que
tous les anti-scrofuleux ordinaires, puisqu’il réussit presque toujours à
produire une modification heureuse, dans les cas où toutes les autres
modifications avaient échoué ;
3 ° Que pour les cas de scrofule ulcéreuse, l’union de l’opium à l’iode
donne aux préparations iodurées une yertu qu’elles n’avaient pas, soit
qu’alors l’opium agisse par ses propriétés, depuis long-temps connues,
de diminuer les sécrétions, soit enfin que l’association de ces deux me'-
dicamens héroïques exalte encore leurs qualités.
Laissant de côté les deux premières propositions, attendu que les tra¬
vaux qui paraîtront successivement dans ce journal, sur l’emploi de
l’iode et de scs préparations , devront nécessairement en apprécier la
valeur, nous nous borneronsici à exposer un résumé très-succinct des
preuves sur lesquelles son auteur s’appuie.
La propriété que possède l’iode d’être un excitant très-énergique de
nos tissus n’est point en question pour les médecins qui ont fait usage
de ce médicament ; elle est telle qu’on se voit souvent forcé dans le cours
du traitement des scrofuleux de suspendre l’emploi de l’iode, soit à
l’intérieur, soit comme topique, pour arrêter les accidens inflamma¬
toires qu’il développe. M. Lemasson, à qui cette observation n’a pu
échapper, a pensé que l’association de l’opium à l’iode pourrait,
en remédiant à ces accidens locaux , ou en les prévenant, rendre l’ad¬
ministration de l’iode plus continue et plus avantageuse; rien n’e'tait
plus facile à prévoir, mais, non-seulement les effets de ce mélange cm-
( 45 )
ployé comme topique répondirent parfaitement à l’idée qu’en avait
conçue l’expérimentateur , ils le conduisirent en outre à faire de ce
moyen la base d’une méthode de traitement.
Neuf observations très-détaillc'es démontrent l’efficacité des prépara¬
tions ioduro-opiacées , dans le cas d’ulccrcs scrofuleux, chez, des indi¬
vidus offrant tous les caractères de la diathèse scrofuleuse la plus enra¬
cinée : aussi M. Lemasson considère-t-il le traitement suivant comme
préférable à celui qui consiste dans l’administration de l’iode non asso¬
cié à l’opium.
Ce traitement ne diffère de celui que préconise M. Lugol, sous qui
M. Lemasson a fait ses premières études des scrofules, que par la
pommade ioduro-opiacée, dont on couvre la surface ulcérée, et par
la manière d’administrer l’iode à l’intérieur. Au lieu de faire usage de
l’eau minérale iodurée, qui consiste, comme on lésait, dans une solu¬
tion d’iode (un demi-grain à un grain) dans de l’eau distillée (une livre),
M. Lemasson prescrit une solution d’iode, dont nous donnons la for¬
mule plus bas, qu’il regarde comme préférable : i° parce qu’elle est
bien plus facile à transporter; 2 0 d’un prix beaucoup moins élevé ;
3° qu’elle se prête mieux aux modifications, en plus ou en moins , qui
deviennent nécessaires bien des fois dans le cours du traitement. Du
reste, il associe à l’iode, ainsi administré, les différens moyens acces¬
soires que M. Lugol et les autres médecins emploient également, sui¬
vant les cas, dans le traitement des scrofules ; tels sont les vins ou si¬
rops amers , les bains sulfureux, les purgatifs doux, l’cxcrcice, etc.
Voici les diverses préparations indiquées par M. Lemasson.
Pommade ioduro-opiacée.
3c Iode.gr. xv.
Iodure de potassium.3j-
Laudanum de Rousseau. . . . îij.
Axonge récente.3'j-
F. s. a. pommade parfaitement homogène.
On charge de cette pommade un gâteau de charpie dont on couvre
l’ulcération. S’il y a beaucoup d’irritation dans la peau environnante .
on applique sur la charpie un cataplasme émollient.
Solution iodurée.
2: Iode.3j.
Iodure de potassium.3ij
Eau distillée..Sj.
( 146 )
Triturez dans un mortier de verre l’iode et l’iodurc , et ajoutez par
petites parties l’eau distillée.
Cette solution contient un grain d’iode par vingt-quatre gouttes. On
peut, chez un adulte, l’administrer à la dose de trois gouttes d’abord,
puis de sis, et successivement jusqu’à huit et même dis ; mais en géné¬
ral , quand on arrive à donner cinq quarts de grains d’iode, il est
rare que l’estomac et surtout le pharyns ne s’en trouvent influencés
d’une manière fâcheuse : ce qui nécessite fréquemment la cessation mo¬
mentanée du médicament. Il est important d’étendre assez la solution
avant de la boire. On divise le nombre de gouttes qu’on veut adminis¬
trer, en deux ou trois doses qu’on fait prendre dans un demi-verre ou.
un verre d’eau sucrée chaque fois.
Solution rubéfiante iodurée.
3cIode.. . . . 3ij.
Iodure de potassium.îiv.
Eau distillée.Jij.
Cette dernière préparation est légèrement cathérétiquc j on l’emploie
en passant sur les parties malades un pinceau de charpie qui en a été
préalablement imprégné. Elle a pour effet de déprimer les bourgeons
luxurieux, d’aviver la surface des ulcérations fongueuses et de leur im¬
primer un nouveau mode de vitalité plus approprié au travail de cica¬
trisation. Comme liquide, elle a la faculté de se mettre en contact avec
tous les points de la surface ulcérée, bien mieux que les pommades, et
'n’a pas comme celles-ci le désavantage de devenir rances. On s’en sert
encore pour donner à la cicatrice,toujours mince,friable, injectée, hu¬
mide, qui succèdent aux ulcérations scrofuleuses, assise sur desmassestu-
berculcuses, la solidité et les autres qualités qu’on remarque dans les ci¬
catrices des autres solutions de continuité. II suffit pour cela, dit M. Le¬
masson, de la toucher chaque jour, ou au moins tous les deux jours,
avec un pinceau de charpie, chargé de celte solution rubéfiante. On voit
bientôt la trame de la cicatrice se resserrer, l’cxudation disparaître avec
l’injection de nouveaux capillaires, les restes de noyaux tuberculeux
se résoudre, les mailles de tissu cellulaire reprendre leur développement
normal et rendre à la cicatrice, d’abord adhérente, la mobilité du reste
de la peau.
( >47 )
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
NOUVEAU PROCÉDÉ POUR L’OPÉRATION DU PHIMOSIS.
L’opération du phimosis, suivant le procède' ordinaire , consiste r
comme on le sait, à fendre la partie supérieure du prépuce dans toute
sa longueur, de dedans en dehors, au moyen d’un bistouri dont la lame
étroite et garnie à sa pointe d’une boulette de cire est introduite à
pial entre le gland et son enveloppe. Il ne faut que réfléchir un instant
sur ce procédé pour en sentir les inconvéniens. Sans parler de l’impos¬
sibilité de le mettre en pratique lorsqu’il y a des adhérences ou quand
l’ouverture du prépuce est tellement étroite qu’aucun bistouri ne sau¬
rait y pénétrer sans en intéresser les bords , nous remarquerons que
par ce mode d’opérer, que presque tous les auteurs enseignent exclu¬
sivement , on divise d’abord le prépuce dans sa portion la plus étendue,
qu’ensuitc, si l’on ne veut laisser subsister cette espèce de bec-de-liè¬
vre , difformité choquante et incommode qui en résulte, on est obligé
non-seulement d’inciser le frein, mais encore d’ébarber, comme on le
dit, lesdeux lambeaux, ou, en d’autres termes, d’exciser chacun des deux
angles qu’ds forment. On fait ainsi quatre incisions fort douloureuses,
et après cela reste mie difformité qui n’est pas il est -vrai d’une grande
importance par le fait, mais pour laquelle quelques individus montrent
beaucoup de répugnance. C’est ainsi qu’une des personnes sur les¬
quelles nous avons pratiqué cette opération avait par cette seule con¬
sidération refusé plusieurs fois de s’y soumettre, bien qu’elle eût la plus
grande envie de remédier à un vice de conformation qui, tout incomplet
qu’ile'tait, avait déjà occasioné desaccidcnsdc parapliimosis après le coït,
et l’empêchait de conserver le prépuce et le gland dans un état parfait
de propreté. Nous l’avons cependant décidée sur le champ à se faire
opérer en lui démontrant qu’il serait facile de remédier à son incom¬
modité sans en laisser de traces aussi apparentes. Un jeune homme dans
les mêmes circonstances, et dont la répugnance pour l’opération était la
même, avait cru devoir lui préférer la simple section du frein5 mais
quoique l’inutilité de celle-ci lui fît sentir l’indispensable nécessité de
l’autre, il ne se soumit à cette dernière que sur la promesse qu’il ne
conserverait pas la difformité qu’il redoutait.
C’est ce procédé, tout imparfait qu’il est, que les praticiens ont con¬
servé généralement par respect sans doute pour la mémoire de Guille-
meau, de Paliin,de J.-L. Petit, de Calliscn , qui l’ont inventé ou mo-
( 148 )
difié, ou par confiance dans l’opinion des contemporains qui l’enseignent
encore. Neanmoins ses inconvénicns ont paru assez grands à quelques
chirurgiens modernes pour les engager à y apporter quelques mo¬
difications. Ainsi, en 1811 , M. Heurtaultintroduisit dans cette opcra-
tion, et pour tous les cas, l’usage de la sonde cannele'e que J.-L. Petit
indique pour ceux-là seulement où l’ouverture du prépuce ne peut re¬
cevoir la lame du bistouri ; et au lieu d’inciser de dedans en dehors ,
comme on le fait ordinairement, ou d’avant en arrière, à l’exemple de
J.-L. Petit, il conseille d’inciser de dehors en dedans, et d’arrière en
avant, après avoir enfoncé perpendiculairement la pointe du bistouri
dans la cannelure de la sonde introduite préalablement entre le gland et
le prépuce. Mais ce procédé , pour différer de l’ancien, n’en offre pas
moins un de scs plus grand désavantages, celui d’intéresser le prépuce
dans sa partie supérieure la plus apparente et la plus étendue. Depuis
on a conseillé de pratiquer sur la membrane interne du prépuce plu¬
sieurs petites incisions soit à l’aide du bistouri, soit avec des ciseaux
très-aigus, en avançant l’incision à mesure que l’ouverture du prépuce
se dilate; mais que de douleurs pour n’obtenir qu’un succès incomplet !
M. Lisfranc, de son côté, enseigne un procédé qui diffère de tous les au¬
tres , mais dont les avantages ne nous frappent pas. Ce procédé consiste
à glisser entre le prépuce et le gland une des branches de ciseaux cour¬
bes sur le plat; à embrasser du côté de la face dorsale au moins le tiers
de la circonférence de ce repli membraneux, en faisant (à des hauteurs
variées, suivant les circonstances) une section en de'dolant à concavité
antérieure, section qui peut être réitérée sur plusieurs points différons
si la première est insuffisante. Ce mode de procéder est sans doute assez
facile ; la plaie qui en résulte est moins anguleuse que celle qu’on pra¬
tique d’après l’ancienne manière; la difformité doit aussi être moins
grande, mais enfin il en reste une. D’un autre côté on laisse subsister
le frein, et cette circonstance seule doit nuire souvent au résultat de
l’opération. Si ce procédé est évidemment très-convenable lorsqu’il faut
enlever une portion du bord squirrheux du prépuce, il ne saurait con¬
venir pour les cas plus communs de phimosis conge'nial ou inflamma¬
toire. M. Delpech s’c'lant aperçu plus d’une fois de la nécessité où l’on
est de faire la section du frein après celle du prépuce, nécessité que
nous regardons comme constante; M. Delpech, disons-nous, conseille
de diviser le prépuce à sa partie inférieure; il y trouve l’avantage de
pouvoir couper ensuite le frein dans toute son étendue et avec facilité,
et de ne pas produire une difformité aussi choquante que celle qui ré¬
sulte de la division de la paroi opposée. On aperçoit au premier coup
d’œil la supériorité de ce procédé sur tous les autres ; reste cependant
( *49 )
l’objection qu’on adresse au procédé ordinaire, quand l’ouverture du
prépuce est d’une étroitesse extrême. M. Delpech n’indique pas com¬
ment il agit dans ce cas. M. J. Cloquet a suppléé au silence du profes¬
seur de Montpellier : ce chirurgien se sert alors, pour opérer le phimo¬
sis, d’une sonde cannelée, qu’il introduit sur un des côtés du frein,
et dont la pointe soulevée sert de guide au bistouri. Ce procédé nous
a paru si préférable aux autres , que nous n’avons pas hésité à l’adop¬
ter exclusivement, et l’expérience nous a appris que nous avions eu
raison. Ses avantages les voici : on divise le prépuce à sa partie infé¬
rieure, c’est-à-dire là où il offre le moins de longueur; la plaie par
conséquent a moins d’étendue, et par suite l’opération est moins dou¬
loureuse et la cicatrisation plus prompte. Aussitôt que la section du
prépuce et celle du frein sont achevées, le prépuce tend à s’abaisser
de lui-même ; à mesure que son bord libre se rapproche de la couronne
du gland, les deux côtés de la division s’écartent; et lorsqu’il y est ar¬
rivé , la plaie est devenue tout-à-fait linéaire, et disposée le plus favo¬
rablement possible pour que chacune de scs moitiés se cicatrise isolé¬
ment : c’est en effet ce qui arrive sans qu’on soit obligé de prendre
d’autre précaution que de couvrir la plaie d’un plumasseau de charpie.
Enfin , quand la cicatrice est achevée, le prépuce, tout en conservant
en haut sa configuration naturelle, est devenu large, souple, très-mobile,
et disposé à rester plissé au-delà du gland. Dans les premiers temps, et
surtout quand le prépuce est très-allongé, chacun des lambeaux forme
une légère saillie anguleuse sur le côté de la verge ; mais si l’opération
a été bien faite, cet angle s’efface avec le temps, et le prépuce plissé
entoure le gland d’un bourrelet uniforme. Chez presque tous ceux que
nous avons opérés, il serait bien difficile d’apercevoir les traces de l’opé¬
ration ; cela tient à certaines précautions que nous indiquerons tout à
l’heure. La cicatrisation met moins de temps à s’opérer par le nouveau
procédé que par l’ancien; cela doit être, puisque la plaie a près d’un
tiers de moins de longueur. Si la section du prépuce a été faite avec
soin, c’est-à-dire si ses deux membranes ont été incisées dans une égale
étendue et pas au-delà de la couronne du gland, la cicatrice peut cire
achevée du dixième au douzième jour ; mais si, comme il arrive sou¬
vent quand on ne prend pas les précautions convenables, la peau se
trouve incisée bien au-delà du point où la section du feuillet interne se
termine, le temps nécessaire à la guérison sera une fois plus long.
Celte lenteur du travail de la cicatrisation est due à ce que celle-ci s’o¬
père alors comme dans les cas de perte de substance, et non par adhé¬
sion , parce que la peau très-lâche et très-fine de la verge se rétracte
aussitôt qu’on la divise, et laisse le tissu cellulaire sous-jacent, mis à nu, '
( i5o )
faire seul les frais de la cicatrice, par la production cle petits bourgeons
charnus. Les de'tails de ce procédé opératoire ne se trouvant encore
nulle part, si ce n’est dans notre Manuel de thérapeutique chirurgicale,
nous allons les offrir au lecteur.
Appareil : i° un bistouri ordinaire droit dont la pointe sera très-
acérée; 2° une sonde cannelée, entourée de linge depuis sa plaque jus¬
qu’à un pouce et demi de sa pointe , de manière à ce qu’offrant plus
de volume, elle ne tourne pas dans les doigts; 3° une paire de bons
ciseaux bien e'vide's ; 4° un linge simple , carré, taillé en croix de Malte
et percé à son centre d’une ouverture assez grande pour laisser passer
le gland ; plus une bande d’une demi-aune de long et de près d’un
pouce de largeur, et quelques plumasseaux de charpie.
Procédé opératoire : le malade est assis sur une chaise solide et un
peu élevée, ou bien couché sur le Lord droit de son lit. Dans le pre¬
mier cas, on se place devant lui, le genou droit à terre ; dans le se¬
cond, on se tient debout, à droite du lit. On saisit le pénis de la main
gauche et par sa face supérieure (i); on le relève et l’on introduit la sonde
cannelée entre le gland et le prépuce, le long du frein, à gauche, la
cannelure dirige'evers les tégumens.Quand elle est arrivée à la base du
gland, on la confie soit au malade lui-même, si l’on en est sûr, soit à
un aide qui la saisit par la plaque, et l’on fait saillir la pointe sous la
peau; ou bien, ce qui vaut mieux sans contredit, on la tient soi-même
avec le pouce et l’index de la main qui soutient la verge. Puis on fait
glisser doucement la peau de cet organe vers sa racine, jusqu’à ce que
le feuillet rouge du prépuce soit bien apparent et do niveau avec le
feuillet cutané. Celte précaution est des plus importantes pour le succès
de l’opération; sans elle on risque de diviser la peau bien plus loin que
la muqueuse, d’être obligé d’inciser de nouveau celle-ci jusqu’à la
base du gland, et d’avoir un plaie très-longue à guérir. Aussi conseil¬
lons-nous à ceux qui ont peu d’habitude de marquer avec de l’encre le
lieu où la pointe de la sonde fait saillie , lorsque le parallélisme entre
les feuillets du prépuce est bien établi. Les choses étant dans cet état,
et le bistouri tenu de la main droite, comme pour couper de dedans en
dehors, c’est-à-dire le tranchant de la lame en haut et le manche dans
la paume de la main , le chirurgien perce la peau vis-à-vis l’extrémité
de la sonde, puis, glissant la pointe du bistouri dans la cannelure,
achève de diviser le prépuce jusqu’à son extrémité libre. Cela fait, il
(1) On sait que dans les descriptions anatomiques de la verge, cet organe est
sensé à peu près comme dans l’état d’érection, c’est-à-dire formant un angle
plus ou moins ouvert avec l’axe du tronc.
( « 5 . )
rabat cette enveloppe vers la couronne du gland et procède ainsi à la
section du frein : il saisit entre le pouce et l’index de la main gauche la
portion du pre'puce adhérente au frein, tandis qu’un aide maintient la
verge, et il opère la section de la bride ainsi tendue, soit en enfonçant
la pointe du bistouri à sa base et en la dirigeant vers le bord libre, soit
par un coup de ciseaux. Dans ce dernier cas il ne doit faire la section
qu’après que la branche correspondante au côté droit du frein est arri¬
vée un peu au-delà du lieu où la muqueuse qui le forme se réfléchit du
gland sur le prépuce, sans quoi la bride serait coupée incomplètement,
et l’on serait obligé d’y revenir une seconde fois ; ce qu’il faut éviter.
Pansement : la double section étant opérée, on laisse dégorger les
parties dans de l’eau tiède, et quand l’écoulement du sang est arrêté,
ce qui n’est jamais long, à moins qu’on n’ait maladroitement intéressé
le corps de la verge, on nettoie les parties ; on abaisse le prépuce pour
écarter les deux bords de la division ; on applique de petits plumas¬
seaux de charpie ; on les couvre de la compresse en croix de Malte,
dans l’ouverture de laquelle on engage le gland, et l’on maintient le tout
au moyen de la bande, dont les circulaires en doloires, commençant vers
la racine de la verge, se termineront sur le gland, où elles s’enlre-croi-
seront un peu pour empêcher le prépuce de remonter, et seront assez lâ¬
ches pour que dans l’érection la verge ne se trouve pas trop étreinte.
On termine le pansement en relevant la verge vers l’abdomen et en la
soutenant, sans la presser, au moyen d’une cravate nouée sur les reins.
On ne devra toucher à l’appareil que vers le quatrième ou le cinquième
jour. Le second pansement et les suivans seront faits de la même ma¬
nière et devront être rares.Une précaution dont nous nous sommes bien
trouvé, c’cst d’imbiber l’appareil, pendant les douze ou quinze premiè¬
res heures, d’eau froide : le gonflement dans ce cas est toujours moindre
et la guérison plus prompte.
Lorsque le phimosis est compliqué d’adhérences entre le gland et le
prépuce, le procédé est le même, à moins que ces adhérences n’occupent
précisément le lieu où la sonde doit être introduite. Force serait bien
alors de choisir un autre point pour pratiquer l’incision ; celle-ci faite,
on renverse l’un après l’autre les deux lambeaux en détruisant les brides,
soit par de simples tractions, soit en les divisant avec le bistouri, dont
le tranchant doit être plutôt dirigé vers la peau que du côté du gland,
afin d’éviter la lésion de celui-ci. L’écoulement du sang, toujours plus
abondant que dans le cas de phimosis simple, cède cependant assez fa¬
cilement à l’application de compresses trempées dans l’eau froide.
A. T.
( i5-2 )
MALADIES DE LA PEAU.
DES SULFUREUX.
La méthode qui consiste à traiter les affections cutanées par les sulfu¬
reux est une des plus anciennes, et c’est aussi, il faut le dire, celle qui,
maintenant encore , est pcut-ctre le plus généralement répandue et à la¬
quelle on s’adresse le plus souvent. Que lors de son introduction dans
la matière médicale, ou même de son application à telle ou telle ma¬
ladie , un agent thérapeutique soit vanté outre mesure, qu’il soit appli¬
qué partout et dans tous les cas à l’exclusion de tous les autres moyens,
cela se conçoit, c’est une condition indispensable de la nouveauté, con¬
dition qu’il faut subir partout, même en médecine ; mais quand après un
grand nombre d’années, un médicament jouit encore d’une faveur ex¬
clusive et presque générale, il faut que cette faveur soit légitimée par des
succès extraordinaires et soutenus ; ou bien alors, s’il n’en est pas ainsi,
cette préférence atteste hautement le peu de progrès qu’a faits la méde¬
cine dans cette partie , et souvent trahit une erreur qu’il importe de dé¬
truire. Le soufre, dont on a vanté outre mesure les propriétés bienfaisan¬
tes et salutaires dans le traitement des maladies de la peau, re'pond-il par
ses succès aux éloges qu’on lui a prodigués?Non assurément; et cepen¬
dant il y a quelques années il faisait seid les frais de la thérapeutique de
ces affections. Aujourd’hui encore, on voit peu de malades, pour peu que
'l’éruption se soit prolongée, qui n’aient fait usage des bains sulfureux
et de la pommade soufrée, souvent même au début. Parcourez les
campagnes, et si vous rencontrez un individu atteint d’une maladie de
la peau, intcrrogez-le sur le traitement qu’il suit : dix-neuf fois sur
vingt on vous répondra : bains sulfureux et pommade soufrée; et
même sans aller si loin , que de médecins à Paris dont la thérapeutique,
en fait d’affections cutanées, ne va pas au-delà de la pommade sou¬
frée et des bains sulfureux. D’où vient donc ce traitement pour ainsi
dire unique pour tant d’affections de forme et de nature différentes?
Il vient de cette vieille idée, que toutes les éruptions sont le résultat
d’une seule et même maladie, et de là à l’existence d’un spécifique il
n’y a qu’un pas. Or il était très-commode d’admettre que tout ce qui
vient de la peau est une dartre, ce qui dispense de l’élude longue et
minutieuse des genres, des espèces, etc., et que cette dartre sc guérit à
l’aide des sulfureux , absolument comme la syphilis se guérit avec le
mercure, ce qui débarrasse sur-le-champ de l'examen approfondi d’une
( >53 )
foule de mc'dicamens, dont il faudrait e'tudier les effets, les doses et l’ap¬
plication souvent si difficile dans la thérapeutique de ces maladies.
Je ne veux pas dire cependant que les préparations sulfureuses ne
soient d’aucune utilité dans le traitement des affections de la peau : elles
occupent véritablement une place honorable dans leur thérapeutique,
mais je veux faire observer que les cas auxquels elles sont véritable¬
ment applicables sont bien moins nombreux qu’on ne le croit généra¬
lement, et prémunir, s’il est possible, contre les inconvéniens, je pour¬
rais même dire les dangers, qui résultent de leur application inconsidérée
ou même intempestive.Que de fois n’ai-je pas vu à l’hôpital Saint-Louis
des malades atteints d’éruptions aiguës qui, peu graves, peu étendues
dans l’origine, ne demandaient qu’une semaine ou deux de repos et
d’un traitement simple et tout émollient, et qui s’étaient agrave's sous
l’influence des sulfureux, au point de faire des progrès rapides , de dé¬
terminer une fièvre intense, de couvrir toute l’enveloppe tégumentaire,
et de donner lieu à des symptômes généraux formidables ! Que de fois
n’ai-je pas vu entretenir des mois entiers des éruptions plus ou moins
locales, sur lesquelles on entretenait de la pommade soufrée avec une
exactitude et une persévérance qui ne le cédaient en rien à celles qu’au¬
rait pu mettre le praticien qui aurait fait tous ses efforts pour fixer le
mal et l’empêcher de disparaître !
En général les préparations sulfureuses ne conviennent point au
début |d’une éruption : on ne doit jamais y avoir recours, pour peu
qu’elle présente une apparence aiguë, fût-elle locale et très-bornée ; à
plus forte raison ce serait à tort qu’on s’adresserait à elles quand il y
a quelques symptômes généraux, de l’accélération du pouls, quelques
signes d’irritation abdominale.
Elles conviennent moins chez les personnes irritables, dont la peau
est fine, délicate; chez les individus jeunes, sanguins, dont la peau
est rouge, animée. Leur emploi, au contraire, est plus rationnel chez
les personnes molles , lymphatiques , dont la peau est sèche et rude,
chez lesquelles on peut soupçonner un principe scrofuleux.
Bien que l’on compte quelques succès de l’emploi des sulfureux
dans quelques formes humides, dans Y eczema (dartre squameuse hu¬
mide , Aubert ), dans Y impétigo (dartre crustace'e, Aubert), mais
alors tout-à-fait chroniques, en général ils sont plus spécialement ap¬
plicables aux formes sèches, et même il en est quelques-unes chez les¬
quelles , le plus ordinairement, leur administration est suivie d’un
très-grand succès ; mais, il faut le dire, il est rare que la maladie qui
a résisté à plusieurs traitemens plus ou moins énergiques cède aux
sulfureux. Quand ces préparations réussissent, et ces cas sont assez
( *54 )
nombreux; en réduisant leur application , ainsi que je viens de le faire,
c’est ordinairement lorsque la maladie est peu ancienne,peu profonde.
En un mot, c’est un traitement assez efficace, mais cependant peu actif.
Aussi ne sont-ils pas nombreux dans les fastes de l’art, ces exemples
de guérison extraordinaire cités par M. Alibert, tels que celui d’un
berger qui guérit en très-peu de temps, par la simple application d’un
peu de cérat soufré, d’un porrigo (teigne faveuse) répandu sur tout le
corps.
J’ai vu nombre de fois M. Biett employer avec succès cette méthode
de traitement dans les affections squameuses. Ici, d’ailleurs, rien ne
s’oppose à leur administration : ce sont des inflammations lentes, tout-
à-fait chroniques, caractérisées parla formation, à la surface de la peau,
d’une substance inorganique, lamelleuse, d’un blanc grisâtre, sèche,
friable, plus ou moins épaisse, plus ou moins adhérente, qui recouvre
des points rouges plus ou moins élevés au-dessus du niveau de la peau ;
circulaires dans la lepra vulgaris ( dartre furfurace'e arrondie, Alib.),
irréguliers et formant des surfaces continues plus ou moins considéra¬
bles, dans le sporiasis (dartre lichénoïde, Alib.), ou bien à peine
apercevables sous les lamelles excessivement minces du pityriasis (dar¬
tre furfurace'e volante, Alib.). Ici les préparations sulfureuses, qui
paraissent agir sur le système lymphatique, excitent la peau, qui de¬
vient légèrement chaude. Les squammes tombent et se renouvellent
moins fréquentes et moins larges ; les élevures qu’elles surmontent,
plus rouges d’abord, comme tuméfiées, s’affaissent bientôt j les squam¬
mes ne se reforment plus , et, au bout de quelque temps, il ne reste
de l’éruption que quelques plaques rouges revenues au niveau de la
peau, légèrement farineuses, et qui ne tardent pas à disparaître.Telle
est la marche que suit une éruption sèche, quand elle décroît sous l’in¬
fluence des sulfureux : le système exhalant est stimulé, et il s’opère
une véritable résolution.
Il est encore d’autres maladies cutanées contre lesquelles les sulfu- •
retix ont aussi souvent une action très-prononcée : je veux parler de
celles qui s’accompagnent d’un prurit plus ou moins insupportable, et
principalement du prurigo (psoride papuleuse, Alib. ) , qui est carac¬
térisée par des papules (i) plus ou moins étendues, sans changement
de couleur à la peau, développées le plus souvent dans le sens de l’ex¬
tension , et constamment accompagnées d’une démangeaison quelquefois
intolérable.
(i) Pclites élévations pleines, solides, résistantes, ne renfermant jamais aucun
fluide, etc., etc.
( i55 )
Cette maladie est une de celles où les bons effets des sulfureux sont
le mieux marques. Le mode d’administration suivant lequel ils sont
surtout applicables alors, c’est la fumigation sèche.
Enfin tout le monde connaît la haute réputation que le soufre a ac¬
quise dans le traitement de la gale, et ilestvrai de dire que c’est peut-
être le cas où il la soutient le mieux. Toutefois il est bon souventde le
mélanger à quelques autres substances , aux alcalins, par exemple.
C’est ainsi que depuis bien des années M. Biett traite les galeux avec
beaucoup de succès à l’aide d’une pommade dans laquelle le soufre est
mêlé au sous-carbonate de potasse. Par cette médication, aidée de
quelques bains, simples le plus souvent, et sulfureux au besoin, la
moyenne Ju traitement est de douze jours.
Je pourrais citer encore ici quelques affections légères dans lesquelles
les sulfureux réussissent à merveille, telles que le pityriasis versicolor ,
les épkélides hépatiques. Mais, sansvouloirenregistreravec exactitude
tous les cas auxquels ils sont applicables, mon but sera atteint si j’ai
réussi à démontrer que la méthode de traitement des maladies de la peau
par les préparations sulfureuses n’a rien de spécifique, qu’elle est loin
d’être applicable à tous les cas, qu’elle peut être dangereuse, et qu’en
général on doit s’en abstenir dans toutes les éruptions qui présentent
un caractère d’acuité, et qui peuvent s’accompagner de quelques sym¬
ptômes généraux.
A Vintérieur le soufre s’administre le plus ordinairement en ta¬
blettes , dans lesquelles il entre pour un dixième avec du sucre et de la
gomme adragant. La dose n’a rien de bien précis ; elle est d’ailleurs
proportionnée à l’âge du malade, depuis un scrupule jusqu’à deux et
même plus.
J’ai l’ai vu plusieurs fois administré dans les salles de M. Biett, d’une
manière plus commode peut-être, et qui permettait d’en faire prendre
une plusgrande quantité sous un petit volume. C’était un mélangé de sou¬
fre sublimé et de magnésie , et même de sucre en poudre que l’on
divisait en prises, qui contenaient la quantité de soufre voulue, et qui
étaient prises le malin à jeun, dans une cuillerée de tisane. Mais toutes
les fois que l’on veut soumettre le malade aux sulfureux pour une
éruption qui demande un traitement long et suivi, la meilleure ma¬
nière de les administrer à l’intérieur, c’est sans contredit à l’aide des
eaux minérales.
A Vextérieur, le soufre, dans la thérapeutique des maladies de la
peau, est employé en lotions , en pommades et en bains.
Les lotions sont en général d’un usage peu commun. Elles ont sur¬
tout été proposées pour la gale ; et on connaît le liniment dit de Yalcn-
( i56 )
tin, qui consiste dans le mélange, en proportion égale, de soufre natif et
de chaux vive triturée et réduite en poudre, mélange que l’on incor¬
pore dans une suffisante quantité d’huile d’olive , ainsi que celui qui a
été proposé par M. Dupuytren, qui est formé en grande partie d’acide
sulfurique. Cependant, dans quelques éruptions locales, on a recours
à des lotions sulfureuses. Le plus ordinairement il suffit d’ajouter, dans
une décoction émolliente , une ou deux cuillerées d’une dissolution de
sulfure de potasse; souvent encore ici on se sert des eaux minérales.
Quant aux pommades, excepté la pommade dite soufrée, qui est trop cé¬
lébré pour qu’il soit besoin de nous y arrêter, il en est peu dont le
soufre forme réellement toute la partie active ; d’ailleurs on connaît très-
bien la facilité qu’il y a à l’incorporer dans du cérat, et même à y ajou¬
ter ensuite, si l’on veut, quelque autre substance pour former une pom¬
made, à l’aide de laquelle on peut, en y attachant son nom, aspirer à
la célébrité des formulaires.
Mais c’est surtout en bains et en fumigations que les préparations
sulfureuses sont d’un très-grand secours. Ici, il y aurait beaucoup à
dire, et sur les avantages que l’on peut en retirer, et sur l’abus que
l’on en a fait, et principalement sur les précautions qu’exige leur admi¬
nistration ; mais les bornes de cet article m’empêchent de m’occuper de
ce sujet important, qui m’entraînerait beaucoup trop loin; d’ailleurs je
me propose d’en consacrer plusieurs à l’étude des bains en général,
dans la thérapeutique des maladies de la peau, et à l’examen de chaque
bain en particulier.
Qu’il me suffise d’ajouter , pour le moment, que les fumigations sul¬
fureuses, qui ont été trop vantées peut-être, bien qu’admirablcment
perfectionnées dans les appareils si ingénieux de M. Darcet, ne doivent
pas être conseillées légèrement ; que, souventdifficilesàsupporter, avant
d’être prescrites elles exigent impérieusement un examen sérieux de
l’àgc, de la constitution, de l’état du malade, et des autres conditions
particulières dans lesquelles il peut se trouver. A. G.
TOXICOLOGIE.
de l’arsknic et des préparations arsenicales.
Les préparations arsenicales sont de tous les poisons minéraux ceux
qui donnent lieu au plus grand nombre d’accidcns, soit par suite d’in¬
tentions criminelles, soit par imprudence. La cause en est dans la fa-'
( ii»7 )
cilitc avec laquelle on peut se procurer quelques-unes de ces substances,
qui sont usitées pour les besoins- des arts et de l’agriculture, et comme
moyen de destruction des animaux nuisibles ; en outre, certaines d’entre
elles font partie de plusieurs préparations médicamenteuses, tant in¬
ternes qu’externes, qui sont assez souvent employées.
Les poisons arsenicaux rangés dans la classe des poisons irritans
sont assez nombreux : ce sont l’arsenic , l’oxide noir d’arsenic,
l'oxide blanc d’arsenic ou acide arsénieux , l’acide arseniqtie,
les arsenites, les arséniates, les sulfures jaune et rouge d’arsenic,
la poudre aux mouches , le caustique arsenical du frère Cosme, les
poudres de Rousselot , de Istamond et de Pruhset, la pommade
d’Helmund , les remèdes de Davidson , de Guy et de Chenet , les
pilules asiatiques, les solutions de Fowler et de Pearson, etc.
L’arsenic métallique n’est pas considéré comme poison par les toxico-
logistes ; ccpendantson innocuité à cet état a besoin d’être vérifiée, car il
est démontré qu’il s’oxide avec la plus grande facilité; de façon que, non
vénéneux au moment de son ingestion, il peut le devenir (et cela aurait
sans doutelieu) avantd’avoirparcourutoutel’étenducdes voies digestives.
Ce sujet, déjà traité par Bayen, par Renault et par le savant que l’on peut
a juste titre nommer le père de la toxicologie, notre illustre professeur
Orfila, semble réclamer encore de nouvelles expériences. En effet,
Bayen affirme que l’arsenic métallique n’est pas un poison , et Renault
professe la même opinion; mais les essais tentés par eux, au lieu d’être
faits sur l’arsenic pur, l’ont été sur le mispickel, qui est un alliage
d’arsenic et de fer. JVI. Orfila soutient, au contraire, que, dans plu¬
sieurs cas, l’administration de l’arsenic métallique a déterminé la mort.
Pour nous, des expériences positives nous ont prouvé que ce métal, ré¬
duit en poudre et renfermé dans du papier, s’oxide en partie et acquiert
ainsi les propriétés toxiques de l’acide arsénieux.
Par conséquent il faut, lorsque des accidens sont produits par le mé¬
tal lui-même, agir comme si l’on avait affaire à l’oxide d’arsenic, tant
pour le traitement des malades que pour la recherche chimico-lc'galede
la substance vénéneuse.
L’acide arsénieux, connu sous le nom vulgaire à’arsenic ou d’ar¬
senic blanc, étant de toutes les préparations de ce genre celle qui a été
le plus souvent employée par les malfaiteurs, nous croyons devoir le
prendre pour texte principal de cet article ; d’ailleurs les accidens aux¬
quels il donne lieu, les lésions qu’il détermine, les moyens thérapeu¬
tiques propres à combattre son ingestion, sont les mêmes, à quelques
différences près, que dans le cas où l’empoisonnement est dû à une
autre espèce de substance arsenicale.
( «58 )
Cet acide est en masses compactes, blanches, opaques à l’extérieur,
vitreuses à l’intérieur; réduit à l’état de poudre, il a souvent été con¬
fondu, malgré sa pesanteur plus considérable, avec le sucre pulvérisé
et la farine.
Il serait possible de prévenir en grande partie les crimes à l’exécu¬
tion desquels on le fait servir, si l’on ordonnait que tout celui qui
doit être vendu dans le commerce sera préalablement noirci par
le noir de fumée et rendu amer par la poudre de coloquinte. Cette
coloration et cette amertune avertiraient les victimes, et les mettraient
en garde contre les alimens qui pourraient receler ce poison.
Les symptômes que produit l’acide arsénieux porté dans les voies
digestives sont nombreux et variés ; ce sont en général les memes
que ceux eccasionés par les sels et composés de mercure, de cuivre, d’é¬
tain, d’antimoine, d’argent, de bismuth , d’or et de zinc. Voici les
principaux ; saveur austère, brûlante, caustique; ptyalisme fréquent,
crachottement continuel, bouche fétide , douloureuse ; agacement des
dents, constriction du pharynx et de l’œsophage, déglutition pénible;
hoquets, éructations, nausées fréquentes, vomissemens violons, dou¬
loureux et répétés de matières tantôt brunâtres, tantôt sanguinolentes ;
déjections alvines abondantes, noirâtres et d’une horrible fétidité;
anxiétés, défaillances ; inflammation de tout le tube digestif, ardeurs à
la région précordiale, douleurs tellement aigues de l’estomac que cet
organe ne peut supporter les boissons les plus douces et les plus émol¬
lientes; soif inextinguible, chaleur intense de tout le corps avec sen¬
timent d’un feu brûlant, et quelquefois au contraire d’un froid glacial;
pouls petit, dur, fréquent, irrégulier, parfois inégal, lent et presque
imperceptible; palpitations de cœur, lipothymies, syncope, respira¬
tion difficile, accélérée, et quelquefois momentanément suspendue; ar¬
deur de la vessie, urines rares, rouges et sanguinolentes; sueurs froides,
décomposition des traits du visage, paupières entourées d’un cercle li¬
vide , gonflement et vive démangeaison de tout le corps, taches pour¬
prées à la peau, et quelquefois éruption miliaire; abattement complet,
insensibilité, surtout aux pieds et aux mains; vertiges, délire, cram¬
pes , convulsions souvent accompagnées d’un priapisme très-fort ; chute
des cheveux, détachement de l’épiderme; mort.
Il n’est pas besoin de dire qu’un nombre plus on moins grand de ces
symptômes peut manquer; il peut même se faire qu’il ne s’en manifeste
que quelques-uns.
Lorsqu’un cas de cette nature se présente et qu’un praticien est ap¬
pelé pour donnerses soins, comme on n’a trouvé jusqu’ici aucun contre¬
poison de tacide arsénieux, il doit, si la substance vénéneuse vient
( *59 )
d’être introduite, s’occuper le plus promptement possible de son expul¬
sion, et il ne peut l’obtenir qu’en provoquant le vomissement. Le meil¬
leur moyen de faire vomir en pareille circonstance est l’ingestion d’une
grande quantité d’eau tiède, de lait, d’eau sucrée ou miellée, de
décocté de graine de lin ou de racine de guimauve, d’infusé de fleurs
de mauves, etc., ou encore la titillation du gosier, soit avec la barbe
d’une plume, soit avec le doigt; du reste il faut se rappeler que le
vomissement est d’autant plus facile que l’estomac contient plus de li¬
quide , et que la réplétion de cet organe offre en outre l’avantage de
diminuer l’énergie destructive des poisons corrosifs, de manière qu’on
n’a pas à craindre de faire boire trop abondamment. Cependant si le
malade ne pouvait vomir, il faudrait, sans perdre de temps, recourir à
la seringue décrite par M. Cadet de Gassicourt : à l’aide de cet instru¬
ment , auquel on adapte une sonde en gomme élastique, il dcvientfacile
de retirer de l’estomac le liquide qui a délayé le poison, et d’y injecter
ensuite une nouvelle quantité d’eau tiède, qu’on extrait de la même
manière. On peut se servir également d’une seringue à double courant,
ainsi que l’on fait avec succès MM. le professeur Dupuytren et Cooper.
Quelques praticiens pensent qu’après les vomissemens, ou encore
lorsque le poison a été pris depuis quelque temps, l’eau de Barrèges,
ou toute autre eau hydro-sulfuree préparée pour boisson, est un médi¬
cament de la plus grande utilité, et qui, en raison de l’acide hydro-
sulfurique qui y est contenu, pourrait faire passer l’acide arsénieux
soluble à l’état de sulfure d’arsenic presque insoluble; mais quoique
cette opinion soit conforme à nos idées, nous pensons qu’elle doit être
examinée avec attention, et, qu’avant de l’admettre, il est indispen¬
sable de faire de nouvelles recherches pour reconnaître et constater la
valeur réelle de cette médication.
On a proposé également, pour remplir la même indication, l’eau de
chaux qui, en s’unissant à l’acide arsénieux, donne naissance à un
arsénite ; mais il faut que ce soluté, tout faible qu’il est naturellement,
soit étendu d’eau; car nous l’avons vu ajouter à l’irritation des organes
digestifs, lorsque cette précaution n’avait pas été prise.
Enfin on a conseillé de donner, dans le même cas, et par petits ver¬
res , de quart d’heure en quart d’heure jusqu’à cessation des accidens,
un décocté très-léger de quinquina rouge et de noix de galle concassés,
de chaque i partie, dans eau commune 32 parties. (Ce décocté, pour
l’usage , doit être étendu de deux parties d’eau de gomme, d’eau sucrée
ou d’un autre liquide adoucissant. )
Après la cessation des vomissemens, c’est au médecin à combattre les
accidens inflammatoires et nerveux qui sc manifesteraient, par lesanti-
( i6o )
phlogistiques et les caïmans, et à diriger, suivant leur intensité, le ré¬
gime alimentaire du malade.
Le médecin appelé pour donner des soins à une personne empoison¬
née , devant rechercher ensuite quelle est la nature des substances qui
ont donné lieu aux accidens, peut avoir à agir dans cet examen : i°sur
une partie de la substance vénéneuse elle-même ; 2° sur les matières
provenant du vomissement, qu’on doit toujours recueillir avec soin dans
les cas d’empoisonnement ou de suspicion d’empoisonnement; 3° enfin
sur les matières extraites du tube digestif ou sur les tissus mêmes de ce
canal, si le malade a succombé.
Dans le premier cas, il ne faut souvent qu’un atome de poison s’il
est à l’état solide, ou qu’une seule goutte s’il est à l’état liquide, pour
mettre le praticien sur la trace de ce qu’il recherche. Ainsi, l’un de
nous a pu démontrer, avec MM. Marc et Laugier, que du sel mêlé
d’arsenic avait été mis dans un saloir, et cependant ce vase avait été
essuyé avec soin pour dérober toutes les traces du crime. M. Paycn a
reconnu qu’on pouvait, à l’aide de l’acide hydro-sulfurique, constater
la présence de l’acide arsénieux dissous dans 999 fois son poids d’eau,
et qu’une goutte de cette solution, pesant seulement vingt-quatre milli¬
grammes, avait pu former soixante-et-une taches qui toutes devinrent
jaunes par leur contact avec l’hydrogène sulfuré. L’acide arsénieux so-
lide, jeté sur des charbons ardens, donne des vapeurs blanches d’une
odeur forte et alliacée.
On peut encore dissoudre la matière suspecte dans de l’eau distillée,
et y ajouter du sulfate de cuivre ammoniacal qui y fait naître un préci¬
pité d’un beau vert (vert de Schc'ele) ; cependant nous avons vu quel¬
quefois des substances végétales donner avec le sulfate de cuivre un pré¬
cipité analogue au vert de Sche'ele, quoiqu’il ne contînt pas d’arsenic.
Ce même soluté, traité par le nitrate d’argent ammoniacal, fournit un
précipité jaune. Mais le meilleur réactif est l’acide hydro-sulfurique
avec lequel on obtient un précipité jaune qui se dissout dans l’ammo¬
niaque en fournissant un liquide incolore. Ce liquide évaporé laisse un
résidu jaune que l’on réduit en arsenic métallique par sa calcination
avec la potasse dans un petit tube de verre fermé à l’une de ses ex¬
trémités.
Nous ne devons pas oublier de dire que si l’on avait à examiner un
soluté coloré, on devrait préalablement détruire la couleur par une suf¬
fisante quantité d’hydro-chlore concentré.
Dans le second cas, c’est-à-dire en agissant sur 1rs matières du vo¬
missement, on les délaie avec de l’eau distillée on filtrée, et on exa¬
mine le liquide obtenu par les réactifs indiqués ci-dessus. On peut
( 161 )
encore traiter les matières solides desse'cbe'es, ainsi que le résidu du li¬
quide fdtré évaporé jusqu’à siccité, par le nitrate de potasse, d’apres
le procédé de M. Rapp , modifié par le savant professeur M. Orfila,
pour convertir en arséniate de potasse fixe l’oxide d’arsenic qui pour¬
rait y être contenu.
Dans le troisième cas, c’est-à-dire en agissant sur les matières ex¬
traites du tube digestif ou sur les tissus même de ce canal, on aurait à
opérer comme il vient d’être dit en parlant des matières solides reje¬
tées par les vomissemens. Nous aurons occasion de revenir sur les cm-
poisonnemens par l’arsenic si fréquens dans les campagnes, et d’indi¬
quer, avec de nouveaux détails, les procédés chimiques propres à re¬
connaître la présence de ce métal et de ses diverses préparations.
A. Chevallier et Cottereau.
CHIMIE ET PHARMACIE.
— Meilleure préparation de la pâte de gomme adragant. —
M. Mouclion fils, pharmacien à Lyon, trouvant que, quelles que fussent
les proportions de gomme et de sucre, l’on n’avait jamais qu’un produit
défectueux, propose, pour donner du corps et de la compacité à la pâte
de gomme adragant, de joindre de la colle de poisson à sa préparation ;
après quelques tâtonnemens, il s’est arrête à la formule suivante :
Gomme adragant bien blanche et bien pure. . 04 parties.
Colle de poisson bien pure ou gélatine d’os de
seiche. 96
Eau de fontaine.3,000
Sirop de sucre à 35°.2,000
Eau de fleurs d’oranger. 128
Placez pendant quarante-huit heures avec 25oo parties d’eau la gomme
adragant dans un vase d’étain; faites dissoudre la colle de poisson dans
les 5oo parties d’eau restantes, à l’aide d’une chaleur ménagée, et passez-
la à travers un linge serré, ainsi que l’eau mucilagineuse de gomme
adragant. Le sirop étant cuit à 35° et bouillant, mélangez le tout et
faites réduire en remuant sans cesse, jusqu’à consistance de pâte molle.
Après avoir retiré du feu, placez le produit et l’eau de fleur d’oranger
dans un bain-marie d’étain bien évasé, jusqu’à ce que la pâte ait at-.
teint le degré de cuisson convenable. Coulez alors dans des moules de
fer-bknc recouverts d’une légère couche de mercure ou de beurre de
( «62 )
Au bout de quelques heures, cette pâte, qui doit peser 2,25o, peut
être coupe'e en losanges : elle paraît préférable soit pour le coup d’œil,
soit pour le goût, à la pâte de jujubes ordinaire.
— Sirop de pointes d’asperges. — Formule. — Depuis que
M. Jonbson a eu l’idc'e de préparer un sirop avec les pointes d’asper¬
ges, on en a bientôt trouve' dans toutes les pharmacies $ car plusieurs
me'decins du premier rang, M. Broussais entre autres, l’ont préconise'
comme un moyen sc'datif puissant, et comme propre à diminuer les pal¬
pitations de cœur et à agir sur la circulation, sans occasioner à’irrita¬
tion d’estomac. Dans l’épidémie de grippe de ce printemps, un grand
nombre de praticiens s’en sont servis, disent-ils, avec avantage à la dose
d’une ou deux cuillerées matin et soif, pour calmer les quintes de toux
de leurs malades : nous l’avons vu egalement prescrire dans les hôpi¬
taux. Un paveur, atteint d’un ascite avec affection du cœur, en a pris
sous nos yeux, à la Pitié', dans le service de M. Andral, jusqu’à huit
onces par jour : deux onces dans une potion gommeuse, et six onces dans
deux pots de tisane : on avait commence' par une once '/*. Cet homme
c'tait âge' de soixante-deux ans; quoique son ascite et son anasarque
fussent symptomatiques de l’affection du cœur, ils parurent cependant
diminuer par l’emploi du remède ; mais ce qu’il y eut de plus remar¬
quable , c’est que la circulation subit un ralentissement inoui ; le pouls
ne donnait plus, quand on suspendit le mc'dicament, que 4-0 et 45 pul¬
sations par minute ; la faiblesse musculaire e'tait extrême ; les yeux du
malade presque e'teints, et parfois son cerveau c'tait tellement peu ex¬
cite', qu’il ne possédait pas complètement ses facultés intellectuelles.
Cet état était absolument comparable à celui où l’avait mis, quelques
semaines auparavant, deux onces et demie de teinture éthérée de digi¬
tale qu’il avait pris par accident. Cette teinture lui avait été ordonnée
pour se frictionner les jambes et les cuisses ; la trouvant à côté de lui dans
une fiole semblable à celle de sa potion, sans qu’on lui eût expliqué ce
qu’il devait en faire (preuve nouvelle des négligences qui existent dans
les hôpitaux), il crut qu’il devait la boire, et il l’avala en une fois.
Trois heures après, des vomissemens se déclarèrent et continuèrent
deux jours entiers; pendant cinq jours il n’eut pas l’intégrité de sa rai¬
son : son teint était pâle, ses yeux ternes, et son pouls ne donnait que
trente-huit pulsations par minute : il était à peu près dans l’état où
l’avait placé le sirop de pointes d’asperges, continué pendant dix jours
à la dose de huit onces : il n’y avait de différence que les irrégularités
et les intermittences du pouls, qui n’existaient pas dans le dernier cas.
Cette observation tend à prouver que le sirop de pointes d’asperges a
réellement une action énergique sur le cœur, et qu’on peut s’en servir
( i63 )
avec avantage pour combattre les palpitations. M. Johnson a fait des
expériences comparât ves avec les divers principes qui entrent dans la
composition de l’asperge. Selon ce pharmacien, ce n’est pas l’asparagine
qui jouit de la propriété sédative, mais un principe résineux particu¬
lier, avec lequel il compose un sirop.
Le dernier numéro du Journal de Pharmacie donne, pour la pré¬
paration du sirop d’asperges, la formule suivante, qui est due à M. Gi-
rardin, pharmacien à Neuchâtcau.
Tf. Suc dépuré et filtré obtenu par contusion et
expression d’asperges. i livre.
Sucre blanc et cristallisé .... 20 onces.
Faites au bain-marie un sirop, que vous passerez au travers d’une
chausse de laine.
Ce sirop se conserve parfaitement à la cave. Le suc s’y conserve éga¬
lement sous une couche d’huile d’amandes douces.
BULLETIN DES HOPITAUX.
— Rage. — Un nouvel exemple d’hydrophobie s’est présenté à
l’Hôtel-Dicu. Un pâtissier du boulevart du Temple fut mordu dans
les premiers jours de juin au cou et à la lèvre inférieure par un jeune
chat qu’il voulut prendre dans la ruej mais cet accident n’eut pas de
suite, et depuis trois mois il était complètement oublié, lorsque le 5
septembre des symptômes de rage se sont manifestés. Conduit le 7, à
dix heures du matin, à l’Hôtel-Dieu, il y est mort à deux heures après
midi : voilà, depuis deux mois, deux personnes enragées qui succom¬
bent en peu d’heures, sous nos yeux, dans cet hôpital.
Dans un prochain article nous ferons connaître le traitement qui a
été suivi ( l’acide hydrocyanique et le cyanure de potassium à haute
dose), ainsi que les moyens qui ont été proposés par les médecins ras¬
semblés auprès de notre malheureux hydrophobe.
— Cautérisation , avec le nitrate d’argent, de la partie supé¬
rieure du larynx dans l’aphonie. — Une médication hardie a été
employée à l’Hôtel-Dieu, par M. Trousseau, avec un succès tel que
nous devons la faire connaître à nos lecteurs, en attendant que nous don¬
nions les détails nécessaires pour faire bien comprendre le mode opéra¬
toire simple qui a été suivi. Une jeune fille de dix-neuf ans est entrée à
l’hôpital pour une aphonie complète sans douleur au larynx, q(ti durait
( 164 - )
depuis trois mois et qui avait résisté à toute espèce de traitement. Une
eponge imbibée d’une solution saturée de nitrate d’argent a été portée
au fond de la gorge et sur la partie supérieure du larynx : au deuxième
jour, l’articulation de la voix s’est opérée, mais d’une manière impar¬
faite, et au quatrième elle avait pris son timbre et sa clarté première;
elle est sortie le huitième jour parfaitement guérie. -
Nous entendons, depuis quelque temps , répéter aux praticiens que
l’usage du nitrate d’argent n’est pas assez répandu. A l’hôpital de la
Pitié, des essais heureux nous mettront peut-être bientôt dans le cas de
vanter ce moyen dans diverses ophtalmies et de donner les formules des
pommades et lotions auxquelles sont dus ces succès. « La muqueuse
seule de l’œil, nous disait naguère un chirurgien de cet hôpital, suffit
pour détruire la doctrine de l’irritation; se laisser lier les mains par
ce système, c’est se priver, dans un grand nombre d’ophtalmies, des
plus grandes ressources de la thérapeutique. » Ainsi se sanctionne tous
les jours cette vérité que notre fol amour-propre nous a fait long-temps
méconnaître, que l’art de guérir, que la thérapeutique, ne peut dériver
que d’un empirisme sagement raisonné. Quand verrons-nous enfin tous
les bons esprits cesser de rejeter tout ce que nous ne comprenons pas,
lorsque nous avons des explications satisfaisantes pour si peu de chose?
— Transfusion pratiquée à THôtel-Dieu. — Une femme en tra¬
vail a été apportée ces jours derniers àl’Hôtel-Dieu, avec une mc'tror-
rliagie très-forte ; l’accouchement a été aussitôt terminé par la version
de l’enfant, et l’on a reconnu que l’hémorrhagie tenait à l’implantation
du placenta sur le col. La quantité énorme de sang que la malade avait
perdu avait épuisé les sources de la vie : froide, pâle, inanimée, le
pouls ne se sentait plus. Mus par le mobile le plus généreux et par leur
zèle pour la science, les internes qui étaient présens ont été d’accord
qu’il n’y avait qu’un moyen à tenter pour sauver la vie à la malade, et
que ce moyen était la transfusion. Le sort a bientôt désigné celui qui
devait faire le sacrifice; dix onces de son sang ont coulé dans les veines
de la pauvre femme ; mais le mal était fait. Après une agonie de quel¬
ques heures, la malade a expiré.
VARIÉTÉS.
— Retour de la Commission de Pologne. — Une lettre écrite
par M. Londc à Caen , sa patrie , apprend que la commission médicale
française a quitté Varsovie, et est en quarantaine dans un lazaret sur
( «65 )
les frontières de la Prusse. A quoi doit-on attribuer un retour si subit ?
Ne tient-il pas à l’e'tat déplorable de Varsovie, qui privait nos me'de-
cins de tous les moyens d’être utiles à ses habitans , et de remplir leur
mission comme ils l’auraient désire'? C’est probable.
— Choléra-morbus à Berlin. — Un avis, publié le i cr septembre
'par la commission sanitaire de Berlin , apprend que le choléra-morbus
a éclaté dans cette capitale. Du i er au 4 de ce mois, 29 personnes ont
été atteintes ; 21 sont mortes.
— Hôtel-Dieu. —M. Trousseau, agrégé de la Faculté de médecine
de Paris et médecin du bureau central des hôpitaux, a pris à l’Hôtel-
Dieu le service de M. le professeur Récamier, absent pour quelques mois.
— Examens dans les Facultés de médecine. — L’ancien mode
d’examen dans les facultés de médecine va être repris; les élèves
ne subiront leurs épreuves qu’à la fin de leurs études , et après leur
seizième inscription. Cette mesure a été prise parce qu’on s’est aperçu
qu’un grand nombre d’étudians, qui avaient répondu d’une manière
satisfaisante aux questions qui leur étaient adressées la première et la se¬
conde année, avaient complètement oublié tout ce qui se rattache aux
sciences accessoires au moment de subir leur thèse.
— Nouvelle manière de considérer le choléra-morbus. —
Comme cela arrive toujours pour les maladies graves dont les causes
sont inconnues et le traitement indéterminé, chacun expose ses idées,
et les plus contradictoires, les plus extraordinaires, ne laissent pas que
d’occuper un instant. Comme tout est à trouver sur ce sujet, et que
malheureusement nous pouvons être bientôt à même de juger par nous-
même des moyens les plus efficaces de combattre le choléra, les prati¬
ciens ne doivent ignorer aucune opinion qui a rapport à la nature et
surtout au traitement de ce redoutable fléau. Aussi, quoique nous ne
partagions certainement pas les idées de M. Coster, nous nous faisons
un devoir de les faire connaître. Ce médecin , dans un article inséré
dans la Revue Britannique, considère le choléra-morbus comme un
accès de fièvre intermittente pernicieuse à son plus haut degré de vio¬
lence , et qui par cela même ne présente pas d’intermittence. Quand la
maladie a fait irruption dans un pays, les individus qui l’habitent doi¬
vent être considérés comme placés sous l’influence de la cause qui la
produit, et comme devant bientôt avoir un accès; c’est pourquoi ils
doivent immédiatement recourir au moyen préventif héroïque que nous
possédons, le quinquina ; car, après l’attaque, il n’est plus temps, n’y
ayant pas d’intermittence pour l’administrer. « En employant l’écorce,
dit M. Coster, on pourra se servir de cette formule : ^Écorce de
quinquina concassé ? j, faites une décoction dans un litre et demi d’eau
( ï66 )
réduit à un; prenez chaque matin demi-verre de cette décoction. Si l’oii
a recours au sulfate de quinine, trois ou quatre grains par jour, pris en
deux fois le matin, suffiront; même long-temps continuée, cette médi¬
cation n’aura, selon ce médecin, aucune influence fâcheuse sur les or¬
ganes digestifs.
Nous ne discuterons pas cette opinion, qui du reste est partagée par
un homme habile, M. le docteur Barbier, d’Amiens. Dans une lettre
écrite à l’Académie de médecine, ce médecin manifeste la meme pensée
que M. Coster et se prononce pour le même traitement.
— Vésicatoires et cautérisations par Veau bouillante dans le
choléra. — M. Mayor, de Lausanne, frappé de la rapidité de la
marche du chole'ra-morbus, et de l’importance d’employer aussitôt que
les symptômes apparaissent un révulsif puissant, propose, dans un mé¬
moire envoyé à l’Institut, de se servir à cet effet de l’eau bouillante,
comme du moyen le plus prompt, le plus simple et le plus à la portée
de tout le monde. Ce n’est pas l’eau en nature qu’il veut qu’on porte
sur les parties sur lesquelles on veut agir, mais bien un corps métal¬
lique, tel qu’une grosse clef, un cachet, une cuiller, une tenaille,
une barre de fer ; mais mieux encore, et de préférence, un marteau.
Après l’avoir laissé environ une minute dans l’eau bouillante, sa tem¬
pérature sera assez élevée pour déterminer une cautérisation plus ou
moins profonde ; on pourra varier le degré d’action de la chaleur, en
interposant un linge ou une feuille de papier entre l’instrument et la
peau, si l’on ne veut que produire une simple rubéfaction, la forma¬
tion de cloches, et la séparation de l’épiderme; et en portant deux oit
trois fois de suite le marteau sur le même endroit, ou en ajoutant du
sel à l’eau bouillante, si l’on veut donner lieu à une véritable escharrc.
Quant aux lieux où la chaleur devra être appliquée , ce sera aux prati¬
ciens à les déterminer suivant le degré de la maladie et les effets qu’ils
voudront produire.
Cette méthode nous paraît avantageuse pour produire instantanément
la vésication et l’enlèvement de l’épiderme, dans les cas où les médica-
mens n’auraient d’autre voie, pour pénétrer dans l’économie, que l’ab¬
sorption cutanée. Ces cas ne doivent pas être rares dans le choléra, à'
cause des vomissemens et des déjections qui rejettent à l’instant même
le remède administre'. Dans les campagnes, on n’a pas toujours sous la'
main de l’ammoniaque pour obtenir la dénudation du derme : si le
marteau chauffé dans l’eau bouillante produit cet effet, on pourra s’en'
servir avec avantage; mais le moyen proposé par M. Mayor n’est pas
sans danger comme il paraît le dire ; il faut au contraire beaucoup de
prudence dans son emploi pour ne pas produire des désordres considé-
( «67 )
râble. Nous pensons, par exemple, que ce n’est pas dans l’eau bouil¬
lante, c’est-à-dire à i oo degrés, qu’il faudra chauffer l’instrument si l’on
ne veut produire que la vésication, car en l’appliquant on aurait les ef¬
fets de l’eau bouillante elle-même, c’est-à-dire des escarrhes plus ou
moins profondes ; il suffira, pour obtenir le soulèvement de l’épiderme,
d’avoir de l’eau à 75 ou 80 degrés, et de toucher légèrement la peau
avec le marteau. Dans le cas où l’on voudrait avoir des escarrhes, l’on
pourrait avoir recours au fer rouge; mais le moyen donné parM. Mayor
est moins effrayant pour le malade : MM. Rullier et Marjolin y ont eu
recours quelquefois avec avantage.
COMMISSIONS SANITAIRES DE LA VILLE DE PARIS.
Les commissions sanitaires de la ville de Paris viennent d’être insti¬
tuées. Dans chaque quartier, deux notables, deux médecins et un chi¬
miste , auront à rechercher les améliorations à faire sous le rapport de
l’hygiène et de la salubrité publiques; ils correspondent avec des com¬
missions d’arrondissement, composées du maire, président, de trois
notables, de deux médecins et d’un chimiste; celles-ci correspondront
à leur tour avec la commission centrale, qui sera présidée par le Pré¬
fet de police, et composée des membres actuels du conseil de salubrité,
auxquels seront adjoints six citoyens notables choisis par le Préfet de la
Seine. Voici le personnel médical de ces commissions.
MM. Lherminicr et Andral père, médecins d’arrondissement; Ilotto , pliar-
înacien-cliimisle. — Quartier du Roule. MM. Belmas et Thomas; méd. ; Ray¬
mond, ph.-ch. — Q. de la place Fendâme. MM. Eusèbe Desallc et Dufresne,
méd.; Garaud, ph.-ch. — Q. des Tuileries. MM. Martinet et Roche, méd ;
Pelletier, ph.-ch.— Q. Chaillot. MM. Bouvier et Canuet, méd.; Esprit, ph.-ch.
— Q. des Champs-Elysées. MM. Paris etGuirard, méd.; Marcotte, ph.-ch.
2° ARRONDISSEMENT.
MM. Cruvcilhier etPétroz, méd. d’arr.; N..., ph.-ch.— Q. de la Chmissée-
d'Antin. MM. Lagneau et Lamouroux, méd.; Desmarest, ph.-ch.— Q. du
Fuub.-Montmarlre. MM. Piron Sampigny et Mancel, méd. ; Vallard, pli -ch.
— Q.du Palais-Royal. MM. Jules Marc et Poujet, méd. ; Rauiier, ph.-ch. —
Q. Feydeau. MM. Iules Guérin et Cabanellas, méd.; Guibourt, ph.-ch.
3* ARRONDISSEMENT.
( *68 )
Marchés. MM. Pilon et Morette, méd. ; Dubail, ph.-ch. — Q. de la Banque
Je France. MM.Brière de Boismont et Miquel, méd.; Vallet Gis, pli.-ch.—
Q. Ju Louvre. MM. Olivier d’Angers et Costcr, méd.; Gosselin, ph.-cli.
5” ARRONDISSEMENT.
MM. François et Monot fils, méd. d’arr.; Roard, pli .-ch. — Q. Montorgueil.
MM. Gouryet N..., méd.; Guillery, ph.-ch.— Q. Bonnes-Nouvelles. MM. Ster¬
ling et Riquc, méd. ; Deslauricrs, ph.-ch. — Q. du Faub.-St-Denis. MM. Co-
linet et Barbier du Bocage, méd.; Vée, ph.-ch. — Q. de la P or te-St-Martin.
MM. Ollinet et Voisenet, inéd.; Richard, ph.-ch.
6" ARRONDISSEMENT.
MM. Jaubert-Lamballo et Roche, méd. d’arr.; Clément-Dcsormcs, chim. —
Q. St-Martin-des-Champs. MM. Joly et Sellier, méd.; Dublanc, ph.-ch.—
Q. des Lombards. MM. Clcrain et Hureau, méd.; Billards, ph.-cli. — Q. du
Temple. MM. Ségalas etLozes, méd.; Caillot, ph.-ch. — Q. de. laPorle-St-
Denis. —MM d’Hurnain et Mickel-Neuville; Chéreau, ph. ch.
7" ARRONDISSEMENT.
MM. Samson l’aîné et Nacquart, méd. d’arr.; Planche, ch. — Q. du Mont-
de-Piété. MM. Duparc et Pâtissier, méd.; Bajet, ph.-ch. — Q du Marche
St-Jean. MM. Lefèvre et Dclafolie, méd.; Ovard, ph.-cli.— Q. des Arcls.
MM. Cohanin et Durochcr, méd.; Aubé, ph.-ch. — Q. Ste-Avojre. a MM. Du-
clos et ManccauK, méd.; Colmet, ph.-ch.
8” ARRONDISSEMENT.
MM. Casenavc père et Dcslandes, méd. d’arr. ; Régnault, ph.-ch. — Q. du
Marais. MM. Casenavc fils et Aubcpin , méd.; Butcux, ph.-ch. Q. Popin-
court. MM. Ang.-ard et Bclhomme, méd. ; Castel, ph.-ch. — Q. St-Antoine.
MM. Brousse et Dubois, méd. ; Marcadier, ph -ch. — Q. des Quinze-Tingts.
MM. Maindrault et Pressât, méd. ; Sellier, ph.-ch.
MM.Honoré et Dclcns, méd. d’arr.; Péclet, ph.-ch. — Q. de T Arsenal.
— MM. Thierry fils et Mondât, méd.; Gelé, ph.-ch.— Q. Je VIlôtel-de-
Ville. MM. Deville et Loiseleur de Longchamp, méd.; Grammaire, ph.-ch.—
8 . de Vile St-Louis . MM. Lagasquic et Jadin , méd. ; Etienne, ph.-ch. —
. de la CM. — MM. Tallard et Chailly, méd.; Peüt, ph.-ch.
10” ARRONDISSEMENT.
MM. Boisseau et Double, méd. d’arr. ; Thénard, ch. — Q. de la Monnaie.
MM. Gaultier de Claubry et Paulin , méd. ; Boudet, ph.-ch. — Q. du Faub.
St-Germain. MM. Bousquet et Labat, méd.; Richard-Desrucls, pli.-ch.—
Q. St-Thomas-d’Aquin. MM. Lesucuret Villeneuve, méd. ; Corriot, pli.-ch.-
Q. des Invalides. MM. Esnaud et Guichard, méd.; Dcllandrcs, ph.-ch.
41° ARRONDISSEMENT.
MM. Guéncau de Mussy et Chardcl, méd. d’arr. ; Barrucl (Jean), chim-
£ . de la Sorbonne. MM. Charpentier et Pinel-Grandchamp, méd. ; Delondrcs,
.-ch.— O. du i'alais-de-Justice. MM. Bouquin et Barras, méd. ; Hubert,
ph.-ch. — O. du Luxembourg. MM. Vignardonne et Tascheron, méd.; Blon¬
deau , ph.-cli. — Q. de l’Ecole de Médecine. MM. Cayol et Gabriel Pcllatan,
méd.; Toulain, ph.-ch.
12' ARRONDISSEMENT.
MM. Husson et Lcuret, méd. d’arr. ; Laugier père, ch. — Q. du Jardin du
Roi. MM. Martin-St-Ange et Dutois, méd.; Malitte, ph.-ch. — Q.St-Mar-
cel. MM. de Sniilter et Clément, méd.; Maurel, ph.-ch. — O. St-Jacques.
MM. Hautcgard et Gnilbcrt, méd.; Moutillard, ph.-ch.—O. de VObservutoire.
MM. Devillcrs et Salone, méd. ; Dumas, pli.-ch.
( '<*) )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
DE L’APPRÉCIATION DES FAITS EN THÉRAPEUTIQUE.
Monsieur,
J’ai -lu avec plaisir, dans votre dernier cahier, un article de M. Trous -
seau, sur la difficulté d’apprécier les faits en thérapeutique. Je
pense, depuis long-temps, que c’est par là que devraient commencer
tous les traites de thérapeutique et de matière medicale. L’appréciation
des propriétés des médicamens forme en effet une questioh préalable sur
laquelle il faut de toute nécessité savoir à quoi s’en tenir, sous peine
de rester dans une indécision éternelle, ou de se décider au hasard.
Mais que d’embarras! que de difficultés! De tant de recettes infaillibles
voyez combien peu sont restées dans le domaine de la science ! C’est ce
qui faisait dire à Bouvart, qu’une belle dame entretenait d’un remède
nouveau : « Hâtez-vous de l’employer pendant qu’il guérit. » Paroles
pleines de sel et de raison.
S’il y avait moins d’incertitude sur l’action des médicamens, on ne
verrait pas tant de variations dans les méthodes thérapeutiques, on ne
verrait pas tant de variétés dans la pratique des médecins.
On leur fait un crime de cette dissidence : sans doute il serait à dé¬
sirer qu’il régnât entre eux plus d’accord dans les vues, plus de con¬
formité dans les prescriptions ; mais faut-il s’en prendre aux hommes
de la faute des choses , et dira-ton que l’c'tude de la médecine fausse
le jugement ? Loin de là, s’il est au monde une science propre à donner
quelque étendue à l’esprit, à en régler la marche, à redresser ce qu’il
peut avoir de faux ou d’exagéré, c’est la médecine : la médecine, di¬
sons-nous , et non les mathématiques. Comme en mathématiques tout
est évident, exact, on croit généralement qu’on gagne à cette étude un
esprit clair, juste; nullement, les mathématiques peuvent rendre
difficile en fait de preuves et de démonstrations ; mais là où la vérité se
montre toujours clairement il y a peu de mérite à la reconnaître.
Si les mathématiques sont la science de l’évidence, la médecine est
la science des probabilités, et c’est précisément à cause de cela qu’elle
nous paraît si bien faite pour exercer l’intelligence et pour formel¬
le jugement. 11 faut examiner, comparer, peser les preuves, ba¬
lancer les opinions, expliquer des contradictions apparentes : pour si
peu qu’on apporte de conscience à cet exercice, il est impossible que
l’esprit ne finisse pas par acquérir une pénétration, une sûrété peu
tome 1. 6” LIV. 12
( > 7 ° )
communes. Jean-Jacques lui-même, si peu confiant dans la médecine,
a dit que les me'dccins sont de tous les savans ceux qui savent le plus
et le mieux; éloge d’autant plus sincère qu’il ne leur avait pas toujours
rendu la même justice.
Malheureusement quand on voyage en pays e'trangcr, il est facile de
s’égarer. Il est en me'decine des régions connues et d’autres qui ne le
sont pas. Tant qu’on se tient dans les premières, tout le monde voit
son chemin et le suit. Faut-il combattre une fièvre intermittente, la
syphilis, le scorbut, la blennorrhagie, etc. ? ne craignez pas qu’o»
s’écarte du traitement ou des traitemens consacrés par l’expérience
universelle. La force de l’évidence ralliera les esprits les plus diver-
gens. Il n’y a pas de systématique, à moins qu’il n’ait le cerveau dé¬
rangé, qui ne sente la nécessité de se plier de bonne grâce aux prati¬
ques les plus populaires : c’est un hommage que la théorie rend à l’ex¬
périence. Ainsi, quand on dit que la théorie d’un médecin fait sa pra¬
tique, cela est vrai et faux tout ensemble : faux des maladies où la
thérapeutique est sûre d’elle-même ; vrai des maladies où la thérapeu¬
tique doute de scs forces.
La difficulté d’apprécier la valeur des médicamens une fois conve¬
nue , il s’agit d’en rechercher les causes. Votre collaborateur en signale
trois principales. La première désignée est la paresse de l’esprit hu¬
main et son penchant à l’imitation qui le porte à répéter machinalement
ce qu’il a vu faire sans chercher à pénétrer les motifs de sa conduite,
et sans s’inquiéter du résultat dont il laisse toute la responsabilité à ses
prédécesseurs. C’est le servuvi pecus médical : c’est le pendant de ces
littérateurs de bas étage à qui Voltaire fait dire :
.Nous avons l’habitude
De rédiger au long de point en point
Ce qu’on pensa, mais nous ne pensons point.
Cependant il faut être juste : on n’a pas trop à se plaindre, ce me
semble, du respect des disciples pour la parole du maître. La déférence
à l’autorité n’est pas le défaut de notre temps; le siècle où nous vivons
a recueilli le fruit du siècle qui l’a précédé : au septicisme a succédé
l’incrédulité. Voyez nos traités les plus récens de thérapeutique, ne di¬
rait-on pas qu’ils ont été faits en haine de la médecine ? Tout y est remis
en question; tout est à recommencer. Si Rousseau vivait, il ne dirait
pas que c’est malice pure aux malades de continuer à l’être : car de tant
de maladies que 1rs hommes se donnent, il n’y en a pas une seule dont
vingt sortes d’herbes ne guérissent radicalement.
La philosophie du dix-huitième siècle a tué la thérapeutique ; on
commence enfin à s’en apercevoir, et le succès de ce Bulletin semble'
( 1 7 1 )
lui promettre des jours plus heureux. Ainsi, monsieur, déférence â
l’autorité contemporaine, mépris de l’ancienne : deux obstacles aux
progrès de la thérapeutique.
Votre collaborateur signale ensuite la confusion des maladies, fort
bien j cela seul me prouverait qu’il est parfaitement entré dans l’esprit
de son sujet ; il a compris que le propre des systèmes est de tendre tou¬
jours à rapprocher les objets, tandis que la nature ne fait que des indi¬
vidus. Si la faiblesse de notre intelligence nous fait une loi de ces rappro-
chcmens, la sagesse consiste à savoir s’arrêter à propos. Quand meme
la pathologie n’y verrait point de différences, il ne sera jamais permis,
en pathologie, de confondre deux maladies que la thérapeutique s’obs¬
tine à séparer : il ne sera jamais permis de confondre, par exemple, le
rhumatisme avec la goutte, les affections catarrhales avec les inflamma¬
tions , les maladies contagieuses avec celles qui ne le sont pas, les plaies
avec les ulcères, les fièvres continues avec les fièvres intermittentes :
l’une des plus grandes fautes de M. Pinel, et l’une des fautes qui lui
ont valu le plus d’éloges, tant on avait oublié, pendant un temps, que
le but de la médecine est de guérir.
Par la même raison, il est contraire à l’esprit de la médecine pra¬
tique d’entasser dans la même classe les toniques et les astringens, les
cxcitanset les balsamiques, les narcotiques et les anti-spasmodiques, etc.
Et, sans sortir de la même classe, croit-on qu’il soit bien orthodoxe
de doter des mêmes vertus le quinquina et la cascarille, la racine
de Colombo et le rathania, l’e'ther et le. camphre, l’opium et l’acide
liydro-cyanique, etc.? M. Barbier a composé sa dixième et dernière
classe de toutes les substances qu’il n’a pu faire entrer dans les neuf
premières. Il a fait cette classe à regret, et c’est à notre avis la mieux
traitée ; pourquoi ? Parce que l’auteur, insouciant à tout rapprochement,
au lieu de chercher des propriétés communes à toutes ces substances,
se contente d’en dire ce que l’expérience en a fait connaître.
On sait bien que sans rapprocliemcns il n’y a point de science; mais
comme, à l’application, on n’a jamais affaire qu’à des cas particuliers,
il s’ensuit que, dans un système de médecine qui a la pratique en vue,
il faut multiplier les spécialités en pathologie et les spécifiques en
thérapeutique, autant qu’il est nécessaire au but qu’on se propose :
bien entendu que ces mots sont pris ici dans leur plus large acception.
La plupart des no^graphesfont tout le contraire : ils admettent cinq
ou six classes de maladies, plus ou moins, comme s’il n’y avait que
cinq ou six espèces pathologiques. Les thérapeutistes admettent cinq
ou six classes de mc'dicamens, comme s’il n’y avait que cinq ou six in¬
dications à remplir j et les uns et les autres semblent avoir voulu per-
( > 7 2 )
pc'tucr leurs erreurs, en les faisant passer dans la langue. Les maladies
ont reçu des noms nouveaux tires de leur siège et de leur nature, deux
choses presque toujours couvertes d’obscurité'. Lamc'dccine a priscetle
manie de nomenclature de la chimie moderne, sans se rendre raison de
la différence des deux sciences. La chimie opérant sur des objets fixes,
invariables, a toute facilite'pourles bien connaître, et malgré cela, voyez
que de changemens depuis la première reforme de son dictionnaire par
Guyton de Morvcati. Les choses en sont venues au point qu’il faut des
livres pour connaître les noms nouveaux qui répondent aux anciens, et
ces livres auraient besoin d’une nouvelle édition toits les ans, pour sc
tenir au courant des mouvemens de la science.
Du moins cela n’est d’aucune conséquence grave en chimie; mais err
médecine, quand on changé le nom d’une maladie parce qu’il a paru
peu d’accord avec sa nature, on veut justifier ce changement dans la
thérapeutique. Prenons un exemple. Autrefois on admettait une fièvre
putride, maligne, et tout le monde s’entendait à merveille; M. Pinel
croyant que le caractère essentiel de cette fièvre était la faiblesse, en
a fait la fièvre adynamique ; mais s’il y a adynamie, il faut des
toniques et des cxcitans, et c’est sur l’autorité de son nom qu’on a
changé le traitement pour en adopter un autre qui a fait un mal incal¬
culable. Puis M. Broussais est venu; il a découvert que la fièvre
adynamique, loin d’être une maladie de faiblesse, était fine maladie
d’irritation : en conséquence, on a remplacé les toniques parles sai¬
gnées. Enfin on s’est dégoûte' des saignées, et le vulgaire médical, flottant
entre M. Pinel et M. Broussais, attend un nouveau messie.
Mais, monsieur, la paresse de l’esprit, sa tendance à l’imitation , la
confusion des espèces pathologiques, les vices de la nomenclature mé¬
dicale , tout cela fait sans doute qu’il est fort difficile de s’entendre sur
un médicament; mais ce sont les cireurs des hommes, et, à la rigueur,
nous ne devrions parler ici que des difficultés inhérentes au sujet : elles
sont assez grandes pour mériter toute notre attention.
Quand je disais, en commençant cette lettre, que le dédain des mo¬
dernes pour l’autorité des anciens était aussi injuste que funeste aux
progrès de la médecine, je ne m’attendais pas à trouver sitôt la justifi¬
cation d’un si grave reproche. C’était un des dogmes fondamentaux de
la médecine des anciens , que les maladies changent de nature avec les
constitutions atmosphériques, et ce changement, qui répond nécessaire¬
ment aux variations de l’atmosphère, n’est pas cependant toujours ap¬
préciable dans ses causes.
Quoi qu’il en soit, le fait existe, et ce fait, je le répète, est capital
en médecine pratique ; votre collaborateur l’a bien senti. Un autre fait
( >73 )
non moins remarquable, c’est l’influence de la maladie régnante sur les
autres maladies qui se manifestent avec elle ou pendant son règne;-
influence telle, qu’elle leur impose le même traitement. Delà, ce grand
principe de thérapeutique qu’il faut étudier le traitement des maladies
locales dans la fièvre concomitante. C’est ainsi que pensaient Hippo¬
crate, Sydenham, Baillou, Stoll, Grant, Finke, Zimmermann, Hildc-
brandt, P. Franck, etc.; c’est ainsi que pensent et que penseront tous
les médecins qui étudieront les maladies en vue de les guérir.
Pénétré plus que jamais de cette grande vérité, le fondement de toute
bonne médecine, je proteste hautement contre tont système qui, renver¬
sant les termes du problème, rétrécit de plus en plus le siège des ma¬
ladies , et qui, ne tenant aucun compte du génie de la constitution, ne
sait voir que les maladies locales auxquelles il oppose toujours le même
traitement.
Pour faire sentir les vices de ce système, prenons un exemple. S’q
est une maladie constante dans ses formes , c’est apparemment la pleu¬
résie ou plcuro-pneumonie ; l’anatomie pathologique y trouve toujours
la même chose. L’observation clinique soutient au contraire que le
traitement varie d’une année à l’autre; il est des temps où les saignées
y sont toutes puissantes ; il en est d’autres où c’est l’émétique ; d’autres
où c’est le vésicatoire. J’invoque ici les témoignages de Sydenham,
Stoll, Sarcone; et s’il fallait des autorités plus modernes , M. Gasc
m’en servirait : il dirait qu’en 1829 ou 18B0, les saignées ne pouvaient
presque rien contre la péripneumonie, les saignées dont il avait tiré si
bon parti, l’année précédente, contre la même maladie et dans le même
hôpital. M. Bally dirait aussi qu’il a vu des épidémies de petite-vérole
où la plus légère émission sanguine était presque sûrement mortelle.
M. Désormcaux avait éprouvé que la pommade d’Autenrielh faisait,
une année, merveille dans les coqueluches, et l’année suivante elle n’y
faisait rien.
Il y a plus : la même constitution peut persister plusieurs années sans
changer de génie, malgré le cours ordinaire des saisons. Sydenham disait
alors qu’elle était stationnaire. Le même observateur a fait une remarque
qui prouve toute la sagacité de ce rare génie ; il a vu que lorsqu’une
maladie survit à l’épidémie pendant laquelle elle est née, elle peut con¬
server quelque chose de son origine, jusque-là qu’elle ne cède qu’au
même traitement. J’abandonne l’exemple dont il s’appuie, pour en citer
un autre plus récent : je le dois aux bontés de M. Mestivier, qui me le
communique à l’instant où j’c'cris ces lignes.
II était à Moscou en 1809, ville fertile en fièvres intermittentes; elles
s’y montrent très-régulièremtnt -deux fois par an , au printemps et en
( >74 )
automne. En gc'ne'ral elles cèdent fort bien au quinquina, mais cette
anne'e elles résistèrent. Il y avait là un médecin sans réputation qui dé¬
butait presque dans toutes les maladies par la potion de Rivière j il
traita les lièvres intermittentes de la même manière , et il réussit. Le
bruit de ces succès vint aux oreilles de M. Mestivier, il imita la pra¬
tique de son confrère, et il ne fut pas moins beureux.
Quelque temps après, il fut appelé en consultation par M. le docteur
Schmitz, pour voir une dame Robine qui, depuis un an, était tra¬
vaillée par une fièvre quarte dont elle ne pouvait se débarrasser. On
avait tout essayé. M. Mestivier se fit rendre compte de cette maladie,
et en apprenant qu’elle datait de l’époque où les fièvres intermittentes
s’étaient montrées rebelles au quinquina, il prescrivit la potion de Ri¬
vière , en souvenir des succès qu’elle avait obtenus. Heureuse inspira¬
tion ! heureuse pratique ! heureux succès !
On voit par ces réflexions que les me'dicamens n’ont rien d’absolu :
tout en eux est éventuel, fortuit, relatif à la nature de la maladie et
à l’état des malades.
Oui, ce sont les malades eux-mêmes et la prodigieuse variété de leurs
dispositions qui forment, selon nous , le plus grand obstacle à l’appré¬
ciation des agens thérapeutiques.
A la différence des corps bruts, les corps vivans réagissent sur les
impressions qu’ils reçoivent, et cette différence explique pourquoi les
mêmes agens produisent des effets invariables sur les uns, et des effets s*
variables sur les autres. C’est qu’ici l’effet de la réaction s’ajoute à l’effe*
de l’impression, et rien n’est plus mobile, rien n’est plus variable que
cette réaction.
Il n’est pas d’effet soit en étiologie, soit en thérapeutique, qui ne
soit le résultat combiné de l’action des corps mis en jeu et de la réac¬
tion de l’économie.
Cette action et cette réaction s’établissent, comme on pense bien,
dans des rapports fort diffe'rens, suivant le cas. Ici, c’est le corps exté¬
rieur qui est si puissant par lui-même qu’il domine toutes les va¬
riétés de tempérament et produit sur tous le même effet : tels sont les
poisons et tous les corps qui détruisent mécaniquement ou chimique¬
ment la texture même de nos tissus : là c’est la réaction qui l’emporte
au point de faire cesser toute proportion entre l’effet et la cause.
Mais ce n’est pas seulement en intensité que la réaction varie, sou.
vent elle se modifie, se diversifie, de manière à ne conserver aucun
rapport de nature avec l’agent qui l’a provoquée. Et voilà comment il
est vrai de dire que les effets les plus variés naissent des mêmes causes,
et réciproquement. II y a des sujets malheureusement organisés, en
( 175 )
•qui toutes les impressions tournent de la même manière , aboutissent à
la même fin : et cette fin , c’est tantôt une dartre, tantôt un cancer, la
phthisie, un calcul, la goutte, une inflammation.
Comment veut-on que des organisations si differentes répondent de
la meme manière à la même impression, au même me'dicamcnt ? C’est
impossible. Je suppose donc que vous avez à traiter deux dartreux : l’un
porte des dartres depuis son enfance, il y a une telle disposition (pie
la plus petite c'gratignurc prend de suite cette tournure : l’autre est venu
jusqu’à cinquante ans sans avoir eu rien de semblable ; tous deux sont
soumis au même traitement. Le résultat n’est pas difficile à prévoir :
très-sûrement vous guérirez le second, ilse serait guéri tout scul,iln’est
pas fait pour avoir des dartres; mais guérirez-vous le premier? c’est
douteux : il est douteux du moins que vous ayez un succès durable.
Je suppose maintenant que ces deux malades tombent en des mains
différentes : qu’arrivera-t-il? que les médecins ne s’entendront pas sur
i’elficacité du même remède; l’un le prônera, l’autre le dépréciera : ils
auront raison tous les deux; mais tous deux auront également tort,
si, s’arrêtant à la différence des effets, ils ne voient pas qu’elle provient
tout entière des dispositions , des diathèses de leurs malades.
Je m’arrête, mais je prie le lecteur de réfléchir sérieusement à ces
dernières considérations; elles sont fécondes en conséquences. Il verra
que tel médecin se vante de succès que la nature pourrait réclamer à
plus juste droit; il sentira combien est peu fondée celte médecine de
chiffres, qui croit pouvoir toujours justifier scs méthodes par le résultat;
il pressentira peut-être la destinée de la science : ou je me trompe fort,
ou elle ne marchera jamais l’égale de la physique et de la chimie; il
n’est pas dans sa nature d’atteindre le même degré de perfectionnement.
Du reste j’en dis autant de la psychologie , de la morale, de la politi¬
que et de toutes les sciences qui ont l’homme pour objet , de quelque
manière qu’elles le considèrent.Mais il me suffit d’avoir démontré,
par la nature même de l’homme, que rien n’est pliis difficile que l’ap¬
préciation des vertus des mc'dicamens. Bousquet.
QUELQUES MOTS SUR LE CUOLÈRA-MORBUS DE POLOGNE ET
SUR SON TRAITEMENT.
Le choléra-morbus s’avance; il y a à peine quelques jours que venant
de Varsovie nous avons été arrêté aux frontières de la Prusse, exempte
encore de ce fléau, et voilà que déjà il règne à Berlin ctàVienne, cty fait
de nombreuses victimes. La Hollande et les Pays-Bas craignent d’être
atteints de cette terrible maladie, et la France n’est guère plus rassurée.
( I ;6 )
Nous n’avons pas à examiner si ces craintes sont fondées ; mais nous
devons nous liâter d’engager le gouvernement à utiliser la terreur qu'in¬
spire le choiera pour décider les citoyens à prendre toutes les mesures
sanitaires que la prudence commande. Lorsque le mal sera à la fron¬
tière , il ne sera plus temps. Les commissions de salubrité viennent
d’être instituées : celte mesure est extrêmement sage; mais elle n’aura au¬
cun résultat si l’autorité n’investit ceux auxquels elle a accordé sa con¬
fiance de pouvoirs suffisans pour que, sur leur invitation, tout ce
qui est necessaire à l’assainissement des quartiers, au déblaiement des
rues, à la purification des maisons et à la destruction de tout foyer
d’infection , s’effectue sur-le champ. Mieux que personne nous pouvons
parler de la puissante influence qu’a la malpropreté sur le développe¬
ment et la marche du cholér ;-morbus; et si, à Varsovie, le comité cen¬
tral de salubrité publique eût été, dans le principe, mieux secondé par
l’administration de la police, et que les mesures qu’il avait conseillées
eussent été mises en pratique, nul doute que la maladie n’eût fait beau¬
coup moins de ravages dans certains quartiers (i); mais on faisait là-
bas ce que l’on fait ici dans ce moment, l’on discutait, l’on dissertait.
A quoi s’occupent en effet les médecins ? à rechercher d’avance
quels seront les moyens à employer quand la maladie sera en
notre présence. Sera-ce l’huile de cajcput, l’opium, le camphre ou le
sous-nitrate de bismuth, qu’il faudra prescrire? Eh, mon Dieu ! tous
ce., moyens peuvent être bons ; mais occupons-nous d’avance de prophy¬
lactique; voyons les moyens préventifs qui pourront nous garantir de
l’invasion du choléra ; et ces moyens se trouvent dans la propreté de
notre personne, de notre maison, de nos cours, de nos rues , de nos
quartiers, de nos villes ; ils sont dans l’observation sévère 'des règles
de l’hygiène et des lois qui règlent la salubrité publique.
Ces questions importantes seront traitées à fond dans notre ouvrage
sur le cholc’ra-morbus de Pologne, qui va paraître prochainement, et
dans quelques articles qui seront insérés dans ce journal.
Quoiqu’il soit dans nos intentions de faire spécialement ici l’histori¬
que des trailemens que nous avons vu appliquer ou que nous avons ap¬
pliqués nous-même au cholcrp-morbus de Varsovie, nous pensons que
les nombreux lecteurs du Bulletin de Thérapeutique nous pennet-
(t) Surtout dans les maisons de bois qui bordent la Vistule, espèce de cloaques
infects où: étaient entassés pêle-mêle hommes et bestiaux. La mortalité y a été telle
qu’il est arrivé qu’en visitant certaines maisons nous avons trouvé cinq et six
morts : c’était quelquefois la totalité des habitans.Les choses en vinrent au’point
que la police, un peu trop tard peut-être, se décida, sur l’invitation du conseil
supérieur de santé, a faire fermer toutes ces maisons.
( s 77 ) .
Iront de nous écarter un instant de notre but, pour leur raconter l’in¬
vasion du choiera dans l’armée polonaise, ainsi que son introduction à
Varsovie et sur le reste du territoire polonais. Ces details, peu con¬
nus en France, ne seront pas sans intérêt.
C’est vers la lin du mois de mars que M. Legallois et moi arrivâmes
à Varsovie. La santé' e'tait parfaite à la ville et dans le camp; mais
bientôt trois horribles fléaux vinrent à la fois fondre sur cette popula¬
tion héroïque, à laquelle aucune peine, aucun sacrifice ne coûtait pour
la conquête de sa liberté'. Le i o avril nous apprîmes que dans l’hôpital
confie'au docteur Mariez quinze prisonniers russes blesses avaient été pris
de pourriture d’hôpital; nous y vînmes et nous nous assurâmes de la vé¬
rité de cette nouvelle ; dans la matinée trois amputés de la veille venaient
d’en mourir. Cette affection régna encore quelque temps et fit de nou¬
velles victimes; mais une maladie plus terrible réclamait notre atten¬
tion. C’est le 11 avril que pour la première fois le bruit se répandit à
Varsovie qu’une maladie épidémique qu’on ne dénommait pas régnait
parmi les soldats; une commission part pour le camp, et répond au
gouvernement que la maladie que l’on observe tient aux variations de
la température, et qu’elle n’aura pas de durée; mais le 12, cinquante
hommes de la division Rybinski sont pris du choléra, presque au
même moment, et périssent le plus grand nombre ; alors une nouvelle
commission est envoyée, et le i 3 avril, elle annonce que c’est le
clioléra-morbus sporadique qui règne au camp. Le ï 4 > M. Legallois
et moi recevons l’ordre de nous rendre en poste à l’année, pour obser¬
ver la marche de la maladie. A notre'arrivée nous fûmes introduits
par M. le médecin en chef Marcinkowski dans l’hôpital de Mienia,
où étaient gisans trente-trois cholériques. J’ai encore sous les yeux le
tableau qui s’offrit à nos regards. Le choléra, avec toute son intensité,
avec toutes scs souffrances, avec sa terminaison si promptement mor¬
telle, était là; je n’oublierai jamais un houlan, homme fort et vigou¬
reux , qui, atteint le matin des premiers symptômes du choléra, périt
sous nos yeux après 4 heures de souffrance dans des douleurs affreuses.
C’est de la bouche de ce brave militaire, car il avait appris le fran¬
çais dans les rangs de nos armées, et l’étoile de la Légion-d’Honneur,
dont il était décoré, attestait que ce n’était pas sans distinction qu’il
avait servi la France ; c’est de sa bouche, et de celle de tous ses cama¬
rades et des chefs de l’hôpital, que nous apprîmes que le 10 avril il y
avait eu un engagement entre la division Rybinski, à laquelle il
appartenait, et la division russe de Pahlen II, qu’il avait été fait un
assez grand nombre de prisonniers, que la maladie s’c'tait déclarée ce
jour-là même, que ceux qui avaient été atteints les premiers étaient
( >78 )
ceux qui s’c'taient empaics des effets des Russes restes sur le cliamp de
bataille. Dès lors il devint certain pour nous, comme il l’e'tait pour tous
les Polonais, que le choiera leur avait été communique' par les Russes.
S’il fût reste' quelque incertitude dans notre esprit, elle eût disparu
quelque temps après ; car quelques semaines s’e'taient à peine écoulées,
que la même division, dans laquelle il n’y avait pins aucun malade,
e'tant venu camper à Kuflew, où les Russes avaient perdu plusieurs
centaines d’hommes, lcchole’ra e'elata de nouveau parmi les soldats. Il
en fut de même dans les derniers jours de mai, apres un engagement
sérieux qui eut lieu à Tycocin.
Après avoir constate la nature de la maladie, nous rendîmes, le 16
avril, compte de notre mission au gouvernement, qui nous donna l’or¬
dre de nous transporter à Praga, où la maladie s’était déclarée. Nous
y trouvâmes un grand nombre de cholériques; quatre cents d’entre eux
furent transportés à l’hôpital du camp et y périrent presque tous.
Deux ou trois jours après le choléra-morbus régnait à Varsovie.
Telles sont les circonstances les plus remarquables qui se soient rat¬
tachées à l’invasion du choléra ; l’on s’en servira sans doute , et nous
nous y attendons, pour établir sa nature contagieuse; mais nous répéte¬
rons aux contagionistcs qu’ils ne doivent point à priori adopter une opi¬
nion que des faits, peut-être aussi concluans que ceux que nous
rapportons, pourraient combattre. Nous leur dirons qu’un grand nom¬
bre de médecins instruits de Pologne sont d’une opinion contraire à
la leur, et que la majorité des membres dont se composait le comité
supérieur de santé, n’admettait pas la transmission de la maladie
par contagion comme un de ses caractères spéciaux et constans.
Beaucoup de médecins, parmi ceux qui passaient leurs journées en¬
tières dans les hôpitaux, ont été atteints du typhus; et nous-même,
ainsi que notre malheureux ami, M. Legallois, avons été arrê¬
té dans nos travaux par cette cruelle maladie (i); mais je n’en
(l)Dans les derniers jours d’avril, Legallois fut visiter à l’hdpilal d’Alexandre
notre confrèro M. le docteur Hoffman, qui avait le typhus, ainsi que trente-
trois autres médecins qui étaient couchés dans le même établissement.
L’encombrement épouvantable de cet hôpital, qui contenait alors plus de quatre
mille malades, était l’unique cause de l’invasion de la maladie. Legallois resta une
demi-heure environ assis sur le lit de M. Hoffman occupé à le consoler : c’est un
tourment si cruel de se sentir dépérir sur une terre étrangère, loin de sa
famille et de ses amis! A son retour, une expression insolite régnait sur sa
figure; nous la remarquâmes et lui en demandâmes la cause: «Mon ami, ré¬
pondit-il, je viens de prendre le typhus; j’ai respiré Phalcino d’Hoffman et
j’ai senti aussitôt une impression extraordinaire qui m’annonce que j’ai contracté
la maladie. » Le surlendemain lui et moi étions dans notre lit.
( >79 )
connais point qui aient eu le choiera. Chaque matin , au sortir des hô¬
pitaux, où nous passions plusieurs heures à voir les malades et à faire
des autopsies, nous nous rc'unissions à un café' français avec nos liahits
encore empreints de l’odeur qu’ils avaient contractés dans les salles et
les amphithéâtres, et je n’ai pas ouï dire qu’aucime des personnes qui
fréquentaient ce café ait eu le choléra.
Certainement il est hors de doute pour nous qu’une épidémie, née par
suite d’une grande agglomération, dans un même lieu , d’hommes mal
nourris, mal vêtus, exposés à toutes les intempéries des saisons , cam¬
pées comme l’ont presque toujours été les armées russes et polonaises,
dans des marais, ne puisse revêtir, lorsqu’elle est arrivée à un très-
haut degré d’intensité, le caractère contagieux; mais nous devons ré¬
péter que si ce caractère a existé dans le choléra-morbus de Pologne, il
n’a pas été constant. Après cela que nous condamnions les mesures pri¬
ses pour s’opposer aux progrès de la maladie, nous ne sommes pas
assez insensés ; nous les appelons au contraire de tous nos vœux ; mais nous
ne voudrions pas que l’on effrayât les popidations par des craintes exa¬
gérées , qui, en gênant les relations d’homme à homme, anéantiraient
tout commerce, toute industrie, et enlevant aux individus toute leur
force morale , les rendrait plus aptes à contracter le choléra-morbus ,
qu’il soit contagieux ou simplement épidémique ( notre opinion n’est
pas encore complètement arrêtée à cet égard ).
Cette influence de la peur s’est démontrée souvent à Varsovie : toutes
les fois que quelque bruit sinistre, que quelque mesure préventive mal¬
adroite est venue frapper l’esprit du peuple, la mortalité était plus
grande. Les détails dans lesquels nous pourrions entrer ne peuvent être
que du domaine d’un ouvrage plus étendu. Ce que nous avons dit nous
a même trop long-temps éloigné du sujet que nous nous proposions de
traiter dans cet article , nous y revenons.
Le traitement du choléra-morbus à Varsovie n’a eu rien de détermi¬
né. Il a varié suivant les opinions médicales, je dirais même suivant
la nation des praticiens.
Lorsque la maladie se montra pour la première fois, il y eut pendant
quelques jours une grande hésitation parmi les médecins du pays et
dans le comité supérieur de santé, non-seulement sur la nature du mal,
mais encore sur les remèdes qui devaient servir à le combattre. Dans
le principe, on ne put que recommander la pratique des Anglais dans
l’Inde : aussi presque tous les premiers malades étaient-ils saignés dès
le début, s’ils étaient forts et vigoureux ; le doigt sur l’artère on mesu¬
rait l’effet de la saignée, et le sang était arrête dès que le pouls fléchis¬
sait trop fortement. Le calomel venait ensuite : on en administrait toutes
( i8o )
les deux heures des pilules de deux à quatre grains, auxquelles e'tait
joint de un quart à un demi-grain d’opium. Quelques praticiens sup¬
pléaient à cette médication par quinze à vingt gouttes de laudanum ,
qu’ils donnaient sur un morceau de sucre; en même temps et de quart
d’heure en quart d’heure, les malades buvaient une infusion théiforme
de fleurs de mélisse et de feuilles de menthe très-chaude, et l’on em¬
ployait tous les moyens propres à rappeler la chaleur aux membres et
à rétablir la circulation interrompue à l’extérieur. On se servait pour
cela de sinapismes promenés sur les pieds, les jambes, les cuisses, le
ventre , l’épigastre; de frictions pratiquées sur tout le corps avec des
flanelles imbibées d’eau -de-vie camphrée ou d’autres spiritueux.
Lorsque ces moyens n’arrivaient pas au résultat voulu, l’on plongeait le
malade dans un bain d’eau tiède, et quelquefois on parvenait ainsi à
faire cesser le froid glacial du corps; la circulation se rétablissait, et le
sang, qui no sortait pas la veine étant ouverte , recommençait à couler.
Telle est la méthode de traitement qui a été suivie par nous et nos
confrères au début de l’épidémie ; mais bientôt nous nous aperçûmes
que la saignée n’était plus aussi efficace, à cause du changement qui
s’opéra dans le caractère de la maladie , et l’on en borna l’emploi ; elle
ne fut pratiquée que chez les gens très-forts et très-vigoureux et chez les
malades qui présentaient des signes d’une trop forte réaction. Une autre
modification fut également apportée par quelques autres praticiens ; at¬
tribuant la longueur de la convalescence à l’emploi du calomel et de
l’opium , ils lui substituèrent l’ammoniaque liquide à la dose d’une
goutte toutes les heures pour les enfans , et de quatre, cinq et six gouttes
pour les adultes, prises dans une cuillerée d’eau. Cette méthode, qui
compta quelques succès à Opatow, n^eut pas ailleurs un résultat tranché;
et cependant nous lui avons vu quelquefois arrêter les vomissemens et les
déjcctionsalvines. C’est seulementlorsquelesdosesd’aminoniaqucavaient
produit cefcffet qu’elles étaient diminuées de moitié environ et que l’on
faisait avaler au malade un verre d’eau chaude toutes les demi-heures;
au sixième verre, l’on ajoutait de quatre ou six gouttes de laudanum,
et l’on s’arrêtait là. Dans ce traitement on n’avait nullement recours à
la saignée. Certains médecins, ayant à traiter des choléras peu intenses,
se contentaient d’administrer à leurs malades de l’eau chaude , la potion
de Rivière et la teinture aqueuse de rhubarbe : quand les vomissemens
avaient cessé et que la langue était jaune et chargée , ils administraient
3 j d’ipécacuanha, et les secousses qu’il déterminait n’étaient pas sans
avantage. S’il n’y avait que des nausées sans vomissement, un sinapisme
sur l’épigastre et l’usage intérieur du laudanum à la dose de quinze à
vingt gouttes suffisaient pour les faire cesser. Dans certains cas dc'scspé-
res nous avons vu employer l’extrait ou la poudre de noix vomique ;
mais nous ne parlerons pas de tous les essais faits'sous nos yeux , nous
n en finirions pas : nous ne voulons mentionner ici que les trailemens
qui ont compte' quelques succès incontestables. Voilà quelle a e'te' la thé¬
rapeutique du chole'ra-morbus jusqu’à la seconde apparition de cette
maladie, qui eut lieu après la bataille d’Ostrolenka, à la fin de mai.
Apres l'ébranlement moral que détermina cette désastreuse affaire, le
choiera revêtit une marche plus rapidement funeste. A cette époque, de
nouvelles tentatives furent faites. M. le docteur Léo crut un instant
avoir trouvé, dans le sous-nitrate de bismuth, un spécifique propre à
triompher du choléra ; malheureusement les succès que nous avons vu
obtenir à ce médicament n’ont point été soutenus. Nous ne décrirons
pas le traitement de M. Léo, nos lecteurs le connaissent déjà par la se¬
conde livraison de ce journal.
Un praticien anglais, M. le docteur Searle, qui a pratiqué long¬
temps la médecine dans l’Inde, et qui a consigné, dans un fort bon ou¬
vrage sur le chole'ra-morbus , le fruit de son expérience dans ce pavs,
touchant cette cruelle maladie, a préconisé à Varsovie l’usage de l’hy-
dro-ehlorate de soude (sel commun ) ; et nous devons dire que nous ïe
lui avons vu employer avec quelques succès isolés, qui ne prouvent d’ail¬
leurs rien pour la bonté de sa méthode. Huit individus, • affectés du
choléra, furent traités par lui, de cette manière, à l’hôpital de Baga¬
telle : chez les trois premiers le sel marin agit comme émétique, et ils
ne parurent pas en éprouver un effet désavantageux : chez ceux-ci, le
reste du traitement fut dirigé d’après les principes générauxjchez les cinq
autres, l’hydro-chlorate de soude fut le seul médicament employé ; deux
de ces malades étaient gravement atteints et dans un collapsùs profond ;
M. Searle leur fit aussi administrer, dans le but de provoquer le vo¬
missement, une forte cuillerée de sel, dissous dans un verre d’eau tiède;
cet effet ne se fit point attendre chez trois ; mais le quatrième ne vomis¬
sant pas, on répéta, quelques minutes après, et de la même manière,
la même quantité de sel, qui opéra alors selon les désirs du médecin.
Lorsque l’action vomitive du sel a cessé, ou même pendant les vomis-
semens, M. Searle fait pratiquer des frictions sèches sur toutes les par¬
ties du corps avec des flanelles chaudes ; et deux heures après la cessa¬
tion des vomissemens il prescrit, toutes les deux heures, une cuillerée
de sel dissous dans de l’eau froide, et immédiatement après il fait ava¬
ler deux ou trois cuillerées de salep clair ; par ce moyen il obtient
quelques déjections alvines de meilleure nature. Les doses de sel sont
éloignées à mesure que le pouls se relève et que la chaleur de la peau
revient. Sur les huit personnes traitées sous nos yeux par l’hydro-chlo-
' ( i8a )
rate de soude, six ont recouvre’ la santé’ et deux sont mortes. La saignée
a été pratiquée chez trois de ces malades, mais pour des épiphénomè¬
nes indc’pcndans du choléra : chez une femme, c’était à cause d’un état
pléthorique qui tenait à une grossesse avancée; chez une autre, à cause
d’un point de côté et d’une gêne extrême de la respiration ; enfin chez
un troisième malade, à cause d’une grande oppression et de quelques
symptômes cérébraux avec somnolence.
Voilà quels ont été les principaux traitemens que nous avons vu em¬
ployer à Varsovie. Il est un grand nombre d’essais dont nous n’avons
pas parlé, parce que cela nous entraînerait hors des bornes qui nous
sont tracées par la nature de ce journal ; nous en parlerons plus longue¬
ment dans notre Relation historique et médicale du choléra-morbus
de Pologne, qui est sous presse en ce moment.
Si maintenant on nous demande quel est le fond de notre pensée sur
le traitement qui convient au choléra-morbus, nous répondrons qu’il
n’en est pas d’applicable à tous les cas; que nous n’avons pas vu de mé¬
dicament ayant une action spécifique sur la cause inconnue de la mala¬
die. D’ailleurs l’intensité du mal a été subordonnée, à Varsovie, aux
changemens brusques de la température et aux grandes causes morales
qui ont agi sur l’esprit du peuple. Ainsi après le désastre d’Ostro-
lenka, comme nous l’avons déjà dit, la maladie prit une gravité ex¬
traordinaire, et sa terminaison fut encore plus hâtivement funeste.
Il en fut de même dans le courant du mois de juin, lorsqu’un vent
froid, joint à des pluies abondantes et à des brouillards épais, vint
tout à coup succéder à une température assez élevée. Sous l’influence
de ces variations brusques de l’atmosphère qui se sont renouvelées plu¬
sieurs fois pendant notre séjour à Varsovie, le choléra s’est montré avec
plus d’intensité et a fait un plus grand nombre de victimes. Dans ces
cas divers, les moyens curatifs qui avaient auparavant quelques succès
restaient sans aucune efficacité sur la marche des accidens.
Cependant au milieu de tous les symptômes il en est qui dominent
en quelque sorte tous les autres : ce sont ceux qui attestent la concen¬
tration extraordinaire qui s’opère vers le centre nerveux de la vie orga¬
nique et les organes digestifs qui quelquefois nous ont offert les traces
d’une véritable inflammation. Circulation, innervation, tout est sus¬
pendu à la périphérie : c’est à les rétablir, comme aussi à éteindre l’or¬
gasme de l’estomac et du canal intestinal, que doit tendre la thérapeu¬
tique la mieux entendue.
Les moyens sont très-variés pour arriver à ce résultat : aussi les
médecins qui aiment à avoir l’air de faire quelque chose de différent de
leurs confrères, tout en remplissant les mêmes indications, ont-ils eu
( >83 )
ici un large champ et un nombre prodigieux de succédanés à exploiter,
Saignc'e, sangsues, boissons chaudes, cxcitans aromatiques, huiles es¬
sentielles, frictions sèches, frictions aromatiques, bains de toute espèce,
moxas, vésicatoires, sinapismes, caïmans sous toutes les formes, tout
a été' expérimente ! Pour nous, voici, parmi la série de ces moyens, ceux
que nous emploierions de préférence si le cboléra-morbus venait attein¬
dre quelque membre de notre famille ou toute autre personne confiée
à nos soins. Si la maladie était bénigne et que nous aperçussions dans le
principe les signes d’une congestion inflammatoire de l’estomac , nous
commencerions par faire appliquer un bon nombre de sangsues à l’esto¬
mac , et meme par une saignée si le sujet était fort ; ensuite nous nous
bornerions à faire prendre des boissons chaudes aromatiques : elles con¬
sisteraient en une tasse d’infusion bien chaude de feuilles de menthe poi¬
vrée, de mélisse, et mieux encore de thé tous les quarts d’heure ou toutes
les demi-heures j l’action de ces boissons serait augmentée par 3 ou
4 gouttes d’aminoniaque liquide administrées dans une tasse d’in¬
fusion toutes les trois heures, et par des frictions sur les bras, sur
les jambes et les cuisses avec, des flanelles imbibées d’alcoolat de la¬
vande ou de romarin. Nous recouvririons en même temps les pieds
et les mains, et même le ventre, de sinapismes faits avec de l’eau j
et nous en augmenterions encore, s’il était besoin, l’énergie, en fric¬
tionnant ces parties, avant de les appliquer, avec de l’essence de
térébenthine (i). Si les vomissemens persistaient , ou bien que la
concentration nerveuse ne diminuât point, j’userais de la méthode
endermique; et, après avoir enlevé l’épiderme avec la pommade
ammoniacale (2), j’appliquerais de 1 à 2 grains d’ace'tate de mor¬
phine, suivant la gravité de la maladie; outre l’action calmante,
ce médicament jouit de plus d’une vertu diaphorétique prononcée,
très-précicuse dans ce cas. Nous donnerions en meme temps à l’in¬
térieur 10 à i5 gouttes de laudanum de Bousseau sur un morceau
«le sucre ; et plus tard, lorsque les phénomènes nerveux auraient di¬
minué , 6 à 8 grains de calomel pris par pilules de 2 grains, de deux
heures en deux heures, en évacuant les matières contenues dans le ca¬
nal intestinal, assureraient la convalescence, comme nous l’avons vu
plusieurs fois. Ainsi, comme base de traitement, tout ce qui peutpor-
(1) Ce moyen thérapeutique a été le sujet d’une lettre de M. Barbier, d’A¬
miens, lue h la dernière séance de l’Académie de médecine. Nous avons eu plu¬
sieurs fois l’occasion de constater nous-même l’efficacité de l’huile essentielle de
térébenthine pour augmenter l’énergie des sinapismes. ( IY. il. R. )
(2) On en trouve une formule dans notre 3' numéro, pag. 86.
( <84 )
tel - l’énergie vitale au-dehors, calmer les accidcns nerveux et diminuer
la congestion inflammatoire de l’estomac et du canal intestinal : sang¬
sues, saignées,opiacés, diaphoniques, frictions, irritans externes, etc.;
le moyen recommandé à Moscou de placer le malade dans un sac de
balles d’avoine chauffé, nous paraît un adjuvant précieux.
J’aurais une entière confiance dans la méthode que je viens d’indi¬
quer très-sommairement, me proposant d’y revenir plus tard.
Mais si le choléra revêtait ces caractères graves que nous lui avons
vus si souvent, il faudrait ajouter à ce traitement quelques moyens plus
énergiques. Celui auquel j’accorderais peut-être la préférence serait
l’épithème sur le ventre, dont M. le docteur Ranque a donné la for¬
mule, et qu’il a souvent employé avec succès (i); je ne doute pas que
(t) Nous avons toujours pensé que le traitement proposé par M. Ranque (c’est
par erreur qu’on a imprimé Jtank dans notre premier nnméro ) était basé sur
l’indication principale qu’il y a à remplir dons le choléra-morbus. L’opinion de
M. Brièro vient renforcer la nôtre; et la lettre suivante que nous recevons de
M.Ségalas, médecin à Monpazicr (Dordogne), est un motif de plus pour no
point douter des succès que dit avoir obtenus le médecin d'Orléans. Ces succès
sont une espérance pour l’avenir.
Monpazicr , le 5 septembre 1831.
Monsieur et très-bonoré confrère,
Tous avez invité vos abonnés à vous communiquer les faits remarquables de
thérapeutique qui se présenteraient à leur pratique; je dois être d’autant plus
empressé de vous instruire du succès inespéré que j’ai eu dans un cas de choléra-
morbus sporadique très-intense, que c’est à votre estimable journal que je le
dois. Je venais de recevoir votre premier numéro, lorsque je fus appelé le 28
juillet dernier à quelques lieux de Monpazicr, pour un charron â(;é de 25 ans.
Serres, cétalt son nom, avait été pris subitement, au point du jour, d'une dou¬
leur atroce à l’épigastre et à l'ombilic, avec vomissemens et déjections alvines
involontaires et très-abondantes ; les symptômes avaient cinq heures de date
quand je le vis pour la première fois, ses yeux étaient caves, sa voix éteinte, son
pouls presque insensible, sa peau couverte d’une sueur froide; des évacuations
alvines presque laiteuses et sans fétidité avaient lieu d'instant en instant; gémis-
semens, soupirs entrecoupés, agitation extrême, changement rapide de position :
il se jette du côté droit sur le côté gauche plusieurs fois dans une minute ; cram¬
pes extrêmement douloureuses aux mollets et aux avant-bras qui sont froids
comme du marbre ; quand on les presse avec les deux mains, on sent distincte¬
ment la contraction spasmodique des muscles ; le malade qui, la veille avait do
l’embonpoint, n’est plus reconnaissable pour ses parchs mêmes, tant sa maigreur
a été rapidement progressive.
En présence d’accidens aussi graves, il fallait prendre promptement un parti
énergique, car la mort était imminente. Je proposai à M. Vialènc, praticien
distingué de nos contrées, qui se trouvait avec moi auprès du malade, d’avoir
( >85 )
s’il avait été connu à Varsovie, on ne s’en fût servi avec bonheur
dans plusieurs circonstances, car nous avons vu plusieurs praticiens re¬
commander expressément l’application de sinapismes sur l’epigastrc
et sur le ventre : c’est en effet sur les tégumens de ces parties qu’il
est le plus avantageux, je crois, déporter la révulsion, et quel moyen
plus actif d’obtenir ce résultat, que l’épithème saupoudré de M. Ranque,
qui, dans quelques heures, détermine la formation de gros boutons sur
toute la surface où il a été applique'? Les frictions que recommande ce méde¬
cin à l’intérieur des cuisses me paraissent aussi bien indiqne'es. Ce serait
de même le cas de donner l’éther, ou bien le laudanum associé à l’alcoolat
de menthe, une partie du premier sur deux parties du second, selon
recours au nouveau traitement que vous nous avez fait connaître, et quoique nous
comptassions fort peu sur le succès, il fut employé. A 9 heures du matin, épi-
tlièmc sur le ventre avec la ciguë, le camphre, le soufre et le tartre stibié selon
la formule de M. le docteur Ranque ; frictions fréquentes à l’intérieur des cuisses,
des jambes ctsur la partie lombaire du rachis, avec le Uniment suivant: 2£ eau dis¬
tillée de menthe J ij, éther sulfurique 5 C. ( Nous n’avons pas suivi dans ce Uni¬
ment la formule de M. Ranque, parce que d’une part l’eau de laurier-cerise
manquait, et que de l’autre l’adynamie était trop profonde pour employer l’ex¬
trait de belladone.) A l’intérieur nous administrâmes d’heure en heure une cuil¬
lerée d’huile récente d’amandes douces fortement chargée d’éther, et une décoc¬
tion d’orge dans laquelle on faisait infuser des feuilles de menthe. —10 heures,
nul changement.— Midi, selles plus rares, moins copieuses, diminution des vo-
missemens.—1 heure, cessation des garde-robes, doux seuls vomissemens.—2 heu¬
res , ni selles ni vomisremens, encore quelques nausées. —3 heures, cessation des
nausées, le pouls se relève, la chaleur revient; le globe de l’œil, qui avait été con¬
stamment tourné en haut, reprend sa position naturelle; adynamie moins pro¬
noncée. — 4 heures, expression meilleure de la face, regard plus naturel, pouls
dévelop é, fréquent et plein ; langue humide et d’une rougeur remarquable ; un
peu de soif.—7 heures, la mieux s’est soutenu, le malade est hors de danger, il
est d’une faiblesse extrême, et son esprit, frappé, a besoin de nos cncouragcmcns
pour revenir à l’espérance : nous ordonnons la continuation des remèdes toute
la nuit.—29 juillet, nuit bonne, le malade n’éprouve de douleur que dans les
muscles du col et dans les pectoraux ; il demande à manger; nous lui permettons
du bouillon ; la journée assure sa convalescence. —Le 30 juillet nous cessâmes
nos visites : cette maladie effroyable, qui avait jeté la terreur dans nos parages,
était terminée ; nos explications et le succès de notre méthode curative ont ras¬
suré les craintes des liabitans de notre Périgord, qui croyaient déjà voir parmi
eux le choléra de Pologne ou de Russie. Si celui-ci doit nous atteindre, je suis
certain que ceux qui ont connu la manière miraculeuse dont le charron Serres a
été sauvé, n’en seront pas aussi effrayés, persuadés qu’ils sont qu’il est presque
on notre pouvoir de ressusciter un mort. J’ai l’honneur, etc. — SécALAS.
Nos lecteurs pourront voir les formules du traitement dont il est question
dans le i" numéro du Bulletin de Thérapeutique. (IV. du II.)
1. 6 e Liv. ,3
TOM.
a méthode qu’a fait connaître notre excellent confrère, M. Révcillé-
Parise ; on aurait aussi recours aux huiles essentielles et aromatiques,
si l’adynamie était le symptôme dominant, et aux saignées si le sujet
était fort et pléthorique et les symptômes de réaction trop énergiques.
Voilà quelle serait à peu près ma ligne de conduite dans le choléra.,
Je ne dis rien de bien nouveau, quoique j’aie été loin pour l’observer;
mais ce que je dis est basé sur l’observation de l’action que j’ai vu pro¬
duire aux divers mc'dicamens chez les cholériques : mes présomptions
peuvent donc avoir quelque poids. Je dis présomptions, et c’est à dessein,
car malheureusement il n’est aucune médication qui ait dans la maladie
dont nous parlons une action spéciale, si ce n’est celle qui tend à éta¬
blir la transpiration ; et précisément il n’est point en thérapeutique de
sudorifique certain. On nous dit que l’huile de cajeput jouit à un très-
haut degré d’une vertu diaphorétique : s’il en est ainsi, nous lui pro •
mettons de nombreux succès ; mais nous n’osons pas y compter.
BriÈbe de Boismont.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DU TRAITEMENT DÉ LA FISSURE A l’aNUS SANS OPÉRATION.
L’insuffisance reconnue de presque toutes les applications locales ,
dans la maladie si douloureuse connue sous le nom de fissure ou de ger¬
çure à l’anus, a fait successivement abandonner presque tous les moyens
qui avaient été regardés ou comme curatifs ou comme palliatifs; et on
n’emploie plus guère, contre cette maladie, qu’une opération toujours
sans danger, il est vrai, mais qui est accompagnée d’une vive douleur,
et à laquelle les malades se décident avec peine; nous voulons parler de
l’incision du sphincter de l’anus avec le bistouri, ou de la cautéri¬
sation de la gerçure avec le nitrate d’argent fondu.
Ce serait rendre un véritable service à l’humanité que de découvrir
un moyen thérapeutique capable de guérir cette maladie sans opéra¬
tion; si celui que nous proposons n’est point suivi dans tous les cas de
succès, il réussit assez souvent pour qu’on en tente plus fréquemment
l’usage avant de se décider à l’opération.
La constriction spasmodique du sphincter de l’anus est la lésion
véritable ; l’ulcération .allongée, nommée fissure ou gerçure, n’est
qu’un phénomène secondaire. Iîn faisant cesser la constriction du sphinc¬
ter, on guérit la maladie, et dans celte circonstance la propriété anti-
contractile de la belladone paraît parfaitement applicable; M. Dupuy-
( i8 7 )
trcn en a obtenu un grand nombre de fois des avantages incontestables.
Il la combine ordinairement avec l’acétate de plomb. Yoici la formule
qu’il emploie habituellement :
■q Axongc. 6 gros.
Extrait de belladone. i gros.
Acétate de plomb. t gros.
On en graisse une mèche d’un volume médiocre, et sur laquelle on
en étend une couche épaisse; on augmente peu à peu le volume de ces
mèches de manière à leur donner celui du doigt indicateur.
L’usage continué de cette pommade pendant quelques jours, avec
persévérance, finit souvent par enlever complètement les douleurs, et
épargne aux malades un moyen extrême et beaucoup plus douloureux.
Je prends au hasard une observation parmi celles que je pourrais citer
pour recommander aux praticiens l’emploi de ce moyen thérapeutique :
Une jeune femme, forte et bien constituée, accouchée depuis quatre
mois, était atteinte depuis quelques semaines de douleurs très-vives à.
l’anus ; ces douleurs étaient atroces chaque fois qu’elle se présentait
à la garde-robe, surtout lorsque les matières stercoralcs étaient dures et
consistantes ; dans le commencement de sa maladie elles ne duraient que
quelques minutes, peu à peu elles se prolongèrent, et finirent par durer
plusieurs heures.
Lors de son entrée à l’Hôtel-Dicti, l’anus fut examiné avec soin ; et
en attirant un peu en dehors l’extrémité intestinale, on découvrit une
fissure très-superficielle. La constriclion de l’anus était fort considé¬
rable : on ne pouvait qu’avec effort y introduire le petit doigt, et cette
introduction était elle-même horriblement douloureuse pour la malade.
La nature de la maladie étant bien connue, et M. Dupuytren voulant
éviter, s’il était possible, à la malade les douleurs de l’incision, pres¬
crivit l’emploi de la pommade que nous avons indiquée plus haut. Des
mèches de charpie couvertes d’une couche épaisse de pommade furent
introduites dans l’anus et renouvelées plusieurs fois le jour. Elles cal¬
mèrent instantanément les douleurs. Quinze jours après, la malade était
complètement guérie, et cela sans aucune opération sanglante ni dou¬
loureuse.
On voit, par cette observation, qu’il ne faut pas trop se hâter, dans
les fissures à l’anus, de pratiquer, soit la cautérisation de la fissure,
soit l’incision du sphincter sur cette fissure ou sur tout autre point de
la circonférence de l’anus; l’usage de la belladone appliquée localement
pouvant débarrasser le malade de son incommodité, il faut en tenter
l’emploi avant d’avoir recours au bistouri, qui doit être dans ces cas la
dernière ressource du chirurgien. Alex. Paillard.
( «88 )
NOUVEAU PROCÉDÉ POUR La CAUTÉRISATION DES ULCÈRES DE
LA CORNÉE.
Il est un 'moyen pour la cautérisation des ulcères de la cornée, qui
nous parait bien préférable à celui dont on s’est servi généralement
jusqu’ici ; il a été employé dernièrement sous nos yeux avec succès par
M. Trousseau, à l’Hôtel-Dieu.
La plupart des praticiens se servent d’un crayon de nitrate d’argent,
taillé en pointe j il en résulte des inconvéniens qu’il est aisé de concevoir :
premièrement on n’est jamais sûr de la quantité de sel caustique que l’on
introduit dans l’œil; secondement l’extrémité du crayon peut être assez
aiguë pour rompre les lames de la cornée, et cet accident redoutable est
à craindre toutes les fois que l’ulcération est profonde ; en troisième lieu,
au moment où le caustique touche l’œil, les paupières se contractent
convulsivement, et viennent s’appliquer sur le nitrate d’argent, de sorte
qu’il se fait deux cautérisations inutiles et fort douloureuses.
Le procédé mis en usage par M. Trousseau, et .avant lui par Al. Bre¬
tonneau, qui l’emploie à l’hôpital de Tours depuis quinze ans, pare à
tous ces inconvéniens.
On prend une sonde de femme en argent, ou bien encore un gros
stylet mousse. On les place sur la flamme d’une bougie, à un ponce en¬
viron de leur extrémité ; de cette manière celle-ci s’échauffe fortement.
Quand on juge que la chaleur est suffisante, on touche légèrement 1 ’ex-
trc'mité de la sonde ou du stylet avec un crayon de nitrate d’argent. Le
sel caustique se fond immédiatement et s’attache alors au métal, en
formant une couche trcs-mince, dont on augmente l’épaisseur à volonté
en réitérant les applications de pierre infernale. Cela fait, on laisse re¬
froidir l’instrument, on essuie le noir de fumée qui le recouvre, et l’on
cautérise ainsi les ulcérations de la cornée. Par cette méthode on ne
craint jamais de briser les lames de la cornée, de cautériser les pau¬
pières et de laisser se fondre dans l’œil une quantité trop grande de
nitrate d’argent.
CHIMIE ET PHARMACIE.
NOTE SUR l'hUILE DE CAJEPUT ,
PAR M. GdBOCRT, PHARMACIE».
Cette huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un
arbuste des îles Moluques, nommé cajuputi, c’est-à-dire arbre blanc.
( >89 )
Cet arbuste appartient à la famille des myrtacc'cs; il a etc' décrit par
llumpli sous le nom i'arboralba minor ( Herb. amb., lib. a, cap.
aG, tab. 17,%. 1 ), pour le distinguer d’autres especes voisines qui
portent le meme nom de cajuputi, mais qui ne paraissent pas usitées
pour l’extraction de l’huile. Ces diffe'rens arbres ont c'te' réunis par
Linné père sous le nom spécifique de melaleuca leucodendron ; mais
on n’a pas tardé à les séparer de nouveau, et, aujourd’hui, celui qui
nous occupe porte le nom de melaleuca cajuputi, qui lui a été donné
par Maton, ou de melaleuca minor, adopté par M. Dccandolle dans
son Prodromus.
Suivant Thunberg, l’huile de cajeput est d’un vert d’herbe, très-
fluide et inflammable, douée d’une odeur camphrée térébinthacéc, dés¬
agréable lorsqu’elle est respirée trop fortement, mais très-agréable,
au contraire, quand elle est affaiblie. D’après Rumphius, qui la fait
retirer des feuilles de l’arbre fermentées, desséchées et ensuite macé¬
rées dans l’eau pendant douze heures, l’huile de cajeput est claire,
transparente, très-volatile, d’une forte odeur de cardamome, mais plus
agréable. Cette analogie avec l’odeur de cardamome a même paru telle
que beaucoup d’auteurs, avant Yalcntyn et Rumphius, ont soutenu
l’opinion que l’huile de cajeput était produite par la distillation des
semences de cardamome ; mais il est aujourd’hui hors de doute que la
véritable huile de cajeput est produite par le melaleuca cajuputi.
De tout temps l’huile de cajeput a été sujette à être falsifiée, et l’on
peut voir dans l’ Apparatus de Murray (vol. m , page 325 ), que la
belle couleur verte foncée de celle du commerce passait, auprès de
beaucoup d’expérimentateurs, pour être due à une résine verte étran¬
gère, ou à du cuivre que l’analyse y révélait, et qu’on en fabriquait
d’ailleurs de fausses avec d’autres huiles d’une moindre valeur. On peut
bien croire que ce n’est pas au moment où cette huile vient d’être an¬
noncée comme un remède efficace contre la redoutable maladie qui nous
menace que nos falsificateurs resteront en arrière de leurs devanciers :
aussi beaucoup de personnes ont-elles jugé très - utile de chercher à con¬
naître les caractères de la bonne huile de cajeput. J’ai pensé qu’à une
aussi grande distance du lieu de son origine, c’était par la comparai¬
son d’un grand nombre d’échantillons que l’on pouvait espérer seule¬
ment d’acquérir quelque certitude à cet égard. C’est l’exposé des ex¬
périences auxquelles j’ai soumis ces différentes huiles qui fait le sujet
du présent mémoire.
N° 1. —Huile de cajeput d’Amboine.
M. Chardin-Iladancourt a bien voulu partager avec moi un petit
échantillon de cette huile, étiqueté : Huile de cajeput distillée à Am-
( iC»o )
boine, des feuilles du melaleuea cajuputi, et apportée directement.
Celte huile est tiès-mobile, transparente, d’une teinte verte-bleuâtre
extrêmement faible, d’une odeur forte qui tient de la te're'benthinc, du
camphre, de la menthe poivre'e et de la rose, ou,'pour mieux dire,
cette odeur, qui au total est très-agréable, appartient en propre à l’huile
de cajeput; car je l’ai retrouvée dans tous les échantillons de bonne
qualité' que j’ai examines. A la température de 18 degrés centigrades,
cette huile pèse spécifiquement 0,916, ce qui répond au a3 e degré de
l’aréomètre de Baumé. Elle est entièrement soluble dans l’alcool. Lors¬
qu’on en verse 8 à 10 gouttes sur un morceau de sucre du poids de 2 à
3 scrupules, et qu’après un moment d’exposition à l’air on ajoute sur le
tout une onçe d’eau, l’huile vient nager à la surface du liquide, en
conservant sa transparence et sans aucune apparence de matière opa¬
que ; enfin cette huile, agitée dans un tube de verre avec son volume
d’une dissolution de cyanure de potassium et de fer, perd toute sa cou¬
leur verte, et forme un précipité rouge de cyanure de cuivre ferrugi¬
neux : ce qui indique que cette couleur, toute faible qu’elle est, est
duc au cuivre.
N° 2. — Huile de cajeput prise à Londres, en 1817, dans les ma¬
gasins de la Compagnie des Indes , et remise par M. Planche.
Cette huile, de meme que la précédente et toutes celles qui suivent,
est très-mobile, d’une transparence parfaite, ne forme aucun dépôt
dans les vases où on la conserve, est entièrement soluble dans l’alcool.
Je ne répéterai plus ces caractères, qu’il est d’ailleurs indispensable de
trouver à l’huile de cajeput, pour être assuré de sa pureté.
Cette huile est d’une couleur verte-bleue assez foncée, et d’une odeur
entièrement semblable à la précédente. Elle pèse spécifiquement 0,917 ;
agitée dans un tube de verre avec moitié de son volume d’ammoniaque,
les deux liquides ne tardent pas à se séparer complètement et à re¬
prendre leur transparence ; mais l’huile se trouve privée de toute cou¬
leur verte on bleue, et ne conserve qu’une teinte jaune, tandis que
l’ammoniaque est colorée en bleu pâle et verdâtre. Traitée par le cya¬
nure double de potassium et de fer, elle se décolore également et forme
un abondant précipité rouge pourpre. Cette huile doit donc sa couleur
verte à l’oxide de cuivre qu’elle tient en dissolution.
N° 3. — Huile de cajeput prise chez un droguiste, à Paris, le
5 août i83i.
Cette huile est d’une très-belle couleur verte et foncée, d’une odeur
semblable aux précédentes ; sa pesanteur spécifique est de 0,919 ou de
22 degrés */3 à l’aréomèlrc de Baumé. Traitée par l’ammoniaque, la
( , 9 I )
séparation des deux liquides et la de'coloratioû de l’huile ont lieu
comme dans le cas precedent, seulement l’alcali a pris une teinte bleue
beaucoup plus faible.
i4 onces de cette huile ont c'te' agite'es dans un flacon avec 3 onces en¬
viron d’un soluté' de cyanure ferro-potassique. Après douze heures de
repos, j’ai filtre' : l’huile isolée était d’un jaune un peu verdâtre et ne
contenait plus aucune particule de cuivre. Le cyanure ferro-potassique
était en grand excès dans la liqueur, et maintenait l’insolubilité de ce¬
lui de cuivre ; car le lavage à l’eau distillée le dissout. J’ai donc dû me
borner à le laver à l’alcool, qui ne l’a pas entièrement privé de cyanure
alcalin ; néanmoins il ne pesait sec que i o grains, ce qui ne fait envi¬
ron que a /3 de grain par once d’huile. Pour connaître d’adleurs la
quantité précise de cuivre, j’ai brûle'lè filtre, calciné le résidu, enlevé
la potasse par le lavage à l’eau, traité le résidu par l’acide nitrique
bouillant, évaporé à siccité et traité la matière saline par l’ammo¬
niaque. La liqueur ammoniacale filtrée et évaporée a laissé 12 centi¬
grades de deutoxide de cuivre, répondant à o gramme, g58 de cuivre
métallique. Ces quantités reviennent à :
Cette quantité de cuivre est tellement minime que je pense qu’on
peut la négliger dans la pratique, afin d’employer'l’huile de cajeput
telle qu’elle a toujours été usitée, et sans lui faire subir aucune mani¬
pulation. Si cependant on tenait à la priver du métal qu’elle contient,
je pense que la meilleure manière d’y procéder serait de l’agiter ,
comme je l’ai fait, avec un soluté de cyanure ferro-potassique; car il est
évident que ce simple lavage ne lui fait subir aucune altération. Je
crois ce procédé préférable à la distillation , que j’ai aussi pratiquée, et
dont voici les résultats :
2 livres de la même huile de cajeput ont été distillées avec de l’eati
dans un alambic et ont fourni 28 onces d’une huile incolore, d’une
odeur très-pénétrante et plus térébinthacéc qu’auparavaot; puis 1 once
( )
d’une huile d’un vert-olive clair, enfin une autre once d’une huile d’un-
vert-olive de plus en plus foncé. Ces deux dernières avaient une odeur
moins pénétrante que la première, et offraient une odeur mixte de rose
et de bois d’aloès.
L’huile distillée incolore pèse spécifiquement 0,916 , comme l’huile
d’Àmboine; l’huile distillée verte foncée pèse 0,919, comme l’huile
non distillée; enfin le résidu, dont le poids est d’environ 1 once '/, , est
d’un brun verdâtre très-foncé d’une consistance de miel, d’une odeur
de bois d’aloès ou de résine animé, échauffée, d’une densité peu in¬
férieure à celle de l’eau. L’huile distillée incolore ne contient pas de
trace de cuivre; mais l’huile distillée verte se décolore par le cyanure
ferro-potassique, et laisse précipiter une certaine quantité de cyanure
de cuivre rouge. Enfin le produit brun, non distillé, a été volatilisé
dans un creuset de platine, et a laissé un résidu qui, chauffé au rouge,
traité par l’acide nitrique, évaporé à siccité et repris par l’ammonia¬
que, a donné un soluté bleu de cuprate d’ammoniaque. Il est presque
inutile d’ajouter que toute huile de cajeput contenant du cuivre, traitée
directement par le feu , donne un résultat semblable ; mais l’essai par
le soluté de cyanure ferro-potassique est bien plus simple et beaucoup
plus sensible.
N° 4- — Huile de cajeput, prise postérieurement dans la meme
maison.
Cette huile, que l’on m’a assuré provenir de la même partie que la
précédente, était cependant d’une couleur plus bleue et plus analogue
à celle donnée par M. Planche. Elle se décolorait par l’ammoniaque ,
qui en acquérait une teinte bleue très-marquée ; elle formait un préci¬
pité rouge par le cyanure ferro-potassique ; elle pesait spécifiquement
0,915 ou 23 degrés a /s Baumé. Imbibée dans du sucre et étendue
d’eau, elle ne laisse surnager aucune portion de matière blanche opa¬
que (l’huile n° 3 et l’huile d’Amboine n" 1 , se conduisent de même ,
tandis que l’huile de M. Planche laisse surnager quelque peu de ma
tière blanche). Malgré sa pesanteur spécifique un peu faible, cette
huile m’a paru être de bonne qualité, et je l’ai prise.
N* 5. — Huile de cajeput tirée nouvellement d’Allemagne.
Cette huile était d’un vert assez foncé, mais tirant sur le jaune ; elle
contenait du cuivre, comme les précédentes, et pesait spécifiquement
o,gi3. Un praticien très-instruit, M. le docteur Cottcreau (1), en
(1)M. Gottcreau nous a communiqué un excellent travail sur l'huile tic caje¬
put; nous regrettons do ne pouvoir faire connaître les idées de ce praticien. Du
( «93 )
l’examinant, crut y trouver une odeur de camphre trop prononcée , et
me proposa de l’essayer par lemoyen du sucre, proce'dc' qu’ilme dit être
usité' en Allemagne pour reconnaître les huiles volatiles falsifiées avec
du camphre. Effectivement, cette huile, soumise à l’essai, laissa sur¬
nager une quantité' très-notable de matière blanche opaque, comme fi¬
breuse , que nous prîmes pour du camphre. En conséquence, je la refu¬
sai; mais le nc'gociaiit à qui elle appartenait, la jugeant bonne,
ajouta, de son côté, ‘/ a gros, 1 gros, et enfin i gros de camphre à une
once d’huile de cajeput semblable à celle n° 3 , et me fit voir que cette
huile, essayée par le sucre et l’eau, ne laissait surnager qu’une huile li¬
quide et transparente, sans aucune apparence de camphre solide. Celte
expérience prouve que le procédé n’est pas concluant, et rend probable
que la matière blanche, séparée de l’huile n° 5 , est autre chose que du
camphre. Peut-être aussi cette substance est-elle naturelle à l’huile, ou
produite par une de ces altérations spontanées auxquelles les huiles
volatiles sont fort sujettes. En tout cas j’ai douté de la bonne qualité d.e
cette huile, et j’ai persisté à la refuser.
Je ne décrirai pas beaucoup d’autres prétendues huiles de cajeput,
observées dans plusieurs maisons, et qui, la plupart, sentant la men¬
the, la rue ou la Sabine, avaient été fabriquées de fraîche date; mais
je ne puis m’empêcher de parler d’une huile de cajeput qu’un pharma¬
cien de Paris annonce, dans les journaux, avoir été reçue directe¬
ment des Indes orientales , en avertissant que c’est seulement chez
lui que l’on trouve ce moyen curatif et préservatif du chole'ra-morbns.
Cette huile est d’un vert d’herbe clair, couleur qu’elle doit en très-
grande partie au cuivre; car elle forme un abondant précipité rouge
par le cyanure ferro-potassique; mais après avoir été traitée par ce réac¬
tif elle conserve une teinte verte due à de la chlorophile. Elle a une
odeur mixte de rue et de romarin, et doit être formée en très-grande
partie par un mélange des huiles volatiles de ces deux plantes. Ce qui
prouve d’ailleurs que cette huile est fabriquée avec des essences de nos
climats, qui, ainsi qu’on le sait, sont en général plus légères que celles
des pays chauds , c’est qu’elle ne pèse spécifiquement que 0,8945, ré¬
pondant à 27 degrés de Baume, tandis que l’huile de cajeput véritable
ne varie que de 0,919 à 0,916, et au plus à o,gi 3 .
En résumé l’huile de cajeput est très-fluide, transparente, ne forme
aucun dépôt dans les vases qui la contiennent, est entièrement soluble
dans l’alcool, et pèse spécifiquement de 0,916 à 0,919.
reste, son Mémoire est sur le point de paraître; nos lecteurs le parcourcront
avec intérêt. N. du R.
( 194 )
Elle a une odeur qui lui est propre, qui est très-agréable lorsqu’elle
est étendue, et qui tient à la fois de la térébenthine, du camphre, de
la menthe poiyrc'e et de la rose ; cette dernière odeur est surtout sensi¬
ble lorsque l’huile est en partie c'vapore'c spontanément à l’air.
Elle est ordinairement d’une belle couleur verte ou verte bleuâtre,
qu’elle doit à la pre'sence de l’oxide de cuivre; mais la quantité d’oxide
qui produit cet effet ne s’élève qu’à ■/„ de grain par gros , et peut être
négligée dans la pratique médicale, si l’on tient à employer l’huile de
cajeput vierge de toute manipulation.
On peut cependant, sans nuire à aucune des propriétés de l’huile, la
priver de tout le cuivre qu’elle contient, en l’agitant avec un soluté de
cyanure de fer et potassium (prussiate de potasse cristallisé), la fil¬
trant et la séparant du soluté aqueux qu’elle surnage.
On parvient au même résultat par la distillation, si l’on prend soin
de mettre à part l’huile verte qui passe à la fin ; mais cette opération sé¬
pare l’huile en plusieurs produits d’odeur différente, et c’est dans son
entier sans doute qu’il convient de l’employer.
L’huile de cajeput n’est aucunement saponifiée par l’ammoniaque :
bientôt après l’agitation, les deux liquides se séparent et reprennent
leur transparence. Si l’huile était colorée par du cuivre, elle se décolore,
et l’ammoniaque prend une teinte bleue faible ou n’éprouve pas de co¬
loration sensible : même observation pour le cyanure ferro-potassique :
aussitôt après l’agitation, les deux liquides sc séparent et reprennent
leur transparence. Cet effet n’a pas eu lieu avec plusieurs huiles de
cajeput falsifiées.
Enfin l’huile de cajeput ne doit sentir isolément ni la térébenthine,
ni le camphre, ni la menthe poivrée, ni même la rose ; à plus forte rai¬
son ne doit-elle pas sentir la lavande, le romarin, la sauge, la nie, La
sabine, ni aucune des essences de nos climats. Guibouht.
VARIÉTÉS.
NOUVELLE SEBINGUE A POMPE.
C’est à nos maîtres dans l’art du comfortable que nous devons en¬
core l’heureux perfectionnement que nous allons signaler à l’une des in¬
ventions humaines dont l’utilité est peut-être la moins incontestable; cc
perfectionnement, qui consiste dans l’application de la pompe aspirante
et foulante aux injections rectales et autres, est appelé à faire révolu-
( 10 * )
tion, à jeter dans l’oubli et l’infidèle clysoir et la seringue classique de
nos pères.
Il appartenait à un pharmacien d’importer chez nous et de perfec¬
tionner un instrument dont les apothicaires d’autrefois savaient tirer
un si bon parti, et dont l’emploi e'tait entre leurs mains, sinon un art,
au moins un monopole assez lucratif. Plus de’sinte'resse's dans la ques¬
tion et plus pe'ne'tre's de la dignité' de leur profession , les pharmaciens
d’aujourd’hui abandonnent aux garde-malades l’emploi de la seringue,
mais se réservent le me'rite de la perfectionner.
En important la seringue à pompe employe'e en Angleterre, M. Pe¬
tit nous aurait déjà rendu service } mais il a fait mieux encore : il a trans¬
formé la seringue dp cuivre des Anglais, oxidable et très-dispendieuse,
en un instrument inaltérable par l’air et les liquides acides ou alcalins,
et, ce qui n’est pas son moindre avantage, d’un prix assez modique
pour être à la portée de toutes les fortunes.
Cette seringue, que nous représentons (voyez la planche) avec quel¬
ques-uns de ses accessoires, a 6 pouces 1 /» de longueur, sur 3 lignes de
diamètre} elle est en toüt semblable, pour le mécanisme, aux pompes
foulantes et aspirantes ordinaires, et particulièrement à ces pompes por¬
tatives dont on se sert ici, pendant l’été, pour arroser le devant des
maisons} elle en diffère seulement en ce qu’au lieu de clapet elle ren¬
ferme un système de soupapes beaucoup plus simple et moins sujet à
dérangement. Ce sont deux petites boules métalliques DD ^destinées,
l’une, inférieure, à s’opposer au refoulement du liquide dans le vase,
par l’orifice qui lui a donné entrée, l’autre, latérale, à empêcher la
rentrée du liquide dans le corps de la pompe , une fois que le piston, en
s’abaissant, l’aura poussé dans le cylindre latéral B qui doit le trans¬
mettre au dehors. L’extrémité de ce cylindre est destinée à recevoir le
petit bout A d’un tuyau flexible E, dont l’autre extrémité reçoit à son
tour la canule F.
Ces différentes pièces étant adaptées, comme il vient d’être dit, voici
comment on doit faire usage de l’instrument : on place devant soi, sur
une table ou sur une chaise, selon qu’on veut prendre le lavement de¬
bout ou assis, le vase contenant le liquide qu’on veut injecter} on y
plonge l’extrémité inférieure de la seringue} d’une main en la fixe, et
de l’autre on donne un coup de piston, pour chasser l’air contenu dans
- l’appareil et le remplacer par le liquide} puis on introduit la canule,
que la contraction du sphincter maintient en place. Cela fait, on pro¬
cède à l’injection, en élevant et en abaissant alternativement le piston.
Pour injecter le vagin, on remplace le tuyau et la canule par les
deux pièces suivantes, H et G. La première est une canule à olive,
( * 9 *> )
ordinaire, en gomme élastique, qu’on adapte, par son extrémité,
sur la portion conique de la seconde pièce G, et l’on introduit celle- ci,
par son petit bout, dans l’orifice du cylindre B de la seringue. La per¬
sonne se place sur un bidet, dont la cuvette contient le liquide à injec¬
ter ; elle introduit la canule, et la seringue plongeant dans le liquide
est mise en mouvement. S’il s’agissait de faire des irrigations dans le
canal de l’urètre ou la vessie, on agirait de la même manière, après
avoir toutefois introduit dans le canal une sonde ure'tbrale, en gomme
élastique, dispose'e pour cet usage.
Il est facile de se rendre compte du mode d’action de cet instrument,
et d’apercevoir sa supériorité' sur la seringue ordinaire. Avec lui l’in¬
jection se fait ii la vente plus lentement et par saccades , mais aussi il
permet d’augmenter ou de diminuer à volonté la force de projection,
de ne faire pénétrer à la fois, si l’on veut, qu’une petite quantité de li¬
quide, avantage réel pour.prévenir les épreintes, quelquefois insup¬
portables , qu’éprouvent certaines personnes, et qui, forçant à rejeter
le lavement avant qu’une assez grande quantité de liquide ait parcouru
le gros intestin, rendent l’opération inutile. On peut encore élever ou
abaisser au degré convenable la température du liquide sans déranger
l’instrument, puisque avec la main droite, qu’on peut rendre libre
à volonté, il sera facile de verser , dans le vase, de l’eau cliaude ou
froide, suivant le cas. Cet instrument, quoique très-petit, puisque avec
tous ses accessoires il est contenu dans une boîte de douze lignes d’é¬
paisseur, qui n’est pas plus large et à peine plus longue qu’un volume
in-octavo ordinaire, cet instrument permet d’injecter , sans qu’on soit
obligé de se déranger, une masse de liquide aussi considérable qu’on
le veut j d’où il résulte qu’un seul lavement doit produire l’effet que
provoquent avec peine deux ou trois avec la seringue ordinaire, at¬
tendu que la quantité d’eau contenue dans celle-ci, nécessairement pro¬
portionnée à son calibre, n’est pas toujours suffisante. Nous ne par¬
lerons pas de la facilité avec laquelle on peut faire agir le nouvel in¬
strument comparativement' à l’ancien j il est facile de concevoir qu’ayant
un point d’appui au fond du vase et une colonne de liquide peu consi¬
dérable à refouler, il doit exiger de moindres efforts ; un enfant peut
sans peine le faire agir.
C’est surtout pour les injections dans le vagin, l’urètbre ou la vessie,
que la seringue à pompe offre des avantages réels; le liquide arrivant
par un jet, plus ou moins fort, qu’on peut diriger vers tous les points
des parois de la cavité successivement, en nettoie parfaitement la sur¬
face, en modifie les dispositions actuelles; et, ce que les malades ap¬
précieront surtout, c’est que ces injections, qui, par les procédésordi-
( *97 )
naircs, doivent ctre interrompues à chaque instant pour remplir
l’instrument, pourront durer aussi long-temps qu’on le voudra sans in¬
terruption. Cette propriété de la seringue à pompe la rendra extrême¬
ment utile dans le traitement de la gonorrhée, par les courans d’eau
tiède dont nous avons parlé dans les troisième et quatrième livraisons
de ce journal. Nous pensons, en un mot, que l’instrument importé par
M. Petit mérite à tous égards les suffrages des praticiens (i).
— Liquide hémostatique. — MM. Talrich et Halma-Grand ont
déposé à l’Académie des Sciences, le 26 septembre, un paquet cacheté
contenant la composition de la liqueur hémostatique dont nous avons
déjà parlé dans un de nos derniers numéros ; il sera ouvert lorsque ces
médecins auront terminé les expériences auxquelles ils continuent à se
livrer avec zèle. Ces expériences sont de plus en plus concluantes; déjà i5
moutons ont eu publiquement l’artère carotide ouverte, 4 en long, g en
travers et 2 avec une déperdition ovalaire -de substance, et toujours le
sang a été arrêté en 4 ou 5 minutes, et la cicatrisation complète en peu
de jours. Le même résultat a été obtenu sur un cheval, auquel ils ont
ouvert la carotide, cesjours derniers, à l’abatoirdcMontfaucon. Pour faire
cesser l’hémorrhagie l’application de tampons imbibés suffit ; il n’est
même plus pratiqué de ligature autour du cou , avec un fil, pour em¬
pêcher le tampon d’obéir à son propre poids; dans la dernière séance
la moitié du tampon est tombée dix minutes après son application, pen¬
dant que le mouton mangeait, et quoiqu’il eût eu une déperdition de
substance à l’artère, l’hémorrhagie ne s’est pas reproduite.
Les avantages de la découverte d’une substance sûrement hémosta¬
tique seraient incalculables ; puissent MM. Talrich et Halma-Grand
réaliser les espérances qu’ils nous font concevoir ! Il n’en sera pas de
leur liquide comme de ces remèdes secrets qui perdent toute leur vertu
aussitôt qu’ils sont connus : ici les effets doivent être sensibles pour
qu’on en parle ; il arrête ou n’arrête pas l’hémorrhagie; il fait cicatriser
nu ne fait pas cicatriser l’artère : c’est visible. Or, bous devons avouer
que toutes les expériences faites sous nos yeux ont été tout-à-fait satis¬
faisantes.
Un fait récent de notre pratique nous force plus particulièrement
à reconnaître une vertu précieuse au topique dont il est question.
Nous avons été appelé la nuit dernière pour M. de Cr., jeune
homme de dix-huit ans, qui depuis vingt-quatre heures avait une hé-
(1 ) Cet instrument se vend chez M. Petit, pharmacien, à Paris, rue de la Jui-
verie, n° 3, pris le quai aux Fleurs. Son prix est de 7 à 15 francs, selon qu’il
est avec ou sans boîte et muni de scs accessoires pour les diverses espèces d’in¬
jections.
( *98 )
morrliagie d’une artère alvéolaire de la mâchoire inférieure , qu’aucun
moyen n’avait pu arrêter j le matin une dent molaire avait été arrachée,
et depuislors il avait perdu plusicurslivres de sang. En vain la compression
avait été exercée, en vainles applications de tampons imhibe's d’eau dcRa-
bel étaient-ils renouvelés à chaque moment, en vain l’application cons¬
tante de la glace j l’hémorrhagie continuait, et la bouche était sans cesse
pleine de sang et de caillots. M. Rullier, médecin de l’hôpital de la
Charité, qui donne habituellement ses soins à la famille, était sur le point
de pratiquer la cautérisation avec le fer rouge, car il était évident qu’au¬
cun autre moyen n’avait pu jusqu’alors arrêter l’hémorrhagie, lorsque
nous eûmes la pensée d’essayer le liquide hémostatique. On voulut bien
m’en confier une certaine quantité, et il fut immédiatement appliqué.
A neuf heures du matin, un tampon imbibé de ce liquide fut placé sur
l’alvéole qui donnait le sang, et im autre au bord externe de la mâ¬
choire inférieure ; ils furent maintenus avec les doigts quelques instans,
et sept minutes apres l’écoulement du sang était complètement arrêté.
Il y a maintenant vingt-quatre heures que l’application du liquide hé •
inostatiquc a eu lieu, l’hémorrhagie ne s’est point reproduite , quoique
nous ayons enlevé le tampon.
D’autres faits nous fourniront peut-être bientôt l’occasion de revenir
sur ce sujet important.
Le travail organique qui s’opère dans le vaisseau blessé et qui s’op¬
pose «à l’hémorrhagie est des plus remarquables. Il varie suivant la di¬
rection de la blessure. Plusieurs pièces anatomiques entièrement iden¬
tiques pour chaque genre de blessure nous ont été confiées. Leur impor¬
tance relativement à la cicatrisation des artères nous déterminera à les
faire reproduire par un dessin colorié que nos abonnés recevront.
— Précautions à prendre contre le choléra; manière simple
d’utiliser le chlore. — L’immense étendue de pays sur lequel le
choléra a rapidement exercé ses ravages en Europe doit faire craindre
son introduction en France. Magistrats, médecins, chimistes, tous doi¬
vent concourir aux mesures propres à diminuer l’intensité de ce fléau,
si nous sommes destinés à le subir : les uns par les mesures administra¬
tives, les autres par leurs conseils et leurs lumières.
Les causes principales qui hâtent le développement de la maladie
sont l'humidité et les exhalaisons de matières organiques résultant des
détritus déposés dans nos habitations pour être enlevés, des eaux ména¬
gères qui n’ont pas un écoulement facile, des puisards, des égouts, etc.
M. Paycn, dans un article inséré dans le Journal de Chimie médicale ,
recommande aux populations les précautions de la plus stricte hygiène.
La mesure la plus efficace pour éviter la fâcheuse influence de l’humi¬
dité consiste à enlever partout du sol des chambres, des paliers, des
( >99 )
marches des escaliers, etc., toute espèce de matière susceptible de s’im¬
prégner d’eau, telle que la terre, la'bouc, la poussière même, dut-on
employer le lavage pour enlever ces substances. Il est un moyen plus
efficace pour frapper d’innocuité tous les foyers visibles ou latcns d’é¬
manations animales , c’est le chlore, qui est incontestablement l’agent
le plus sûr d’assainissement que nous possédions : voici le procédé
simple que conseille M. Payen pour répandre ses bienfaits préservatifs
jusque dans le ménage le plus pauvre.
Ayez un vase en grès, une "fontaine ordinaire, un grand pot à beurre
ou une jarre à huile de la contenance de deux seaux ( environ vingt-
quatre litres), pour un grand appartement et une maison nombreuse, et
de moitié de cette capacité pour un plus petit ménage ; prenez deux livres
de chlorure de chaux en poudre pour les grandes fontaines et une livre
pour les plus petites ; délaycz-lcs en bouillie avec une égale quantité
d’eau , à l’aide d’un morceau de bois, puis achevez de remplir la fon¬
taine d’eau jusqu’à un pouce du bord. Vous aurez alors la solution du
chlorure de chaux qui vous servira à l’assainissement de votre maison.
Avant de l’employer, attendez que le dépôt soit formé et l’eau claire.
On puisera avec une tasse l’eau chlorurée, quand on en aura besoin ,
à moins qu’on n’ait fait placer au quart de la hauteur au-dessus du fond,
et par conséquent du dépôt, une cannelle en bois par où on pourra
l’avoir sans être trouble. On mettra dans les chambres habitées, et
particulièrement dans la chambre à coucher, une ou doux assiettes
pleines de la solution de chlorure, que l’on changera tous les deux jours.
On fera des aspersions journalières avec un ou deux verres de cette
solution, sur les points où quelque mauvaise odeur annonce la fermen¬
tation de matières organiques ; on pourra y laisser une assiette pleine
de cette solution.
Chaque individu parviendra facilement à s’environner d’une émana¬
tion continuelle de chlore : i° en trempant une fois en vingt-quatre heu¬
res, dans la solution, un vieux linge que l’on exprimera fortement et
que l’on enveloppera dans une cravate on fichu porté au cou; a° en se
lavant les mains dans la solution et les laissant sécher après les avoir
essuyées légèrement.
Un moyen facile de répandre une plus grande quantité de chlore
dans un endroit que l’on veut assainir promptement, consiste à tremper
de vieux linges dans la solution et à les étendre sur une corde dans cet
endroit.
La solution du chlorure, susceptible d’enlever des taches d’un grand
nombre de matières colorantes, peut, par cette raison, déteindre cer¬
taines étoffes ; il sera bien d’éviter d’en répandre dessus.
( 200 )
Lorsque toute la solution claire sera épuisée, on remplira d’eau la
fontaine en délayant le dépôt, puis on laissera déposer de nouveau pen¬
dant deux ou trois heures ; alors on soutirera toute la solution claire
dans un ou deux seaux; on jettera tout le dépôt ou marc resté dans la
fontainepuis on remettra dans celle-ci la même quantité de chlorure
neuf que la première fois, que l’on délayera de même, si ce n’est qu’au
lieu d’eau pure on emploiera l’eau soutirée du dépôt.
La dépense de ce moyen d’assainissement est très-minime; un
kilogramme de chlorure de chaux en poudre , de très-honne qualité (ti¬
rant de 90° à ioo° au chloromètrc de M. Gay-Lussac ), se vend en¬
viron 2 francs chez tous les pharmaciens ; cette quantité suffit dans un
ménage moyen, pour remplir deux fois la fontaine à chlorure, et donne
chaque fois environ douze litres ou soixante-douze verres de solution ,
dont trois seulement pourront être employés par jour; chaque solution
durera donc à peu près vingt-quatre jours. La dépense, par consé¬
quent, ne sera que de 1 fr. 25 cent, par mois, sans compter la valeur
de l’eau et du temps employés.
Il en coulerait le double pour une maison nombreuse occupant un
grand appartement ; mais dans ce cas, cette dépense, comparée à toutes
les autres, paraîtrait plus légère encore, et surtout en raison de l’im¬
portance de son objet.
— Surveillance de l’état sanitaire des hôpitaux. — Sur l’invita¬
tion du conseil supérieur de santé, l’administration générale des hôpi¬
taux a donné l’ordre à chaque médecin de marquer chaque jour, à la
lin de sa visite, sur une feuille expresse, s’il a des cholériques dans scs
salles. Ces feuilles sont envoyées chaque malin au ministère de l’in¬
térieur.
— Choléra-morbus de la Mecque. — Une lettre écrite par le con¬
sul général de France en Égypte à M. Félix Darcct, et communiquée à
l’Académie des Sciences, apprend qu’une maladie contagieuse, parais¬
sant avoir tous les caractères du choléra-morbus des Indes, a éclaté à
la Mecque, dans les premiers jours de mai, parmi les pèlerins venus
de toutes les parties de l’empire pour visiter les saints lieux. La mor¬
talité a été très-grande, et au moment où sont parties les nouvelles, le
mal continuait scs ravages et l’on portait à 12,000 au moins le nombre
des victimes. Les ordres sont donnés par le vice-roi d’Égypte pour que
les pèlerins qui voudraient revenir par ses états ne puissent y entrer
sans avoir fait une quarantaine rigoureuse qui assure qu’ils sont parfai¬
tement sains. Deux lazarets sont établis à cet effet aux deux points de
communication, qui sont Saez et Kosséïr.
( 20 » )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
INSTRUCTION GÉNÉRALE RELATIVE AU CHOLÉRA-MOnBUS,
PAR L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE (l).
Considérations générales.
Parmi les phénomènes les plus remarquables et les plus effrayans
du eholéra-morbus, qui occupe tant aujourd’hui les esprits, il faut in¬
contestablement placer le caractère extensif que la maladie affecte. Déjà
la presque totalité du continent d’Asie a été frappée. Une partie de
l’Europe se trouve à présent ou atteinte ou menacée immédiatement de
ce fléau, et le reste redoute vivement ses cruelles approches.
Après avoir étudié la marche, les symptômes, les caractères nécro¬
scopiques , le siège, la nature, le traitement et les terminaisons de cette
funeste maladie, l’Académie royale de médecine a spécialement porté
ses méditations pratiques sur les moyens de s’en garantir.
Dans cette partie, la prophylactique de la maladie, les devoirs et
les difficultés prennent une plus grande extension.
Les membres des autorités administratives, les hommes de l’art> les
citoyens eux-mêmes, tous auront des obligations à remplir et des pré¬
cautions à prendre. Ces obligations , ces précautions doivent nécessai¬
rement varier selon que les populations sont ou prochainement mena¬
cées de la maladie, ou actuellement atteintes.
Les conseils que l’Académie est appeléeà publier sur ce sujet se par¬
tageront donc en deux sections, selon qu’ils se rapporteront à la suppo¬
sition-dé la simple menace de la maladie, ou qu’ils s’appliqueront aux
cas d’invasion réalisée.
(t ) Membres de la commission chargée de la rédaction de F instruction. —
MM. Keraudrcn, président; Marc, Chôme!, Boisseau, Desportes. Dupuytren,
Pelletier, Louis, Desgencttes, Emcry,.M. Double, rapporteur.
Cette instruction forme la seconde partie du rapport de M. Double sur le clio-
léra-morbus; nos lecteurs connaissent déjà la première, par l’analyse qui a été
insérée dans le troisième numéro de ce journal.
L’Académie de médecine a, dans sa dernière séance, voté desrtmerciemens
à son digne rapporteur, qui s’est acquitté avec le plus remarquable talent de la
tâche difficile qui lui avait été confiée. On attendait beaucoup de M. Double, il
s’est tenu constamment à la hauteur de lui-même, du grave et important sujet
qu’il avait à traiter, et du corps savant dont il était l’organe. ( IV. du R. )
TOME I. LIV. r4
( 202 )
Ces conseils s’adresseront aussi successivement :
i® Aux magistrats de toutes les classes j
2° Aux médecins de tous les ordres ;
3“ Aux citoyens de toutes les conditions.
Ces conseils auront pour but de signaler en detail ce que chacun de¬
vra exécuter dans les limites de ses devoirs et de ses facultés , de scs
attributions et de ses moyens.
Hâtons-nous de le déclarer d’abord, la France , par bonheur, ne se
trouve encore ni dans l’une ni dans l’autre des conditions prévues par
le plan que l’Académie vient de se tracer.
Riches de la position géographique la plus avantageuse, d’un ciel
doux, d’un climat tempéré, d’un sol fécond, d’une heureuse distribu¬
tion de la propriété territoriale, d’une industrie universelle, d’une
instruction assez générale , et par cela même d’une hygiène publique et
privée qui laisse peu à désirer, les Français ont l’espoir d’être préser¬
vés de ce fléau.
En général d’ailleurs les probabilités et surtout les dangers de la pro¬
pagation du choléra par delà les limites des localités actuellement en¬
vahies vont toujours en diminuant. Le torrent semble se creuser un lit
moins large et moins profond à mesure qu’il s’étend plus au loin et qu’il
s’en prend à des populations plus éclairées, plus aisées et plus propres.
Que si, contre ces prévisions , la maladie venait à nous atteindre ,
tout porte à présumer qu’elle serait singulièrement amoindrie par les
conditions hygiéniques au milieu desquelles nous nous trouvons placés.
Rappelons en peu de mots ce qui eut lieu en i8i4eten 1815, pour
le typhus.
La maladie avait fait de grands ravages dans les deux armées, parmi
les vainqueurs non moins que parmi les vaincus. Les deux rives du
Rhin avaient particulièrement souffert. La maladie marcha, mais en
s’affaiblissant, jusque sur les bords de la Loire. Des soldats atteints du
typhus entrèrent en grand nombre dans nos hôpitaux. Beaucoup d’of-
liciers et beaucoup d’employés portèrent aussi la maladie dans les di¬
vers quartiers de la ville. Au moral plus encore qu’au physique, les
Français, les habitans de la capitale surtout, souffrirent avec impa¬
tience , avec irritation, la présence des armées d’occupation , et cepen¬
dant , au milieu de tant de circonstances fâcheuses , le typhus ne put
point prendre pied parmi nous. Il vint s’éteindre au milieu de l’ai¬
sance et de la propreté dont jouissent les habitans de la capitale et des
provinces du centre.
Il est d’autant plus à propos d’insister ici sur cette considération que
dans un grand nombre de circonstances, surtout depuis que la maladie
( 203 )
s’cst établie en Europe, le typhus constitue réellement une des périodes,
la période dernière du choléra. De tels faits ajoutent sans doute encore
aux chances que nous avons d’en être préservés.
Toutefois l’extension au loin du chole'ra-morbus, tel qu’il règne au¬
jourd’hui sur plusieurs points de l’Europe, est un fait incontestable.
Ce fait énorme reconnaît sûrement des causes qui lui sont propres ; et
la connaissance des causes de ce phénomène serait un immense bienfait
pour l’humanité.
Osons cependant l’avouer, la manière spéciale dont le choléra se
développe , la cause unique de son extension, nous sont entièrement
inconnues. C’est aujourd’hui, dans l’histoire générale de cette maladie,
le point le plus essentiel à éclaircir. C’est celui-là surtout qu’il faut
proposer aux investigations des savans de tous les pays. Sur les autres
questions qui se rattachent à la pathologie du choléra, l’observation ne
nous a pas entièrement laissés sans guides ni sans lumières. Nous
avons des notions, nous possédons des données qui sont propres à cette
maladie; mais quant au mode de transmission, à part de simples idées
générales, presque tout est encore à découvrir, presque tout est encore
à connaître.
En revanche, nous savons positivement que la réunion, le concours
d’une certaine série de circonstances favorisent singulièrement la mar¬
che désastreuse de ce fléau : telles sont les grandes et les fréquentes
variations atmosphériques, la chaleur et l’humidité combinées, et
quelquefois aussi le froid et l’humidité; les pluies abondantes et long¬
temps soutenues, la malpropreté, les agglomérations d’hommes, le sé¬
jour des malades dans des demeures étroites, mal aérées, difficilement
ventilées et encombrées de personnes et d’animaux. Or n’est-ce pas
évidemment dans ces données bien avérées qu’il faut chercher d’abord
la règle des mesures sanitaires à prendre?
D’autre part il semble assez constant que le choléra, surtout depuis
qu’il a été transplanté en Europe, s’est communiqué, dans certains cas,
à l’aide de foyers d’émanation au sein desquels la maladie s’était comme
concentrée, et par exemple à la suite de nombreuses agglomérations
d’hommes, et par l’entassement des malades dans des lieux malsains,
mal aérés, malpropres.
Il n’est pas moins certain que le choléra, à la manière de toutes les
grandes épidémies, s’est le plus souvent étendu, multiplié sous l’in¬
fluence de causes générales occultes, probablement répandues dans l’at¬
mosphère , et dont l’action délétère se trouve encore accrue, favorisée
par le concours des causes qui ont été énumérées plus haut.
Yoilà ce que les observations plivsiqtics et les observations mc’di-
«4-
( 204 )
cales apprennent de plus positif touchant les causes de l’extension du
choiera : c’est surtout dans ces limites qu’il convient de puiser les
hases de la conduite à tenir en fait de mesures sanitaires. C’est évidem¬
ment d’après le mode de transmission et de propagation de la maladie
qu’il faut e'tablir la nature des précautions à prendre.
Les quarantaines deviennent particulièrement utiles contre les mala¬
dies qui ont une période d’incubation constatée et une dure'e egalement
connue de transmissibilité', ainsi que cela a lieu pour la petite-ve'role,
par exemple; mais pour le choiera aucune observation ne montre que
la maladie ait une période d’incubation fixe, un espace de temps dc'tcr-
mine' pendant lequel la maladie garde la propriété de transmission, cl
au-delà duquel cette propriété s’c'teinl et se détruit. Les faits ne lui ont
pas non plus attribué une sphère d’action limitée : peut-on alors raison¬
nablement établir les mesures préventives aux mêmes degrés et suivant
les mêmes modes (pie si nous possédions les données qui nous manquent?
Dans les épidémies semblables à celle qui nous occupe, la maladie
elle-même n’est peut-être pas le fléau le plus redoutable. L’effet moral
exercé sur les populations et ses funestes conséquences ne sont pas
moins à craindre. Si l’on restreignait trop rigoureusement les relations
commerciales parles quarantaines; si l’on refoulait les populations sur
elles-mêmes à l’aide de cordons sanitaires ; si l’on agglomérait les ma¬
lades au moyen des lazarets, on précipiterait l’épouvante, la gêne et
la misère ; on multiplierait les élémens de production et les causes de
développement de la maladie, on aurait créé de nombreux foyers d’é¬
manations cholériques; et ces mesures, employées dans toute la bonne
foi du non-savoir pour préserver les peuples de la maladie, tendraient
directement au contraire à la produire, à la propager et à l’aggraver.
Dans les nombreuses épidémies du choléra que nous avons eu à mé¬
diter tant en Asie qu’en Europe, les malades placés sous des conditions
salubres sont visites, touchés, remués, changés, saignés, pansés sans
que le choléra se communique. Les médecins procèdent longuement et
avec les plus miniticuses recherches aux ouvertures des corps après
la mort, et ils ne contractent pas la maladie. De nombreuses expé¬
riences ont été faites dans le but d’éclaircir le mode de transmission
de la maladie : on s’est inoculé, on s’est injecté même dans les veines
du sang pris à des individus actuellement atteints du choléra ou qui
venaient de succomber à la maladie ; on s’est inoculé aussi des matières
muqueuses rendues par le vomissement et par les selles; on s’est frotte
la peau avec ces mêmes matières; on a couché avec des cholériques ou
dans les lits et avec les mêmes draps qu’ils venaient de quitter; on est
allé jusqu’à rcspiicr de très-près Phaleinc des moribonds, et toujours
sans conséquences fâcheuses.
( 205 ï
Loin de nous cependant la téméraire pense'e de proscrire d’utiles pré¬
cautions et de blâmer de sages mesures j au contraire, ccs précautions
utiles, ces mesures sages nous les appelons, nous les provoquons de
toute notre influence 5 mais dans l’intérêt du commerce et de la so¬
ciété , nous désirons que l’on sache tenir ces précautions et ccs mesures
dans de justes limites ; nous voulons surtout qu’elles soient appliquées
avec discernement, dirigées par des connaissances approfondies et surtout
par les lumières de l’expe'rience : elles profiteront alors aux populations
sans leur être à charge. Aux calamites individuelles, au malheur éven¬
tuel de la maladie elles n’ajouteront pas les calamites universelles, le
malheur infaillible de la misère, fléau plus redoutable encore que le
choléra.
C’est avec juste raison, c’est dans l’intérêt bien entendu de sa triple
responsabilité d’homme, de citoyen, de magistrat, que le ministère in¬
voque dans cette périlleuse circonstance les lumières le la science et les
enseigncincns de l’observation. Dans de telles conjonctures il ne suffît
pas d’avoir frappé fort, il faut surtout frapper juste.
CONSEILS AUX AUTORITES ADMINISTRATIVES EN CAS DE MENACE
DE LA MALADIE.
Quelle est la conduite à tenir par le gouvernement en cas de menace
de la maladie? que doit-il prescrire en cas d’invasion ?
Une mesure que la prudence commande avant tout, c’est de faire
observer médicalement et avec le plus grand soin les pays limitrophes,
afin de connaître en toute exactitude et à chaque instant ce qui s’y passe
par rapport à l’c'tat sanitaire en général et par rapport au choléra-mor-
bus en particulier. Les journaux débitent, sans examen et sans critique,
des nouvelles qui n’en sont pas moins alarmantes, encore que le lende¬
main vienne démentir ce qui a été affirmé la veille. Trop souvent ils en¬
flent les désordres, afin d’ajouter à l’intérêt du récit.
Pour parer à d’aussi graves inconvéniens, des médecins éclairés et
prudens devraient être momentanément attachés aux ambassades, ainsi
qu’aux grands consulats des pays voisins déjà soupçonnés ou même
suspects. Une mesure semblable prise de suite serait de la plus grande
utilité. Par la correspondance quotidienne de ces médecins, le gouver¬
nement recevrait des documcns auxquels on pourrait donner d’autant
plus de confiance que le choix de ces médecins aurait été plus judicieu¬
sement fait. Un tel choix ne doit donc pas être abandonné à des hommes
étrangers à la profession médicale. Avec un gouvernement constitu¬
tionnel, où la responsabilité des ministres doit être aussi une vérité
( 206 )
pratique, avec le système électif qui nous régit, les corps savans qui
réunissent les connaissances nécessaires pour bien juger devraient être
exclusivement consultés dans ces circonstances.
Des conseils de salubrité seront institués dans les départemens, sur¬
tout dans les contrées limitrophes des pays infectés ou suspects. La
France trouvera dans cette mesure un nouveau moyen d’observation
et une autre source de garanties. Que le gouvernement dispose par
avance les lieux d’observation , les dépôts à établir en cas de maladie
réelle : pour lui c’est un devoir de le faire, et pour nous une obligatiou
de le Conseiller. Quand le besoin pressant des lazarets et des quaran¬
taines se fera véritablement sentir, il ne faut pas être "pris au dé¬
pourvu.
C’est tout naturellement par la force même des choses que ces di¬
verses précautions seront portées d’abord sur quelques-unes de nos
frontières. Il faut que là les cordons sanitaires soient vigilans, com¬
pactes, complets et rigoureusement sévères; mais, à ce sujet, les pré¬
visions de l’Académie doivent être poussées assez loin. Une conviction
intime et un assentiment unanime nous engagent à déclarer que c’est
seulement sur les limites frontières des états atteints ou même sim¬
plement soupçonnés, que devront s’établir et se concentrer les mesures
préventives des cordons sanitaires. Appliqués à l’intérieur, ces moyens
de séquestration seraient inutiles et dangereux. Il faut nous séquestrer
des nations étrangères qui pourraient nous appporter le choléra ; mais
si la maladie se déclarait entre nous, secourons-nous mutuellement et
en véritables frères, au lieu de nous abandonner les uns les autres.
Si, malgré les mesures prises aux frontières, la maladie arrive jus¬
qu’à nous, elle nous aura gagnés par voie épidémique, et alors les
moyens hygiéniques seront admissibles; tous les moyens de séquestra¬
tion seraient inutiles. Les cordons sanitaires sur les frontières auront un
véritable caractère d’utilité, et une assez grande facilité d’application,
sans présenter les désastreux inconvéniens qu’ils entraîneraient s’ils se
resserraient, s’ils se circonscrivaient vers l’intérieur, et si l’on séques¬
trait un département des autres départemens, une ville d’une autre
ville, ou même un quartier d’un autre quartier. On a vu à Varsovie et
dans les environs des exemples frappans de toutes les conséquences
qu’entraînaient ces vaines séquestrations de ville à ville, de bourg à
bourg, et de famille à famille.
Les malades atteints du choléra veulent être disséminés sur de grands
espaces et placés dans des lieux élevés, secs et largement ventilés. Que
l'administration prenne scs précautions d’avance; chaque ville menacée
devra avoir un ou plusieurs hôpitaux de cholériques, suivant sa po-
( 2°7 )
pulation. Mieux vaudrait encore c'tablir ces malades dans des bara¬
ques ou même sous des tentes, si la saison pouvait le permettre. Ces
e'tablissemens, quels qu’ils soient, seront places sur des lieux éleve's,
loin des grandes évaporations des rivières ou des lacs, au milieu d’une
végétation largement aérée, sur un terrain entièrement exempt d’hu¬
midité, et assaini d’ailleurs par tous les moyens possibles.
Et comme les exemples de rechutes sont fréquens, surtout quand les
malades restent placés au milieu des influences capables de développer
la maladie, il sera essentiel d’avoir des maisons de convalescence , des
lieux de refuge en faveur des individus trop réccmmmcnt guéris pour
retourner dans le sein des familles ou pour rentrer dans l’intérieur des
cités. 11 faut qu’il s’écoule tin ceriain laps de temps entre le moment
ou le convalescent quitte le foyer d’émanation au sein duquel sa maladie
s’est passée et le moment où il ira se mêler au reste de la société.
A titre de prévision générale, le régime des hôpitaux, l’intérieur des
maisons de détention, les grands ateliers de manufactures, les collèges
et les grands pensionnats, l'hygiène spéciale des troupes, exigent plus
de surveillance que de coutume. Que dans les salles des hôpitaux les
lits soient plus largement espacés, et que la propreté s’y trouve plus
soigneusement entretenue; que l’on y interdise sévèrement les lavages
à grande eau des planchers carrelés : l’humidité qui en résulte devien¬
drait pernicieuse; que l’on diminue l’encombrement et qu’on augmente
l’assainissement des diverses maisons d’arrêt; que l’on défende tout
entassement d’ouvriers dans les ateliers ; que les casernes soient sur¬
veillées ; que les soldats se baignent aussi fréquemment que possible ;
qu’on leur donne de bonne heure le pantalon d’hiver; qu’on les fasse
changer fréquemment de linge de corps ; qu’on leur distribue un peu
de vin; qu’ils mangent un peu plus de viande et un peli moins de lé¬
gumes; que l’on attache encore plus de vigilance, si faire se peut, à la
santé générale des corps de troupes qui formeront les divers cordons
d’observation. Toutes ces précautions auront les plus heureux résultats.
Parmi les divers points d’hygiène publique qui réclameront des me¬
sures spéciales, dans la supposition de la simple menace du choléra,
nous signalerons les lieux d’aisances, les égouts, les puits; et dans les
campagnes les fosses à fumier. La police sanitaire devrait prendre des
précautions telles que durant l’épidémie, si elle arrive, aucune opéra¬
tion de vidange, aucune entreprise de nettoyage d’e'gout, aucun travail
de curage de puits ne doivent avoir lieu; ces différens travaux, inca¬
pables sans doute de produire la maladie quand elle n’existe pas,
pourraient l’accroître et l’aggraver si elle existait.
Les lieux où l’on fait pourrir les fumiers dans les campagnes, et
( 208 )
même dans les faubourgs de Paris, devont egalement attirer l’attention
des administrations sanitaires. Conside're'e sous le rapport de la pro¬
preté’ generale et de l’hygiène publique, cette partie de notre économie
rurale appelle de grandes ameliorations. Le meilleur moyen de remédier
à l’insalubrité' des fosses à fumier consisterait à les encaisser suffisam¬
ment sur la presque totalité de leur périmètre, de telle sorte que leurs
eaux, partput élevées à une hauteur égale , ne pussent jamais, en été
surtout, laisser à découvert le fond vaseux de leurs bords, toujours
faiblement inclinés et indéfiniment prolongés.
Les étangs, les marais, les rivières, le rouissage des chanvres, les
eaux ménagères, doivent, en cas d’épidémie, attirer plus que jamais
la sollicitude de la police sanitaire.
Il y aura plus d’un avantage à dépenser un peu moins en construction
et entretien de lazarets , en établissement de quarantaines, en organisa¬
tion de cordons sanitaires, en appointemens de directeurs, d’adminis¬
trateurs et d’employés de la santé publique, et à dépenser, au contraire,
davantage en améliorations de la salubrité, tant publique que privée.
Le travail modéré a été en tout temps une raison de se bien porter :
dans cette circonstance, le travail qui aura pour premier résultat de
procurer de l’aisance dans les classes laborieuses sera un bon préser¬
vatif du choléra; il le sera bien plus encore si ce travail a pour objet
d’ajouter à la salubrité générale : dans ce sens l’Académie engage les
autorités locales à faire exécuter de suite des travaux d’utilité générale
et de salubrité publique ■parmi les populations malaisées.
L’administration devra veiller aussi à ce que les demeures des pau¬
vres soient garnies d’un nombre suffisant d’ouvertures, et qu’elles puis¬
sent être convenablement assainies.
De tous les modes de transmission mis en avant par rapport au
choléra, le myde épidémique est le plus commun et le plus évident :
il est par conséquent raisonnable de diriger vers ce point quelques-unes
des précautions à prendre.
La communication du choléra, par les personnes, par les malades,
donne également à juste titre de graves sujets de crainte. C’est aussi
envers de telles circonstances qu’il faut appliquer les mesures sanitaires
à prendre.
L’estension de la maladie au moyen des effets, des marchandises,
est de tous les modes le plus contestable et le moins avéré; il n’est pas
juste de porter sur ce point tontes les vues administratives. D’ailleurs
des mesures excessives dirigées contre les marchandises auront l’iné¬
vitable inconvénient d’offrir de nouveaux appâts à la contrebande, et
par conséquent de la favoriser et de l’accroître. Or la contrebande qui
( '-iog )
se compose naturellement de personnes et de choses, c’cst-à-dire des
individus qui la font et des marchandises en faveur desquelles elle est
faite, la contrebande deviendra nécessairement un des plus funestes
moyens d’extension du choiera.
Il sera spécialement urgent de dresser, par rapport au choiera en
particulier, une nouvelle se’rie distributive des marchandises suspectes
ou susceptibles , comme dit l’ordonnance de septembre 1821. Chaque
maladie communicable a des lois spéciales de transmission; chacune
doit avoir aussi une série differente d’objets à l’aide desquels elle
s’étend plus facilement. Les objets déclarés suspects par rapport à la
peste pourraient bien ne pas l’être au même degré ou même ne pas
l’être du tout, quand il s’agit du choléra. Ajoutons que les tableaux an¬
nexés à l’ordonnance de 1821, considérés même abstraction faite du
choléra, présentent des bizarreries, des anomalies que les sciences phy¬
siques et chimiques réprouvent, et qu’il est indispensable de faire dis¬
paraître.
CONSEILS AUX AUTORITÉS ADMINISTRATIVES EN CAS D’iNVASlON DE LA
MALADIE.
Après ces conseils à l’autorité, applicables tous à la simple circon¬
stance de la menace du choléra, disons ce qu’il lui serait urgent de faire
si la maladie venait à régner parmi nous.
Assurer une juste distribution des secours de l’art parmi les individus
des classes peu aisées.
Veiller surtout à ce que les malades soient visités, secourus à temps:
ici tout le succès dépend des moyens que l’on aura mis en usage dès
les premiers instans de l’invasion de la maladie.
Empêcher que plusieurs cholériques soient réunis dans la même
chambre ou même dans un appartement étroit, mal aéré et encombré
d’ailleurs d’autres personnes même bien portantes.
Surveiller avec une vigilance extrême la propreté des nies , le ba¬
layage et le lavage des marchés , l’assainissement des boucheries, la
purification des égouts ; faciliter aux indigens les moyens de se baigner
assez souvent, deux fois par mois, par exemple, et aussi les moyens de
changer convenablement de linge de corps; toutefois il faut leur re¬
commander d’user de précautions et par rapport aux bains et par
rapport aux changemens fre'quens de linge, de telle sorte que ni l’un
ni l’autre de ces moyens ne laisse sur le corps d’humidilé prolongée.
Défendre en général toutes les réunions nombreuses , toutes les
grandes assemblées, quel qu’en soit le motif. L’expérience a prouvé que
( 210 )
les rasscmblemens considérables avaient pour résultat d’accroître et
d’aggraver la marche de l’épidémie.
Changer provisoirement l’organisation et la distribution des marchés.
Il faudra surtout les diviser, les multiplier beaucoup, et les faire tenir
de préférence tout près des barrières, et dans des lieux largement
aérés.
Évacuer toutes les casernes situées dans l’intérieur des villes, et faire
camper les troupes dans des positions salubres et à des distances con¬
venables.
Supprimer les entraves des octrois et les convertir en commissions
sanitaires d’approvisionnement.
Faire purifier les chambres où il y aura eu des malades, soit à l’aide
des lotions de chlorure, soitpar le moyen de fumigations guytonicnnes.
Régler spécialement les inhumations d’après les avis des gens de
l’art. Il faudra se tenir dans de justes limites entre les inhumations trop
précipitées et les inhumations trop long-temps retardées; les premières
seraient dangereuses aux individus, dans une maladie où la mort arrive
si brusquement, et souvent au milieu de syncopes qui peuvent plus ou
moins long-temps simuler la mort; les autres pourraient devenir fu¬
nestes pour les populations, au milieu d’une épidémie où l’expérience
apprend que chaque, malade peut, dans des circonstances données,
devenir un véritable foyer d’émanations putrides. Les règles à tracer
en pareil cas doivent varier suivant l’intensité de l’épidémie, et aussi
suivant la période à laquelle l’épidémie est arrivée. La conduite peut
être différente à l’invasion de l’épidémie, pendant sa plus grande force
et à son déclin; elle peut varier encore dans ces momens de recrudes¬
cence ou d’affaiblissement que l’on observe quelquefois dans la marche
générale de l’épidémie, indépendamment même des variations lices aux
époques que nous venons d’indiquer. Dans tous les cas, ce sera une
sage précaution que celle de répandre de la chaux sur les corps placés
dans leur cercueil.
Il sera sage de pourvoir aux subsistances générales en cas d’invasion
prochaine de la maladie. Il sera surtout prudent de donner, sur ce
point, garantie et sécurité aux populations nombreuses des grandes
villes.
CONSEILS AUX MÉDECINS EN CAS DE MENACE DE LA MALADIE.
Les épidémies sont, dans l’histoire médicale des peuples, des éve'nc-
mens graves. Il faut en recuillir l’histoire, il faut en perpétuer le sou¬
venir, afin que les tristes leçons de ces calamités ne soient pas perdues
pour les générations qui suivent.
( 211 )
Autres seront les devoirs des me'decins par rapport aux populations
menace'es, autres seront leurs obligations.vis-à-vis des populations
atteintes.
Dans ces temps d’inquiétude où les citoyens sont sans cesse en crainte
de l’invasion épidémique, le médecin, toujours calme, doit se livrer à
l’étude approfondie de cette maladie, afin que, si les dangers se réalisent,
il n’entre pas tout neuf dans la carrière que lui ouvrirait le choléra ré¬
gnant avec plus ou moins de fureur. Les temps d’épidémies sont des
jours de frayeur et de désordre j tout se fait alors avec précipitation,
tout s’y passe dans le tumulte et la consternation. C’est dans les momens
de calme parfait qu’il faut se préparer à ces agitations ) en toutes choses
il est avantageux que l’observateur possède quelques notions anticipées
des objets qui doivent passer sous ses yeux. Nous étudions avec plus
de fruit les phénomènes dont nous sommes avertis par avance. Ceux qui
nous arrivent à l’improviste nous éblouissent, nous échappent souvent-
Parmi les ouvrages sur le choléra épidémique que l’Académie pour¬
rait indiquer comme les plus utiles à méditer, elle citera le Traité d’An-
neslay, celui de Jameson, celui de Turnbull Christie, l’ouvrage de
Lichtenstadl, les quatre décades d’observations de MM. Marcus et
Jachnichen; et comme ces divers traités publiés en anglais, en alle¬
mand, n’ont pas été traduits dans notre langue, l’Académie n’hésite
point à recommander la lecture du rapport qu’elle a rédigé sur ce sujet,
d’après l’invitation du gouvernement. Malgré les utiles travaux de
M. Deville-, de M. Keraudrcn, de M. Larrey et de quelques autres ,
sur le choléra, les médecins français, qui n’ont eu que peu d’occasions
d’observer eux-mêmes la maladie, n’avaient publié rien de complet sur
ce sujet. On sait que jusqu’à présent, parmi les médecins français, à
peine s’il en est quelques-uns qui aient eu l’occasion d’observer eux-
mêmes la maladie.
Le médecin qui aura quelques craintes fondées de l’invasion pro¬
chaine du choléra au milieu des populations dont la santé lui est con¬
fiée devra se livrer en même temps à une étude plus approfondie des
conditions topographiques au milieu desquelles il se trouve placé, il
cherchera à connaître, dans tous leurs détails statistiques, les élémens de
la population au milieu de laquelle il exerce. Plus tard, à l’aide de
ces données préliminaires, il pourra fixer le nombre des malades com¬
paré à la population totale, et le nombre des morts relativement au
nombre des malades. Il déterminera les classes, les professions, les
sexes, les âges, les constitutions qui ont été épargnées ou atteintes ,
guéries ou victimes.
A l’aide des notions statistiques préliminaires, il ne confondra pas,
( )
avec les individus réellement atteints de choléra, le nombre des mala¬
des de diverse nature qui, durant les saisons pareilles de l’année , se
manifestent ordinairement dans la contrée. Il distinguera aussi sur les
listes de mortalité les quantités de morts arrivées à la suite du choléra,
du nombre de décès qui, aux mêmes époques de l’année et dans les
temps ordinaires, viennent frapper les habitans du pays à la suite de
maladies diverses.
Le médecin s’attachera à pousser fort loin ce genre d’études de topo¬
graphie et de statistique médicales. Dans le nombre des utiles consé¬
quences qui résulteront de cet ordre de travaux, il s’empressera de si¬
gnaler aux autorités administratives les améliorations que réclament,
dans cette circonstance toute particulière, l’hygiène publique et l’hygiène
privée j il s’assurera de l’état sanitaire de toutes les nombreuses réu¬
nions de personnes ; il veillera à ce que les hôpitaux, toujours propre¬
ment tenus, ne soient jamais encombrés ; il dirigera l’administration
locale dans le choix d’un lieu convenable , où l’on placerait les choléri¬
ques qui ne voudraient pas ou qui ne pourraient pas être traités à domi¬
cile j il tâchera aussi de faire disposer par avance une maison de conva¬
lescence ; il surveillera particulièrement les mouvemens journaliers des
hôpitaux; il visitera plus soigneusement les maisons d’arrêt et de dé¬
tention, les casernes, les collèges , les grands ateliers.
Il deviendra d’une haute importance d’e'tudier l’état sanitaire des dif¬
férentes espèces d’animaux avant l’épidémie, pendant sa durée et après
sa cessation. Ou notera les différences que pourraient présenter les ani¬
maux fixés dans le pays et ceux qui n’y sont que de passage. Mais on
étudiera plus particulièrement les maladies des animaux domestiques,
de ceux surtout qui partagent avec l’homme les travaux de l’agricul¬
ture , et qui constituent une grande portion des richesses de l’économie
rurale.
CONSEILS AUX MÉDECINS EN CAS D’iNVASION DE LA MALADIE.
C’est surtout dans la supposition de l’invasion de la maladie que les
obligations du médecin prennent un caractère grave.
Le médecin usera de toute l’influence que donnent le savoir, la con¬
sidération et les fonctions de sa profession, pour agir sur le moral des
familles dont la confiance lui est acquise. Il les éclairera sur les dangers
véritables de la maladie, sur les précautions qu’il est réellement utile de
prendre pour se préserver, et sur les moyens qu’il est nécessaire d’em¬
ployer pour se guérir.
En général, quand on se trouve appelé à ctudicr une épidémie , on
( *i3 )
ne serait pas excusable si on négligeait de recueillir un certain nombre
d’observations particulières. Ces observations doivent être nombreuses,
variées, complètes. Elles présenteront des faits isolés de la maladie,
considérée dans la durée totale de l’épidémie , dès son début, pendant
sa plus grande force et à sa fin. Elles embrasseront aussi les divers modes
de terminaison que l’épidémie a offerts. Avec la guérison elles feront
connaître les méthodes de traitement qui ont le.mieux réussi, à chaque
époque de maladie considérée en général. Avec la terminaison fatale,
elles donneront les résultats généraux des lésions cadavériques, obser¬
vées aussi aux différentes époques de l’épidémie, c’est-à-dire à son inva¬
sion , vers son milieu , et lors de son déclin.
Placé en face de la maladie qui se manifeste , le médecin cherchera
d’abord à fixer l’époque de son apparition et à préciser le moment de
son développement; il remontera au premier individu véritablement
atteint, et il s’assurera des circonstances sous l’influence desquelles cet
individu aura été frappé ; il observera ainsi, avec un soin particulier, les
premiers malades atteints par l’épidémie ; il s’informera si la maladie
existe dans tout le voisinage ou si le génie épidémique ne se montre
que dans certains endroits ; il cherchera à découvrir les conditions ma¬
nifestes de ces différences.
Il faudra suivre ainsi les progrès du mal chez tous les malades qui
auront été successivement atteints et dans les circonstances diverses de
localités, de rapproebemens, de relations, de communications qui au¬
ront pu servir à l’extension de la maladie. On dressera en quelque sorte
la carte géographique de la maladie; on tracera son itinéraire ; on dres¬
sera sa généalogie, de manière à la suivre pas à pas depuis les pre¬
miers faits jusqu’aux derniers, et depuis ses plus légères impressions
jusqu’à scs plus désastreux ravages.
On s’attachera à établir comparativement la topographie médicale
des lieux où la maladie a pris naissance , la topographie des pays où
elle s’est plus facilement établie, et la topographie des contrées voisines
que le choléra n’a pu atteindre.
On cherchera à connaître les conditions et les causes de ces diffé¬
rences sous les trois points de vue qui suivent :
i” Les pays qui ont été violemment et itérativement atteints;
2° Les lieux qui n’ont été que partiellement et passagèrement attaqués;
3° Les contrées qui ont été complètement préservées, soit d’une ma¬
nière fortuite, soit par l’effet de quelques mesures sanitaires.
Parmi les points qu’il faudra chercher à éclaircir, nous désignerons
les suivans :
( 2.4 )
Qu’arrive-t-il quand on est placé loin du centre d’action de la ma¬
ladie , hors de la sphère d’activité des causes qui l’engendrent?
Un individu atteint du choléra, transporté au loin, peut-il transmet¬
tre la maladie à d’autres personnes au milieu de conditions d’ailleurs
généralement salubres ?
Dans le cas d’affirmative, quelles sont les circonstances qui favorisent
cette transmission ? quelles sont au contraire celles qui la retardent ou
qui l’empêchent?
Un individu bien portant, par cela seul qu’il a vécu au milieu de
populations malades, peut-il, en voyageant, transporter avec lui la
maladie? Quelles sont les conditions connues qui augmentent ou qui di¬
minuent cette faculté de transport?
Des personnes qui n’auraient fait que traverser le pays où règne le
choléra, et qui n’en auraient pas été atteintes, peuvent-elles se charger
des émanations de la maladie et la transmettre ainsi à d’autres pays ?
Un individu en proie au choléra qui règne, transféré loin du foyer
où la maladie a pris naissance, acquiert-il pour lui-même des chances
de guérison plus nombreuses que s’il fût resté dans les lieux où il a été
Une famille, un corps de troupes, une réunion quelconque de per¬
sonnes parmi lesquelles le choléra règne, parviennent-ils à so dé¬
barrasser plus vite du fléau en s’éloignant du lieu où la maladie les
avait atteints ?
Dififc'rens objets ayant immédiatement servi aux cholériques, tels que
couvertures , matelas, linge de corps, tissus, vêtemens et autres , por¬
tés loin du foyer de la maladie, conservent-ils plus ou moins long¬
temps la faculté de transmettre le choléra aux personnes qui se servi¬
raient de ces objets, ou qui auraient seulement l’occasion de les
manier?
D’autres objets portés, touchés, gardes par les malades, comme
bijoux, meubles, livres, papiers, peuvent-ils transporter la maladie
loin de son foyer d’action et en dehors des circonstances capables de
donner naissance à un nouveau foyer?
Des substances animales, végétales, minérales, les matières alimen¬
taires et autres, étant seulement restées dans le pays où règne la maladie
et sans avoir été immédiatement touchées par des malades, peuvent-
elles transmettre au loin la maladie?
Les animaux vivans, soit domestiques, soit de basse-cour, qui ont
séjourné dans le pays où règne le choléra, peuvent-ils, en changeant
de place, emporter avec eux la propriété de transmettre la maladie ?
La solution de la plupart de ces questions, liâtons-nous de le dire ,
est ardue, et les tentatives pour les résoudre seraient pc'rilleuses : aussi
devra-t-on pour celles-là se contenter de recueillir et de mettre à profit
les circonstances fortuites qui, nées durant le cours de la maladie ré¬
gnante , soit de généreux dévouemens, soit d’aventureux calculs, pour¬
raient fournir à cet égard de précieux documens.
Il est une autre série de questions que l’on pourra plus facilement
résoudre, et dont les essais de solution restent sans aucun danger.
On recherchera si les occasions des grands rassemblemens ont favo¬
risé l’extension de la maladie ; on examinera comment la maladie s’est
conduite envers les habitans de communes différentes, à la suite d’une
foire, d’un marché, d’une fête publique.
A quelle époque le choléra a-t-il paru dans le pays et combien de
temps y a-t-il régné ?
Après avoir quitté entièrement un pays, y a-t-il quelquefois reparu,
et sous quelles particularités s’y est-il présenté ainsi une seconde fois ?
Quel était l’état général de l’atmosphère quelque temps avant l’appa¬
rition de la maladie , puis pendant son règne et ensuite à l’époque de
sa cessation? Donner le résumé des observations barométriques , ther¬
mométrique et hygrométriques dans ces intervalles. Des observations
électrométriques, si on pouvait en réunir, auraient aussi une haute
importance.
Quelles directions le choléra semblait-il disposé à suivre par rapport
aux plages de l’horizon en traversant le pays ?
Pendant le règne du choléra a-t-on remarqué qu’il y eût des condi¬
tions , des personnes plus sujettes que d’autres à scs attaques, et alors
quelles étaient les circonstances de profession, de régime, d’habitudes,
d’âge, de sexe, de fortune, qui secondaient ou qui contrariaient l’inva¬
sion de la maladie ?
Y a-t-il une période de la maladie en particulier, y a-t-il une époque
de l’épidémie en général où l’extension soit plus facile et plus prompte ?
Cette faculté d’extension a-t-elle semblé s’établir en raison directe de la
violence de la maladie générale ?
A-t-on quelque raison de décider si la maladie s’est étendue toujours
par voie épidémique ou si elle s’est propagée par des émanations autour
des malades, par migrations des personnes ou par le transport des mar¬
chandises?
A-t-on remarqué que le choléra exerçât quelque influence sur les
maladies intercurrentes répandues dans le pays, et quelle était cette
influence ?
( 2>6 )
Quelles sont les données relatives au nombre des malades par rapport
à la population, et à la proportion des gue'risons et des morts par rap¬
port à la totalité des individus atteints ?
Quelle est la méthode de traitement qui a plus généralement réussi?
Quelles modifications fallait-il apporter dans le traitement aux diffe¬
rentes époques de l’épidémie, à son invasion, à son plus haut période
et à son déclin, et aussi dans ces momens où l’on sait que l’épidémie
cholérique, indépendamment des périodes du temps que nous venons
d’assigner, présente des mouvemens soit d’exacerbation, soit d’affai¬
blissement qui déconcertent les observateurs les plus attentifs?
Entre les malades qui ont reçu les secours de l’art et ceux qui ont été
livrés aux simples efforts de la nature, quelle a été la différence dans
le nombre proportionnel des morts et des guérisons, d’abord; et aussi
la différence de la promptitude et de la stabilité de la guérison ?
A-t-on pu se former une opinion arrêtée sur les effets généraux de
l’opium, du calomel, du sulfate de quinine, du sous-nitrate de bismuth,
du musc, de l’huile de cajeput, de l’ammoniaque, et de quelques autres
substances médicamenteuses?
La saignée, en général, a-t-elle produit de bons effets, et, dan$ le
nombre des individus soumis à la saignée, en est-il beaucoup dont le
sang n’a pas pu couler? Sous l’influence de quelles circonstances ce
phénomène a-t-il été remarqué?
A-t-on entendu dire que, dans le pays, les médecins ou les gens du
monde aient eu recours avec succès à quelque remède nouveau ?
Quelles ont été les suites les plus ordinaires de la maladie quant à
ses effets consécutifs sur les diverses constitutions, dans les cas graves,
lorsque la maladie ne s’est point terminée par la mort?
Y a-t-il eu des exemples de rechute ou de seconde attaque après une
guérison bien établie ?
Peut-on déterminer si la maladie, par son influence générale, paraît
laisser sur les constitutions des individus quelque modification impor¬
tante ?
Quels sont les résultats généraux des ouvertures des cadavres, faites
aux diverses époques de la maladie en particulier et en général, et enfin
dans les différentes périodes d’intensité de l’épidémie ?
Dès qu’un exemple de choléra épidémique se présente à l’observation
médicale, l’homme de l’art doit en avertir l’autorité compétente et pro¬
voquer en même temps l’avis consultatif de quelques-uns de ses con¬
frères. Cette mesure, toute dans l’intérêt de la science et de l’humanité,
sera prise sans bruit et sans éclat. Mais que le médecin, poussé par un
excès de zèle, ne se hâte pas trop de déclarer l’existence du choléra épi-
( )
démique. Qu’il sc tienne sévèrement en garde contre toute méprise. Des
coliques et des diarrhées violentes, des irritations gastro-intestinales
qui régnent fréquemment durant les constitutions automnales, cl qui,
pour offrir quelques analogies avec le choléra, ne sont cependant pas le
choléra, pourraient facilement induire en erreur. On sait assez que les
anxiétés épigastriques, les vomissemens, la diarrhée et même les con¬
tractures des membres se joignent à des degrés légers, il est vrai, aux
maladies que nous venons d’énumérer.
Il ne faudrait pas non plus confondre le choléra épidémique avec le
choléra sporadique ou indigène, si l’on peut s’exprimer ainsi : celui-ci,
que l’on observe presque partout en même temps que les maladies de
l’c'té et de l’automne, est moins aigu, moins grave et moins funeste;
surtout il ne sc communique jamais d’individu à individu, et il n’at¬
taque qu’un très-petit nombre de personnes à la fois.
Le tableau de la symptomatologie du choléra qui nous occupe peut
être résumé ainsi, les médecins le reconnaîtront facilement à ces traits .-
Douleurs et anxiétés épigastriques, vomissemens répétés, selles fré¬
quentes ; les matières rendues, composées d’abord de substances nouvel¬
lement ingérées, se montrent bientôt fluides, blanchâtres, floconneuses ;
crampes violentes aux extrémités supérieures et inférieures, refroidisse¬
ment du corps, matité du ventre, suppression d’urines, la peau des
extrémités, et des pieds surtout, pâle, humide et ridée; langue molle,
humide et froide; expression spéciale des traits, décomposition de la
-face, visage hippocratique, respiration à peine sensible, affaiblisse¬
ment et disparition du pouls.
Quant à ce qui concerne le traitement, on peut dire qu’en général,
dans la première période de la maladie, celle qui est caractérisée parle
refroidissement de la surface du corps et parla concentration de la vie à
l’intérieur, on doit conseiller les frictions, soit sèches, soit composées;
le rayonnement du calorique à l’extérieur par tous les moyens disponi¬
bles , les bains de vapeur, les divers excitans de la peau, les ventouses,
les sinapismes, les vésicatoires, etc.
C’est aussi pour ranimer la circulation à la circonférence que, chez
les individus jeunes et fortement constitués, on a heureusement employé
la saignée dès l’imminence et le plus près possible de la période d’inva¬
sion de la maladie.
Dans cette même période on placera avec avantage, à titre de moyens
internes, les toniques diffusibles que la tolérance de l’estomac pourra
permettre; les huiles aromatiques combinées et unies au laudanum;
l’étlier, l’ammoniaque, la poudre de S. James, celle de Dower.
L’altération spéciale des muqueuses gastro-intestinales a été combat¬
tue parle calomel, la rhubarbe, l’aloès, la magnésie, en les isolant,
en les combinant, en les donnant suivant les indications fournies par les
individualités.
A la période nerveuse, à la tendance typhoïde et meme aux muta¬
tions , aux transformations du choiera en typhus, on a opposé le quin¬
quina, le musc, la valériane, le bismuth, le camphre, l’c'thcr, l’es¬
sence de menthe, l’huile de cajeput et la série des moyens à l’aide des¬
quels on traite les typhus en général.
Dans le but d’attaquer isolement les divers symptômes dominans de
la maladie, on a donné :
Contre les vomissemens, les boissons froides, la glace, la potion de
Rivière, l’opium.
Contre la fréquence des selles, les injections de laudanum dans le
rectum, les frictions aromatiques sur l’abdomen.
Contre les douleurs et les contractures des muscles, les frictions avec
l’huile de térébenthine, l’huile de cajeput; et ces moyens ont paru d’au¬
tant plus efficaces qu’ils tendaient à la fois et à réchauffer, ranimer les
surfaces refroidies de la peau, et à remédier à l’altération de l’innerva¬
tion si remarquable dans cette maladie.
Du reste, pour la description aussi bien que pour le traitement de la
maladie, l’Académie a cru devoir se refuser à de plus amples détails ;
elle renvoie le lecteur à ce qu’elle a publié sur ce sujet dans son rap¬
port.
Elle doit insister encore sur la nécessité d'employer les moyens thé¬
rapeutiques dès les premières approches du mal. A cet égard, les mé¬
decins s’entendront entre eux; ils s’entendront aussi avec l’administra¬
tion pour se multiplier sur tons les points, de telle sorte que les malades
trouvent toujours facilement les secours dont ils auront besoin.
Pour hâter eu particulier l’assistance que réclament les personnes de
la classe peu aisée ou indigente, il y aimait tout avantage.à augmenter
le nombre des médecins et des chirurgiens attachés aux bureaux de
bienfaisance;’ il serait même bon que cette mesure fût mise de suite à
exécution.
II serait souhaitable que tous les médecins voulussent s’astreindre â
constater exactement la nature de la maladie, à la suite de laquelle ar¬
rive le décès quand a lieu cette issue funeste. Ce serait le seul moyen
de savoir dans le cours de l’épidémie le nombre réel tics victimes.
Dans des circonstances aussi pressantes, et quand la vie des malades
dépend de la promptitude et de l’opportunité des secours, les médecins
se feront une religieuse obligation d’apporter à l’exercice de leur art
( *'9 )
plus d’empressement encore que dans les temps ordinaires. La nuit et le
jour, à de courtes commeàde longues distances,ilsseronttoujoursprêts.
Il ne s’agit pas ici de disputer une à une quelques victimes à la mort,
il faut lui dérober à la fois des populations entières. Les me'decins pui¬
seront de nouvelles forces dans le sentiment de la mission qui leur est
confiée. Il faut que chacun trouve en soi-même le courage de son e’tat,
et le courage du me'decin consiste à braver les dangers de la maladie au
milieu des épidémies, de même que le courage du soldat lui fait affron¬
ter la mort au milieu des combats.
CONSEILS AUX. CITOYENS , EN CAS DE MENACE DE LA MALADIE.
Les devoirs de l’administration et les fonctions des me'decins, dans
la double circonstance de la menace et de l’invasion de la maladie,
sont, on vient de te voir, difficiles et pénibles.
Au milieu de ces conjonctures, la première obligation pour les ci¬
toyens, c’est de se prêter avec empressement à seconder les adminis¬
trateurs et les me'decins dans la haute tâche qui leur est imposée. Il ne
faut pas un grand effort de raison pour s’élever à cette conséquence ,
que dans des circonstances semblables le salut de la socie'té est la loi
suprême, et que pour arriver à sauver des populations entières cha¬
cun doit faire le sacrifice d’une portion de son temps et de sa fortune ,
et même de sa liberté'. Ce concours de tous, si facile à exciter entre
Français, ne manquerait pas surtout dans ces calamites, s’il en était
besoin.
L’expc'rience l’a prouve' plus d’une fois : dans les épidémies, lede's-
ordre et le tumulte ajoutent à tous les dangers. La maladie gagne un
plus grand nombre d’individus ; les symptômes acquièrent plus de
gravite’; les secours sont plus difficiles et moins efficaces, et la morta¬
lité' prend un funeste accroissement. Que les citoyens s’associent donc
aux autorités administratives pour éviter ces désastres, ajoutés à tant
d’autres désastres. En tout temps l’ordre public et la tranquillité gé¬
nérale sont une condition nécessaire de la prospérité et du bonheur;
en temps d’épidc'mie, l’ordre et la tranquillité sont des moyens effi¬
caces de préservation et de salut.
CONSEILS AUX CITOYENS , EN CAS D’iNVASION DE LA MALADIE.
Tant que nous serons sous l’empire de simples menaces, il ne faudra
guère, en France , où règne en général une bonne hygiène, il ne fau¬
dra guère s’écarter de la vie ordinaire. Il y aura même tout avantage
à ne rien changer aux habitudes générales, du moins pour les per-
* i5.
( MO )
sonnes qui sc trouvent en santé' parfaite, et qui ont coutume de vivre
d’une manière régulière et saine.
Mais si la maladie venait à éclater, une propreté' plus soigneuse,
plus recherdic'e que de coutume dans son intérieur, se présenterait na¬
turellement comme un des premiers besoins de cette époque.
L’habitude non interrompue des frictions sèches ou aromatiques,
l’usage des bains légèrement excitans, un exercice suffisant, niais sans
grande fatigue, tous moyens capables d’entretenir dans un degré con¬
venable les fonctions de la peau, seront d’une grande utilité.
Il faudrait surtout éviter soigneusement les suppressions de trans¬
piration, les refroidissemens, l’exposition à l’humidité, à la pluie, aux
intempéries de l’àir et plus particulièrement à celles que la nuit amène.
Que le corps et spécialement les reins, le bas-ventre et les flancs soient
très-habituellement converts de flanelle, portée immédiatement sur la
peau ; que les pieds soient par tous les moyens nécessaires garantis du
froid et de l’humidité : le froid et l’humidité des pieds sont une des
causes les plus fréquentes du dérangement des fonctions intestinales.
On s’attachera également à maintenir dans une disposition favorable
les fonctions digestives. Il faudra trouver dans la nature des aliraens ,
et peut-être aussi dans le choix de quelques substances médicamen¬
teuses accessoires, de légers toniques , descxcitans diffusibles à des de¬
grés proportionnés aux besoins des diverses complcxions individuelles.
Une nourriture presque toute animale aura, à titre de préservatif, un
effet salutaire. Le bœuf et le mouton, le gibier, les œufs, le pain de
froment, des légumes frais en petite quantité et l’eau rougie , voilà les
bases générales de toute alimentation salubre. Il faudra éviter les viandes
non faites, les viandes fumées, les salaisons, le poisson peu frais , la
pâtisserie forte, les légumes aqueux , les fruits mal mûrs , les crudités.
De toutes les boissons l’eau rougie est la plus convenable ; mieux
vaudrait encore le vin étendu dans trois quarts d’eau gazeuse de Bus-
sang , de Saint-Pardoux, de Saint-Goudon, de Seltz; de légères infu¬
sions froides de houblon, de mélisse, de verveine odorante, pour¬
ront remplacer l’eau gazeuse.
Sur toutes choses, il faudra éviter les boissons spiritueuscs et tous
les excès delà table. Une indigestion, même légère, durant le règne
du choléra, produit la maladie presque à coup sûr. On l’a observé dans
divers pays.
L’abus du vin, de l’cau-dc-vie et des liqueurs spiritucuses cause
presque inévitablement le choléra. On ne saurait trop le répéter aux
personnes qui sc livrent quelquefois à ces excès.
On l’a observé dans les divers pays où cette maladie a régné, tous
( 221 )
les individus places dans la sphère d’activilé qui leur est propre ont eu
la constitution modifiée de telle sorte qu’il en résultait constamment
une diminution plus ou moins notable des fonctions cutanées et des
fonctions digestives. Il sera donc essentiel, en cas de menace, d’aller
au-devant de cette impression générale, et d’en prévenir le dévelop¬
pement.
Toutes les personnes vivant dans la sphère d’activité du foyer épi¬
démique qui échappent au choléra éprouvent cependant, quoiqu’à des
degrés différées, la fâcheuse influence de l’épidc'mie. Cette influence se
trahit sur les populations envahies par un malaise général, par des ver¬
tiges frequens, par des défaillances poussées jusqu’à la syncope, par
des maux d’estomac, par la constipation, par des borborygmes, par
des anorexies, par des inappétences, par une diarrhée légère, en un
mot, par un trouble universel des fonctions intestinales. Celte influence,
poussée à un plus haut degré , se trahit aussi par ces lassitudes spon¬
tanées, cet anéantissement de forces musculaires qui signalent si fré¬
quemment l’imminence des maladies graves, de celles surtout qui ap¬
partiennent aux fièvres nerveuses plutôt qu’aux maladies inflamma¬
toires.
Dans une telle modification de la santé publique, les individus pris
d’indisposition , même légère, se hâteront de réclamer les conseils d’un
homme de l’art. En médecine comme en morale, il est plus aisé de
prévenir le mal que de le réparer, et, dans cette circonstance , les se¬
cours de la médecine sont particulièrement efficaces contre cet état, qui
n’est plus la santé et qui n’est pas encore la maladie.
Aussitôt que l’on se sent atteint des premiers symptômes de la ma¬
ladie , et en attendant l’arrivée du médecin, il faudra de suite chercher
à ranimer l’action vitale affaiblie, à réchauffer les surfaces refroidies
du corps par tous les moyens possibles ; des bains aromatiques ou
même spiritueux, avec la précaution de bien sécher et de bien réchauf¬
fer le corps après le bain; le rayonnement du calorique sur les diffé¬
rentes parties de la peau, en faisant promener, par exemple, sur ces
surfaces, un fer à repasser suffisamment échauffé ; des sinapismes ré¬
pétés en assez grand nombre, et bien d’autres moyens analogues , rem¬
pliront ce premier but.
, A l’intérieur on pourra prendre quelques gouttes d’éther sur du
sucre, un mélange de deux gouttes d’essence de menthe et d’une goutte
de teinture de Rousseau dans une cuillerée d’eau sucrée, quatre à cinq
gouttes d’huile de cajcput dans une demi-cuillerée d’eau de menthe,
nue cuillerée de sirop d’éther, quelques gorgées de limonade rafraîchie
ou même des morceaux de glace dans la bouche, pour calmer les vo-
( 222 )
missemcns ; tous ces moyens donneront le temps d’attendre et d’cxé-
cutcr les prescriptions spéciales des hommes de l’art.
Des frictions avec l’alcool et l’essence de térébenthine, avecl’huilcde
cajcput, avec l’esprit-de-vin camphré, remédieront momentanément
aux douleurs des membres.
Ce que nous avons dit d’ailleurs du traitement de cette maladie,
soit dans le rapport, soit dans l’instruction, pourra servir de guide aux
personnes assez intelligentes pour savoir en profiter.
Que les individus qui ne sont pas assez sainement logés pour un tel
état de maladie, ou qui ne seraient pas certains de trouver chez eux les
secours nécessaires, se hâtent de se rendre dans les c'tahlissemens que
l’administration aura fait disposer. On en a fait le calcul en Russie ;
entre les individus de celte classe peu aisée, traités à domicile, et ceux
de cette même classe traités dans les établissemens salubres préparés
pour cela, l’avantage a été immense du côté de ces derniers ; la mala¬
die durait moins long-temps, les douleurs étaient moins vives, les
accidcns moins intenses et les guérisons plus nombreuses et plus
promptes. Pour la guérison de cette maladie il faut souvent des bains
simples ou composés, des bains de vapeurs aromatiques, et de tels se¬
cours ne se trouvent pas aisément dans les maisons particulières.
Le choléra épidémique n’attaque pas tous les individus sans excep¬
tion qui se trouvent placés sous son influence ; il faut, pour en être at¬
teint , une disposition particulière du corps , une aptitude déterminée
à le contracter. C’est cette disposition, cette aptitude, que donnent émi¬
nemment la frayeur, la malpropreté, les excès de table ou de tout
autre genre, l’abus du vin, de l’eau-de-vie et des liqueurs, le refroidis¬
sement et l’humidité ; et c’est ainsi qu’en évitant ces causes générales
d’insalubrité on se garantit du choléra. Cette prédisposition spéciale,
cette susceptibilité en dehors des circonstances que nous venons d’énu¬
mérer, manque chez un très-grand nombre d’individus; elle manque
chaque jour davantage, à mesure que l’épidémie se porte sur des po¬
pulations plus éclairées, plus aisées et plus propres.
Chaque jour on lit dans les journaux politiques de nouvelles an¬
nonces de préservatifs du choléra et de spécifiques contre cette mala¬
die. Le public doit se tenir en garde contre ces fastueuses promesses
de préservation et de guérison. Leur moindre inconvénient serait de
donner une fausse sécurité , et de distraire l’attention des secours réel¬
lement utiles. Si l’expérience faisait connaître un remède plus généra¬
lement efficace que ceux que nous connaissons déjà , si elle signalait
quelque préservatif assuré, l’Académie aurait grande hâte d’en préve¬
nir officiellement le public.
( 223 )
A titre de préservatif, nous conseillerons, en outre de tout ce que
nous avons déjà dit sur la propreté, de se laver fréquemment les mains
avec une solution affaiblie de chlorure de chaux, une partie de chlo¬
rure sur cent parties d’eau : on peut employer également tous les chlo
rares désinfcctans, des fumigations fréquentes ou même continues par
les vapeurs de chlore, à l’aide des divers appareils répandus dans le
commerce, ou même sans ces appareils, en dégageant directement le
chlore des chlorures par le vinaigre.
C’est cependant avec mesure, c’est avec intelligence qu’il faut user
des chlorures. On pourrait, en les prodiguant, donner naissance à des
surexcitations nuisibles.
Après l’cpidémie cessée, que l’on se garde bien de suspendre entiè
renient les mesures préventives. Des faits en grand nombre attestent
que la maladie s’est reproduite dans le même lieu , quelquefois même
avec plus d’intensité et plus de gravité que lors de la première invasion.
Il faut aussi soumettre à une convalescence plus ou moins longue et à
un régime plus ou moins sévère les pays qui viennent de subir le cho¬
léra. La durée de toutes les autres conditions de cette convalescence
des lieux, s’il est permis de s’exprimer ainsi, devra être réglée par
les gens de l’art, qui eux-mêmes prendront conseil des circonstances
dépendantes actuellement de l’épidémie.
De grands nettoyages exécutés dans l’intérieur des maisons et des
appartemens depuis l’épidémie, des lavages à grande eau sur les murs
avec l’eau de chaux, le .lessivage des rideaux, la sérc'nation des meu¬
bles, constitueront autant de mesures dont la pratique deviendra in¬
contestablement utile.
Souvent, après l’épidémie, chez les individus qui en ont été atteints,
et quelquefois aussi sur ceux qui n’ont eu à subir que la simple in¬
fluence épidémique, dont nous avons parlé ailleurs, on remarque un
affaiblissement, une altération considérables des fonctions gastro-
intestinales, de notables dérangemens dans la digestion; la diarrhée, la
dyssenterie, une constipation opiniâtré, viennent attester les grands ra¬
vages exercés dans l’cconomie par le choléra épidémique. De telles dis¬
positions de santé appellent de grands soins.
CHIMIE ET PHARMACIE.
Ilicine. Sa préparation. Depuis la publication de l’article où
nous faisions connaître, dans notre second numéro, le vertu fébrifuge
des feuilles de houx et leur mode d’administration, M. le docteur Rous-
( 224 )
seau a recueilli et publié un grand nombre de faits pour établir la pro¬
priété de ce médicament. Il résulte des expériences nombreuses, faites
à l’hôpital de la marine de Rochefort, par MM. Constantin Lepre'dour
et Triand; à l’Hôtel-Dieu de Paris, par M. Magendie; à la Pitié, par
M. Louis, et dans la pratique civile, par MM. les docteurs Rousseau,
Serrurier, Peronaux , Arbey, Collineau, Montcourricr et Delormel,
que la poudre de feuilles de houx doit être considérée comme un hon
succédané du quinquina, dans le traitement des fièvres intermittentes.
Quatre-vingts observations de succès sont consignées dans l’ouvrage que
publie M. Rousseau : 31 fièvres intermittentes quotidiennes, 24 tierces, 5
doubles tierces, 19 quartes, 1 double quarte ont cédé à l’administration
de la poudre de houx, d’après le mode que nous avons indiqué.
Si la poudre de houx a eu des résultats si avantageux, l’ilicine, prin¬
cipe actif de ces feuilles, sera employée avec plus de bonheur encore.
Plusieurs médecins ont déjà guéri avec l’ilicine des fièvres intermitten¬
tes rebelles; en attendant que nous publiions leurs observations, nous
allons faire connaître la préparation de ce médicament. C’est surtout
dans les campagnes que l’ilicine nous semble destinée à rendre d’impor-
tans services, à cause de la facilité que les pratricicns auront à se la pro¬
curer en aussi grande quantité qu’elle pourra leur être necessaire, et à
un prix bien inférieur, pour les malades, à celui des sulfates de quinine
et de cinchonine.
Déjà un do nos premiers chimistes, M. Lassaigne, avait analysé les
feuilles de houx, et y avait trouvé de la cire et de la chlorophylle, une
matière amère, neutre, incristallisable, indécomposable par les acides et
les alcalis, de'composable par l’alcool ; une matière colorante jaune, de
la gomme, de i’acc'tatc et du muriate de potasse, du muriatc, du malatc
acide, du sulfate et du phosphate de chaux, enfin du ligneux, lorsque
M. Deleschamps, pharmacien, élève ctsuccesseur de notre savant colla¬
borateur', M. Chevallier, a cherché à obtenir le principe amer dégagé
de toute autre combinaison ; ses essais ont été couronnés d’un plein
succès. Voici les trois procédés différons qu’il emploie pour parvenir à
ce résultat.
Premier procédé. Deux livres de feuilles de houx, préalablement
séchées et réduites en poudre grossière, sont soumises, par M. Déles-
champs, pendant deux heures, à une forte ébullition , dans 10 livres*
d’eau, au moyen de la marmite de Papin, afin d’augmenter l’intensité
de la chaleur et faciliter par conséquent la dissolution du principe amer;
après avoir ôté le liquide, les feuilles sont traitées une seconde fois de
la même manière avec 10 nouvelles livres d’eau, elles sont alors
complètement privées de saveur. Les liquides résultant des deux
( 225 )
décoctions, réunis et filtres au travers d’une étamine de laine, sont
évaporés aux trois quarts, puis précipités par le sous-acétate de plomb
liquide, jusqu’à ce qu’il y ait un léger excès de sel. Après cette ad¬
dition, la liqueur à un aspect visqueux et épais; mais mélangée et
brassée fortement avec un soluté aqueux de deux onces de sous-car¬
bonate de potasse, elle reprend un peu de limpidité : cette addition
ne détruit pas seulement la viscosité du liquide, elle précipite en¬
core l’excès d’acétate de plomb qu’il contient. Après avoir filtré et
lavé le filtre à l’eau distillée, on ajoute une demi-once d’acide sulfuri¬
que étendu d’eau, qui forme aussitôt un nouveau précipité blanc ; la li¬
queur, devenue acide, est saturée par du carbonate de chaux, filtrée et
évaporée jusqu’à consistance d’extrait. Ce produit possède toute la sa¬
veur amère de feuilles de houx; traité par l’alcool à 40", et la por¬
tion claire décantée et évaporée , il donne une matière d’une couleur
brune peu foncée, attirant l’humidité de l’air avec la plus grande
promptitude : celte matière est étendue sur des assiettes, séchée à
l’étuve, puis enlevée en petites paillettes luisantes, qui sont enfermées
dans un flacon bouché à l’émeri : c’est l’ilicinc. La portion non dissoute
par l’alcool à 4o° est reprise par une autre quantité d’alcool à 36° et
laissée en contact avec lui, pendant une demi-heure, à une température
de 3o° centigrades au-dessus de o ; on filtre et l’on évapore comme la
première fois, et l’on obtient un produit ne différant de l’autre que
par une couleur d’un jaune plus foncé.
Il est avantageux d’employer les cornues pour faire les évaporations
des liquides alcooliques : de cette manière on retire la plus grande par¬
tie de l’alcool employé.
Par le second procédé, le produit des décoctions, réduit par éva¬
poration à consistance d’extrait, est mis en contact avec de l’alcool à
36°, qui est renouvelé jusqu’au moment où il cesse de se charger de
quelques principes solubles. Après avoir réuni les diverses liqueurs al¬
cooliques, on les évapore dans une cornue de verre, munie d’une al¬
longe et d’un ballon tabulé; puis le résidu, amené à siccité, est soumis
pendant une demi-heure à l’action de l’eau à la température de —J-4°"
centigrades; on filtre, on précipite par Je sous-acétate de plomb, dont
ou sature l’excès au moyen d’un courant de gaz acide hydro-sulfurique;
on réitère la filtration, et, par l’évaporation dans une capsule de
porcelaine, on obtient un extrait qui, traité par l’alcool, à la chaleur
de —(- 36° centigrades, est ensuite desséché comme il a été dit plus
haut.
Celle seconde manière d’opérer est plus dispendieuse que la précé¬
dente , à cause de la perte d’alcool qu’on ne peut éviter pendant les
( 226 )
évaporations successives; elle fournit en outre une quantité moindre de
produit.
Le troisième et dernier -procédé est plus cxpe'ditif que les denx
autres ; il consiste à faire, avec les feuilles de houx, un extrait alcooli¬
que qu’on dissout dans l’eau et qu’on traite ensuite par le sous-acétate
de plomb, l’alcidc sulfurique, le carbonate de chaux; on traite ensuite
par l’alcool le produit filtre' et évaporé; ondistille et l’on fait dessécher
le résidu sur des assiettes, comme dans les deux premiers proce'de's.
L’ilicine, obtenue par l’un ou l’autre de ces trois moyens, est d’une
couleur brune assez foncée ; elle absorbe l’humiditc' avec une extrême
rapidité’, ce qui la rend probablement incristallisable; chauffée’dans un
creuset de platine, elle donne du charbon et décèle la pre'sence d’un al¬
cali ramenant au bleu le papier de tournesol rougi par un acide; cet
alcali provient d’un sel à base de potasse; mise en contact avec les dif-
fé'rens reacifs, elle piesente les caractères suivans : elle n’est point de-
composée par les acides, si ce n’est à une température un peu élevée;
dans ce dernier cas elle prend un aspect noirâtre et dégage une odeur
d’empyrcumc. Les alcalis n’exercent sur elle aucune action. Le chlore
ne change ni sa couleur ni ses propriétés chimiques et médicales. Le
nitrate d’argent, l’hydro-chlorate de platine, l’acétate de plomb , les
oxalates de potasse et d’ammoniaque ne la précipitent point. Insoluble
dans l’éther, elle se dissout dans l’alcool à 40°, dans celui à 36 ° et
même dans l’eau chaude; et ici il est nécessaire de dire que c’est le
seul point où M. Déleschamps se trouve en opposition avec M. Lassai-
gne : en effet, celui-ci avait cru remarquer que le principe amer,
neutre des feuilles de houx, était décomposé par l’alcool, tandis que
celui-là a observé qu’il était seulement dissout, sans éprouver aucun
changement dans sa nature intime.
Sous le rapport pharmaceutique, M. Déleschamps a établi les résu¬
més suivans :
2 livres de feuilles fraîches de houx perdent, par la dessication,
1 livre 4 onces.
2 livres de feuilles fraîches de houx donnent, en extrait sec, 3 onces
3 gros 48 grains.
2 livres de feuilles sèches de houx donnent, en extrait sec, 5 onces
3 gros 24 grains.
2 livres de feuilles sèches de houx donnent, en ilicinc, 1 once
7 gros 18 grains.
— Meilleure préparation de la pâte de gomme adragant. —
M. Mouchon fils, pharmacien à Lyon, trouvant que, quelles que fussent
( )
les proportions de gomme et de sucre, l’on n’avait jamais qu’un produit
défectueux, propose, pour donner du corps et de la compacité'à la pâte
de gomme adragant, de joindre de la colle de poisson à sa préparation ;
après quelques tâlonnemens, il s’est arrête' à la formule suivante :
■}f. Gomme adragant bien blanche et bien pure.. G4 parties.
Colle de poisson bien pure ou ge'latine d’os de
seiche.... , gg
Eau de fontaine.3,ooo
Sirop de sucre à 35°. 2,000
Eau de fleurs d’oranger.’ 128
Placczpendantquarante-huitheures, avec25oopartied’eau, la gomme
adragant dans un vase d’e'tain ; faites dissoudre la colle de poisson dans
les 5oo parties d’eau restantes, à l’aide d’une chaleur ménagée, et passez-
la à travers un linge serré, ainsi que l’eau mucilagir.euse de gomme
adragant. Le sirop étant cuit à 35° et bouillant, mélangez le tout et
faites réduire en remuant sans cesse, jusqu’à consistance de pâte molle.
Après avoir retiré du feu, placez le produit et l’eau de fleurs d’oranger
dans un bain-marie d’étain bien évasé, jusqu’à ce que la pâte ait at¬
teint le degré de cuisson convenable. Coulez alors dans des moules de
fer-blancrecouvertsd’unelégèrecouchede mercure ou de beurrede cacao.
— Nouvelle matière charbonneuse pour décolorer les sirops. —
La propriété décolorante du charbon animal est on ne peut pas plus
précieuse 5 mais la cherté de ce produit fait qu’on lui avait préféré dans
les raffineries de sucre le charbon minéral du schiste bituraeux de Me-
met, quoique celui-ci ait les graves inconve'nicns de ne pouvoir ni satu¬
rer l’excès de chaux qui reste dans le sirop de sucre ou le jus déféqué
de betterave, ni l’excès d’acide qui peut se développer par la fermen¬
tation dans le sucre brut et qui reste dans les sirops lorsqu’on n’a pas
employé la chaux dans leur traitements Pour obvier à ces désavantages
majeurs, MM. Payen, Pluvinet et quelques autres chimistes, ont eu
l’heureuse idée de mêler au charbon de schiste trente centièmes de char¬
bon animal; ils ont également reconnu avantageux de joindre trois cen¬
tièmes de carbonate de chaux au schiste avant de le charbonncr.
Le charbon , préparé par ce procédé , décolore très-insensiblement
plus que le schiste calciné seul et broyé sans addition; de plus il enlève
complètement la chaux en solution , et en raison du charbon animal et
de la craie qui y sont unis, il est capable de saturer les acides qui peu¬
vent se rencontrer dans les sirops.
La substance charbonneuse, ainsi composée , jouit d’une propriété
décolorante plus énergique que le charbon de schiste.
( 228 )
—Huile de cajeput. —M. Caventou ayant avance . à la dernière
séance de l’academie, que la pre'sence du cuivre dans l’huile de ca¬
jeput n’c'tait pas constate'e, et ayant manifeste' l’opinion que la couleur
verte de cette huile tenait le plus souvent à une matière colorante,
comme la chlorophylle, M. Guibourt a rèpe'tè ses expériences sur un
grand nombre de nouveaux échantillons, et toujours il a reconnu la pré¬
sence du cuivre en quantité' plus ou moins minime.
M. Guibourt nous invite à faire connaître ces nouveaux résultats, et
nous prie de faire les rectifications suivantes à quelques-uns des chif¬
fres de l’article qu’il a insc're' dans le dernier numéro du Bulletin de
Thérapeutique :
Page 191, ligne 19, au lieu de o grammes, g58, lisez o grammes,
0958.
Ibid. ( au tableau ), au lieu de 5 /, 4 de grain par once , lisez s /3 a .
- au lieu de ■/„ de grain par gros, lisez J /s,.
- au lieu de */$ de grain par once, lisez ‘/g.
- au lieu de '/i, de grain par gros, lisez '/g4.
Page 194 , ligne 7 , au lieu de */ aa de grain par gros , lisez */s,.
Pareillement M. Guibourt fait l’observation que le caractère annoncé
de la non-saponification de l’huile de cajeput, par l’ammoniaque, et
de l’entière et parfaite séparation des deux liquides, après leur agita¬
tion , n’est pas constant et varie avec l’ancienneté de l’huile et avec
l’abaissement de température.
BULLETIN DES HOPITAUX.
Cyanure de potassium à l’extérieur. — Ce nouveau médicament
est employé dans les hôpitaux avec un succès incontestable. Des névral¬
gies faciales très-intenses, des migraines, des céphalalgies rebelles ont été
guéries, sous nos yeux en peu de jours parla simple application sur le
point douloureux de compresses imbibées d’une solution de ce sel, dans
la proportion de quatre grains par once d’eau distillée.
Un cuisinier affecté, depuis quatre mois, d’un tic douloureux dont
les accès se répétaient plusieurs fois dans une minute, a été guéri
en huit jours, à la Charité, dans le service de M. Rullier, parce
moyen. Rentré une semaine après sa sortie de l’hôpital, avec une réci¬
dive de scs douleurs, le même traitement en a triomphé encore. Au¬
jourd’hui le malade éprouve quelques ressentimens de scs souffrances ,
mais il n’a plus ces accès effroyables et presque convulsifs qu’il avait
( 229 )
avant le traitement et dont les mots ne pourraient peindre l’intensitc.
Un autre malade atteint de tic douloureux est soumis en ce moment,
à l’Hôtel-Dieu, par MM. Re'camier et Trousseau, aux applications de
cyanure de potassium. La maladie , chez celui-ci, est beaucoup plus
ancienne : elle date de quinze ans. Tous les trailcmens ont été essayés
sans succès, même la section du nerf sus-maxillaire ; le malade porte à
la joue droite une cicatrice d’un pouce de long, trace de la tentative in¬
fructueuse qui a été faite pour le guérir. Depuis dix jours que les appli¬
cations du médicament ont lieu, il éprouve une grande amélioration ;
ses accès sont moitié moins nombreux , leur durée et leur intensité sont
également beaucoup moindres. Nous ferons connaître le résultat définitif
de celte médication chez ce malade.
Un succès plus décisif a été obtenu par M. Trousseau, dans le même
hôpital, dans les cas de migraines et de céphalalgies opiniâtres; toutes
celles qu’il a eues a traiter ont cédé en peu de jours à l’emploi de ce
moyen. Nous publierons les faits les plus remarquables recueillis par
ce médecin.
— Cyanure de potassium, à l’intérieur. — M. Lombard avait dit
qu’il était impossible de mettre le cyanure de potassium en contact avec
les membranes muqueuses sans exposer les jours des malades , à cause
de l’énergie de ce médicament et de la promptitude de l’absorption par
cette voie : c’est une erreur qu’il est important de détruire. Le malade
atteint de névralgie faciale applique, à l’Hôtel-Dieu, sur scs paupières,
des compresses trempées dans une solution de douze grains de cyanure
par once d’eau, et il n’éprouve qu’un peu de chaleur au globe de l’œil;
mais aucun accident n’est la suite de cette application. D’ailleurs une
preuve plus concluante de l’exagération des craintes de M. Lombard
peut être donnée : plusieurs malades des salles deM. Andral, à la Pitié,
ont déjà pris, plusieurs jours de suite, i et i grains de cyanure de po¬
tassium à l’intérieur, sans avoir éprouvé d’autre effet que celui qui ré¬
sulterait de l’administration de quelques gouttes d’acide hydro-cyaniquc
médicale. M. Andral emploie ce sel comme succédané de cet acide,
dans les affections nerveuses et les palpitations; le n" i de la salle Saint-
Michel , affecté d’une maladie du cœur, en prend jusqu’à 4 grains par
jour. Il est bon de dire cependant que ce dernier malade prenait vingt-
quatre gouttes d’acide hydro-cyanique avant de commencer le cyanure
de potassium.
— Iodure de fer. — Un des phénomènes les plus saillans que l’on
observe chez les phthisiques est l’imperfection de l’hématose; c’est
dans le but de modifier les qualités du sang chez ces malades, et de
lui imprimer une vitalité plus énergique, que M. Andral leur adrai-
( 230 )
nistrc i’iodurc (le fer à l'intérieur. Depuis peu de jours, il en a com¬
mencé l’usage : il a débuté par 2 et 4 grains par jour, et en a élevé
rapidement la dose jusqu’à i5 et 20 grains. Un jeune homme de vingt-
un ans, couché dans scs salles, en prend 25 grains dans les vingt-quatre
heures. Nous constaterons les effets de ce nouveau médicament
— Coton écru dans les brûlures -M. le docteur Gazenavc vient
de guérir, par le coton écru, un jeune enfant de quatre ans, brûlé pro¬
fondément de toutes la partie droite du corps. Appelé au moment où
cet enfant venait de se renverser sur lui une grande jatte de café au
lait bouillant, notre confrère fut effrayé de l’étendue de la plaie, qui
occupait le bras, le tronc et l’extrémité inférieure ; il crut la mort de
l’enfant trcs-probable, et c’est sans en attendre aucun succès qu’il tenta
l’application du coton écru ; il en recouvrit toute la surface de la
lésion, et se contenta, les jours suivans, pour tout pansement, de
mettre de nouvelles couches de coton au-dessus de celles qui s’étaient
imbibées de suppuration. Du dixième au douzième jour, la plus grande
partie de la croûte formée par le coton étant tombée, l’on trouva la
presque totalité de la plaie parfaitement cicatrisée. Un petit espace qui
avait été plus profondément brûlé , à la partie latérale du tronc, sup¬
purait encore et présentait des bourgeons charnus : l’application du
coton fut continuée, et la guérison était complète peu de jours après.
M. Tavernier a également donné des soins , il y a peu de temps, à. un
homme ayant trois brûlures profondes, qu’il a traitées , à la fois, par
trois moyens diffe'rens; il fera connaître , dans un prochain numéro, la
marche comparative de la guérison dans ces trois differentes plaies.
Occlusion des narines. — Un enfant avait les narines oblitérées
par suite de la variole; M. Dupnytren, après avoir rétabli les on-
vertnres avec le bistouri, les a maintenues écartées au moyen de deux
petites canules en ivoire, coniques, présentant un petit bourrelet à la
base, fixées l’une à l’autre au-dessous de la cloison du nez et rete¬
nues en place au moyens de deux fils attachés, d’une part, au bord ex¬
terne du bourrelet, et ramenés, de l’autre, au synciput, où il les a fixés
au bonnet du malade. Ces petits cônes ont resté en place jusqu’à cica¬
trisation complète.
VARIÉTÉS.
— Choléra-morbus de Bussie. — Une lettre écrite de Saint-Péters¬
bourg à 1 Académie de Médecine, par un membre de la Commission
médicale, apprend que le choléra y a perdu de son intensité. La maladie
. ( * 3 . )
paraît différer considérablement du choléra des auteurs : elle est pré¬
cédée de céphalalgie, de frissons, de soif, de nausées, et surtout d’un
sentiment inexprimable de terreur et d’angoisse, à la suite duquel il
semble y avoir hémostase. Le pouls, contracté et serré, mourant,
fréquent, annonce la débilité de l’organe central de la circulation, et
peut-être même, ce que l’on observe lors de l’autopsie des cadavres, un
épaississement plastique du sang dans ses vaisseaux.
C’est alors que des vomissemens répétés coup sur coup, que des dé¬
jections alvincs non moins fréquentes, diarrhéiques, se manifestent avec
chaleur et tension de l’abdomen , douleurs atroces dans l’estomac et dans
les intestins. Voilà, du moins, ce qui a lieu le plus habituellement,
car souvent les évacuations , tant par haut que par bas, sont nulles.
En même temps, il y a prostration absolue des forces, avec éréthisme
anormal du système nerveux, froid glacial de la langue, qui semble
appartenir à un cadavre; et des extrémités des membres, qui sont
toutes noires et violemment contractées. Les veines sous-cutanées' sont
aplaties, la face est profondément altérée, les yeux sont égarés et in¬
certains, repoussés dans le fond de l’orbite; les paupières, surtout
l’inférieure, sont dérpimées. Cet état dure peu de jours, et parfois seu¬
lement quelques heures. Si la maladie persiste, alors changement de
scène : cessation des vomissemens et de la diarrhée, flaccidité, relâche¬
ment , impuissance d’action du système musculaire, extrême petitesse et
même évanouissement complet du pouls, ensemble de symptômes ataxi¬
ques , congestion cérébrale, assoupissement. On croirait observer un cas
de typhus ordinaire des camps.
Les décès et les guérisons sont à peu près en égale proportion. Du
reste, une terminaison funeste est presque toujours la conséquence du
retard dans les secours administrés au patient.
Quant à la contagion ou à la non-contagion, on ne sait encore que dé¬
cider.
— Choléra-morbas de Pologne. — M. Chamberet, médecin de
l’hôpital militaire de Lille, et membre de la commission envoyée par
le ministre de la guerre à Varsovie pour étudier le choléra-morbus, a
communiqué à l’Académie de médecine quelques-unes des observations
qu’il a faites durant sa mission. U résulte de cette communication, que
le choléra-morbus de Pologne doit être regardé comme identique avec
le clioléra-raorbus de l’Inde, par sa nature, ses symptômes et sa termi¬
naison promptement funeste; que les traitemens divers n’ont pas d’in¬
fluence marquée sur l’issue de la maladie, et que la mortalité a été à peu
près égale (5o pour i oo), qu’on ait été traité ou non ; enfin, que le cho¬
léra-morbus de Pologne n’est pas contagieux, ce que prouvent toutes les
( a3» )'
expériences faites à Varsovie et l’innocuité de la maladie pour tous les
médecins qui passaient leurs journées entières auprès des lits des ma¬
lades ou à faire des autopsies : aucun d’eux n’a eu le choléra.
— Ehinoplastique. —M. Dupuytrcn, en rendant compte à l’A¬
cadémie des Sciences, dans sa séance du 10 octobre, d’un ouvrage de
M. Dicflemback, sur la rhinoplastique, a parlé avec éloge du procédé
de chirurgie, qui consiste, après avoir enlevé le lambeau du milieu du
front, à faire, de chaque côté, une nouvelle incision & la peau, pour
donner à celle-ci une plus facile extension vers le point où on lui a fait
subir une déperdition de substance.
Ce procédé est ingénieux; mais il appartient à M. Delpech, qui l’a
appliqué, il y a cinq ans, à la réparation de la lèvre inférieure. Quant
à la rhinoplastique, le procédé opératoire que nous avons vu suivre à
l’habile professeur de Montpellier est mille fois préférable à celui que
propose M. Dieffcmback. Au lieu de détacher un lambeau ayant la forme
d’un trèfle, Rl. Delpech prolonge les incisions à droite, à gauche et au
milieu, jusqu’à ce qu’elles se rencontrent à angle aigu, et obtient une
déperdition de substance ayant la forme d’un trident. Cette disposition
est extrêmement favorable pour la réunion des tégumens, que des points
de suture viennent assujétir l’un vers l’autre. Il est difficile de mettre
plus de perfection que M. Delpech dans la rhinoplastique. L’espace nous
manque pourplus de détailsjnous reviendrons sur ce sujets’il en est besoin.
Action délétère de l'acide prussique. — M. le docteur Dainiron
a communiqué au Journal de Chimie médicale l’observation suivante,
qui prouve avec quelles précautions il faut manier l’acide hydro-cyaniquc.
Un pharmacien avait, dans un flacon bouché à l’émeri, de l’acide prus-
sique préparé depuis environ trois mois ; pensant qu’il était décomposé
et voulant faire nétoyerlc vase, il le débouche et cherche à reconnaître
par l’odôrat l’état de l’acide : il tombe aussitôt, et reste une demi-heure
sans donner le moindre signe de vie. Au bout de ce temps il commence
à respirer, sans pour cela reprendre l’usage de ses sens ; ce ne furent que
les stimulans et principalement de fortes décoctions de café qui purent
faire cesser ce fâcheux état : il consomma dans la journée dix-huit onces
de cette poudre.
Il est à regretter que les personnes qui ont donné leurs soins à ce
pharmacien n’aient point connu la vertu précieuse qu’a le chlore de
neutraliser les effets de l’acide hydro-cyanique; si on lui en eut fait
respirer et qu’on lui en eût fait avaler une petite quantité, on aurait pu
peut-être dissiper ces acoidens.
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
de l’anatomie pathologique dans ses rapports avec la
THÉRAPEUTIQUE.
L’anatomie pathologique est utile à la thérapeutique, puisqu’elle
aide à la découverte du siège et dé la nature des maladies ; personne
ne s’avise de le contester. Ce qu’on lui conteste, c’est la prétention
qu’elle s’est arrogée d’être la seule base solide de la médecine, ou tout
au moins de compter au premier rang parmi les guides les plus sûrs
de la pratique ; ce qu’on lui conteste, c’est de se donner pour la source
principale et la plus féconde des indications. Souvent, en effet,il existe
dans les maladies tout autre chose qu’une lésion des tissus; et alors
même que ces lésions figurent au nombre des causes, n’est-ce pas de
la réaction vitale qu’elles tirent leurs caractères? Peut-on trouver
ailleurs le principe des mouvemens par lesquels toute altération d’or¬
gane se développe et parconrt avec ordre la suite de ses périodes? Il
n’est pas jusqu’aux changemens de couleur, de consistance et de for¬
mes que cette influence ne modifie; enfin, n’est-ce pas surtout avec le
mode de sentir et de vivre que se mettent en rapport les agens théra¬
peutiques? Nous ne parlons ici que des faits où l’anatomie pathologique
jouit de tous ses avantages, c’est-à-dire des maladies locales dont les phé¬
nomènes sont bornés au siège du mal : que ne dirions-nous pas de celles
qu’un effort de réaction accompagne, et, à plus forte raison, des affec¬
tions qui envahissent tout l’organisme, sans que le scalpel le plus
exercé puisse leur assigner un siège déterminé?
Ces faits sont nombreux, irrécusables, et l’on doit s’étonner que des
médecins, sages d’ailleurs et éclairés , aient cédé à l’entraînement de la
doctrine anatomique au point de les méconnaître ou de les compter
pour rien ; qu’au lieu d’étudier au lit des malades le tableau vivant de
la formation et de la marche des maladies, ils aient consumé leur temps
à accorder les altérations supposées avec les symptômes, et cherché
dans ce rapport le diagnostic et le traitement de la maladie ; l’on doit
s’étonner qu’ils se soient assez abusés sur le premier et l’unique objet de
la médecine pour remplir leurs leçons et leurs ouvrages de longues et
fastidieuses enquêtes sur les détails des altérations rencontrées après
la mort, comme si l’art de guérir consistait plutôt à faire des observa¬
tions cadavériques qu’à déterminer le mode de traitement qui convient
à la nature des maladies ; l’on doit s’étonner enfin qu’ils aient porté
( =34 )
leur attention plutôt sur les circonstances d’une nécropsie que sur l’ap¬
plication des moyens thérapeutiques sanctionnes par l'expérience. Un
e'tat de choses si contraire aux progrès de la me'decine ne pouvait avoir
qu'une duree éphémère) et déjà nous voyons les praticiens revenir à
des idées plus raisonnables ; ce journal presse ce retour de ses vœux
et de ses efforts.
Il existe des groupes entiers de maladies dans lesquelles l’anatomie
pathologique ne peut fournir aucune indication) ce sont toutes celles
où l’autopsie ne laisse voir aucune lésion, telles que la plupart des
névroses, les fièvres d’accès, et généralement les affections qui tuent
aux premiers temps de leur invasion ; on en voit de semblables sous
l’influence des épidémies. Il va sans dire que, dans les cas de ce genre,
la thérapeutique n’a rien à faire de l’anatomie pathologique. Ces af¬
fections, très-graves pour la plupart, relèvent exclusivement dans
leur traitement de l’observation clinique directe, et nullement des
déductions de l’inspection cadavérique. C’est en vain que la doctrine
anatomique, à défaut de preuves matérielles, a voulu s’appuyer de
l’analogie pour les traiter localement d’après les inspirations de l’ana¬
tomie pathologique) toutes les fois que ces affections se sont trouvées,
par leur gravité, au-dessus des autres méthodes curatives connues, la
médication locale n’a pas eu plus de succès, tandis que la guérison a
été souvent obtenue avec les autres traitemens avoués par l’expé¬
rience. De bonne foi, qu’on nous cite une seule de ces affections que
les efforts de ce système aient doté d’une méthode thérapeutique plus
avantageuse que nuisible : car aujourd’hui il est aisé de juger ce qu’on
a gagné à traiter la syphilis et les affections périodiques auti-emcnt que
par le précieux empirisme qui les guérit avec un si rare bonheur. Ces
faits suffiraient pour rabattre de l’importance exclusive concédée à
l’anatomie pathologique : ils comprennent une foule d’affections fort
intéressantes, dans lesquelles les investigations cadavériques sont sans
résultats et la médecine localisante"infructueuse.
A côté de ces affections, dont le traitement est en dehors ou au-des¬
sus de la portée de l’anatomie pathologique, on en voit un grand nombre
qui laissent à leur suite des altérations incontestables, ou qui sont for¬
mées exclusivement, au moins en apparence, par de semblables lésions.
Nous n’avons pas besoin de dire que dans les premiers figurent les
affections primitivement générales un peu prolongées, comme les fièvres
et les éruptions aiguës ; et parmi les secondes, celles qui siègent sur
des organes particuliers, telles que les inflammations. Plusieurs des
dernières deviennent souvent générales) mais cette généralisation est
( i35 )
consécutive, et résulte de l’extension de l’affection locale à tout le reste
de l’économie. Quel doit être alors le rôle de l’anatomie patholo¬
gique?
Nous avons posé en fait qu’à l’égard des véritables fièvres, les lé¬
sions locales survenaient comme une conséquence de leurs progrès. En
voici les preuves : aux époques les plus rapprochées de leur invasion,
lorsqu’une médication imprudente ou un accident quelconque a permis
de s’en assurer par l’autopsie, on n’a pu découvrir aucune trace de
lésion circonscrite à laquelle elles pussent se rapporter ; en outre, on
sait que la nature et le nombre des altérations après les fièvres n’ont
rien de caractéristique pour chacune d’elles - qu’ainsi, chez plusieurs
sujets morts de la même fièvre, elles occupent tantôt un organe, tantôt
un autre : quelquefois elles les affectent tous ensemble ; plus rarement
nul n’est visiblement compromis; elles diffèrent d’ailleurs dans les di¬
vers cadavres par la couleur, la consistance, la forme et la structure,
par tous les caractères, enfin , sur lesquels se fonde leur nature, tihez
les uns, se sont de simples colorations qui varient depuis le rouge
clair jusqu’au cramoisi ; chez les autres, le tissu organique est entamé ou
par des ulcérations, ou par la gangrène, ou par des perforations; les
organes lésés sont quelquefois ramollis, d’autres fois indurés ou dégé¬
nérés : toutes ces altérations, et beaucoup d’autres encore, se rencon¬
trent suivant la diversité des sujets, à la suite des mêmes fièvres;
ajoutons que le degré de la lésion est loin de correspondre toujours à
la gravité et aux périodes de la maladie. Et pourtant, si les lésions
organiques étaient véritablement les causes des fièvres , nul doute que,
comme on l’observe dans les pbthisies pulmonaires , par exemple, et
dans toutes les maladies dont une altération des organes fait le princi¬
pal caractère, elles ne fussent constantes et toujours les mêmes.
A cette instabilité, à ces différences radicales des altérations orga¬
niques, après les mêmes affections fébriles, opposez, en les étudiant
sur les malades, l’invariabilité des causes de chacunes d’elles, la frap¬
pante ressemblance de leurs phénomènes , qui les fait reconnaître dans
tous les temps, dans tous les lieux, sur tous les sujets , malgré des
nuances fugitives et sans conséquence; la succession régulière de leurs
périodes, enfin la conformité des traitemens qui les guérissent, et vous
prononcerez que c’est dans l’observation clinique d’où toutes ces
connaissances découlent qu’il faut aller puiser l’idée de leur nature et
la raison de leur traitement. Interrogez ensuite suivant cet esprit leurs
causes, leurs symptômes , leur marche et leurs terminaisons, et vous
achevez de vous convaincre que les affections fébriles ne siègent ni sur
l’un ni sur l’autre système exclusivement, ni dans une partie circon-
16.
( a36 )
scrite de 1’c'conomie, mais qu’elles atteignent simultanément tous les
organes, tous les systèmes d’organes, les liquides comme les solides,
les vaisseaux comme les nerfs; que, tant qu’elles durent, l’organisme
tout entier est sous l’influence d’une modification morbide, intime,
profonde, soumise aux iois de la vitalité', que l’anatomie pathologique
ou l’inspection des organes prives de vie ne peut pas plus repre'senter
que le cadavre lui-même ne représente l’homme vivant. Une observa¬
tion directe et complète, un raisonnement qui rentre toujours dans les
limites de l’expérience , sont les seuls instrumens légitimés de la déter¬
mination de ces maladies et de la recherche de leurs indications.
Cependant la généralisation des affections fébriles n’est pas si absolue
qu’elle ne puisse donner lieu à des concentrations pathologiques sur
quelques organes, d’où naissent les lésions locales, si connues dans le
cours des fièvres. Ce sont celles dont on trouve les traces après la
mort, et qui en imposent aux médecins dévoués à l’anatomie patholo¬
gique , au point de leur persuader que c’est là la cause de la fièvre, là
les sources des indications. Nous en avons assez dit pour réfuter cette
erreur : ajoutons au sujet des lésions partielles dans-les fièvres qu’elles
ne se détachent que rarement de l’affection générale, et qu’elles restent
tout-à-fait sous sa dépendance; elles Se déclarent sous ses auspices,
procèdent avec elle, la suivent dans toutes ses alternatives d’augmen¬
tation ou de diminution, et disparaissent enfin avec elle. De là l’obli¬
gation générale de négliger les médications locales dans les fièvres
essentielles, ou plutôt de les fondre dans le traitement de l’affection
fébrile.
Est-ce à dire que jamais les lésions locales, suites ou compagnes des
fièvres, ne méritent de fixer l’attention? Non, sans doute : car il n’est
pas rare de les voir s’élever à un tel degré d’intensité, qu’elles se trans¬
forment en complications aussi graves et plus graves que la fièvre
même. Qui n’a vu, par exemple, dans le cours d’une affection ty¬
phoïde , pendant la durée d’une fièvre éruptive, une bronchite, jus¬
que là insignifiante, se changer tout à coup en une pneumonie violente
qui menace immédiatement les jours du malade ? La gastrite, la co¬
lite, l’irritation encéphalique, etc., sont susceptibles delà même dé¬
génération. Alors les soins de la maladie locale l’emportent, et l’ana¬
tomie pathologique, qui en éclaircie siège et en démontre les ravages,
sert doublement la thérapeutique, puisqu’elle imprime au traitement
la direction qu’il doit prendre, et donne, au moins approximative¬
ment , la mesure de son activité. Il y a plus : quand la même lésion
locale dont il s’agit resterait toujours assez faible pour se subordonner
à l’affection générale, l’anatomie pathologique suggérerait encore des
( * 3 ,. )
indications qui ont leur prix, puisqu’elle invite le praticien à surveil¬
ler de près le sie'ge de ces concentrations, à aider leur dissipation, et à
s’interdire, autant que le permet l’e'tat general de la maladie, l’usage
des moyens capables de les exalter : l’utilité' des topiques e'molliens
dans les fièvres graves accompagnées de quelque degré de gastro-enté-
rite, et l’obligation où l’on est quelquefois de combiner les excitans
avec des substances qui en diminuent l’action , se fondent sur ces don¬
nées. Tels sont, en résumé', les avantages de l’anatomie pathologique
dans la thérapeutique des fièvres, qu’il n’en résulte que des indications
secondaires et pourtant importantes, dans les cas graves surtout, où de
simples négligences causent parfois tant de regrets.
Il nous reste à parler des affections locales. Celles-ci sont dans la
condition la plus avantageuse à l’application de l’anatomie pathologi¬
que. En effet, elles viennent d’une lésion circonscrite accessible aux
sens après la mort, souvent même appréciable pendant la vie. Cette
lésion est le centre et le point d’appui de l’appareil morbide ; c’est
d’elle que partent tous les symptômes, c’est à elle qu’ils se rapportent ;
s’il e'tait possible de la connaître et de la de'truire assez tôt, on pré¬
viendrait et l’on détruirait par ce seul fait la maladie. Celle-ci une fois
déclarée, c’est enc re la lésion organique qui fournit la première indica¬
tion curative ; tant qu’elle subsiste, la maladie ne peut cesser -, et quoi¬
qu’elle semble quelquefois céder à-unc médication dirigée contre les sym¬
ptômes généraux, cette guérison n’est qu’un amendement passager, un
calme perfide sous lequel se cachent ses progrès réels. L’anatomie patho¬
logique intervient et assigne avec précision le siège, l’étendue , les rap¬
ports de cette lésion organique ; elle en découvre toutes les circonstances
anatomiques extérieures , ou celles qui sont cachées dans la texture des
organes, et qu’elle met au jour à l’aide des dissections ou de diverses pré¬
parations. Mais ces résultats-, obtenus par la seule inspection du cada¬
vre, seraient au moins stériles s’ils étaient appliqués au diagnostic et au
traitement de ces maladies, sans avoir été vivifiés et animés par leur
combinaison avec les données qui nous viennent de l’observation di¬
recte. Et en effet, après que nous aurons nettement circonscrit sur le
cadavre le siège d’une lésion organique, qui se flattera de donner de la
maladie préexistante une juste détermination ? Que saurons-nous de ses
causes, de son invasion, de ses phases , de sa durée, du traitement
le plus convenable? que saurons-nous enfin de sa nature? Qu’importe
d’être assuré qu’après la mort, dans les affections aiguës du poumon,
par exemple, cet organe est engoué, hépatisé, en suppuration, ou
tombé en gangrène ? Que gagnerions-nous même à constater chez les
malades ces sortes d’altérations, si, à côté des signes qui les font
( 238 )
craindre ou qui attestent leur existence, nous négligeons la rechcrclie
des causes qui nous permettent d’attacher à ces alterations une valeur
de’finie, et sont les meilleurs guides dans l’application des moyens théra¬
peutiques capables d’en triompher ? En se bornant aux notions que donne
l’anatomie pathologique, le pourquoi des conditions anormales de l’or¬
ganisme échappera sans cesse au médecin; en ne suivant que ses inspi¬
rations, on arrive à confondre sous la même idée, ét, par conséquent,
à traiter uniformément toutes les pneumonies ; et cependant, qui ne
sait que souvent elles sont si différentes dans leur nature, que les unes
ne guérissent que parles anti-phlogistiques, les autres parles vomitifs;
celles-ci par l’opium et les anti-spasmodiques x celles-là par les toniques
et le quinquina ?
On voit donc que le rôle de l’anatomie pathologique, à l’égard de la
thérapeutique, est loin d’être aussi brillant que le voudraient les méde¬
cins localisateurs; elle ne lui sert de rien dans toutes les affections
exemptes de lésions circonscrites ; et dans celles dont les lésions de ce
genre forment le caractère principal, elle ne lui rend que des services
secondaires, toujours subordonnés à l’observation directe des maladies,
seule base possible des indications curatives. Fuster.
DE l’iode , ET DE SES EFFETS THÉRAPEUTIQUES.
En thérapeutique , on peut procéder de deux manières bien distinc-t
tes pour arriver à un but, sinon entièrement analogue, du moins éga¬
lement utile ; et, soit qu’on donne la préférence à l’une ou à l’autre de
ces deux méthodes, c’est toujours à l’expérience qu’on doit avoir re¬
cours, c’est avec une même impartialité qu’on doit juger les travaux de
nos devanciers.
Il y a plus : lorsque, comme nous , on ne s’est constitué ni l’apôtre
de tel agent thérapeutique, ni le guérisseur de telle affection mor¬
bide , on s’impose nécessairement le devoir de juger avec sévérité tous
les éle'mens de la question ; on place dans la même balance les revers
et les succès; en un mot on se dit : fais ce que dois, advienne que
pourra, dût le pharmacologue rayer de ses tableaux la précieuse for¬
mule, dût le thérapeute regarder la médication de telle maladie comme
encore à trouver.
On peut déjà pressentir quelles sont ces deux manières : un agent
thérapeutique étant donné, l’iode, par exemple, on peut résumer dans
ses recherches toutes les applications qui en ont été faites sur l’écono¬
mie; qu’il s’agisse de goitre, de scrofules, d’altération, de sécrétion,
peu importe, tout se rapporte à l’iode ; on trace l’histoire critique de
( a3g )
ses effets, et on s’estime plus ou moins heureux, suivant que l’on constate
son efficacité' ou qu’on le voit échouer dans un plus ou moins grand
nombre de maladies. Telle est la première manière. Maintenant, une
maladie, une individualité' morbide e'tant donnée, on peut faire un
examen comparatif des diverses mc'dications successivement employées
pour la combattre ; et tout en tenant compte des circonstances gene¬
rales et particulières, on peut arriver à la solution du problème, c’est-
à-dire à de'terminer si cette maladie est du nombre de celles qu’on
peut guérir; et dans ce cas , quel mode de médication doit avoir la
préférence ?
On conçoit parfaitement que le médecin qui vient d’ enrichir,
comme on ledit, la thérapeutique d’un agent énergique, concentre
sur cet agent toutes ses affections, qu’il en préconise les succès à son
de trompe, et que les revers, quelque nombreux qu’ils soient, ne lui
paraissent que des exceptions; on conçoit encore que l’auteur d’une
monographie, qu’une spécialité médicale , suivant l’expression en
usage, s’abuse presque toujours sur scs moyens et prétende avoir en ré¬
serve une foule de ressources pour arrêter les progrès d’une maladie
qu’il dit avoir étudiée pendant toute sa vie; ce qui fait que le public le
croit; et que se livrer à une spécialité n’est pas ce qu’il y a de moins
lucratif en médecine. Mais nous, notre situation est loin d’être la même,
soit que nous cherchions en effet à éclairer nos confrères sur les avan¬
tages et sur les dangers d’un médicament particulier, soit qu’avec eux
nous prenions une maladie comme objet de nos investigations, nous ne
pouvons avoir qu’un seul but, qu’un seul intérêt : le but, c’est la re¬
cherche de la vérité; l’intérêt, c’est celui de là science.
Nous ne voulons épouser, qu’on nous passe l’expression, ni tel agent
pharmaceutique, ni telle lésion morbide; la facilité dans les moyens
de se procurer tel médicament, l’énergie de ses effets, la généralité de
son usage ou sa découverte récente, peuvent seuls mériter de préférence
notre attention; de même pour les maladies, nous nous attacherons sur¬
tout à jeter quelque lumière sur la thérapeutique de celles que nos
confrères rencontrent à chaque pas dans la pratique, et qui trompent si
souvent leurs efforts.
Ceci une fois dit sur nos deux manières de procéder, nous choisirons
la première pour le moment, et afin de lui donner tout l’intérêt possi¬
ble , tout le degré d’utilité convenable, nous allons examiner l’histoire
thérapeutique d’un agent qui réunit précisément les conditions que nous
avons proposées, savoir : énergie dans les effets, usage très-général,
découverte récente, etc., etc. ; en un mot c’est de l’iode que nous allons
nous occuper.
( 24 » )
Un incident assez remarquable se rattache à la decouverte de l’iode.
Quiconque a e'tudie’ l’histoire generale de la thérapeutique sait qu’il ar¬
rive souvent aux médecins d’employer, dans le traitement de certaines
maladies rebelles, soit une substance connue depuis long-temps dans les
sciences naturelles, soit même des poisons, uniquement parce qu’on
n’en a pas encore fait d’application thérapeutique sur l’économie, et
que leur e'nergie n’est pas constatée. Pour l’iode, il n’en a pas e'te' de
même, la science a plus fait que le hasard : un corps assez compose'
(l’e'ponge calcine'e) , administre' d’une manière empirique, déterminait
ge'ne'ralemcnt de bons effets dans le traitement du goitre ; un me'decin
instruit se met à la recherche de l’agent auquel est due la guérison ;
il le découvre : c’est une substance particulière, un corps simple, et
l’iode entre dans le domaine de la pharmacologie.
C’est donc contre le goitre que l’iode a été d’abord employé. En
général cette maladie n’est pas dangereuse; mais il est une des formes
du goitre qui peut compromettre l’existence, nous voulons parler du
goitre en dedans : la trachée-artère est enveloppée par la tumeur; elle
est comme enchatonnée, comprimée, aplatie, et le malade peut périr
suffoqué. Les secours de l’art avaient été impuissans contre cette forme
redoutable du goitre : M. Coindet de Genève, qui ne partage avec per¬
sonne la gloire d’avoir découvert les effets thérapeutiques de l’iode,
est cependant parvenu à soulager d’abord, puis à guérir , à l’aide de
ce médicament, une malade, lorsqu’elle était sur le point d’être suf¬
foquée. S’il est moins instant d’attaquer les autres formes du goitre
avec l’iode, cela n’est pas moins nécessaire, ne serait-ce que pour
faire disparaître la difformité ; d’ailleurs la tumeur peut aller à plu¬
sieurs livres et devenir le siège de plusieurs ulcérations et dégénéres¬
cences.
Mais c’est avec précaution que l’iode doit être employé ; plus d’une
fois nous aurons à signaler des accidens graves. Dès son premier mé¬
moire, M. Coindet remarquait qu’il est des cas où il ne doit jamais
être employé, tels que la grossesse, la disposition à la ménorrhagie,
aux maladies de poitrine, menaçantes ou commencées, l’état de ma¬
rasme ou de lièvre lente, quelle qu’en soit la cause. On doit le refuser
également aux personnes délicates, nerveuses ou d’une trop faible con¬
stitution.
Ces observations ont fixé l’attention des médecins ; on a dû néces¬
sairement chercher un mode de préparation qui fût en harmonie avec
les lois de l’économie animale, ou du moins qui ne causât point de per¬
turbation notable.
Pour éviter les accidens déterminés par l’iode, administré à l’inté-
( a<i ).
rieur, M. Coindet fit préparer une pommade avec un demi-gros d’hy-
driodate de potasse et une once de graisse de porc. Il prescrivit d’en
faire soir et matin, avec gros comme une noisette, des frictions sur le
goitre même, ou sur les glandes engorgées, dans les cas de scrofules,
jusqu’à ce que la pommade fût entièrement absorbée.
Les effets les plus satisfaisans ont suivi l’application de cette méthode.
Il faut le dire, c’est surtout contre le goitre que l’iode a offert des suc¬
cès incontestables; nous nous trouverions trop heureux s’il en était de
même pour les maladies que nous avons encore à examiner.
C’est encore à M. Coindet que revient l’honneur d’avoir employé le
premier les préparations d’iode dans les maladies scrofuleuses ; il y a
été conduit par la puissante action du médicament sur le système ab¬
sorbant.
Les observations de GimelIe,deKolIey, Sablairolles, Baron, Benaben,
Goëden, etc., etc., confirment pleinement cette efficacité de l’iode
contre les affections scrofuleuses; tantôt cette substance a été employée
en teinture, tantôt en frictions, tantôt on l’a associée aux mercuriaux
ou aux amers, en raison des indications particulières.
M. Lugol s’est spécialement livré au traitement des affections scro¬
fuleuses par les préparations iodurées; nous allons examiner rapidement
les indications à remplir : i ° dans la scrofule tuberculeuse ; 2° dans
la scrofule cutanée ; 3° dans la scrofule du tissu cellulaire ; 4° dans la
scrofule des os. Quant à ce qu’on nomme la scrofule des membranes
muqueuses, nous en traiterons ailleurs; cette forme de l’affection ré¬
clame une étude à part, et d’ailleurs M. Lugol n’a guère parlé sous ce
titre que de l’ophthalmie scrofuleuse.
Pour combattre la scrofule tuberculeuse, M. Lugol a eu recours à
la pommade d’iodure de mercure, à l’eau minérale iodurée , seules ou
combinées avec les bains hydro-sulfurés.
La pommade de proto-iodure de mercure est composée dans les trois
proportions suivantes :
Tf. Proto-iodure de mercure, aij. . . . siij. . . . 3iv.
Axonge récente.|ij. . . . |ij. . . . |ij.
Cette pommade a un avantage sur la pommade simplement iodurée ;
elle cause moins de douleur locale; le plus ordinairement, elle n’en
cause point ou presque point.
Pour ce qui est du traitement ioduré intérieur, M. Lugol a renoncé
à l’usage des teintures et des sirops iodurés ; suivant lui, dans ces deux
modes de préparation, l’iode était précipité en substance sur les parois
de l’estomac, et de là des accidens fâcheux.
( 242 )
Pour remédier à cette action chimique, il fallait administrer ce re¬
mède dissous dans l’eau distillée. Mais comme l’iode est peu soluble
dans l’eau , sa solution à été aidée par l’iodure de potassium.
V0ici la composition de l’eau minérale iodurée, selon trois quantités
graduées avec lesquelles on peut donner l’iode à l’intérieur, à la dose
progressive de demi-grain, trois quarts de grain, un grain, et ciriq
quarts de grain par jour.
N” «. r a. N° 3.
V^ode .gr. 7t. . . . gr. i. . . . gr. j. 'U
Iodure de potassium, gr. j '/*". . . gr. ij. . . . gr. ij ‘/»
Eau distillée. . . . ?viij. .... Jviij .... §viij.
Pour composer l’eau minérale iodurée, on fait usage d’une solution
iodure'c, concentrée dans les proportions suivantes :
Tf Iode.3j.
Iodure de potassium. . 3ij.
Eau distillée.|vij.
Cette solution iodurée contient un vingt-quatrième d’iode ; versée dans,
seize livres d’eau distillée, elle forme trente-deux bouteilles de huit
onces d’eau minérale iodurée n° i. En diminuant l’eau distillée, on au¬
rait les numéros suivons :
On commence par six gouttes le matin, à jeun; six gouttes dans
l’après-midi, une heure avant de manger, dans un demi-verre d’eau
sucrée.
Chaque semaine on augmente graduellement la dose de la liqueur
de deux gouttes par jour, jusqu’à trente gouttes dans les vingt-quatre
heures.
Pour le3 enfans au-dessous de sept ans, on commencera par deux
gouttes deux fois par jour, que i’on augmentera graduellement jusqu’à
cinq gouttes le matin et autant dans l’après-midi.
On peut édulcorer l’eau minérale iodurée au goût du malade, avec
du sirop de guimauve ou tout autre.
Dans la scrofule cutanée , les ulcères doivent être pansés avec des
plumasseaux enduits de pommade au proto-iodure de mercure ; mais
le traitement ioduré intérieur ne doit pas être négligé. On a dit avec
raison que les symptômes d’irritation doivent être préalablement dis¬
sipés : toutefois il est tel état catarrhal qui ne contre-indique pas l’ad¬
ministration de l’iode ; il y a plus, cet état ne cède qu’à cette admi¬
nistration. Si donc on met le malade à l’usage intérieur de l’iode, on
( 243 )
commencera par demi-grain par jour, et on aidera les effets de l’iode
par l’emploi des bains hydro-sulfures.
Dans beaucoup de cas il est necessaire de toucher les ulcères avec la
solution iodure'e rubéfiante, ou même avec Viode caustiquej les cica¬
trices elles-mêmes prennent un plus bel aspect sous l’influence de ces
lotions. Voici la formule de cette dissolution caustique :
if. Iode.?j.
Iodure de potassium. . Jj.
Eau distillée.§ij.
Elle forme de petites escharres sur les parties qu’elle touche, mais des
escharres non gangreneuses.
Dans la scrofule celluleuse et la scrofule 1 des os, l’afFection scro¬
fuleuse peut avoir son siège dans le tissu cellulaire sous-cutané ou plus
profond, sans qu’il y ait pour cela génération de tubercules. Les abcès
froids éprouvent un amendement assez rapide sous l’influence des pré¬
parations indurées. Dès qu’une ponction a été pratiquée sur le point
où la peau paraît le plus amincie, dès qu’on a donné issue au pus , or¬
dinairement mélangé de flocons albumineux, on doit pratiquer des'
injections iodurées dans le kysto vidé; les divers engorgemens seront
combattus par les frictions avec la pommade au proto-iodure de mer¬
cure; l’eau minérale iodurée sera administrée , et enfin on prescrira un
ou deux bains kydro-sulfurés par semaine.
La scrofule des os détermine souvent ces affections si redoutables
connues .sous le nom de tumeurs blanches; dans ces circonstances , on
devra se conduire comme pour les cas de scrofule celluleuse, c’est-à-
dire qu’on aura recours à la fois au traitement ioduré intérieur et exté¬
rieur; l’eau minérale iodurée, ci-dessus indiquée, sera'donnée à l’inté¬
rieur ; quant au traitement local, il consistera dans les frictions, les
injections, s’il y a des trajets fistuleux, avec ou sans carie, des extrémi¬
tés articulatoires, et enfin dans les pansemens iodurés. Dubois.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DU TRAITEMENT DE l’eNTORSE PAR LES APPLICATIONS d’eAU
FROIDE.
Personne ne peut douter qu’il ne soit avantageux d’obtenir aussi
souvent qu’on le peut la terminaison par résolution d’une maladie,
< *44 )
quelle qu’elle soit ; mais ce résultat est difficile à obtenir, et on peut
même dire que ce n’est guère que dans les affections produites par une
cause externe qu’on peut le tenter avec quelque chance de succès. Aussi,
parmi les lésions de cette nature, il n’en est aucune, depuis l'érythème
le plus le'ger jusqu’à la fracture comminutive la plus grave, où le mé-
decin ne doive commencer le traitement par les résolutifs , afin de pré¬
venir les accidens inflammatoires, ou en diminuer l’intensite', s’il ne
peut les arrêter dans leur début.
De tous les résolutifs, le plus efficace et à la fois le plus simple , le.
plus facile à trouver et à employer, c’est l’eau froide. Il y aurait un beau
travail à faire sur les avantages de ce moyen dans les diverses affections
chirurgicales; nous nous en occuperons.peut-être dans un autre moment.
Aujourd’hui nous ne voulons entretenir nos lecteurs que des bons effets,
de l’eau froide dans l’entorse.
L’entorse est un des acoidens les plus communs et les plus graves
il le devient surtout si, dans le principe, on ne la traite par le
résolutif énergique que nous préconisons. Nous avons vu beaucoup
d’entorses, nous en avons traité un grand nombre par l’eau froide,
et nous avons toujours eu à nous louer des services qu’elle nous
a rendus. 11 faudrait être appelé bien tard pour ne pouvoir tenter
cette méthode et se borner aux émolliens et aux sangsues, comme'le
font encore plusieurs médecins, au grand détriment de leurs mala¬
des. Pour nous , nous devons proclamer que toutes les fois que l’eau
froide est appliquée à temps, elle donne au malade la chance de
se rétablir dans le tiers du temps nécessaire à la guérison par d’au¬
tres moyens. La conduite à tenir est bien simple; elle consiste à
plonger le pied dans un seau d’eau de puits très-froide, à laquelle
on peut ajouter du sel marin ; l’eau doit dépasser les malléoles ; on
la renouvelle aussitôt que la température s’en élève. Après y avoir
maintenu le pied deux ou trois heures, on le retire pour le cou¬
vrir encore de compresses mouillées, qu’on imbibe continuellement
d’eau froide ; on peut alors commencer l’emploi d’une compression lé¬
gère et bien uniforme, qui facilite le dégonflement et la résorption du,
liquide épanché. Ces applications réfrigérantes diminuent la chaleur
locale, modèrent l’exaltation de la sensibilité, portée souvent au dernier
point par le tiraillement des ligamens articulaires, distendus outre me
sure et même souvent déchirés; elles conservent aux tissus leur res¬
sort et les empêchent de se laisser pénétrer par un nouvel afflux de liqui¬
des. Si l’eau froide n’agit pas immédiatement dans ce cas comme moyen
curatif, au moins augmente-t-elle de beaucoup les chances d’une termi¬
naison favorable, surtout lorsqu’on a mis en usage la saignée générale,
le repos, la diète et les autres moyens, suivant que la gravite' de l’ac¬
cident les réclamé. Les effets des réfrigérans sont d’autant plus mar¬
ques qu’on les applique plus promptement ; et pour que ces effets soient
durables, il faut en continuer l’usage long-temps , sans quoi leur action
re'percussive n’est que momentanée ; les vaisseaux capillaires distendus
par le sang réagissent avec force, tant qu’ils éprouvent l’impression du
froid; mais supprimez les applications réfrigérantes , et la réaction
s’opère avec une énergie doublée par l’impression même du moyen des¬
tiné à la restreindre.
Obs. I. Une femme de la campagne, heurtée par une charrette,
fait un violent effort pour conserver l’équilibre et éviter une chute; son
pied droit, qui supporta seul cet effort, fut contourné en dedans, au
point que la malléole externe porta sur le pavé, et fut même fortement
excoriée : en deux heures le gonflement devint énorme. La malade fut
transportée à l’hôpital fieaujon ; toute l’articulation tibio-tarsicnne était
tuméfiée et d’un rouge violet ; l’enflure se prolongeait presque jusqu’à
mi-jambe, au point qu’on supposait qu’il y avait fracture du péroné.
Des compresses d'eau froide furent appliquées et arrosées sans relâche
tout le jour et une partie de la nuit; on employa aussi une compression
modérée. Le lendemain, l’enflure avait presque entièrement disparu; les
surfaces articulaires se dessinaient sous la peau, devenue flasque tant le
dégonflement avait été rapide. On s’assura que le péroné était intact;
on continua le pansement à l’eau froide avec la compression, sans
s’occuper des petites plaies , qui se cicatrisèrent sans suppurer ; et au
bout de huit jours la malade pouvait se promener dans la salle en
faisant exécuter au pied des mouvemens, très-bornés à la vérité,
mais suffisans pour prouver le bon état de l’articulation et faire
pressentir une guérison qtoi fut complète en dix-sept jours. Cette en¬
torse était très-grave, effrayante à voir, et de nature à faire concevoir
un pronostic fâcheux ; il est positif que, sans les réfrigérans , cette
femme serait restée six semaines au lit, comme cela arriva à un homme
entré presque en même temps qu’elle dans l’hôpital pour une entorse
beaucoup moins sérieuse, mais qu’il avait traitée lui-même pendant six
jours parles cataplasmes, les emplâtres de savon noir, et d’autres
moyens également inopportuns dans les premiers jours de la maladie.
Citons encore un fait parmi le grand nombre que nous possédons.
Obs. II. Un colonel en retraite, âgé d’environ cinquante ans, d’une
structure athlétique, et d’un embonpoint assez marqué, posa le pied à
faux entre deux pavés, en descendant de son cabriolet ; tout le poids
de son corps, et il était considérable, porta sur le pied droit et en causa
la torsion si violente que, sans un grand effort de courage, il aurait
( 246 )
cc'dé à la douleur affreuse qu’il ressentit, et se serait laissri tomber à
terre. Il se fit de suite transporter chez lui, où, bientôt appelé, nous
suivîmes la marche que nous avons indiquée plus haut. Malgré le gon¬
flement énorme qui était survenu, la résolution s’opéra en quatre
jours; nous insistâmes sur la compression, moyen nécessaire, à cause
de l’embonpoint du sujet, pour prévenir l’œdème, et au bout de trois
semaines le malade ne se ressentait plus de son accident.
Plusieurs circonstances peuvent empêcher l’emploi du bain réfrigé¬
rant : la menstruation, par exemple, un catarrhe pulmonaire préexis¬
tant et qui peut faire concevoir des craintes; mais à part ces cas rares
et exceptionnels, on doit les employer avec promptitude et persévé¬
rance ; il est toujours temps d’en venir aux cataplasmes et aux sangsues,
si le gonflement et l’inflammation ont augmenté, malgré les applications
d’eau froide continuées pendant douze ou vingt-quatre heures.
Lorsque les entorses sont compliquées de plaies, quelles que soient leur
étendue et leur profondeur, les indications sont absolument les mêmes.
Cette méthode de traitement peut être appliquée également aux contu¬
sions et aux plaies de tontes les parties du corps. Si nous nous sommes
bornés à parler de l’emploi de l’eau froide dans le traitement de l’en¬
torse, c’est que l’étendue de cet article ne nous aurait pas permis de
traiter cette question convenablement. En effet, l’eau froide a été em¬
ployée avec succès dans un grand nombre de maladies chirurgicales.
Les plaies, par exemple, guérissent souvent très-rapidement par la mé¬
thode réfrigérante, et sans aucun accident. On en retire de grands avan¬
tages dans toutes les plaies graves des membres , de l’avant-bras, de la
main, de la jambe et du pied, parties où existe un grand nombre de
tendons et de gaînes aponévrotiques , et où les inflammations sont vio¬
lentes et les suppurations dangereuses, ainsi que dans les fractures com¬
pliquées de plaies, avec épanchement et infiltration de sang. Nous avons
vu cette méthode employée à l’bôpitalBeaujon, dans des cas très-variés,
par MM. Marjolin et Blandin, qui ont eu presque toujours à s’en louer.
Ils l’ont mis en usage avec succès chez les nombreux blessés qui af¬
fluaient dans leurs salles pendant les journées de juillet. A la suite de
plusieurs opérations, telles qu’ablation de tumeurs, ligatures de vais¬
seaux , l’emploi des re'frigérans a été suivi des plus heureux succès.
Dans la brûlure au premier degré l’utilité de l’eau froide est incontes¬
table; mais il faut, comme dans les autres circonstances, qu’elle soit
employée pendant un temps assez long. Lorsqu’il n’y a qu’une violente
tuméfaction, et que la peau n’est pas dépouillée de son épiderme, c’est
un excellent moyen, qu’on doit préférer sans hésitation aux mille et
une recettes consacrées par la routine. Lorsque l’eau froide ne peut
( Ai )
être employée parce que la peau est trop profondément intéressée, on
peut recourir avec avantage au coton écru ou au lyplia, suivant la mé¬
thode indiquée dans un précédent numéro de ce journal. L’crysipèle
produit par l’insolation ou par l’action prolongée du feu peut être traité
de même.
Nous nous arrêtons ici, persuadés que ce que nous avons dit des bons
effets de l’eau froide suffira pour faire ressortir l’utilité et l’importance
de ce moyen thérapeutique, et engagera les praticiens à y avoir recours
dans les cas d’entorse. Ce moyen est simple, et c’est pour cela peut-être
que malgré scs succès, depuis long-temps reconnus et vantés, on l’em¬
ploie fort peu. On aime les moyens nouveaux et difficiles à manier :
tout ce qui ne frappe pas l’esprit des malades leur inspire peu de con¬
fiance : aussi est-il difficile au médecin de leur persuader qu’ils peuvent
être aussi bien guéris souvent avec de l’eau froide, la compression , le
repos , le régime et autres moyens aussi simples, qu’avec des épithèmes
composés d’herbes à noms barbares, ou au moyen d’onguens qui font
suppurer les plaies pendant un mois, au lieu de les faire cicatriser en
huit jours. A. C. Bidou.
BRULURES TRAITÉES PAR l’kAU -FROIDE , LE COTON JÈÇRU ET LE
LIN1MENT OLÉO-CALCAIRE SUR LE MÊME SUJET.
Une fille de quatorze ans , qu’un travail de nuit avait accablée de
fatigue, s’assied sur le bord de son lit, pose une lumière à ses pieds,
et s’endort, en se déshabillant, de ce sommeil profond qui n’appar¬
tient qu’à la jeunesse, et dans lequel la vie des relations semble éteinte.
Ce sommeil lui fut bien funeste ; car il ne la quitta qu’au moment oit le
feu qui la dévorait achevait de détruire les derniers lambeaux de scs
vêtemens. Le père, éveillé aux cris de cette malheureuse, s’élance sur
elle, cherche, mais vainement, à étouffer la flamme avec scs mains.
Il est bientôt forcé de l’abandonner ; ses deux mains étaient déjà brûlées.
La jeune fille, couvertes de brûlures profondes, surtout à l’abdomen ,
à la poitrine et à la face, expire au bout de quelques heures avec toute
son intelligence, et sans se plaindre beaucoup, si ce n’est d’un senti¬
ment de pression très-forte au ventre, et d’une soif ardente. Nous ne
vîmes le père que trois jours après. Ses brûlures avaient été pansées
avec un mélange d’eau de chaux et d’huile. Les douleurs étaient des
plus vives; un gonflement assez considérable avait envahi les deux
avant-bras et la jambe droite, qui était également intéressée. La fièvre
était développée. Quant aux lésions locales, voici en quoi elles consis-
( 248 )
taient : les deux mains, jusqu’au poignet, étaient dépourvues d’e'pi-
derme, à l’exception de quelques points où cette membrane était en
partie détachée du derme et en partie adhérente; à la face dorsale de
quelques doigts se remarquaient quelques cscharres, quelques exco¬
riations qui ne pénétraient pas au delà du derme; à la partie externe
et postérieure de la jambe droite, la peau était détruite en grande par¬
tie dans une e'tendue de cinq pouces sur trois ou quatre. Le malade,
inquiet sur son état, et désirant surtout obtenir un soulagement que ne
lui procurait pas le moyen auquel il avait eu recours, j’employai le
traitement suivant : je couvris la plaie de la jambe de coton cardé ,
que je maintins par quelques tours de bande peu serrés ; je fis enlever
les linges imbibés du mélange d’huile qui couvraient la main droite, et
les remplaçai par plusieurs compresses trempées dans de l’eau à la
température de zéro, en recommandant qu’on les renouvelât toutes les
dix minutes au plus tard, pendant au moins 24 ou 36 heures. Pour
l’autre main, je fis continuer l’usage du liniment olc'o-calcaire. Au bout
de deux heures une diminution très-sensible de la douleur se manifesta
dans la main couverte du réfrigérant ; au bout de quatre la raideur
qu’accompagne toujours le gonflement de la peau avait presque entiè¬
rement disparu dans tout le membre de ce côté; dans l’autre, au con¬
traire , meme douleur brûlante, même sentiment de tension, même dif¬
ficulté dans les mouvemens, au point que, le lendemain matin, le ma¬
lade, qui, jusque-là, à son grand regret, et uniquement pour se confor¬
mer à l’ordonnance, avait continué le pansement de sa main gauche avec
le liniment, ne put résister au besoin qu’il ressentait d’y appliquer des
compresses trempées dans l’eaufroide comme de l’autre côté, et continua
même l’usage de ce moyen, pour l’une et l’autre main, au-delà du temps
fixé, c’est-à-dire pendant quarante-huit heures (t). Alors le gonflement
. (t) L’utilité de l'application de l'eau froide sur les parties brûlées a été agitée
dans une des dernières séances de la Société de médecine de Paris, et tous les
praticiens qui la composent ont été unanimes sur son utilité. MM. Dclens, Ro¬
che, Sanson, Gendrin et de Kergaradcc ont pris part à la discussion intéres¬
sante de ce point de thérapeutique. Tous ont recours avec le pins grand succès
à l’application permanente et directe de l’eau froide sur la partie brûlée, quel que
soit le degré de la brûlure. L’application du froid continuée sans interruption
pendant douze, vingt-quatre, quarante-huit heures, calme des douleurs, empê¬
che l’inOammation de se développer à un haut degré, et si la brûlure est avec
escharre, celle-ci devient sèche, se détache avec facilité, et il ne se forme pas
cette suppuration abondande qui épuise les malades, et devient souvent la prin¬
cipale cause de la mort. Dans ces cas où les brûlures sont très-étendues, et où il
y aurait de graves inconvéniens à appliquer le topique sur une très-grande sur-
( A\ 9 )
avait disparu ainsi que les douleurs, et les plaies furent pansées avec
un linge fenêtre, enduit de cérat saturne et de la charpie. Le vingt-hui¬
tième jour, le malade avait repris ses occupations de frangier. La
plaie de la jambe, qui n’avait exigé aucun soin depuis l’application
du coton, fut trouvée parfaitement cicatrisée à la chute de celui-ci, et
n’était douloureuse que quand le malade appuyait son membre sur la
partie qu’elle occupait. II ne reste plus de cette lésion qu’une tache
roussâlre à la peau, qui, du reste, est unie dans ce point comme par¬
tout ailleurs. A. T.
CICATRISATION DES PLAIES ARTÉRIELLES SOUS l’xnFLUENCE DU
LIQUIDE HÉMOSTATIQUE DE MM. TALRICII ET HALHA-GRAND.
Nous avons déjà fait connaître dans nos 4 e et 6 e livraisons les ex¬
périences faites avec le liquide hémostatique dont il est question. Nos
lecteurs savent qu’une vingtaine de moutons ODt eut l'artère carotide
ouverte en long, en travers, avec ou sans déperdition de substance,
et que toujours la simple application de morceaux de coton imbibés de
la liqueur a suffi pour arrêter l’hémorrhagie. C’était beaucoup de con¬
stater cet effet remarquable ; mais cela ne suffisait pas, il fallait suivre
sur les animaux soumis aux expériences le travail de la cicatrisation
dans les artères blessées , et c’est ce que nous avons fait. Nous allons
tâcher défaire bien comprendre ce que nous avons vu.
Dès que l’application du liquide hémostatique est opéré, il se
forme aussitôt à l’ouverture faite au vaisseau un caillot noir qui
en bouche complètement l’entrée. Ce phénomène est le premier
face do corps. M. Roche a fait presque toujours cesser les douleurs horribles du
malade par l’application de la glace sur la tête. Les pédiluves froids et l’applica¬
tion de l’eau glacée sur les membres sont très-douloureux, et il faut du courage
pour les supporter ; mais les bienfaits que l’on en retire sont toujours très-mar¬
qués dans les brfilurcs.
Ces topiques sont aussi employés dans d’autres affections. Ainsi M. Gcndrin
dit, dans le même article des Transactions auquel nous empruntonsccs détails,
qu’il traite souvent la goutte aiguë par l’application immédiate et continue de la
glace sur la partie malade, et que ce mode de traitement, qui fait rapidement
cesser la maladie, ne détermine jamais aucun accident. D’après nos idées sur la
nature de la goutte nous ne pouvons, malgré cette assurance, approuver uno
semblable médication ; nous la considérons comme dangereuse. (iV. </ n /J )
TOME I. 8 e LIV. 17
( i5o )
qui se passe , et il est commun à toutes les plaies, qu’elles soient lon¬
gitudinales, transversales ou autrement. Bientôt deux nouveaux caillots
se forment à l’intérieur, l’un, supérieur, plus court, l’autre, inférieur
et du côté du cœur, plus long. Ces caillots sont coniques et adhèrent par
leur base à la face interne du caillot extérieur, dont ils semblent n’être
que la continuation. Cette disposition est extrêmement avantageuse : le
bouchon fibrineux qui ferme la blessure est ainsi retenu et comme rivé ;
il pourrait peut-être obéir sans cela à l’impulsion du sang. Cependant
cette continuation des caillots intérieurs avec l’extérieur n’a pas lieu
dans les plaies en travers, mais dans ce cas, les caillots intérieurs
prennent extrêmement vite un accroissement tel que les deux bouts de
la solution de continuité sont bouchés par eux.
Si la nature est presque uniforme dans la disposition et la forme des
caillots qu’elle oppose dans les premiers temps à l’hémorrhagie, scs
procédés son bien différens pour parvenir à une guérison parfaite.
Voyons en effet ce qui se passe pour la cicatrisation.
Dans les blessures en long, le caillot extérieur noir sc décolore
du dixième au douzième jour, s’organise, et devient dense et fibreux ;
confondu avec la membrane externe de l’artère, dont il ne peut être
séparé, il forme une espèce de boulon semi-sphérique, du volume
de la moitié d’un noyau de cerise ; il est là au-dessus de la plaie, qui
est encore béante à l’intérieur, comme une de ces pièces de cuivre
rondes que les chaudronniers clouent à l’extérieur des marmites
trouées. La combinaison intime du caillot avec les membres externes
de l’artère étant opérée, et sa consolidation étant parfaite, les cail¬
lots intérieurs sont résorbés, et la circulation du sang est libre de tout
obstacle.
Cependant la boutonnière longitudinale faite par l’instrument reste
béante à l’intérieur ; ses lèvres sont lisses et fraîches comme si
l’opération venait d’être faite : on peut les écarter, passer une tête
d’c'pingle dans toute la longueur de la plaie , et la pousser même
dans une petite poche que forme la consolidation de la fibrine exté¬
rieure. La membrane interne de l’artère est lisse et blanche et sans au¬
cune trace d’inflammation. Cette disposition a été constatée assez tard
après l’expérience; on l’a vue du quarante-septième au cinquantième jour
chez deux moutons différens, et ily a eu identité parfaite dans les pièces
anatomiques. La plaie intérieure finit-elle par se cicatriser, et les deux
lèvres se collent-elles plus tard l’une à l’autre? Un fait semble le prou¬
ver; mais il est seul, et jamais l’on ne doit se servir d’un fait isolé
pour établir une règle quelconque; voici néanmoins le cas dont il est
question : Un mouton ayant eu l’artère ouverte en long " est mis à
( *5. )
mort le soixantc-dixième jour de l’expérience. On s’attendait à trouver
une disposition analogue à celle que nous avons décrite; mais on a eu
de la peine à découvrir la trace de la blessure , et ce n’est qu’en regar¬
dant les tuniques du vaisseau à travers le jour que, vis-à-vis un point
un peu plus opaque que le reste, tenant à un épaississement de l’ar¬
tère à l’extérieur, l’on a vu à l’intérieur du vaisseau une ligne longitudi¬
nale blanche ayant l’étendue ordinaire de la blessure. Ce cas a beaucoup
étonné, et nous attendons d’autres pièces semblables pour croire à une
guérison aussi complète.
Dans les blessures transversales , la rétraction des tuniques du vais-
' seau donne aussitôt à l’ouverture une forme ovalaire. Il n’a point été
vu de caillot extérieur ; mais les deux caillots intérieurs, comme nous
l’avons dit, prennent très-vite un diamètre suffisant pour arrêter l'hé¬
morrhagie. Ces caillots perdent promptement leur forme conique, occu¬
pent tout le calibre du vaisseau avec lequel ils contractent des adhé¬
rences , de sorte qu’après leur résorption, les tuniques internes sont
collées ensemble , et l’artère n’est plus, dans le point qu’ils occupaient,
qu’un cordon tendineux. L’oblitération s’opère quelquefois sans que le
diamètre du vaisseau soit augmenté ; mais d’autres fois il double ou
triple de grosseur.
Dans les blessures avec déperdition de substance, les caillots
intérieurs et extérieurs se comportent de la même manière que
dans les blessures longitudinales. Le bouchon fibrineux extérieur est
également rivé par les deux caillots, qui se prolongent à l’inté¬
rieur du vaisseau en haut et en bas; mais la résorption de ceux-ci
ne s’opère pas comme dans le premier cas : les caillots intérieurs perdent
leur forme conique comme dans les plaies en travers, et occupent bientôt
le diamètre du vaisseau; il s’opère alors une adhérence des tuniques in¬
ternes de l’artère, et celle-ci est oblitérée dans une étendue égale à la
longueur des caillots. Une éminence arrondie, dense, ferme , marque le
point où a été faite la blessure. ,
Quant aux plaies par piqûre , ce sont les mêmes phénomènes que
dans les plaies longitudinales. Le caillot intérieur est résorbé et la cir¬
culation rétablie.
Si l’artère est coupée transversalement dans sa totalité, comme
dans les amputations, l’application du liquide hémostatique donne lieu
à la formation d’un caillot, qui, d’abord mince, prend plus tard un
plus grand accroissement, et finit par remplir tonte l’extrémité du
vaisseau coupé. Il s’établit ensuite des adhérences qui transforment le
tube artériel dans l’étendue de 5 à 6 lignes, en une espèce de cordon
fibreux.
‘7-
( 252 )
Ce court aperçu fera sentir, nous l'espérons , les avantages «le l’ex¬
périmentation en thérapeutique. 11 est des moyens extraordinaires
dont on ne comprend pas l’action ; mais est-ce un motif pour les rejeter,
lorsque les faits parlent assez haut pour imposer une conviction ?
Le liquide hémostatique de MM. Talrich et Halma-Grand nous pa¬
raît une découverte précieuse ; nous n’en connaissons pas encore la
composition, parce que ces médecins veulent réserver pour eux seuls la
possibilité de continuer leurs expériences sur les hémorrhagies ; mais
nous avons constaté ses effets, et nous les faisons connaître : nous
sommes en cela fidèles à nos principes, qui sont en thérapeutique de
raisonner moins que d’appliquer.
Les pièces anatomiques, dont nous offrons la description, ont un
tout autre intérêt que celui de la curiosité; elles montrent d’une manière
satisfaisante la marche que suit la nature pour la guérison des blessures
des artères. Jusqu’à présent on n’avait pu étudier que d’une manière
très-incomplète le travail réparateur qui fait parvenir à ce résultat ; il
est facile d’en apprécier la cause : deux seuls moyens certains existaient
pour arrêter une hémorrhagie grave : la ligature et la compression ;
mais en les employant, le cours du sang était suspendu, et par con¬
séquent il était impossible déjuger des efforts réels de l’organisme pour
la réparation du désordre. Aucune compression n’étant exercée dans
l’application du liquide hémostatique, la nature a seule le soin de la gué¬
rison j seule elle dispose les caillots, les solidifie, et tous les phénomènes
qui s’opèrent sont dus à ses efforts curateurs.
Nous ne finirons pas cet article sans engager MM. Talrich et Halma-
Grand à continuer, avec le même zèle et la même intelligence, les ex¬
périences qu’ils ont commencées. Nous regrettons que ce ne soit en¬
core que sur des animaux que les bons effets de leur liquide hémosta¬
tique aient pu être constatés. Espérons que les chirurgiens d’hôpitaux
s’empresseront de leur offrir bientôt l’occasion de juger de son effica¬
cité sur l’homme. Il n’est pas de jour où il n’y ait à l’Hôtel-Dieu, la
Charité ou la Pitié, des cas où leur liquide pourrait être employé.
L’intérêt de l’humanité le demande ; sachons en effet si, dans une bles¬
sure d’artère, dans certains anévrysmes, dans une extirpation d’hé-
morrhoïdes, ou dans tout autre cas d’hémorrhagie grave, nous ne
pourrions pas nous reposer sur l’efficacité de ce moyen. La chose est
importante : pourquoi nos chirurgiens se refuseraient-ils à un essai
qui ne peut avoir aucun inconvénient, aucun danger, et qui peut avoir
de grands avantages ?
J. K.
( a53 )
VACCINE.
LE VIRUS VACCIN A-T-IL DÛC.ÉNÈRÉ ?
Tant qu’on a cru que ia vaccine ne laissait aucun accès possible à
la petite-vérole, il n’est venu dans l’esprit de personne de soupçonner
que le vaccin eût pu de'ge'ne'rer. Les premiers soupçons écrits à cet egard
remontent à i8i5ou 1816, deux années fécondes en épidémies vario¬
leuses. Ce n’est pas qu’il ne se soit élevé de tout temps quelques voix
éparses contre une infaillibilité absolue ; mais elles avaient d’autres mo¬
tifs , et se perdaient dans la foule.
Mais à peine fut-il publiquement reconnu qu’il n’était pas absolu¬
ment impossible que la variole survînt après la vaccine, qu’on voulut
savoir la cause de ces exceptions ; et l’on s’en prit à l’affermissement
du vaccin ; les raisons ne manquèrent pas à l’appui de celte hypo¬
thèse.'
Tout change, tout s’altère avec le temps ; pourquoi le vaccin ne
subirait-il pas la loi commune P Dès lors les boutons prennent un autre
aspect; ce n’est plus cette vigueur, cette énergie dont parle Jenner , et
dont les premiers dessins nous retracent l’image. Les phénomènes de
réaction, l’engorgement des glandes axillaires, ces alternatives de
frisson et de chaleur, la fièvre vaccinale enfin , n’est pas non plus
aussi marquée; les cicatrices vaccinales elles-mêmes sont plus superfi¬
cielles ; en un mot, tout annonce que la vaccine se détériore, et que la
plus précieuse des découvertes est menacée d’un discrédit complet et
prochain.
Je reprends chacune de ces objections. Ceux qui argumentent de
l’analogie citent souvent la lèpre, dont les traces sont presque perdues ;
la petite-vérole, qu’on dit fort adoucie, quoiqu’elle sache bien re¬
trouver de temps en temps son ancienne énergie ; le virus syphilitique,
dont les ravages ne ressemblent point, dit-on , à l’effrayant tableau
qu’en ont tracé ses premiers historiens, et notamment Fracastor, mé¬
decin et poète tout à la fois.
Je n’entreprendrai pas de discuter ici s’il s’est fait dans le caractère
de ces maladies tout le changement qu’on dit ; s’il est bien logique de
confondre les maladies qui, comme la peste, la plique, la lèpre, sont
en partie le fruit du climat et de la malpropreté, avec les maladies qui,
comme la rougeole et la petite-vérole, se jouent des climats et de tontes
les précautions qu’on prend contre elles. Quand le fait serait vrai,
quand l’analogie serait exacte, quand on se flatterait de voir tous ces
( 254 )
fléaux s’éteindre un jour, on conviendra que nous sommes encore bien
près de l’origine de la vaccine pour invoquer contre elle les ravages
du temps. Et puis , si le virus vaccin a dégénéré', le virus varioleux a
dû dégénérer aussi, et s’ils se suiveut dans leur détérioration , il est
permis de croire que leurs rapports ne sont pas changés, à moins
d’admettre pour les deux une échelle de dégradations toute dif¬
férente.
Mais laissons là les inductions si souvent trompeuses de l’analogie,
et passons à des preuves un peu plus directes. On dit que les pustules
vaccinales n’ont ni la même vivacité de couleur ni la même régularité
de forme qu’elles avaient du temps de Jenner. L’aréole qui les entoure
serait aussi moins étendue et moins vermeille, l’engorgement moins
considérable. 11 est vrai que Jenner a fait des boutons vaccins une pein¬
ture fort animée; mais croit-on de bonne foi qu’elle convient à tous les
cas ! Il y aurait de la simplicité à le penser. Quand un artiste veut pein¬
dre un fruit, une fleur, que fait-il? Il commence par choisir son mo¬
dèle , afin de donner une idée plus parfaite de l’objet que son pinceau
veut représenter. Guidé par le même instinct, Jenner dut faire la même
chose, il le fit, et il ne s’en cache pas ( page 34—206 ).(1).
Je n’ai pas vu les boutons que le comité central de vaccine fit dessi¬
ner eu 1800 ; mais j’ose assurer , sans crainte d’être démenti, qu’il ne
les prit pas au hasard; il les choisit parmi beaucoup d’autres, parce
que rien n’est plus naturel que ce choix, surtout à l’égard d’un objet
peu connu. Que penserait-on d’un naturaliste qui, pour donner une idée
juste d’un animal ou d’une plante, s’attacherait à l’individu le plus
chétif de l’espèce ?
Malgré cela, la nature nous offre tous les jours des boutons vaccins
en tout point comparables à ceux dont les premiers vaccinateurs nous
ont transmis la description ou l’image; c’est la même marche , c’est la
même durée, la même vigueur; mais ce même virus, qui se développe
ici sousdesibellesapparences, prend ailleurs les formes les plus chétives.
C’est que, dans les corps vivans, l’intensité de l’effet n’est pas toujours
exactement proportionnée à l’intensité delà cause. Avez-vous affaire à
des enfans pâles , faibles, malingres : soyez assuré que vous aurez des
boutons laDguissans, mous, sans vigueur. Au contraire, vos enfans
(1) Cet article devant faire partie d’un ouvrage que H. Bousquet se propose
de publier sur la vaccine, il est entré dans des développemens et des citations
que les dimensions de notre journal ne nous permettent pas de donner. C'est à
regret que nous faisons ces suppressions; mais elles ne nuisent eu rien, ni à l’élé¬
gante clarté du style, ni a la suite des idées de l’auteur. ( Note du He'dacl. )
( a55 )
sont-ils forts, replets, bien en chair : les boutons seront forts, vigou¬
reux, tels enfin que vous les voyez dans ces dessins qui vous font dire
que le vaccin a dégénéré' j parce que vous avez la bonhomie de croire
que les premiers vaccines avaient tous des boutons pareils au modèle
que vous ont lègue' les premiers vaccinateurs.
Après avoir fait le procès aux boutons, on est passe' à la fièvre vac¬
cinale. A la même objection , même réponse. Mais quelle devait
être le'gère, cette indisposition, dans un temps où l’on ne pratiquait
qu’un seul bouton à chaque bras, et souvent à un seul bras! Pour s’en
faire une ide'e, il suffit de savoir que les vaccines de ce temps, comme
les nôtres , ne changeaient rien à leurs jeux , à leurs habitudes. Le
docteur Marshall écrivait, en 1779, à Jenner, sous la rubrique deCas-
tington : « Tous les sujets que j’ai vaccines, au nombre de deux cent
» onze, n’ont pas e'td empêchés un seul moment de suivre leurs habi-
» tudes ordinaires. » ( 184)
Le même dit ailleurs qu’il vaccinait impunément les femmes grosses.
Certes nos vaccinés ne feraient pas mieux aujourd’hui ; et je ne pro¬
mettrais même pas que sur deux cent onze il ne s’en trouvât pas plusieurs
qui, moins heureux que ceux de Marshall, ne fussent contraints de dé¬
roger passagèrement à leurs habitudes.
II nous reste à examiner les cicatrices que la vaccine laisse après elle.
Les fauteurs de la dégénérescence soutiennent qu’elles sont moins
marquées aujourd’hui qu’autrefois ; c’est la conséquence de ce qu’ils
ont dit des boutons auxquels elles succèdent. Il serait difficile d’en ju¬
ger sur la description de Jenner, car il indique les choses plutôt qu’il
ne les décrit. Si, à défaut de renseignemens, on compare, sous ce rap¬
port, les anciens vaccinés avec les nouveaux, on apercevra peut-être
des différences j mais rien de fixe, rien de propre à lever les incerti¬
tudes. Tel a des cicatrices vaccinales très-superficielles, et tel autre en
a de très-profondes , sans qu’on puisse saisir aucun rapport, ni avec la
date de la vaccine, ni même avec l’énergie des pustules. C’est ainsi que
la petite-vérole, au même degré, marque à peine les uns, tandis qu’elle
défigure les autres. Cela dépend très-probablement de la délicatesse de
la peau. Le temps a cependant une influence incontestable sur les cica¬
trices vaccinales, comme, au reste, sur toutes les autres; et s’il ne par¬
vient pas à les effacer complètement, il les atténue, les blanchit, il
tend enfin à les ramener au ton général de la peau.
Tout récemment M. le docteur Fiard a élevé une objection dont on
ne s’était pas avisé avant lui : il a tenté d’inoculer le vaccin à soixante-
dix vaches environ, sans pouvoir y parvenir, et, de ce mauvais succès,
il a cru pouvoir déduire que le vaccin a perdu de son énergie. Je con-
( 256 )
viens que c’est jouer de malheur; mais si M. Fiard croit que cette ino¬
culation réussissait beaucoup mieux autrefois, il se trompe ; elle a
échoué et dû échouer de tout temps dans l’immense mojorité des cas :
il y a de cela plusieurs raisons.
A la difficulté qu’on éprouve à retrouver le cow-pox, il est à croire
que toutes les vaches ne sont pas susceptibles de L contracter. En se¬
cond lieu, si, comme il est probable, la picote des vaches est sujette
aux mêmes lois que la variole de l’homme, elle ne revient pas, ou ne
revient du moins que très-rarement ; ainsi, il peut très-bien se faire
qu’on tombe, soit à des vaches qui ont eu la picote, soit à des vaches
qui ne doivent pas l’avoir, deux causes infaillibles d’insuccès. Un troi¬
sième tient à la nature même de l’opération. Quand un virus est pro¬
pre à une espèce, sans doute il se communique facilement d’un indi¬
vidu à un autre individu de la même espèce ; mais s’il s’agit de faire
passer un virus d’une espèce à une autre espèce, c’est tout autre chose :
cette transmission, j’ai presque dit cette naturalisation , éprouve tou¬
jours plus ou moins de difficultés.
Finalement, je suis convaincu que, dans l’état actuel des choses , il
est impossible de dire si l’inoculation du vaccin à la vache est plus ou
moins difficile en i83o qu’elle ne l’était en 1800.
Ce n’est, à mon avis , ni dans cette épreuve, ni dans les boutons, ni
dans la fièvre, ni dans la cicatrice, qu’il faut chercher les preuves de
cette dégénérescence. La question n’est pas là ; mais nous avons dû
nous placer sur le terrain de nos adversaires, et supposer avec eux
qu’il y a un rapport, une connexion étroite et nécessaire entre les ef¬
fets de la vaccine ctles signes par lesquels elle se montre à l’extérieur.
Il est plus probable cependant qu’ils ne peuvent fournir que des pré¬
somptions ; encore ces présomptions vont-elles contre l’analogie , l’ex¬
périence ayant appris que la petite-vérole la plus confluente et la plus
grave ne met pas à l’abri de la récidive plus sûrement que la petite-
vérole la plus discrète et la plus douce.
Dans tous les cas, la question, disons-nous , est mal posée : on veut
savoir si la vaccine a dégénéré 5 ne cherchons pas les preuves de cette
dégénérescence dans ses caractères extérieurs, allons droit au but. Que
feraient en effet les signes extérieurs, s’il était prouvé que la vaccine
prévient la petite-vérole aussi bien aujourd’hui qu’autrefois ?
Pendant long-temps, il semble en vérité qu’on ait tenu à honneur de
soutenir l’inviolabilité de la vaccine envers et contre tous ; on s’offen¬
sait même d’un doute; les faits tant soit peu suspects étaient impitoya¬
blement rejetés comme faux ou mal observés. Dès 18o3 , les médecins
de Londres crurent reconnaître des varioles et des varioloïdes sur des
( 25 7 )
vaccinés ; mais telle e'tait leur confiance dans la vaccine qu’ils doutaient
de ce qu’ils voyaient; ils n’en croyaient pas leurs yeux.
Il est arrivé de là que plus tard, loi-squ’il a fallu se rendre à l’évi¬
dence, on n’a trouvé rien de mieux, pour justifier une ancienne in¬
crédulité, que d’imaginer que le vaccin avait dégénéré. Ainsi l’erreur
de nos prédécesseurs fait notre embarras. C’est pour avoir d’abord
trop bien présumé de la vaccine qu’on l’accuse aujourd’hui d’impuis¬
sance.
Sans doute, si on compare ces temps d’illusion avec les temps où
nous vivons, la comparaison nous sera défavorable; nous venons d’en
dire la raison. C’est à la réflexion à faire la part des deux époques et
à rétablir la vérité.
Il est juste aussi de reconnaître que, dans les premières années de
la vaccine, les faits dont nous parlons devaient être beaucoup plus
rares : ceci soit dit sans accuser la vaccine. Ils étaient plus rares parce
qu’il y avait moins de vaccinés. Personne ne peut s’étonner qu’à mesure
que le nombre des vaccinés s’est accru, celui des exceptions se soit ac¬
cru dans la même proportion.
Mais pour soutenir que la vaccine a dégénéré, il faudrait que toute
proportion fût interrompue ; il faudrait que les derniers vaccinés, ayant
naturellement reçu le plus mauvais vaccin, fussent, par cette raison ,
moins bien préservés que les premiers, qui, dans l’hypothèse , ont né¬
cessairement reçu le meilleur vaccin. C’est aussi ce qu’a dit M. Brisset,
et en cela, du moins, il s’est montré conséquent.
Malheureusement pour lui, les dernières épidémies varioleuses n’ont
pas tenu le même langage. M. Honorât de Dignes , MM. Robert, Bous¬
quet, Favartde Marseille, disent avoir observé juste tout le contraire;
c’est-à-dire que les vaccinés résistèrent d’autant mieux à la variole que
la vaccine était plus récente. M. Honorât fut tellement frappé de la dif¬
férence, qu’il a cru pouvoir partager les vaccinés en trois classes, sui¬
vant la date de la vaccination. C’est une autre question que nous exa¬
minerons en son lieu.
Je me contente d’observer ici que tout ce qui tend à faire croire que
l’action de la vaccine s’affaiblit avec le temps dans le corps du vacciné,
implique contradiction avec l’opinion de ceux qui prétendent que le
vaccin a dégénéré. En effet, je le répète, si le vaccin a dégénéré, ce
ne sont pas les premiers, mais les derniers vaccinés qui auraient surtout
à redouter la variole, puisque la vaccine était sur son déclin lorsqu’ils
en ont fait usage.
J’admets que les médecins de Marseille aient trop généralisé leurs
observations : on remarquera pourtant qu’ils citent au moins ce qu’ils
( a58 )
ont vu, tandis que ceux qui parlent de la dégénérescence du vaccin
raisonnent plutôt par conjecture : or il y a loin d’une conjecture à un
fait. J’admets encore que les derniers vaccines n’ont aucun avantage sur
les premiers, mais au moins m’accordera-t-on qu’ils n’en ont pas moins :
c’est tout ce que je demande en ce moment.
Il serait difficile, ce me semble, d’agir avec plus de franchise, avec
plus de de'sinte'ressement. L’autorité' de ceux qui pensent que la vaccine
pourrait bien n’avoir qu’une action temporaire e'tant favorable à ma
thèse, j’y renonce, loin de chercher à m’en prévaloir. Je ne songe
qu’à égaliser les termes du problème. Pour cela , il ne faut pas com¬
parer les premiers avec les derniers vaccines, puisque, par des consi¬
dérations étrangères à l’objet en discussion, on peut croire que l’avan¬
tage doit rester à ceux-ci ; mais qu’on prenne un nombre égal de vac¬
cines aux deux extrémités d’une période donne'e , et qu’on les consi¬
dère à la même distance de la vaccination, soit mille vaccines de 1800 ,
et mille vaccines de 1 8i5, je dis que, toutes choses égalés, ceux-ci
ne seront ni plus ni moins heureux en i83o que ceux-là ne le furent
en i8i5.
Si l’on se refuse à cette conséquence, que faire? Examiner encore
les boutons, la fièvre vaccinale, les cicatrices, etc. ? Non, il faut sou¬
mettre la vaccine à de nouvelles e'preuves, et la traiter en i83o , pour
savoir si elle n’a rien perdu de ses propriétés, comme on la traita en
1800 , lorsqu’il s’agissait de constater ces propriétés; il faut mêler les
vaccines avec les varioleux; il faut leur inoculer la variole ; il faut enfin
les observer sous l’influence des e'pide'mies varioleuses. La dernière par¬
tie de cet examen est la plus facile à cause du retour pe'riodique de la
variole : la correspondance même de l’Académie pourrait y suppléer
abondamment. Que ne puis-je la mettre tout entière sous les yeux de
mes lecteurs ! Elle est de nature à satisfaire les plus difficiles : ils y ver¬
raient que pour un médecin qui penche vers la dégénérescence du vac¬
cin , il en est cent et plus qui la nient ; et je remarque que ces derniers
sont précisément ceux qui ont fait une étude spéciale de la vaccine, qui
la cultivent et la pratiquent sans interruption, depuis son introduction
en France jusqu’à présent. Tels sont MM. Barrey de Besançon, Ne'dey
de Yesoul, Labesque d’Agen, Dupuy de Bordeaux, Valentin et Ser-
rières de Nancy, etc.
Ainsi, soit qu’on regarde aux choses, soit qu’on recueille les opi¬
nions , tout concourt à prouver que le vaccin n’a pas dégénéré , et que
la vaccine n’a rien perdu de sa valeur. Bousquet.
( ^9 )
CHIMIE ET PHARMACIE.
FORMULES DE PLUSIEURS PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES.
Les compositions pharmaceutiques qui doivent leurs propriétés au
fer sont rarement employées en médecine. Il est certain cependant qu’il
existe un grand nombre de cas dans lesquels on pourrait les prescrire
utilement. Cela tient d’une part à ce que nous n’avons qu’un petit nom¬
bre de ces médicamens, et de l’autre à ce qu’ils n’agissent pas toujours
de la même manière sur nos organes ; ce qui est dû à la fois à la diffi¬
culté de les doser exactement et à la facilité avec laquelle plusieurs
changent de nature.
M. Béral a pensé avec raison qu’on recevrait avec quelque intérêt
la communication des formules de plusieurs médicamens officinaux
qui, exactement dosés et stables dans leur composition, ne peuvent va*-
rier dans leur manière d’agir. Yoici les formules que nous empruntons
au Journal de Pharmacie.
Préparations chimiques. — Perchlorure de fer liquide. —
if. Peroxide de fer, 5 onces ; acide hydrochlorique, 19 onces. Mêlez
dans une capsule de platine, et faites bouillir pendant dix minutes
pour dissoudre l’oxide ; concentrez la dissolution à 15 onces à l’aide
d’une chaleur analogue à celle du bain-marie ; laissez refroidir, et filtrez
au papier. — Cette dissolution a une couleur rouge brun ; étendue
d’eau, elle est jaunâtre si l’hydrochlorate est neutre, et presque inco¬
lore s’il est acide. Elle n’ost pas décomposée par l’action de l’air comme
celle du protoxide.
Perchlorure de fer cristallisé. — Pour obtenir ce produit, on verse
une livre de perchlorure liquide dans une capsule de porcelaine, et 8
onces de potasse caustique liquide dans une autre ; on pose ces deux
capsules sur un plateau de verre, et on les recouvre avec une cloche.
Au bout de 10 à 15 jours, le chlorure cristallise presque en entier sous
forme de mamelons granulés ; on décante le liquide qui les recouvre,
et on les fait égoutter en renversant la capsule sur un plateau pour évi¬
ter l’action de l’air. Ce chlorure est presque neutre et très-déliquescent.
On doit le conserver dans un flacon à large ouverture bouché à l’émeri.
L’emploi du perchlorure de fer, ainsi cristallisé, permet de doser exac¬
tement les préparations dont il forme la base médicamenteuse.
Acétate de peroxide de fer. — If Acide acétique concentré, 16
onces; peroxide de fer récemment précipité, environ 8 onces. Faites
chauffer l’acide dans une capsule de platine, et saturez avec l’oxide,
en ayant le soin d’en mettre en excès. Retirez du feu; laissez refroidir,
( 160 )
cl filtrez au papier. — Celte dissolution est d’un rouge vif, toujours
acide, et indécomposable par l’action de l’air. On peut la mcler en
toutes proportions avec l’eau, l’alcool et l’éther; mais avec ces deux
derniers liquides elle forme un léger précipité au bout de quelques
li cures.
Citrate de peroxide de fer. — if Acide citrique cristallisé, 4 on¬
ces; eau distillée, 4 onces; peroxide de fer récemment précipité , en¬
viron 8 onces. Pesez l’eau et l’acide dans une capsule de platine , et
chauffez-les ; lorsque l’acide sera dissout et la dissolution bouillante ,
saturez avec l’oxide, en ayant le soin d’en mettre en excès. Laissez re¬
froidir, et filtrez. La quantité de citrate liquide devra être de 16 onces.
Il faudra donc, selon que l’oxide sera plus ou moins humide , ajouter
de l’eau ou concentrer le médicament. Cette observation s’applique
aussi à l’acétate, dont la quantité devra être de 24 onces. —Cette dis¬
solution a une couleur rouge très-foncée; elle est toujours acide, mais
moins que la dissolution acétique. Étendu en couche mince sur une
glace et porté à l’éther, ce liquide salin se solidifie promptement, et se
détache de lui-même en écailles ou lanières transparentes et d’une belle
couleur d’hyacinthe. Ainsi desséché, le citrate de fer est soluble dans
l’eau ; mais il s’y dissout si lentement qu’on croirait d’abord qu’il y est
insoluble.
Tartrate de potasse et de fer. — if Bi-tartrate de potasse en pou¬
dre, 8 onces; eau distillée, 24 onces; peroxide de fer récemment pré¬
paré, q. suffis. Mêlez l’eau et la crème de tartre dans une capsule
de platine, et portez le mélange au degré d'ébullition. Ajoutez-y alors
autant de peroxide de fer humide que le liquide pourra en dissoudre ;
saturez avec suffisante quantité de liqueur de potasse caustique, filtrez
et concentrez de manière à obtenir 20 onces de liquide. Pour obtenir
ce sel à l’état solide, après avoir concentré le tartrate liquide jusqu’en
consistance sirupeuse, on le dessèche sur les parois d’une bassine que
l’on agite en tous sens au-dessus d’un feu modéré, jusqu’à ce qu’il se
détache en écailles. — Dans cet état, ce sel est solide, transparent,
d’une couleur foncée, et très-soluble dans l’eau. Comme il attire un peu
l’humidité de l’air, il faut le conserver dans un flacon bien bouché.
On peut l’employer en pilules, s’en servir pour composer des boissons
ferrugineuses, en faire, comme du citrate, la base d’un sirop et d’un
saccharolé.
Acétate d’ammoniaque et de fer liquide. — il Acétate d’ammo¬
niaque liquide, \!\ onces; acétate de peroxide de fer liquide, 2 onces.
Mêlez. — Cet esprit de Mindérerus ferré a une couleur rouge très-
foncée.
( 2Gi )
Pour préparer l’oxide de fer, indique' ci-dessus sous le nom de per
oxide de fer récemment précipité , on e'tcnd du perchlorure de fer
liquide dans une grande quantité' d’eau ; on précipite le fer par l’am¬
moniaque^ on lave à grande eau et à plusieurs reprises ; on filtre à
travers un blanchet, et on soumet le marc à une pression de i oo livres,
jusqu’à ce qu’il ne passe plus d’eau. On obtient une masse pâteuse for-
me'e d’oxide de fer et d’eau.
Préparations pharmaceutiques. — Alcoolé de perchlorure de
fer. — if Hydralcool, 14 onces ; perchlorure de fer cristallisé, a on¬
ces. Dissolvez le chlorure dans le véhicule ; laissez agir pendant 4B
heures , et filtrez au papier. — Cet alcoolé a une couleur jaune dorée
et une saveur styptique très-prononcée. Il se mêle à l’eau sans la trou¬
bler; l’aime l’altère pas.
Étkérolé de perchlorure de fer. — if. Éther sulfurique rectifié,
i 4 onces; perchlorure de fer cristallisé, a onces. Pesez l’éther dans
un flacon; ajoutez-y le chlorure, et agitez jusqu’à ce qu’il soit dis¬
sous. Laissez en repos pendant 24 heures, et décantez ensuite. —
Cet éther sulfurique ferré, ou teinture de Bcstucheff, a une couleur
jaune verdâtre. Préparé comme nous venons de le dire, ce médica¬
ment sera toujours identique dans sa composition, toujours constant
dans ses effets. Pour la préparation de cet éthc'rolé, plusieurs pliarma-
cologistes prescrivent d’ajouter de l’alcool à l’éther. Cette addition est
indispensable si on emploie du perchlorure liquide, inutile si on se sert
du cristallisé.
Sirop de perchlorure de fer. — if Sirop hydrolique simple, 23
onces; perchlorure de fer cristallisé, 1 once. Pesez le sirop dans un
flacon, et ajoutez-y le chlorure, qui se dissoudra de lui-même en peu de
temps. — Ce sirop a une belle couleur jaune dorée, et une saveur fer-
rugnieuse très-prononcée. Il est inaltérable à l’air. Mélangé avec de
l’acétate d’ammoniaque, il se colore en rouge, et cette coloration est
due à de l’acétate de fer formé.
Alcoolé d’acétate de fer. — ^Hydralcool, i4 onces; acétate de
peroxide de fer liquide, 2 onces. Mêlez ; laissez agir pendant 48
heures, et filtrez. — Ce médicament est rouge, acide, soluble dans
l’eau, inaltérable par l’action de l’air.
Éthérolé (T acétate de fer. — if Éther acétique, 8 onces ; acétate
de peroxide de fer liquide, 8 onces. Mêlez ; laissez agir pendant 48
heures, et décantez. — Cet éther acétique ferré a une couleur rouge
très-foncée. Il se dissout dans l’eau en partie , et ne la trouble pas.
OEnolé d'acétate de fer. — if Vin de Chablis privé de son prin¬
cipe astringent, iG onces ; acétate de peroxide de fer liquide, 8 scrup.
( l&'l )
Mêlez. — Lorsqu’on emploie du vm blanc en nature pour la prépara¬
tion de ce vin clialibé, la matière astringente qu’il contient agit sur
l’acétate de fer, le décompose, et donne au médicament une teinte
noirâtre. Pour le débarrasser de cette matière, on y délaie un ou deux
gros de peroxide de fer nouvellement précipité et bien lavé, on les
laisse en contact pendant deux ou trois jours, en ayant le soin d’agiter
le mélange de temps à autre, et on filtre.
Sirop d'acétate de fer. — if Sirop hydrolique simple, 15 onces ;
acétate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez. — Légèrement
acide, ce sirop est presque aussi agréable que celui de vinaigre. Il est
rouge comme toutes les préparations de fer acétate'.
Sirop d'acétate d'ammoniaque et de fer. — % Acétate d’ammo¬
niaque et de fer liquide, 6 onces; sucre Raguenct cassé en morceaux,
10 onces. Faites dissoudre à froid ou à la chaleur du bain-marie.
Alcooléde citrate de fer. — if Hydralcool, i5 onces; alcoolat de
citron, i once; citrate de peroxide de fer liquide, 2 onces. Mêlez
d’abord l’cau-de-vic et le citrate dans un flacon, et ajoutez-y ensuite
l’alcoolat.
OEnolé de citrate de fer. — if Vin de Chablis privé de matière
astringente, 16 onces; citrate de peroxide de fer liquide, 8 scrup.
Mêlez.
Sirop de citrate de fer. — if Sirop hydrolique simple , 15 onces ;
citrate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez, et aromatisez
avec i gros d’alcoolat de citrons. — Ce sirop est rouge et très-agréable
au goût. Il est acide, mais très-faiblement, et la saveur du fer s’y re¬
connaît à peine.
Saccharolé de citrate de fer. — if Sucre Raguenct réduit en pou¬
dre, il onces; citrate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez
exactement; faites sécher le mélange à l’étuve, et réduiscz-le en poudre.
On peut aromatiser ce saccharolé avec 6 gouttes d’ole'ule de citron,
et remplacer le citrate liquide par du citrate en poudre.
Tablettes de citrate de fer. — if Saccharolé de citrate de fer, 16
onces; mucilage de gomme arabique, 16 gros. Faites une pâte , et
divisez-la en tablettes de forme orbiculaire et du poids de 12 grains.
Chaque tablette contiendra un grain de citrate de fer.
On peut préparer un tartrate de fer neutre et entièrement soluble,
dont je communiquerai plus tard la formule.
( ?63 )
CHOLÉRA-MORBUS.
La commission medicale de Berlin a publie' une instruction sur les
symptômes , la marche et le traitement du chole'ra-morbus. Cette in¬
struction vient d’être traduite par un des rédacteurs d’un journal heb¬
domadaire. Nous nous bornerons aujourd’hui à faire connaître quel¬
ques-unes des règles de traitement qu’elle donne.
« Dans le premier temps, l’indication la plus importante est de di¬
minuer la rc'plétion du système veineux et des troncs vasculaires des
cavités splanchniques. On remplit cette indication par une saignée faite
le plus tôt possible, et répétée suivant les circonstances, en ayant tou¬
jours égard aux dispositions individuelles.
» Chez des sujets jeunes, outre la saignée, on a appliqué avec avan¬
tage des sangsues dans la région épigastrique. Quelquefois la saignée,
faite à des personnes robustes et pléthoriques, lorsqu’il n’existait que
des symptômes précurseurs, a pu empêcher l’invasion de la maladie;
chez d’autres, on a obtenu le même résultat, en administrant une tasse
de café noir, avec cinq à six gouttes de teinture d’opium.
» Immédiatement après la saignée, on doit recourir aux moyens
irritans, appliqués sur la peau, pour déterminer un afflux plus consi¬
dérable de sang à la périphérie du corps : cette excitation extérieure
amène non-seulement une moindre re'plétion des vaisseaux intérieurs,
mais encore des sueurs abondantes favorables. Les principaux irritans
cutanés sont des bains entiers, à la température de trente degrés Re'au-
mur; on peut les rendre plus actifs en y ajoutant du vinaigre, du sel
de cuisine, de la moutarde , etc. Des bains de vapeurs de vinaigre,
surtout l’aromatique, sont d’un emploi assez facile : il suffit d’envelop¬
per le malade de couvertures jusqu'au cou, de le mettre sur une chaise,
sous laquelle on place des briques chauffées au rouge, qu’on arrose
avec le vinaigre aromatique.
» D’après l’indication du professeur Blumenthal, à Gharkow, on a
beaucoup employé, en Russie, pour les frictions, le liniment suivant :
if. Thériaque.3 gros.
Acide nitrique étendue.a onces.
Huile de térébenthine.3 onces.
Miel épuré. i once.
Esprit de vin rectifié. 6 onces.
On emploie encore avec avantage des sinapismes, rendus plus ac¬
tifs, s’il est nécessaire, par l’addition d’acide sulfurique. Le raifort
pilé est aussi appliqué sur les mollets, la plante des pieds, les bras,
la région épigastrique.
» Ce n’est pas sans quelque utilité que les médecins russes ont fait
couvrir les malades avec de la semence chaude de foin, ou des sachets
remplis d’avoine torréfiée.
» On a souvent retiré de bons effets de la cautérisation, à l’aide de
l’acide sulfurique concentré; elle s’obtient en plaçant sur chaque côté
de la région épigastrique un petit morceau de toile, large d’un à deux
( 264 )
pouces, qu’on trempe dans cet acide. On le laisse applique' jusqu’à la
formation de l’escliarre, dont on doit se contenter d’attendre la sépara¬
tion spontanée. L’expérience n’a point encore jusqu’à présent parlé en
faveur de l’emploi des moxas ou du fer rouge.
» Au lieu d’opium pur, quelques médecins prescrivent la poudre de
Dower; d’autres, l’extrait de noix vomique, dont les effets ne sont pas
très-satisfaisans.
» Le docteur Neumann, de Neustadt, appuyé sur l’expérience qu’il
a acquise en traitant avec succès un grand nombre de choléras sporadi¬
ques, conseille, dans les deux premiers stades du choléra régnant ac¬
tuellement, le mélange suivant :
if. Vin stibié. i gros.
Esprit muriatique éthéré.a scrup.
Teinture thébaïque. i scrup.
Mêlez. A prendre toutcslesdemi-heures, ou chaque heure dix gouttes
sur du sucre en poudre, sans addition d’eau ou d’autre liquide.
» Quand les vomissemens ont déjà commencé, une dose de ce médi¬
cament est prise immédiatement après chacun d’eux, ou après les ef¬
forts que les malades font pour vomir ; il avertit de ne point adminis¬
trer le mélange indiqué en trop grande quantité.
» Dans la convalescence, on conseille les amers et les substances
aromatiques; lorsqu’il y a constipation habituelle, une émulsion avec
l’huile de ricin est convenable. »
VARIÉTÉS.
Retour de Pologne de M. Legallois. ■— C’est avec joie que les
médecins apprendront l’arrivée prochaine de M. Legallois à Paris. La
santé de notre honorable confrère s’est assez raffermie pour qu’il ait pu
quitter la Pologne : une lettre qu’il a écrite à M. Esquirol apprend qu’il
est à Dresde en ce moment.
— Examen dans les Facultés de Médecine. — La Faculté de
Médecine de Paris avait, d’après les motifs que nous avons déjà fait
connaître, demandé le rétablissement de l’ancien mode d’examen. Le
Conseil royal de l’instruction publique, qui avait paru apprécier ces
motifs, a pris cependant un arrêté qui n’est point conforme à ce que la
Faculté attendait. Voici le mode d’examen qui sera suivi cette année
dans les écoles de médecine : le premier examen se passera apres la
quatrième inscription ; le second après la douzième, et les trois autres
et la thèse seront subis après la seizième. On annonce une réclamation.
( a65 )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
MALADIES DE LA VOIX.
HOU VE AU TRAITEMENT DE QUELQUES AFFECTIONS DE l’orGANB
DE LA VOIX.
II y a environ onze mois que je soumis aux lumières de l’Academie
des sciences un mc'moire sur quelques maladies du gosier affectant par¬
ticulièrement l’organe de la voix. J’appelais alors l’attention soit sur
la nature de ces maladies, soit sur le mode de traitement par lequel je
les avais combattues avec succès dans plusieurs cas.
L’expose que je présentai devint l’objet d’un rapport dans lequel on
voulut bien louer mes efforts et m’encourager à continuer mes expé-
riences. Aujourd’hui j’apporte des faits nouveaux et des observations
tellement concluantes que, je n’he'site pas à le dire, il ne me reste plus
le moindre doute sur l’efficacité' d’un moyen curatif dont l’application
offre les résultats les plus satisfaisans. Dans l’intérêt de l’humanité,
comme dans l’intérêt de la science, il m’importait que des faits de cette
nature fussent constatés d’une manière irrécusable.
Je n’omettrai rien de ce que je puis dire afin de faciliter les essais à
quiconque voudra expérimenter après moi ; ainsi pourront s’ajouter des
faits intéressons à ceux qui me sont propres; ainsi il ne subsistera plus
aucun doute sur le mode d’administration des astringens, et surtout de
l’alun dans certaines affections de l’organe de la voix, et je recueillerai
la satisfaction d’avoir contribué à la guérison de maladies si fréquentes
et si rebelles à d’autres moyens, autant par la publicité que j’aurai don¬
née à mes recherches que par mon expériènee personnelle.
Une remarque que je ne dois pas négliger de faire avant d’aller plus
loin, c’est que s’il est indispensable, lorsqu’on s’est pénétré de l’effi¬
cacité des gargarismes, de bien connaître les divers modes d’adminis¬
tration de l’alun, il ne l’est pas moins de diagnostiquer avec.précision
• les maladies qui peuvent contre-indiquer ce traitement comme inutile,
ou même comme nuisible, ainsi que celles dont il doit opérer la guérison.
La maladie est-elle caractérisée simplement par une atonie dans les
organes modificateurs de la voix, par la teinte pâle de la membrane mu¬
queuse qui tapisse le gosier, jointe à la difficulté du jeu des muscles
constricteur supérieur du phaiynx,des staphylins, delà langue, etc. ;
je conseille et j’emploie en toute sûreté le traitement suivant :
i°des gargarismes répétés trois ou quatre fois par jour, d’après la
formule ci-jointe :
■TOM. î. g* liv. 18
( 266 )
if Sulfate (l’alumine, 3j.
Décoction d’orge bien filtrée, § ij.
Sirop diacode, 5 G.
F. S. L. un gargarisme.
Je marque cette formule du numéro i, et, selon les indications, je
le porte graduellement jusqu’aux numéros 12,14, >6, et même da¬
vantage, en ajoutant à chaque numéro un gros d’alun, c’est-à-dire en
saturant la décoction d’orge d’un gros de ce sel pour chaque numéro ( i ).
La dose, élevée seulement jusqu’aux numéros 3, 4 ou 5 , suffit dans
beaucoup de cas.
2 0 Pendant les premiers jours du traitement, je fais faire deux ou
trois fois par jour, sur la région cervicale antérieure ,des frictions avec
la pommade suivante :
if. Extrait de belladone, g xij.
Eau-de-vie camphrée, § iv.
M. S. L.
Dans les affections rhumatismales, l’extrait de jusquiamc remplace
à la même dose celui de belladone.
Des que l’atonie est diminuée par ce premier traitement, je cherche
à exercer la voix ; de même que dans la photophobie, après la cessation
des symptômes dominans, je conseille la lumière du jour. Ainsi j’en¬
gage le malade, s’il est chanteur, à faire graduellement plusieurs gam¬
mes de suite, et je les indique en même temps que le moyen de régler
son haleine.
Si, au contraire, le malade n’est pas musicien, je le prie de décla¬
mer à haute voix, ou bien d’émettre différens sons analogues, autant
que possible, à ceux de la gamme chantante. C’est par suite d’un pa¬
reil exercice pendant la convalescence que je suis parvenu à faire chan¬
ter des personnes qui, sous le rapport de la voix et de l’oreille, ne se
croyaient aucune disposition pour le chant.
On peut remarquer que cette seconde partie du traitement, qui m’est
propre, diffère essentiellement des conseils donnés en pareil cas par la
plupart des médecins qui, n’ayant en vue que l’axiome banal, ubi do-
lor, ibi fluxus , recommandent à leurs malades de ne pas parler, et à
plus forte raison de ne pas chanter. En ce point comme en beaucoup
(t) Je ne sais si l'addition d’une si grande quantité de sulfate d’alumine ajoute
une action plus énergique au gargarisme, arrivé à l’état de complète saturation;
le liquide no dissout plus le sel qu’on ajoute, et celui-ci doit se précipiter au
fond du vase. Quoi qn’il en soit, on peut suivre ies formules données , car
l'expérience prononce, et l'alun, porté en nature sur la gorge, n’a dans ces cas
aucun inconvénient. ( .Vote du Rtfdact.)
( 267 )
d’autres, les faits sur lesquels je base ma me'thode se trouvent en op¬
position avec les théories admises.
Maintenant si l’on me demande pourquoi les malades doivent parler
à haute voix lorsque l’aphonie dépend d’un affaiblissement de l’organe
vocal, je répondrai que c’est parce que chez éux la phonation manque
des principales conditions nécessaires à l’exercice de cette fonction;
s’cflbrcent-ils de parler à haute voix ou de chanter, la vitesse de l’ha-
leine augmente par une plus forte impulsion, donne plus d’intensité à
tous les sons, et leur imprime en même temps plus d’acuité. Joignez
à ce premier point le changement qu’éprouvent les organes producteurs
et modificateurs de la voix dans leur forme et leur consistance, et vous
trouverez les raisons d’après lesquelles je me suis déterminé ; de là ré¬
sulte l’importance pour un chanteur d’avoir le plus grand développe¬
ment possible dans l’ensemble de ses organes respiratoires, et surtout
dans ses poumons ; et pour en citer un exemple puisé dans les contraires,
ne sait-on pas que si la plupart des sourds-muets succombent à la
phthisie pulmonaire, c’est que leurs poumons s’affaiblissent, éprou¬
vent un arrêt de développement, et tendent même à s’atrophier par le
seul fait du défaut de l’exercice de la parole. L’anatomie comparée offre
aussi un grand nombre de faits à l’appui de ce que j’avance.
Je viens d’indiquer le traitement que j’emploie généralement ; je dois
maintenant dire quelque chose des modifications qu’il doit subir selon
les variétés et les complications de la maladie.
De toutes les causes qui nécessitent des modifications thérapeutiques,
la plus commune et la plus essentielle en même temps, c’est l’influence
sympathique de quelques autres organes sur celui de la voix.
Tous les praticiens savent quelle sympathie remarquable existe entre
la matrice et l’organe de la voix chez les femmes, tant dans l’état de
santé que dans celui de maladie.
Ainsi, à l’approche des règles, pendant leur durée, ou à leur cessa¬
tion , on a journellement l’occasion d’observer chez différentes femmes
des changemens notables dans la voix. Les exemples en sont trop bien
connus et trop nombreux pour qu’il soit nécessaire d’en citer aucun.
Toute modification soit physiologique, soit pathologique, dans l’état
de la matrice, réagit donc sur l’organe de la voix.
Mais une sympathie moins généralement connue peut-être, moins
appréciée en médecine , et pourtant non moins certaine que la précé¬
dente, est celle qui existe entre les fonctions digestives et la fonction
qui nous occupe. Ainsi la voix peut facilement être altérée par le seul
effet d’une atonie des premières voies. J’en ai constaté plusieurs
exemples curieux, et l’on peut presque chaque jour en acquérir la
18.
( 268 )
preuve : d’autres sympathies s’observent encore} une alteration quel¬
conque des viscères abdominaux, un dérangement dans les fonctions du
système de la veine porte, l’abus des remèdes purgatifs ou des lavc-
mens, une transpiration trop long-temps entretenue, on bien supprimée
brusquement d’une manière quelconque, soit à la périphérie cutanée,
soit surtout aux pieds, l’usage des pommades anti-dartreuses, anti-sy¬
philitiques, anti-scrophuleuses, etc., etc., sont autant de causes di¬
verses qui, en altérant l’organe de la voix, obligent le médecin pra¬
ticien à modifier le traitement que nous proposons. Or, c’est à l’expé¬
rience et à la sagacité médicale à suppléer à tout ce qu’il ne m’appar¬
tient pas de détailler.
Toutefois, puisqu’il peut exister comme symptôme ou comme com¬
plication , même d’après les causes que je viens d’énoncer, un gonfle¬
ment de la membrane muqueuse pharyngo-laryngientie (i), avec al¬
teration dans la qualité et la quantité du mucus, on conçoit comment on
peut associer au traitement indiqué l’usage du gargarisme d’alun (2). J’en
ai obtenu un très-heureux résultat, quoique la cause de la maladie eût
son siège dans les premières voies.
Mais, puisque je viens d’indiquer l’emploi des gargarismes d’alun
contre l’altération de la membrane muqueuse pharyngo-laryngienne ,
je dois me hâter de faire connaître comment j’explique non-seulement
l’effet de ces gargarismes sur cette membrane spécialement, mais encore
l’effet des astringens en général sur les membranes muqueuses.
Avant de m’occuper particulièrement des maladies qui affectent l’or¬
gane de la voix, j’avais surtout dirigé mes recherches médicales vers
les maladies qui affectent l’organe de la vue ; c’était même pour moi
une étude de prédilection. J'avais parcouru l’Italie, l’Allemagne et
l’Angleterre, où il existe des hôpitaux spéciaux pour les maladies
des yeux. Ou sait quelle est dans ces différens pays la multiplicité des
mc'dicamens qu’on emploie dans ces maladies. C’est en observant atten¬
tivement les effets de chacun d’eux sur les affections de l’appareil visuel
que je fus singulièrement frappé des bons résultats obtenus par l’appli-
(1) Si je dis la membrane muqueuse pharyngo-laryngienne , c’e.t moins
pour proposer celte expression, que pour éviter la périphrase de membrane mu¬
queuse qui tapisse la bouche , le voile du palais, le pharynx et le larynx.
C’est lç même motif qui me fait dire ailleurs la membrane muqueuse blefar. >-
ophthalmique.
(2) Quelques malades éprouvant de la répugnance pour l’alun, à cause de la
saveur qu’il laisse et des nausées qu’il provoque, pour obvier à cet inconvénient
je lui ai substitué le sulfate de zinc dans plusieurs cas, et quelquefois celui de
cuivre, dont j’ai également reconnu l'efGcacité, bien que son action soit un peu
plus lente.
( 269 )
cation des divers astringens dans les oplilliulmics. A Londres, par
exemple, où l’onguent golden-oilment , et autres remèdes de cette na¬
ture, sont en grand crédit, j’ai vu M. Guthric employer avec le plus
grand succès contre toutes les oplitlmlmies, meme les plus aiguës, un.
onguent compose' de la manière suivante :
Nitrate d’argent fondu. 10 grains.
Acétate de plomb. i5 gouttes.
Axonge. 1 gros.
J’ai eu très-souvent l’occasion d’expérimenter ce traitement d’après.
M. Guthric, et toujours il m’a réussi. Je pourrais rendre le même té¬
moignage de plusieurs autres astringens utiles dans plusieurs autres
affections, tels que l’alun employé selon la méthode de M. Kapler,
dans la dysenterie, et l’opium, dont on se sert avec avantage dans le
même cas; mais ce serait m’éloigner de mon sujet.
Pénétré de l’idée que la membrane muqueuse blèpkaro-ophthal-
mique, ainsi que celle de l’eslomac et des intestins, n’était nullement
différente de la membrane muqueuse phajy'ngo-laiyngienne , je pensai
qu’il serait peut-être rationnel d’appliquer à certaines affections de l’or¬
gane de la voix les remèdes qui guérissent des affections identiques
d’autres organes.
Après avoir essayé les différons sels astringens les plus généralement
employés dans d’autres maladies, j’adoptai de préférence le sulfate
d’alumine, par la simple raison qu’il me réussit le plus promptement et
le mieux.
Ainsi le double motif qui m’a décidé à l’emploi du traitement en
question, c’est, d’une part, l’identité d’organisation des membranes
muqueuses dans les diffc'rens organes; et de l’autre, l’identité d’effets
des astringens sur les mêmes membranes.
Il est à propos d’indiquer ici comment je conçois ce mode d’action.
Les astringens me semblent agir sur les membranes muqueuses d’une
manière chimico-dynamiquc, d’où il résulte diminution de volume des
vaisseaux capillaires. Ce premier effet eu détermine lui-même un tout-
à-fait secondaire, qui est l’augmentation de la propriété absorbante des
vaisseaux lympathiques. Ainsi la sécrétion du mucus se trouve modifiée
dans sa qualité et dans sa quantité ; la partie la plus fluide est absorbée
tandis que celle qui l’est le moins se trouve excrétée. C’est par cette
double action des astringens que se trouve déterminée une sécrétion
plus abondante.
C’est au même effet des astringens sur les niembranes muqueuses
que je dois le conseil essentiel que je donne aux malades, de ne cesser
( * 7 ° )
l’usage des gargarismes que par doses décroissantes graduellement et à
des intervalles de plus en plus éloignés. Faute de ce soin, il ne serait
pas impossible qu’une récidive ne survînt, ou tout au moins que la
guérison ne fut pas radicale. C’est d’ailleurs une méthode sûre et con¬
sacrée non-seulement par mon expérience dans ce genre de maladie,
mais encore par celle de beaucoup de praticiens, dans des affections
analogues, ou même d’une tout autre nature. Ainsi sont traitées les
hémorrhagies uréthrales par les injections , et les diverses ophtlialmies
par les instillations de certains sels, ou oxides métalliques, etc., etc. Je
ne saurais donc trop recommander la continuation du traitement au-delà
même de la guérison apparente (i).
Disons maintenant quelques mots de l’opportunité de ce traitement,
c’est-à-dire énumérons les principaux cas auxquels il convient spéciale¬
ment. Il est bien entendu d’avance qu’il n’est nullement question ici des
maladies aiguës ou chroniques des poumons, du larynx et-des bronches.
Nous n’examinons absolument que les altérations des organes pro¬
ducteurs ou modificateurs de la voix, pris dans leur ensemble ; or ces
altérations se rattachent pour nous à quatre espèces différentes, savoir :
t° A une modification pathologique quelconque de la membrane
pharyngo-laryngienne ;
a® A la même cause agissant sur les muscles producteurs de la voix ;
3“ A la même cause agissant sur les muscles modificateurs ;
4° Enfin à une influence sympathique.
J’ai observé que de ces quatre causes générales d’altération de la
voix, la plus commune était la première, c’est-à-dire une modification
pathologique de la membrane pharyngo-laryngiennc. Cette observation
est fondée d’une part sur le résultat des phénomènes physiologiques
(t ) Au sujet de celte spécialité d’aclion des astringent, je citerai ici unlaît très-
curieux, qui m’a été communiqué par M. L’Héritier, homme dp lettres. En 1812,
le nommé Lacroix, soldat au 5 e régiment d’artillerie qpied, désirait se Taire
réTormer pour cause de myopie. Le degré auquel il était atteint decetle affection
n'était pas suffisant pour qu’il fut déclaré impropre au service militaire; il voulut
le compliquer d’une ophthalmie; un juif lui indiqua de s’introduire dans les yeux
du Vitriol bleu en poudre (sulfate de cuivre). L’effet répandit d’abord pleine¬
ment à ce qu’il se proposait; il se déclara bientôt une ophthalmie telle que la fa¬
culté visuelle en était réellement altérée : il y avait au commencement douleur
très-vive, avec sécrétion des plus abondantes ; mais, par l’usage continu de la
poudre, les yeux devinrent insensibles ’a son introduction. Au bout de quelque
temps la douleur cessa , la rougeur se dissipa complètement, et Lacroix, au lieu
d’être myope, se trouva avoir une des meilleures vues du régiment.
( 271 )
exposes dans mon premier Mémoire sur le mécanisme de la voix hu¬
maine pendant le chant (i), et d’autre part sur le résultat des faits pa¬
thologiques , dont les principaux seront rapportc's dans celui-ci.
Avant d’en venir à ces faits , je dois dire que j’ai spécialement con¬
seille' les gargarismes d’alun dans les cas de diminution de l’influx ner¬
veux , et j’en ai fait l’heureuse application to^-les les fois qu’il e'tait
survenu un enrouement plus ou moins grave par suite d’un refroidisse¬
ment, et notamment dans tous les cas d’angine tonsillaire idiopathique.
Madame Malihran offre un exemple frappant de ce que j’avance. J’ai
par-devers moi plusieurs observations du genre de celle-ci, que j’ai
communiquées à l’Academie des sciences dans une lettre du 3o janvier.
Mais j’ai plutôt en vue les faits dans lesquels on ne remarque aucun
phénomène inflammatoire , à l’exception pourtant de la douleur et de
quelques crachats rendus légèrement sanguinolens, par l’effet de la dé¬
chirure d’un ou de plusieurs vaisseaux capillaires, surtout pendant les
efforts de la toux, comme j’ai eu l’occasion de l’observer chez madame
Malibran et de R...; chez M. de Groslambert, et dans quelques autres
cas dont il est parle dans mon second Mémoire. C’est par des faits de
cette nature que j’espère établir Futilité et la vérité des résultats que
j’ai obtenus ; je me hâte donc d’arriver à leur exposé.
Si j’ai indique en passant un fait qui en diffère, c’est pour appeler
sur ce fait l’attention des praticiens, et leur demander si le traitement
que je propose ne serait pas applicable à certaines inflammations de
l’appareil vocal. Au surplus, attendons que nous soyons plus riches
en expériences, et nous déduirons des conséquences beaucoup plus
importantes.
En résumé, la thérapeutique doit varier selon la cause morbide et les
complications antécédentes ou consécutives ; mais lorsque l’altération
de la membrane pharyngo-laryngienne, ainsi que l’atonie des organes
modificateurs de la voix, existent simultanément, on peut regarder
comme toujours utile de recourir à la méthode que nous venons d’in¬
diquer , en même temps qu’aux moyens ordinaires.
Nous allons citer quelques-unes des nombreuses observations que
notre pratique toute spéciale nous a fournis depuis quelque temps.
(1) J'avais alors surtout en vue de démontrer l’office des muscles sur laryngiens
dans la modulation de la voix. Aujourd’hui je crois non-seulement que ces mus¬
cles servent à modifier les sons laryngiens, mais encore j’ai de fortes raisons
pour les supposer pourvus d’une vibration assez semblable à celle queM. Ca¬
gnard-Latour appelle vibration labiale, c’esl-K-dirc vibration telle qn’on la
produit avec les lèvres, lorsqu’on chantant on vout imiter le cor ou quelque
( 27 a )
Obs. I. M. I>elcro, ancien élève de l’École Polytechnique, d'wt
tempérament lymphatique, âge' de 24 ans, fut pris au milieu de
l’anne'e 1829, à la suite d’un refroidissement, d’nn mal de gorge qui
acquit un grand accroissement et entraîna une aphonie complète. En
vain des cataplasmes, des sangsues furent appliqués ; en vain un vési¬
catoire fut entretenu à Chaque bras, et un au cou ; la maladie persista,
et M. Delcro continua à éprouver un sentiment de constriction à la
gorge et à rendre des crachats sanguinolens : on était sur le point d’ap¬
pliquer deux cautères an cou et un séton à la nuque, lorque M. Delcro
vint me consulter le 10 janvier i83o.
L’inspection du gosier et des mouvemeus du larynx me convainquit
d’abord que la maladie avait son siège à la partie supérieure du tuyau
vocal j l’absence de ‘la toux, la natnre des mouvemens des muscles du
pharynx, du voile du palais et de la langue, ainsi que la couleur sui
generis de la membrane pharyngo-laryngienne, m’eurent promptement
révélé quelle était la maladie de M. Delcro ; je ne balançai pas à la
ranger parmi les affections nerveuses. Je recourus en conséquence aux
gargarismes composés de sulfate d’alumine à dose croissante et de dé¬
coction d’orge et de sirop diacodc. Je prescrivis en même temps l’em¬
ploi d’une solution d’extrait de jtisquiame dans l’alcool camphré, pour
frictionner la légion cervicale antérieure du cou. Je recommandai d’a¬
bord l’exercice de la voix, puis progressivement son émission plus
forte, jusqu’à son entier déploiement, et en moins de deux mois j’eus
la satisfaction non-seulement de fendre à M. Delcro sa voix primitive,
mais encore de la lui faire recouvrer avec une extension qu’elle n’avait
jamais eue.
Obs. II. M. Groslambert, ex-pharmacien en chef des armées sous
l’empire, âgé de 58 ans, d’un tempérament nerveux, maigre et de
haute taille, était dans un état complet d’aphonie, lorsque je le vis
pour la première fois, le 27 avril dernier. Depuis plusieurs années il
ne pouvait parler, même à voix basse, sans ressentir la plus vive dou¬
leur, tant à la région du larynx qu’à celle de la poitrine. La souffrance
qu’il éprouvait alors était telle que son médecin, ne trouvant pas d’autre
moyen de le soulager, lui prescrivit de ne plus converser que par signes
ou par écrit.
En cinq semaines, les traces de la maladie disparurent dans une
progression notable, et la voix reprit plus de vigueur qu’elle n’en avait
eu auparavant. Les gargarismes ont été employés jusqu’au n ’ 12; ar¬
rivé là, sa voix était entièrement rétablie. Des bains et des pédiluves
savonneux ont complété la guérison.
Obs. III. M. Rondonncau, professeur de droit, âgé de 29 ans, se
( 2 7 3 )
rendit chez moi le zi septembre i83o. Une gastrite, d’abord aigue,
puis chronique, avait pre'ce'dé la maladie dont il se plaignait, et dont
voici les symptômes : rougeur etlc'ger gonflement de la membrane mu¬
queuse qui tapisse le gosier et la partie supérieure du pharynx ; voix
rauque, file'e et étouffc'e dans les sons aigus ; les notes surlaryngiennes,
qui existaient quelques mois auparavant, étaient impossibles ; les notes
graves laryngiennes étaient émises avec beaucoup d’enrouement; quel¬
ques-unes du milieu seulement étaient encore pourvues de quelque so¬
norité, mais la voix ne se prêtait pas à chanter; bien qu’il n’y eût pas
de toux, le malade était obligé de cracher souvent, et ses crachats
étaient épais et noirs, mais sans odeur fétide.
Les purgatifs, les frictions, les gargarismes d’alun à dose croissante
(le sulfate d’alumine a été porté jusqu’à 18 gros), furent dans cette oc¬
casion employés avec le plus grand succès.
Les fonctions des premières voies remises dans leur état normal, la
voix revint à M. Rondonneau plus forte et plus sonore qu’avant sa ma¬
ladie. M. Magendie, qui a visité dernièrement ce malade, a été étonné
lui-même de la beauté du timbre de sa voix ainsi que de son étendue.
Obs. IV. M. de Nonjcz, de Fontainebleau , âgé de 23 ans, et d’une
constitution pléthorique, vint me consulter le 11 juillet dernier pour
un mal de gorge qui durait déjà depuis plusieurs années. La voix
était rauque, voilée, assez bien timbrée; cependant dans les sons
graves le malade éprouvait une envie continuelle d’avaler ; le voile
du palais était rouge et tuméfié, ainsi que les amygdales (surtout la
droite); la langue couverte seulement à sa base d’une légère couche
de mucosité jaunâtre, et la constipation habituelle. Du reste , le
mécanisme de la voix s’exécutait assez régulièrement; il n’y avait pas
de toux, et les poumons, les bronches, la trachée et le larynx parais¬
saient dans un état tout-à-fait sain. En interrogeant le malade sur les
causes de celte affection, j’appris qu’elle était due à une suppression
brusque de la transpiration des pieds. La première indication fut de
prescrire des pédiluves sinapisc's et acidulés ; des tisanes sudorifiques
et quelques sels purgatifs furent ensuite administrés au malade ; enfin
le gargarisme n° i. Le lendemain de l’emploi de ces divers moyens,
M. de Nonjez vint me voir dès six heures du matin, en se plaignant
beaucoup de la gorge, qui était effectivement très-enflammée. II en re¬
jetait tout de suite la cause sur le gargarisme ; mais il ne me disait pas
qu’il venait de prendre un bain de vapeur sans mon autorisation ; je
parvins à le savoir cependant, et à lui prouver que tout le mal résidait
dans le moyen qu’il avait employé de lui-même, et non pas dans celui
que je lui avais prescrit. Je l’engageai donc à continuer le traitement
( * 1 * )
avec plus de soin et de confiance; arrivé au gargarisme 11" 12, sa gué¬
rison était parfaite.
Obs. V. Madame de P...., âgée de 29 ans environ, d’un tempé¬
rament nerveux et hystérique, vint me consulter au mois de mars
1801 pour les douleurs assez vives qu’elle ressentait au gosier, même
dans la simple émission de la voix. Cet état durait depuis plusieurs
mois, et n’avait cédé en aucune manière aux topiques émolliens et aux
antiphlogistiques. Madame de P.était d’autant plus inquiète de sa
position , qu’étant maîtresse de chant dans une pension, elle désespé¬
rait déjà de pouvoir continuer ses leçons.
Je commençai le traitement par quelques bains, et puis je prescrivis
le gargarisme n° 1 ; mais ce qu’il y eut ici de remarquable, c’est qu’il
fut impossible à la malade de prendre le gargarisme n° 2 sans éprou¬
ver dans la gorge une irritation presque insupportable. Je crus conve¬
nable alors de ne point dépasser la première dose, et je me contentai de
faire prendre à madame de P.de la tisane acidulée avec un peu d’a¬
cide sulfurique ( une livre d’infusion de violettes, un scrupule d’acide
sulfurique, une once de sirop capillaire ; l’acide sulfurique fut porté
jusqu’à demi-gros), et de lui recommander l’exercice de la voix et le
régime. Ces moyens suffirent à la guérison , qui s’effectua au commen¬
cement du mois de mai.
Obs. VI. M. le comte de Quinsonas, beau-frère de madame la mar¬
quise de R...., dont j’ai mentionné la guérison dans mon précédent
mémoire, vint me consulter dans le courant d’avril dernier. L’affection
dont il se plaignait présentait les symptômes suivans : rougeur, gon¬
flement , etdouleur à la partie supérieure du tuyau vocal, aphonie in¬
complète, grande difficulté et redoublement de douleur dans l’émission
de la voix; sa maladie avait été entretenue pendant plusieurs années
par la complication d’un rhumatisme chronique , qui s’c'tait fixé spé¬
cialement sur la partie malade. Les sangsues, les vésicatoires, les dif¬
férons gargarismes, les fumigations émollientes et les purgatifs ne pro¬
duisirent aucun soulagement : les seules eaux du Mont-d’Or rendirent
pour quelques mois la voix au malade; mais à peine de retour à Paris,
il la perdit de nouveau, et éprouva des souffrances plus fortes qu’au-
paravant. C’est dans cet état que M. le comte de Quinsonas se présenta
chez moi.
L’inspection du gosier et des monvemens du larynx me convainquit
d’abord que la maladie avait son siège et se bornait même à la partie
supérieure du tuyau vocal, puisque les muscles constricteurs du pha¬
rynx, ainsi que les muscles du voile du palais et de la langue, se con¬
tractaient difficilement. La couleur de la membrane muqueuse, et la
( 3^5
qualité des crachats sans toux , me confirmèrent dans cette opinion. Je
recourus en conséquence aux gargarismes de décoction d’orge à dose crois¬
sante de sulfate d’alumine, édulcorés avec le sirop diacode. Je prescri¬
vis en même temps l’emploi d’une solution d’extraitdejusquiamedansde
l’alcool camphré, pour frictionner la région du cou. Je recommandai
l’exercice modéré de la voix, les bains émolliens tièdes et l’infusion de
sureau, afin d’activer la transpiration. Une amélioration rapide se ma •
nifesta ; au bout de six semaines de ce traitement, je fus assez heureux
pour ôter toute espèce de souffrance au malade, et pour lui faire recou¬
vrer la voix, qui est redevenue claire, forte et parfaitement timbrée.
Obs. VII. Madame Hérold, cantatrice très-distinguée (soprano-
sfogato), ressentait depuis quelque temps une grande difficulté à émet¬
tre les notes du second registre. Elle vint me consulter, et m’apprit
qu’elle avait été autrefois traitée d’une maladie du gosier par la cauté¬
risation.
Mais soit que cette cautérisation n’eût pas été bien faite, soit qu’elle
eût été trop forte ou trop prolongée, elle n’avait pas produit d’effet
salutaire. J’eus donc recours aux gargarismes ; ils furent portés progres¬
sivement jusqu’au n° 1 1 , non-seulement sans le moindre inconvénient, '
mais encore avec un avantage de plus en plus marqué. Pour seconder
leur effet, je prescrivis à madame Hérold des bains salés, et j’employai
enfin la cautérisation : il fut nécessaire aussi d’administrer le sulfate
de quinine, pour remédier à l’atonie des premières voies.
Après ce traitement, qui dura six semaines , la guérison fut com¬
plète.
Je pourrais ajouter à cette observation un fait absolument identique,
que m’a présenté une seconde malade, madame de Y...., et plusieurs
autres analogues; mais comme ils n’ont offert d’ailleurs aucune particu¬
larité essentielle, je m’abstiens de les mentionner.
Obs. VIII. Mademoiselle d’H...., âgée de 19 ans, réglée à i5,
était depuis neuf mois atteinte d’une affection du gosier, résultant d’une
angine tonsillaire.
Comme je pus voir dans la chlorose la cause de la maladie, je sou¬
mis immédiatement la malade aux préparations ferrugineuses, après
lui avoir prescrit un léger purgatif; je lui fis faire usage en même temps
de mes gargarismes et des frictions , et je lui ordonnai de prendre tous
les jours un demi-bain. Bientôt les règles reparurent à leur époque or¬
dinaire, mais avec plus de difficulté que de coutume; elles furent
très-claires, peu abondantes et ne durèrent que deux jours. Le jour
suivant, au grand étonnement de la famille de mademoiselle d’H....,
la voix revint, d’abord par intervalles, puis clic se développa graduel-
( 27 6 )
lement, de telle sorte qu’au bout de dix jours elle se trouva complète¬
ment rendue à son e'tat normal. Je ne cessai point le traitement, et j’a¬
vais tout lieu d’en être satisfait, lorsque deux jours avant le retour des
menstrues, la voix s’e'teignit de nouveau ; mais le flux e'tant passe', elle
revint comme la première fois, et ce fut pour ne plus s’éteindre.
Je dois faire observer ici que les gargarismes, successivement portés
jusqu’au n° g, ont fait acquérir un tel développement à la voix de ma¬
demoiselle d’H..., qu’elle peut maintenant poursuivre, sans le moindre
effort, deux octaves de notes laryngiennes.
Il me semble facile démultiplier les exemples de guérisons obtenues
par les moyens que je préconise; mais déjà l’étendue de cet article com¬
mence à sortir des bornes de ce journal : j’ai même été obligé d’abréger
les observations que j’ai consignées ici. Mon ouvrage sur les maladies
de la voix, qui est sous presse en ce moment, les reproduira avec tous
leurs détails et en fournira un grand nombre d’autres; mais j’en ai assez
dit pour attirer l’attention des praticiens, et pour démontrer d’une
manière irrécusable l’efficacité du traitement que j’emploie.
Bennati (i).
du traitement de l’aphonie chronique par l’application du
NITRATE d’argent SUR LA MEMBRANE MUQUEUSE DU LARYNX.
Les médecins comptent quelquefois trop sur les médications générales,
et pas assez sur les médications topiques. Celles-ci doivent pourtant
occuper un rang important en thérapeutique : le fait suivant vient
grossir la liste nombreuse des faits qui démontrent l’utilité des remèdes
appliqués sur le siège même de la maladie.
Henriette Maillet, âgée de vingt ans, entra, le ug août 1831 , à la
salle Saint-Paul de l’Hôtcl-Dieu de Paris, dont je faisais le service en
l’absence de M. le professeur Rc'camier. Réglée à dix-sept ans , le flux
menstruel avait toujours été irrégulier et peu abondant. Au mois de juin
(I) M. le docteur Bennati s’occupe avec distinction du traitement spécial des
maladies qui affectent l’organe de la voix. Médecin du Théâtre Italien , lié avec
nos grands chanteurs, et chanteur lui-même, il a étudié avec soin le mécanisme
de la voix pendant le chant : le mémoire qu’il a présenté il y a deux ans à l’Ins¬
titut, sur ce sujet, fait honneur à ses connaissances physiologiques. C’était peu
que de raisonner, il fallait guérir; et M. Bennati y est parvenu : un très-grand
nombre d’observations authentiques sont présentées par lui. Nos lecteurs lui sau¬
ront grc de la publication du traitement auquel il doit scs succès.
(/Voie du Rédacteur.)
( »77 )
tic l’annc'c precedente, elle avait éprouvé' une fluxion de poitrine; mais
elle e'tait parfaitement guc'ric. Les poumons et le cœur c'taient dans le
meilleur e'tat : jamais la malade n’avaiteu d’hc'moptysie ni aucun symp¬
tôme d’hyste'ric.
La maladie pour laquelle elle réclamait nos soins datait de trois mois.
A la fin de mai, Henriette ayant ses règles depuis le matin, fit une
partie de campagne, et se refroidit ; le soir elle se coucha avec un mal
de gorge et du malaise ; la nuit fut neanmoins calme, mais le matin,
quand elle se réveilla , ses règles s’e'taicnt supprimées, et elle e'tait com¬
plètement aphone. Depuis lors, maigre' tous les traitemens, l’aphonie
ne s’était pas dissipée; et cette jeune fille, quelques efforts qu’elle fit,
ne pouvait faire entendre d’autres sons que ceux qu’articule une per¬
sonne qui parle tout-à-fait bas.
Quelques jours après l’apparition de la maladie, un ine'dccin avait été
appelé ; une première saignée, puis une seconde, avaient été faites sans
aucun résultat. Deux mois après le début, les règles ne revenant pas, on
appliqua des sangsues au sic'ge. L’aphonie ne fut en rien modifiée par
cette application, bien que la menstruation eût reparu sous son influence.
Ccpendantlc larynx n’était pas douloureux; il n’y avait ni toux ni fièvre,
et l’on se décida à appliquer un large vésicatoire sur la face antérieure
du cou. La suppuration fut entretenue quelque temps; cette tentative
échoua encore : ce fut en désespoir de cause que Henriette Maillet vint à
l’Hôtcl-Dicu , le 29 août. Peu de jours auparavant, ses règles s’étaient
montrées juste à l’époque où elles devaient venir, et néanmoins cela
n’avait produit aucune amélioration dans son état.
Je pensai que la syncope produirait peut-être un heureux résultat,
comme je l’ai vu quelquefois dans des cas d’aphonie hystérique; et,
pour la déterminer , je fis saigner la malade assise sur une chaise. La
syncope eut lieu en effet ; mais rien d’avantageux ne s’ensuivit : on re¬
marqua seulement que la jeune fille poussa un cri aigu au moment où
la lancette divisa les tégumens.
J’attendis pendant deux jours l’ef et de la saignée ; mais elle futaussi
inefficace que celles qui avaient été pratiquées en ville, et que l’appli¬
cation de sangsues qui avait été faite aussi quelque temps auparavant.
L’idc'e me vint d’appliquer des rubc'fians sur la peau du cou, et j’y étais
porté d’autant plus volontiers que je connaissais un cas de guérison
produit par l’application d’un sinapisme sur le cou. Ce fait curieux
appartient à M. le docteur Toirac, qui guérit en effet par ce moyen un
frotteur qui était aphone depuis quinze jours. Toutefois je fus arrêté en
pensant que déjà un large vésicatoire n’avait rien produit d’avantageux.
Une médication topique me parut devoir être tentée de préférence à
( *7» )
toute autre, et je résolus de porter un caustique sur la membrane mu¬
queuse du larynx.
En conséquence je me servis pour porter le caustique du moyen sui¬
vant : je pris une baleine d’une ligne et demie de diamètre. et je la
choisis de ce volume pour qu’elle ne se ployât pas trop facilement. Je
la fis chauffer sur la flamme d’une bougie, à un pouce à peu près de
son extrémité, et quand elle fut suffisamment ramollie, je la recourbai
de façon à former un angle de quatre-vingts degrés ; alors , à l’extré¬
mité de la tige de baleine, je pratiquai une coche circulaire et pro¬
fonde , et j’y attachai fermement une petite éponge de forme sphérique
et de six lignes de diamètre. J’imbibai l’éponge d’une solution satu¬
rée de nitrate d’argent, jusqu’à ce qu’elle ne laissât dégoutter Ja
liqueur cau-tique que si on exerçait une compression même légère.
Gela fait, je fis ouvrir largement la bouche de la malade ; j’abaissai
fortement la langue avec le manche d’une cuiller; puis j’introduisis le
porte-caustique. Dès que j’eus dépassé l’isthme du gosier, j’allai heurter
la paroi postérieure du pharynx avec l’angle de la tige de baleine. Un
mouvement de déglutition s’opéra aussitôt, qui porta le larynx en
haut. Je saisis ce moment pour ramener en avant l’cponge , que
j’avais enfoncée jusqu’à l’entrée de l’œsophage. Par cette manœuvre, je
revins sur l’entrée du larynx en relevant l’épiglotte, et alors, appuyant
fortement sur la base de la langue avec la portion de baleine qui se
trouvait dans la bouche, j’exprimai l’éponge dans le larynx, ce en quoi
j’étais merveilleusement servi par les convulsions du pharynx et pâl¬
ies efforts que faisait la malade pour aspirer l’air, dont j’interceptais
le passage. Celte opération ne dura pas un quart de minute. Je retirai
l’éponge, et il survint aussitôt des haut-le-corps, de la toux, des cra-
chotemens. Après deux ou trois minutes, tous ces phénomènes cessèrent;
il ne resta que les crachotemens et de la toux. La malade ne ressentait
à la gorge aucune douleur vive ; elle se plaignait seulement d’un goût
insupportable.
Le lendemain , à la visite, il n’y avait aucun changement : elle souf¬
frait un peu en avalant.
Quarante-huit heures après la cautérisation, l’aphonie s’c’tait en partie
dissipée; la malade avait parlé assez nettement avant la visite avec
quelques-unes de ses voisines. Lorsque je l’interrogeai, elle me ré¬
pondit qu’elle allait mieux, et elle prononça plusieurs phrases d’une
voix enrouée, mais distinctement et de manière à être entendue à une
distance dé deux ou trois pas. Puis elle devint aphone, et seulement,
lorsqu’elle faisait de grands efforts , on entendait un sifflement dans le
larynx : elle ressentait une légère douleur au fond de la gorge.
{ a 79 )
Je lui recommandai le silence lp plus absolu, et en meme temps je
prescrivis une boisson émolliente que je l’invitai à boire souvent et à
petites gorgées.
Le lendemain matin , troisième jour de la cautérisation, la voix était
beaucoup moins nette que la veille. Le soir il y eut quelques sons assez
clairs de produits.
Le quatrième jour, elle parla avec facilité ; l’aphonie était complète¬
ment dissipée et sans retour : la voix était seulement un peu voilée, et
l’on s’apercevait de temps en temps que le larynx était obstrué par des
mucosités dont la malade se débarrassait en toussant.
Le cinquième jour la voix était plus nette et plus éclatante : la douleur
causée par la cautérisation se faisait encore sentir au niveau du larynx ;
mais elle était fort supportable, et n’empêchait pas la malade de manger
du pain et des alimens solides. Enfin , pour terminer, la voix reprit
rapidement le timbre qu’elle avait avant l’invasion de la maladie, et
Henriette Maillet sortit parfaitement guérie, le 10 septembre i 83 i,
ressentant encore une très-légère douleur au point correspondant à la
partie supcïieuredu larynx. Depuis, la guérison ne s’est pas démentie.
— Cette observation, tout isolée qu’elle est, nous a semblé digne
d’être consignée dans ce journal, parce qu’elle est, du moins nous le
croyons, le seul fait thérapeutique de ce genre que possède la science.
Nous n’ajouterons que de courtes réflexions, les unes pour indiquer les
cas exclusifs où nous croyons cette médication indiquée, les autres pour
justifier une pratique qui peut paraître téméraire aux personnes qui ne
sont point habituées comme nous à user des caustiques dans les maladies
des membranes muqueuses.
Jamais on ne fera de bonne thérapeutique si l’on ne divise les ma¬
ladies suivant leur nature et lcurcause, et la plus utile des médications
dans telle forme phlegmasique d’un tissu peut devenir pernicieuse si on
l’oppose à une autre forme : aussi ne conseillerons-nous jamais la cau¬
térisation du larynx que dans les circonstances spéciales que nous allons
indiquer.
Si l’extinction de voix a succédé à des cris prolongés et violens,
comme cela s’observe quelquefois à la suite de l’enfantement, ou bien
encore après une vive frayeur; si elle a succédé à un catarrhe aigu du
larynx, à une angine striduleusc (pseudo-croup), à un rhume ou simple
ou grave, à un mal de gorge ; si elle a apparu subitement après un
coup de froid, après une convulsion hystérique, cl si, née sous l’em¬
pire des circonstances que nous venons d’indiquer, elle dure plus long¬
temps que la cause qui semble y avoir donné naissance, nous conseille¬
rons alors la cautérisation du larynx suivant le mode quenousindiquons.
( 28 o )
Toutefois, avant d’en venir à une me'dication que des personnes méti¬
culeuses pourraient regarder comme extrême, il sera bon d’user des
moyens les plus simples et les plus vulgaires. Les saignées du bras et du
pied jusqu’à syncope, l’application des sangsues au cou, les pe'diluves
et les maniluves sinapisés, les rube'fians, les ve'sicans appliques sur la
région anterieure du cou, seront tentes avant d’en venir à la cautéri¬
sation.
La rubéfaction de la peau du cou, à l’aide d’un sinapisme préparé
avec de l’eau simple ( pour qu’il agisse plus vite et plus profondément),
nous paraît surtout devoir être conseillée ; et la guérison rapide obtenue
par M. Toirac, fait que nous avons déjà mentionné, est le plus puis¬
sant argument que nous puissions invoquer en faveur de cette méthode,
d’ailleurs si simple.
Que si l’aphonie apparaît chez un individu épuise par une maladie
chronique des organes de la respiration , surtout par une phthisie pul¬
monaire , si elle succède à une lésion organique du cartilage du larynx ,
à une destruction, ou à une compression des nerls qui se distribuent à
l’appareil vocal, etc ., etc. , nul doute que la cautérisation soit aussi
inefficace que toute autre médication mise en œuvre pour combattre une
aphonie de ce genre.
Lorsqu’on prononce le mot cautérisation et qu’on propose de l’exé¬
cuter avec une solution saturée de nitrate d’argent, on fait d’abord
naître dans l’idée du lecteur. une impression de terreur dont nous ne
nous sommes pas défendus nous- mêmes lorsque nous avons vu employer
pour la première fois la pierre infernale dans le traitement de ce rtaines
maladies des membranes muqueuses. Nous croyions que l’application
du nitrate d’argent, si elle se faisait avec une certaine énergie, devait
causer une escharrc dont la profondeur était d’autant plus grande que le
tissu était lui-même plus mou, plus vasculaire et moins pourvu d’épi¬
derme; les dires de nos maîtres étaient pour beaucoup dans cette opi¬
nion ; ils nous faisaient voir le nitrate d’argent formant une escbarre
tellement profonde, qu’une seule application de moins d’un quart de
grain suffisait pour détruire d’énormes bourgeons charnus, saillans
à la surface d’une plaie, et des rélrécissemens considérables de l’urè¬
thre. A côté de l’idée de cautérisation, se plaçait donc tout naturelle¬
ment dans notre esprit celle de destruction, et nous ne voyions pas
que , dans les cas semblables à celui que nous venons de citer, le ni¬
trate d’argent agissait à peine comme escliarrotique, mais bien plutôt
comme résolutif ,' ce que l’inspection des parties et le raisonnement le
plus simple auraient dû nous démontrer. Plus tard nous eûmes , dans
une épidémie de diplithcritc (croup, angine maligne, gangréneuse des
( »8i )
auteurs, diphtlie'rite de Bretonneau), l’occasion de voir caute'riser et de
cautériser nous-mêmes , avec de l’acide hydrochloriquc concentre’, avec
une solution saturée de nitrate d’argent, la bouche, le pharynx, le la¬
rynx d’un grand nombre de malades, et jamais nous ne déterminions
d’escharre , bien que la cautérisation eût été pratiquée jusqu’à huit ou
dix fois en quarante-huit heures, chez le même individu.
Des expériences directes, tentées sur des animaux vivans, nous avaien
démontré, et avaient démontré long-temps auparavant à M. Bretonneau
de Tours, que des applications réitérées de pierre infernale sur les
membranes muqueuses ne produisaient que difficilement des escharres
plus superficielles et surtout plus faciles àguérir que de simples aphthes.
Convaincus par notre expérience personnelle de l’innocuité de l’appli¬
cation du nitrate d’argent sur les membranes muqueuses, et voyant
que les médications le plus ordinairement conseillées pour combattre
l’aphonie venaient d’échouer dans le cas qui nous occupait, nous nous
déterminâmes aisément à user de cette médication ; mais ce qui nous y
invitait le plus fortement, c’était la certitude où nous étions que, dans
les phlcgmasies des membranes muqueuses, l’usage des escharrotiques,
et, en particulier , de la pierre infernale, est suivi presque toujours
d’une amélioration rapidej nous avions d’ailleurs guéri naguère, par
quatre larges applications de nitrate d’argent sur les tonsilles, un jeune
homme affecté d’une angine chronique, pour la guérison de laquelle les
chirurgiens les plus habiles de la capitale avaient conseillé l’extirpa¬
tion des amygdales. Et pourquoi donc alors hésiter à porter un caustique
dans le larynx, pour guérir une inflammation chronique de la membrane
muqueuse qui tapisse cet organe, lorsque la même médication réussit si
merveilleusement dans les phlegmasies chroniques de l’œil, du pharynx
et de l’urèthre?
Reste ,i savoir maintenant s’il s’est écoulé dans le larynx une g.ande
quantité de solution caustique : il s’en est écoulé fort peu, sans nul
doute ; mais ce peu a suffi pour produire une prompte et durable guéri¬
son. Mais dans le cas même où il n’eût pas pénétré jusqu’à la glotte une
seule goutte de liqueur caustique, il est évident que la solution a dû
s’étendre de proche en proche sur ces tissus imbibés de mucus. Que
si nous admettions que la partie supérieure du larynx a seule reçu l’at¬
teinte du caustique, ce qui est impossible , encore concevrions-nous
oomment, en modifiant la maladie dans un point, nous l’avons en même
temps modifiée dans les parties voisines ; car lorsqu’ on fait usage d’une
médication topique, on guérit toute une surface malade, bien que le
médicament n’ait le plus souvent été en contact qu’avec quelques points
isolés. A. Trousseau.
tome
( 282 )
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DE l’emploi du nitbate d’argent dans lbs ophtualmies.
Les ophthalmics sont une des affections les plus frequentes, et qui ont
le plus excite' l’attention des praticiens, et même des gens du monde.
Aucune peut-être n’est plus contraire à la thérapeutique dite ration¬
nelle; il n’y a guère que les remèdes empiriques, que les médications
fondées sur l'expérience pure, qui en triomphent franchement. S’il en
fallait une nouvelle preuve, nous la trouverions dans ce qui s’observe
depuis quelques mois à la Pitié, dans le service de M. Velpeau. Ce chi¬
rurgien a effectivement soumis un grand nombre d’ophthalmies à l’usage
du nitrate d’argent; au premier abord, celte substance semble être loin
de convenir aux inflammations d’un organe, aussi délicat que l’œil ;
cependant toutes ou presque toutes les espèces d’ophthalmies peuvent
être soumises avec avantage à son emploi. M. Velpeau l’a essayé dans
les ophthalmics les plus aiguës et les plus vives , soit de la conjonctive
palpébrale, soit de la conjonctive oculaire, soit de la conjonctive et
de la sclérotique tout à la fois, avec ou sans ulcération de la cornée ;
il l’a employé dans les ophthalmics accompagnées de larmoiement acre
et brûlant, delà plus vive douleur ; dans les ophthalmics déjà ancien¬
nes, soit scrofuleuses, soit herpétiques, soit rhumatismales, soit syphi¬
litiques. Depuis trois mois environ, M. Velpeau a traité par le nitrate
d’argent quarante et quelques cas d’ophthalmie de toutes les nuances,
de toutes les espèces. Nous n’en citerons que quelques exemples.
Obs. I. Une jeune fille, qui avait déjà eu plusieurs fois mal aux
yeux, fut admise au n° 20 de la salle Saint-Jean. La conjonctive oculo-
palpcbrale droite était rouge dans toute son étendue; depuis six jours,
les paupières, douloureuses et brûlantes, pouvaient à peine s’entr’ouvrir
au contact de la lumière ; il y avait un larmoiement considérable et
beaucoup de chaleur dans l’œil. Aucun traitement n’avait encore été
suivi : le nitrate d’argent fut employé dès le premier jour : la cuisson
parut un peu augmentée dans le jour ; mais dans la nuit la douleur di¬
minua, et le lendemain on put observer déjà une amélioration sensible.
Trois jours de ce traitement rendirent à l’œil sa blancheur et son éclat
naturel. La malade est sortie le cinquième jour.
Obs. II. Une autre jeune personne, âgée de dix-huit ans, couchée
au numéro 12 de la même salle, y fut admise pour une ophthalmic de
( 283 )
l’œil droit qu’elle portait depuis neuf jours. La conjonctive e'tait egale¬
ment rouge dans toute son étendue, et les vaisseaux de la sclérotique
eux-mêmes étaient le siège d’une congestion assez prononcée. Le lar¬
moiement n’était pas aussi considérable que chez la malade précédente,
et la douleur n’était pas non plus aussi vive. On essaya pendant deux
jours les émollicns et la pommade de belladone au pourtour de l’orbite,
pour voir si l’ophtbalmie ne céderait pas au simple repos : aucune amé¬
lioration n’ayant lieu, le troisième jour on commença l’emploi du nitrate
d’argent. Cinq applications ont suffi pour guérir la malade.
Obs. III. Un homme d’une quarantaine d’années, fort et bien con¬
stitué, actuellement à la salle Saint-Louis, y est entré au quatrième
jour d’une ophthalmie intense, avec commencement de ebémosis, dou¬
leur, larmoiement, chaleur vive dans l’œil et la moitié correspondante
de la tête. On n’a employé ni saignées, ni sangsues, ni aucun autre
traitement. Le nitrate d’argent a été prescrit le premier jour; mais on
oublia d’effectuer la prescription. Le lendemain les deux yeux se sont
trouvés pris : la médication a dès lors été commencée. La première ap¬
plication du remède a produit un peu de cuisson , sans augmenter la
rougeur. Le second jour, les deux yeux étaient sensiblement mieux; le
♦roisième jour, le blanc de la sclérotique s’est laissé entrevoir; le qua¬
trième , il ne restait presque plus d’inflammation ; et le sixième, toute
l’affection était réduite à un peu plus de sensibilité que de coutume dans
les deux organes de la vision.
Obs. IV. A la salle Saint-Gilbert existe encore, en ce moment, un
jeune homme qui a déjà eu plusieurs fois mal aux yeux, et qui est entré
pour une ophthalmie nouvelle datant de quinze jours. Sur l’œil gauche,
l’inflammation était vive, douloureuse, accompagnée de chaleur et d’un
larmoiement très-abondant; toute la conjonctive était rouge, et la cor¬
née d’une couleur vert d’eau. Des sangsues avaient été appliquées, et
avaient semblé augmenter le mal. Le jour de son entrée, le malade a
e'té mis à l’usage du nitrate d’argent : en trois jours, son ophthalmie a
cédé, et aujourd’hui ses yeux sont parfaitement blancs, et ne conser¬
vant plus qu’un peu de larmoiement.
Obs. V. Un autre malade de la même salle y était entré avec une
double ophthalmie, accompagnée de chémosis datant de quinze jours, et
portée si loin que des vaisseaux s’étaient déjà développés sur plusieurs
points dans l’épaisseur de la cornée. M. Velpeau, osant à peine tenter
le nitrate d’argent dans ce cas, essaya d’abord les sangsues aux tempes,
la saignée, la pommade de belladone, les collyres laudanisés , et les
( 284 )
moyens c'molliens. Aucun effet avantageux n’en résulta : la préparation
du nitrate d’argent, au lieu d’aggraver la maladie, a sur-le-champ con¬
jure' une partie des symptômes. La conjonctive, qui fournissait beau¬
coup de pus , s’est promptement desséchée ; les vaisseaux de la cornée
ont disparu ; le chémosis s’est graduellement effacé, et la rougeur elle-
même n’a pas tardé à se dissiper en grande partie ; ce qui en restait a
été détruit à la fin par l’emploi de l’oxide de bismuth.
Ophthalmies chroniques. — Les oplithalmies chroniques ne cèdent
pas moins facilement à ce remède que les inflammations aiguës.
Obs. VI. Une femme d’une trentaine d’années, affectée d’une double
ophthalmie, modérément intense, depuis environ deux mois, s’est pré¬
sentée au n° 19 de la salle Saint-Jean, ayant ies deux cornées troubles,
une rougeur et un épaississement modéré de la conjonctive oculaire, et
un peu de douleur dans toute l’étendue du devant de l’œil. Le nitrate
d’argent, mis en usage comme dans le cas précédent, a guéri cette
ophthalmie dans l’espace de sept jours.
Obs. VII. Un jeune homme, entré dans un état de cécité complète,
souffrait depuis plusieurs mois, ayant plusieurs ulcérations sur la
cornée et la tunique vitrée de l’œil droit, entièrement brouillée, et con¬
servait avec cela une vive sensibilité et une grande crainte de la lu¬
mière. Ses parens le regardaient comme si complètement aveugle qu’ils
l’avaient déposé dans l’hôpital sans vouloir donner aucun renseignement
et s ns s’en être informés depuis. Eh bien ! le nitrate d’argent, employé
après une foule d’autres remèdes, qui n’avaient produit aucune amé¬
lioration, a triomphe du mal, a dissipé les ulcérations, la douleur, la
sensibilité, et le trouble des cornées, au point que ce garçon a fini par
recouvrer complètement la vue, et par s’en retourner sans guide dans
son pays.
Obs. VIII. Un autre jeune homme , affecté depuis huit mois d’une
ophthalmie scrofuleuse de la conjonctive , traitée de même, a été guéri
en huit jours.
Il nous semble inutile de rapporter un plus grand nombre d’exem¬
ples , attendu qu’ils se ressemblent presque tous, et que l’important est
de bien connaître l’emploi du médicament.
Mode d J application. — Les préparations que le chirurgien de la
Pitié emploie sont ou une solution ou une pommade : la pommade lui
paraît plus convenable. Dans les inflammations palpébrales, elle est
aussi d’un emploi plus commode et plus facile h borner sur les parties ;
( 205 )
clic expose moins le linge à être touché et détruit. La solution est gé¬
néralement préférée pour les ophthalmies purement oculaires et quand
il y a quelque altération de la cornée. Du reste, il arrive souvent que
la pommade réussit mieux que la solution, et la solution mieux que
la pommade , dans des cas qui paraissent d’ailleurs semblables.
La pommade est ainsi composée :
if Axonge lavée.îij.
Nitrate d’argent. ... gr. îj.
Selon qu’elle produit plus ou moins de cuisson, il convient d’en aug¬
menter ou d’en diminuer la force ; ainsi on peut ne mettre qu’un demi-
grain de nitrate par gros d’axonge, de meme que, dans certains cas,
on peut en employer deux grains.
La solution doit être dosée de la même manière, c’est-à-dire qu’on
emploie d’un demi-grain à un ou deux grains de nitrate d’argent par
once d’eau distillée. Quand on adopte la solution, on verse matin et
soir deux ou trois gouttes entre les paupières, soit avec les barbes
d’une plume, soit directement par le goulot de la bouteille, qu’on
penche avec lenteur et qu’on ouvre avec précaution, en écartant peu
à peu le pouce ou le doigt qui la ferme. Il faut, pendant que le liquide
reste entre les paupières, engager les malades à rouler l’œil dans l’or¬
bite , pour que toute sa face antérieure sc mette en contact avec le mé¬
dicament. Afin que le liquide qui s’écoule ensuite de l’œil ne tombe
point sur la chemise ou le linge environnant, qui s’en trouverait noirci
et brûle', il faut avoir une petite compresse pour en absorber immédia¬
tement le superflu.
Pour la pommade, on en prend gros comme la tête d’une épingle
avec l’extrémité du doigt, et on la porte sur la face interne du bord
des paupières malades , de manière à en graisser toute l’étendue de ces
organes. Les mêmes précautions sont nécessaires pour préserver le linge
des atteintes du médicament. Tous les malades ne le supportent pas de
la même manière : chez les uns, il en résulte d’abord une douleur assez
vive j chez d’autres, il cause à peine une sensation désagréable; ceux-ci
peuvent en supporter deux et même trois applications par jour : chez
les autres, une suffit ordinairement. Il en est qui ont besoin d’en avoir
tous les jours sans discontinuer, tandis que chez quelques autres il faut
suspendre de temps en temps l’emploi de la pommade ou de la solution.
Il est même une remarque que le chirurgien de la Pitié a faite un bon
nombre de fois : il continue le nitrate d’argent deux, trois et quatre
jours; l’ophthalmie diminue , mais d’une manière peu marquée; il cesse
un jour, deux jours : la diminution devient alors incomparablement
( a86 )
plus sensible, puis l’ame'lioration s’arrête. On recommence alors l’em¬
ploi du nitrate d’argent : l’ophthalmie semble se raviver un peu; on cesse
de nouveau le me'dicament un ou deux jours, et la maladie tombe à un
degre' bien inferieur. En un mot, ce moyen , comme la plupart des to¬
piques actifs, demande d’être beaucoup étudié; il est besoin d’une sorte
de me'tier pour l’employer avec tous les avantages dont il est suscep¬
tible. Du reste il n’a jusqu’à présent aggravé aucune des ophthalmies
contre lesquelles il a été essayé; quelques'-unes lui ont résisté, mais les
dix-neuf vingtièmes lui ont cédé; et c’est incontestablement une des
substances dont on peut tirer le plus de parti dans une foule d’inflam¬
mations oculaires, dont M. Velpeau semble vouloir s’occuper d’une
manière toute spéciale.
»b l’emploi dtj nithate d’argent en dissolution dans les
PLAIES.
Ce n’esf point à titre de découverte nouvelle que nous venons entre¬
tenir un instant nos lecteurs de ce mode de traitement, mais seulement
comme objet d’utilité pratique. Depuis long-temps on connaît l'efficacité
de la solution de nitrate d’argent dans les pansemens de plaies ou ulcè¬
res anciens, dont la cicatrisation est lente ou ne saurait être obtenue par
les topiques excitans ordinaires, comme les décoctions amères ou aro¬
matiques, le vin miellé, le styrax, les solutions de chlorures, etc.
C’est surtout contre les ulcères fongueux et calleux que la solution de
nitrate d’argent a été mise en usage; sir E. Home a même fait une
classe à part des ulcères qu’il faut traiter au moyen de ce topique.
M. Sanson, de l’Hôtel-Dieü, a, dans ces derniers temps ; trouvé
plusieurs fois l’occasion de prouver par des faits l’avantage que les
chirurgiens peuvent retirer du nitrate d’argent en dissolution, employé
comme topique propre à hâter la cicatrisation des plaies anciennes. Il
prescrit ordinairement depuis cinq jusqu’à dix grains de ce sel par
once d’eau distillée; la plaie est dès lors touchée avec de la charpie
trempée dans cette solution, puis recouverte dans toute son étendue de
celte même charpie disposée en plumasseaux, qu’on maintient à l’aide
de compresses et de quelques tours de bandes. Au bout de vingt-quatre
heures, l’appareil est levé et remplacé par un tout semblable, et l’on
continue ainsi jusqu’à parfaite guérison. Sous l’influence de ces panse¬
mens , bientôt la plaie se couvre de bourgeons charnus d’un rouge ver¬
meil , et fournit un pus de bonne nature, et les élémens de la cicatrice
ne tardent pas à se montrer, non-seulement vers les bords , mais même
C 287 )
au centre de la plaie, et la guérison est prompte et solide. Nous cite¬
rons comme preuve les deux faits survans :
Un homme âgée de vingt-neuf ans, d’une bonne constiution, portait
à la cuisse droite une large plaie résultant de la chute d’une escharre
. survenue dans le cours d’un érysipèle plilegmoneux des plus graves.
Celte plaie, réduite à la largeur d'un pouce, demeura stationnaire,
malgré l’emploi de substances excitantes et de pansemens méthodiques.
Chaque jour elle fut couverte de plumasseaux de charpie trempés dans
la liqueur suivante.
Tf. Nitrate d’argent fondu. . . . gros xi..
Eau distillée. g v.
Au quinzième jour la cicatrice était complète.
Un autre jeune homme de dix-neuf ans entra à l’Hôtel-Dieu avec
une carie de la premièré phalange du gros orteil du pied gauche, suite
d’un écrasement de cette partie. L’amputation jugée nécessaire fut faite.
La plaie résultant de l’opération présentait à peine au bout du sixième
jour quelques traces de cicatrisation , malgré l’emploi du vin miellé et
d’autres topiques excitans. On fit alors usage d’une solution de cinq
grains de nitrate d’argent par once d’eau distillée. Dès le lendemain la
surface de la plaie était bien détergée, et au septième jour elle était
couverte d’une cicatrice assez solide pour que le malade pût quitter
l’bôpital et s’appuyer sans douleur sur le pied gauche.
ACCOUCHEMENS.
EMPLOI SIMULTANÉ DU SEIGLE ERGOTÉ ET Dli L’iNJECTION DU
PLACENTA.
Malgré les récentes et vives discussions élevées au sein de l’Académie
de médecine sur l’efficacité du seigle ergoté dans le cas de lenteur du
travail de l’accouchement par inertie , l’action spéciale de cette sub¬
stance sur la contractilité de l’utérus n’est mise en doute par
aucun de ceux qui en ont fait l’épreuve un certain nombre de fois. Ce
ne peut donc être là l’objet de longs débats j ce qu’il importerait surtout
de constater d’une manière positive, c’est l’influence du seigle ergoté
sur l’enfant lui-même , au moment de l’accouchement • nous recom¬
mandons spécialement ce point de thérapeutique aux praticiens, en les
priant de nous faire connaître le résultat de leurs observations. Certes
( -m >
un grand nombre d’enfans, dont l’expulsion a e'tc' provoquée par l’em¬
ploi du seigle ergote', naissent dans un e'tat de santé satisfaisant; mais
ceux dont la mort immédiate ne saurait être expliquée par une lésion
quelconque, évidente, palpable (et il en est quelques-uns), à quoi doi¬
vent-ils ce funeste privilège de mourir en naissant? Serait-ce aux con¬
tractions brusques, violentes, anormales enfin que provoque le médi¬
cament? Serait-ce aux qualités délétères qu’aurait celui-ci sur la frêle
organisation du foetus ?
Rien de concluant n’a été dit à cet égard. Nous savons que dans cer¬
tains cas on pourrait tout aussi bien accuser de la mort de l’enfant la
lenteur du travail et le délai apporté dans l’administration du seigle
ergoté; mais ce qui est bien certain pour nous, c’est que l’accident peut
avoir lieu lorsque ces circonstances n’existent pas. Nous n’en voulons
pas conclure que le seigle ergoté soit un médicament essentiellement
funeste pour l’enfant, et qu’on doive le bannir de la pratique : nous
voulons seulement, en signalant nos craintes aux accoucheurs, fixer
leur attention sur ce sujet, et les engager, jusqu’à parfaite solution de
. la question, à user de ce médicament avec modération, et seulement
quand l’indication sera bien précise, c’est-à-dire lorsque la lenteur du
travail sera duc uniquement à l’inertie utérine.
L’innocuité du seigle ergoté sur les femmes en travail nous paraît
aussi bien démontrée que sa propriété cxpultrice : aussi le regardons-
nous comme fort utile, sinon infaillible, soit pour provoquer la sortie
de l’arrière-faix, soit pour arrêter les hémorrhagies utérines qui sur¬
viennent après la délivrance. Des exemples assez nombreux de son
efficacité ont été publiées dans les journaux par plusieurs médecins,
et entre autres par un accoucheur fort recommandable de Paris ; le
docteur Goupil, qui, un des premiers, a administré ce médicament,
dans les pertes utérines. Nous pourrions en joindre deux autres tout
'récens, qui nous sont propres ; mais en attendant que nous puissions les
joindre à l’anaiyse de quelques travaux nouvellement publiés sur l’em¬
ploi du seigle ergoté, nous rapporterons le suivant, que nous fournit
le dernier numéro de la Revue médicale, parce qu’il nous donne l’oc¬
casion de rappeler à nos lecteurs un moyen encore peu répandu, l’in¬
jection par la veine ombilicale, à.laquelle le seigle ergoté peut être
associé, comme dans le cas dont nous allons parler, mais qui peut aussi
bien seule remplir parfaitement l’indication.
Injection d’eau froide dans le placenta.
Une dame dont la mère avait éprouvé des pertes considérables chaque
fois qu’elle avait accouché, et chez qui cet accident s’était manifesté
( *89 )
d’une manière inquiétante lors de sa première grossesse, devint enceinte
une seconde fois. M. le docteur Pichard, prévenu de ces circonstances ,
administra, vers la fin du travail, un demi-gros de seigle ergoté en
poudre, dans un verre d’eau rougie. Dix minutes après, l’enfant fut
expulsé par suite des douleurs naturelles. L’utérus resta contracté lé¬
gèrement sur le placeDta ; cependant l’expulsion de cet enfant ne se fai¬
sant pas, une seconde dose de seigle ergoté fut donnée au bout de vingt
minutes; mais elle ne produisit que quelques douleurs sans effet. Enfin,
trois heures après la sortie de l’enfant, les douleurs ayant complètement
cessé, et la matrice ne se dessinant pas aussi bien à travers les parois
de l’abdomen, la crainte du relâchement de cet organe, du décollement
du placenta, et, par suite, de l’hémorrhagie, engagea l’accoucheur à
recourir aux injections froides par la veine ombilicale.Trois onces d’un
mélange de quatre parties d’eau froide avec une de vinaigre fournirent
les deux premières injections, qui n’eurent aucun résultat; une troi¬
sième, de trois onces également, provoqua une sensation de froid dans
le fond de l’utc'rus et une contraction bien évidente de cet organe. En¬
fin une quatrième injection étant faite, il suffit d’opérer une légère
traction sur le cordon pour amener le placenta. La matrice continua à
se contracter, et il n’y eut point d’hémorrhagie, malgré la prédispo¬
sition bien marquée de la malade.
L’injection du placenta doit se faire de la manière suivante : après
avoir laissé la veine ombilicale se dégorger de tout le sang qu’elle peut
contenir, et l’avoir vidée le plus possible en la pressant entre les doigts,
on y injecte, avec une certaine force, quatre ou cinq onccc d’eau froide
acidulée avec du vinaigre, au moyen d’une seringue à hydrocèle ou
d’une seringue ordinaire, dont le syphon serait assez étroit pour péné¬
trer facilement dans l’ouverture de la veine. On attend quelques minu¬
tes ; si le décollement du placenta n’a pas lieu, on fait une seconde in¬
jection , puis une troisième, si cela est nécessaire, après avoir laissé
sortir le liquide précédemment introduit. Cette dernière précaution est
indispensable, attendu que les effets de l’injection, dans ce cas, pa¬
raissent résulter de la température du liquide plutôt que de la présence
du liquide lui-même. A. T.
( 39 ° )
CHIMIE ET PHARMACIE.
NOUVELLE PRÉPARATION DE PILULES DE SOUS-CARBONATE
DE FER.
Un médecin de province a communiqué, il y a quelque temps, à l’A¬
cadémie royale de Médecine, la composition de pilules dont il avait
constaté grand nombre de fois l'efficacité dans la chlorose. Ces pilules
ayant été employées avec un grand succès par plusieurs praticiens de
Paris, nous croyons utile de donner, à la suite des formules que l’on a
fait connaître dans le dernier numéro du Bulletin de Thérapeutique ,
celle qu’un habile pharmacien de la capitale, M. Guillard , emploie
pour la préparation de pilules de sous-carbonate de fer.
Voici celte formule :
if Sous-carbonate de potasse.ï ij.
Sulfate de fer en cristaux bien purs ... aà
Triturez ces deux sels ensemble, et faites, suivant l’art, quarante-huit
pilules bien égales et argentées.
On donne, en commençant, une de ces pilules matin et soir; puis
on en porte graduellement la dose à trois, quatre et cinq par jour; on
n’a pas encore dépassé ce nombre.
La préparation de ces pilules exige un soin tout spécial de la part
du pharmacien. Les deux sels, triturés ensemble, se liquéfient promp¬
tement, et cela en raison de la double décomposition qui a lieu; l’acide
carbonique du sous-carbonate se porte sur l’oxide de fer du sulfate et
forme un carbonate de fer insoluble, tandis que l’acide sulfurique
s’unit à la potasse pour donner naissance à un nouveau sulfate; mais
ce dernier sel ne peut absorber toute l’eau de cristallisation qui était
primitivement contenue dans les deux substances salines employées,
et il en résulte une telle surabondance de ce liquide, qu’il devient né¬
cessaire d’ajouter une forte quantité de poudre absorbante inerte
( réglisse, guimauve ou gomme arabique), si l’on veut sur-le-champ
procéder à la division du médicament. Mais alors on a des pilules
beaucoup plus grosses qu’il ne convient : aussi est-il indispensable de
procéder d’une autre manière à leur confection. On parvient à dissiper
l’eau en excès par une trituration prolongée pendant une heure un
quart ou une heure et demie à peu près; lorsqu’on approche du degré
de consistance désiré, on ajoute, pour les doses indiquées plus haut,
dix-huit grains de gomme arabique pulvérisée, afin de donner à la masse
( 29 * )
le degré' de liant sans lequel il ne serait guère possible de la convenir
en pilules bien faites. On mêle intimement, puis on divise aussitôt, et
on argente immédiatement; car, si l’on tarde trop, cette dernière opé-
ration ne se fait qu’avec la plus grande difficulté', à cause de la dureté
que la pâte pilulaire a bientôt acquise, et des fissures dont sa surface
se parsème:
Quelquefois on a remplacé le sous-carbonate de potasse par le bi¬
carbonate de soude. La préparation alors est moins longue et plus fa¬
cile; mais les pilules deviennent si dures qu’elles s’écaillent par lé
moindre choc. Quant aux effets thérapeutiques, ils ont semblé plus
prononcés encore ; cependant ce plus grand degré d’efficacité a besoin
d’être confirmé par de nouveaux essais.
On a cherché à remplacer la préparation de ces pilules par le mé¬
lange direct du carbonate de fer et du sulfate de potasse dans des pro¬
portions semblables ; mais on n’a point obtenu les mêmes résultats. A
quoi cela tient-il? C’est ce qu’on ne sait pas encore; et c’est à l’expé¬
rience à nous éclairer sur ce point.
Par-dessus chaque pilule, on fait boire une tasse d’un infusé léger
de bourgeons de sapins du Nord. La quantité de bourgeons qui doit
être employé pendant l’administration des quarante-huit pilules doit
être d’une once et demie à deux onces.
Nous avons vu plusieurs fois des chloroses rebelles à toute autre
mode de traitement guérir en vingt ou trente jours par celui-ci.
Il n’est pas besoin d’ajouter que les malades doivent être mis à un
régime alimentaire tonique, et que toutes les causes débilitantes doi¬
vent être éloignés avec la plus grande attention. Cottereau.
BULLETIN DES HOPITAUX.
Cautérisation circulaire de la cornée. — Dans notre sixième li-,
vraison, nous avons parlé des inconvéniens et des dangers de cautériser
les ulcères de la cornée avec le nitrate d’argent taillé en pointe, et nous
avons indiqué le moyen de parer à ces inconvéniens. Le procédé que
nous avons indiqué est bon et applicable à tous les cas; mais si l’on
avait affaire à des ulcérations nombreuses occupant le pourtour de la '
cornée, ou bien à un développement de vaisseaux nourriciers de taches,
comme cela arrive quelquefois, on pourrait employer le procédé dont
s’est servi ces jours derniers avec avantage M. Sanson, dans un cas de
ce genre. Un anneau creux, et d’un diamètre un peu plus grand que la
( 29 ^ )
cornée, est garni de nitrate d’argent dans toute sa circonférence; il est
porte' sur l’œil au moyen d’une tige recourbée, sur laquelle il est sou¬
tenu au travers d’un ophthalmoscopc, destine' à soulever les paupières
et à garantir le reste du globe. Par ce moyen, tout le pourtour de la
cornée est cautérisé à la fois ; cependent il faut que le contact ne soit pas
trop prolongé , car l’on peut donner lieu, comme cela est arrivé chez
le malade dont il est question, au développement d’une vive inflamma¬
tion : cette inflammation a cédé facilement dans ce cas à l’application de
sangsues à la face interne des paupières, d’après la méthode indiquée
dans notre première livraison.
Extrait du dalura strammonium. — MM. Rc'camier et Trousseau
ont substitué, depuis quelque temps , l’extrait de datura strammonium
à l’acc'tate de morphine dans le traitement, par la méthode endermique,
des sciatiques et de quelques névralgies rebelles. Ils trouvent à ce
médicament l’avantage de ne point bouleverser les malades autant que
l’acétate de morphine; de ne point donner lieu à de si fortes nausées,
à des vomissemens et au malaise qui les accompagnent; l’excitation cé¬
rébrale est également moindre, et le léger délire qui suit toujours l’em¬
ploi des narcotiques énergiques, moins prononcé par le strammonium
que par le sel d’opium. Voici le mode d’administration qui est suivi
à l’Hôtel-Dieu : après avoir enlevé l’épiderme avec la pommade am¬
moniacale , on taille un petit linge fin et double, de la grandeur et de
la forme de la petite plaie; alors on étend de un à trois grains d’extrait
sur une des faces de la compresse, et on applique sur la plaie celle où
n’est point le médicament ; de cette manière ce n’est que peu à peu , et
lorsque le linge a été humecté , que l’action du remède se fait sentir, ce
qui a lieu un petit quart d’heure après le pansement. Cette précaution
est indispensable; sans elle, la douleur qui résulterait de l’application
de l’extrait de strammonium serait intolérable.
Catarrhes de la vessie. —Plusieurs malades, atteints de cette dou¬
loureuse et grave maladie, se trouvent réunis dans ce moment à l’Hôtel-
Dieu, dans les salles de M. Sanson. Ce chirurgien leur fait suivre un
traitement qui n’est point ordinaire : nous mentionnerons les résultats
qu’il en obtiendra. Ce traitement consiste dans des injections dans la
vessie avec de l’eau de goudron, à laquelle il ajoute de six à huit
. gouttes de laudanum de Rousseau. Lorsque les douleurs au col de la
vessie sont très-fortes , ce qui arrive souvent, il parvient à les soulager
en introduisant dans le rectum, seulement au-delà du sphincter, une
boulette de charpie , enduite d’une pommade composée d'un grain d’a-
ce'tatc de morphine et d’une once d’axonge. Cette boulette ne gêne nulle-
( «j3 ,
mont, et est rcjetc'c par les selles. Nous en avons vu de bons effets chez
un vieillard de ^7 ans, couche' au n° 54 de la salle Sainte-Jeanne.
Typha dans les brûlures. — Un nouveau fait, observé à l’Hôtel
Dieu, vient confirmer ce que nous avons dit, dans notre deuxième li¬
vraison , sur les avantages du typha dans les brûlures. Un boulanger ,
en ouvrant son four, a été brûlé profondément par la flamme qui en est
sortie avec impétuosité; le devant de sa poitrine, ses bras, ses aisselles,
sa figure, étaient profondément brûlés aux premier, second et troisième
degrés : le typha a été appliqué sur toutes les plaies, et au sixième
jour la cicatrisation était parfaite dans presque tous les points.
Blessure de Tiliaque externe. — Ligature. — Il y a trois se¬
maines , un charcutier de la rue Saint-Martin, en raclant une table,
s’est tranché presque entièrement l’artère iliaque externe , immédiate¬
ment au-dessus du ligament de Fallope. Heureusement un médecin put
presque à l’instant même suspendre l’hémorrhagie, en comprimant
l’aorte et l’iliaque primitive, en attendant l’arrivée d’un chirurgien.
M. Yelpeau , qui fut appelé, parvint à saisir et à lier les deux bouts
de l’artère, et à sauver ainsi le sujet d’une mort imminente. Les fils
des ligatures sont tombés le onzième jour. Aucun accident n’est venu
compliquer l’état du malade , et aujourd’hui la guérison peut être con¬
sidérée comme certaine.—Nous mentionnons ce cas de haute chirurgie,
parce qu’il est remarquable sous deux points de vue : d’abord, la liga¬
ture de l’iliaque externe a bien été faite déjà avec succès un grand nom¬
bre de fois pour des cas d’anévrysmes ; mais elle n’avait peut-être pas
été encore exécutée pour une lésion traumatique récente ; la raison en
est simple, c’est que les blessures d’un vaisseau de ce calibre entraînent
presque immédiatement la mort. La seconde particularité qui signale ce
fait, c’est qu’après la ligature la circulation et la chaleur du membre
n’ont été qu’un moment suspendues; chose remarquable, en ce que l’or¬
ganisme n’avait pas eu ici le temps de préparer les voies collatérales
comme dans le cas d’anévrysme.
CHOLÉRA-MORBUS.
Diminution de Tintensité du choléra. — Le danger que présente
le choléra s’atténue à mesure qu’il marche vers l’ouest. La mortalité
est toujours fort considérable parmi les malades; mais leur nombre, par
rapport à la population, décroît beaucoup. Voici un tableau consolant
où l’on peut voir combien, sur mille habitans, on a compté de cholé¬
riques dans les villes de Lemberg, Mittau, Riga, Poscn, etc.
( 294 )
Pendant lcs-quarantc premiers jours on a compte :
A Lemberg , su
1000 habitans,
47 malades.
Mittau,
idem
3o
Riga,
id.
3o
Posen,
id.
14
Saint-Pétersbourg,
id.
12
Kœnigsberg,
id.
10
Elhin,
id.
9
Dantzig, v
id.
8
Stettin,
id.
5
Berlin,
id.
3
Le choléra est-il contagieux? Lettre deM. Gaymard.—Rapport
de la commission médicale de Berlin. — Une lettre écrite de Saint-
Pétersbourg, en date du 16 octobre, par M. Gaymard à M. Kc'ran-
dren, apprend que la commission médicale de Russie est sur le point de
rentrer en France; quelques détails dans lesquels entre M. Gaymard nous
prouvent qu’il ne considère pas le choléra-morbus comme contagieux.
« A Moscou, dit-il, l’hôpital d’Ordinka, dontle service médicalcst con-
fiéà M. le docteur Delaunay, a reçu, depuisle 18 décembre i83o jus¬
qu’à la fin de septembre i83i , 587 cholériques et 860 individus
affectés de maladies diverses. Parmi ces derniers, c’est-à-dire sur
8O0 malades étrangers au choléra, aucun ne l’a gagné ; et cependant
l’hôpital n’est formé que d’un seul corps de logis , dont les différens
étages communiquent entre eiix par des escaliers intérieurs; le même
linge sert indifféremment à tous les malades ; il en est de même des
infirmiers.
» Les parens venaient libremeni voir et même soigner leurs parens
malades ; et cette mesure, loin d’avoir aucune espèce d’inconvénient,
a produit les plus heureux effets sur les habitans de Moscou.
» Il nous est démontré par les pièces que nous avons sous les yeux,
relatives à la peste qui désola Moscou en 1771, sous l’impératrice Ca¬
therine , qu’il n’existe point d’analogie entre la marche du choléra et
celle de la peste.
» Le conseil temporaire de médecine de Moscou, présidé par le gou¬
verneur-général prince Gallitzin, a bien mérité de son pays, de la
science et de l'humanité,. Par sa prudence et son courageux dévouement,
il a su prévenir les émeutes populaires qui ont constamment accompa¬
gné les mesures que l’on a cru répressives de la contagion.
» Je puis vous dire , dans toute la sincérité démon ame, ce que j’ai
dit à M. de Humboldt, dans une lettre que je viens de lui écrire.
( ag5 )
L'honneur que j’ai d’appartenir au corps de la marine m’en fait, à
votre egard, un devoir encore plus rigoureux.
» Je suis venu en Russie sans idées préconçues , cherchant la vérité
de bonne foi, et ne voulant subir d’autre influence que la sienne. Eh
bien ! tout ce que j’ai vu et appris m’a convaincu de la manière la plus
forte que les quarantaines dans l’intérieur des villes, l’isolement des
quartiers et des maisons, les violences exercées pour arracher les ma¬
lades de leur domicile, sont des mesures désastreuses, que tout homme
ami de son pays doit proscrire avec énergie. Je me résume ; et j’affirme
que vouloir les quarantaines intérieures et Visolement des quartiers
et des maisons , c’est vouloir le choléra escorté d’un fléau plus
redoutable encore, celui des émeutes populaires.
« Dans une si grande calamité, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est
de conseiller à tous le calme et le régime, d’organiser d’avance des hô¬
pitaux temporaires et des secours à domicile , de laisser librement les
parens venir soigner leurs parens malades ; et l’on aura infailliblement
beaucoup moins de malheurs à déplorer. »
Cependant de grandes autorités ne partagent pas la manière de voir de
M. Gaymard. Voici commcnts’exprime lacommissionmédicaledeBerlin:
« La propagation du choléra-morbus, de la mer Caspienne à la Prusse,
la Pologne et la Gallicie , dans les endroits où le commerce, soit par
terre, soit par mer, est le plus étendu, prouve évidemment l’existence
d’un principe contagieux auquel on a pu soustraire les individus en sé¬
parant les personnes saines de celles infectées.
» Sans doute, dans le choléra-morbus comme dans d’autres affec¬
tions contagieuses, des personnes ont pu rester long-temps auprès des'
malades sans en être attaquées. Ces cas sont négatifs, et ne peuvent pas
être apportés comme preuves de la non-contagion. On doit en conclure
seulement que tous les individus ne sont pas aptes à contracter cette ma¬
ladie , et que son développement nécessite des prédispositions parti¬
culières.
» La contagion est démontrée par l’expérience la plus étendue. L’o¬
pinion que la maladie ne se propage pas par un principe contagieux,
transmis d’individus à individus, mais bien par des miasmes ou un
principe nuisible développé dans l’atmosphère, suivant des rapports de
climats, est déjà réfutée par cela que ce fléau a régné, avec la même
intensité , dans les climats les plus différens : sous l’équateur, dans la
plus grande chaleur ; sous le cinquante-cinquième degré de latitude
nord, par un froid de vingt à trente degrés Réaumur.
» 11 paraît, d’après les observations recueillies jusqu’à présent, que
le principe contagieux est surtout communiqué, soit par le contact
immédiat des malades mêmes ( et probablement aussi des personnes
( --*96 )
mortes ), ou de la couche d’air qui les environnent que vicient les ex¬
halations pulmonaires, la perspiration cutanée et les matières excrétées;
soit par les effets d’habillement et autres objets qui se sont trouvés pen¬
dant quelque temps en contact immédiat avec les malades. »
Précautions à prendre dans les autopsies de cholériques. — La
commission médicale de Berlin recommande la plus grande prudence
en faisant les autopsies, qu’on doit autant que possible faire en plein
air. Avant d’y procéder on doit plonger le cadavre dans une solution de
chlorure de chaux, ou bien l’en arroser seulement. Il faut avoir le
même soin avant d’explorer les organes des cavités.
Celui qui est chargé de l’ouverture du cadavre doit se couvrir d’un
manteau de toile cirée. Il ne doit avoir aucune blessure aux mains. L’ex¬
ploration terminée, il doit se laver dans une dissolution de chlorure de
chaux, dans laquelle il doit nettoyer aussi le manteau et les instrnmcns.
VARIÉTÉS.
SORT I)JJ M. LEGALLOIS.
C’est avec une douleur profonde que nous annonçons la mort de
M. Legallois; ce courageux ami, que l’amour de la science emportait
an-devant de tous les dangers, a succombé à vingt-six ans, dans la ville
de Lcmberg, à la maladie de poitrine qu’il avait gagnée en soignant les
cholériques de Varsovie. Encore s’il eût pu atteindre le sol de France,
s’il eût pu mourir dans les bras de sa vieille mère, dont il était le seul
appui, il eût peut-être trouvé moins amer le funeste prix de son noble
dévouement !
Depuis quelque temps l’affaiblissement de Legallois était extrême ;
il connaissait parfaitement son état, et il ne se faisait point illusion sur
le sort qui l’attendait; mais il désirait si ardemment voir la France que
ce désir lui avait donné une force factice, qui lui avait permis d’entre¬
prendre le voyage. Chaque pas qu’il faisait le rapprochait de sa patrie :
cela avait suffi pour qu’il soutînt quelques jours la fatigue; mais,
rongé par une'fièvre hectique, et dans le dernier degré de marasme,
pouvait-il aller bien loin ? Arrivé à Lemberg, ses forces épuisées ne
lui ont pas permis de continuer son voyage, et il s’est éteint sur le sein
d’un ami qui, depuis Varsovie, lui prêtait son secours.
Etrange et cruelle destinée que celle du père et du fils qui, après
avoir consacré avec honneur leur vie à la science, ont péri tous deux
prématurément victimes de leur zèle !
Di meliora piis !
( *91 )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
'TRAITEMENT DU BÉGAIEMENT PAR LES MÉTHODES NOUVELLES.
Le be'gaiement est une affection qui, sans être très-commune, se ren¬
contre encore assez souvent ; bien qu’elle n’inte'resse pas gravement la
santé' de l’individu qui en est atteint, ses conséquences, pour l’homme
qui vit an milieu de la socie'te', sont assez graves pour que de tout temps
on ait dû chercher à y reme'dier; et le succès des moyens à lui opposer
pouvait paraître d’autant plus facile que les organes le'se's, ou plutôt
dont le jeu est vicie', sont, en partie du moins, exposés sans cesse aux
regards de l’observateur. Maigre' toutes ces circonstances favorables, c’est
en vain qu’on chercherait, dans cette foule innombrable d’e'crits sur l’art de
guérir, un exposé satisfaisant des causes et du mécanisme du bégaiement,
et encore muins un plan de traitement rationnel et sanctionné par l’ex-
pc'rience. Dans ce cas comme en beaucoup d’autres, ce ne sont point les
explications qui manquent, on n’a que l’embarras du choix ; il y a long¬
temps qu’on a dit, on a souvent répété depuis, que le bégaiement était
une névrose ; qu’il était le résultat de la débilité des muscles qui ser¬
vent à l’articulation des sons ; ou bien qu’il était dû à une lésion parti¬
culière du cerveau, à certaines dispositions physiques de la langue et
de son frein, à l’implantation vicieuse des dents, à la division de la
luette, à certains vices de conformation de l’os hyoïde, etc. A quoi ont
servi ces explications, les longues dissertations des Menjot, des Ber-
glien, de leurs prédécesseurs et de plusieurs médecins modernes ? A
mettre en crédit des idées fausses qui ont entravé la marche de la
science; à recommander pour tout traitement, ou des pratiques bizarres
ou des formules plus ou moins barbares, destinées à combattre des chi¬
mères ; enfin à laisser aux bègues leur infirmité jusqu’à ce que l’âge ou
quelque circonstance extraordinaire, quelque miracle enfin vînt les en
délivrer. La science a donc jusqu’à présent plutôt embrouillé la ques¬
tion qu’elle ne l’a éclairée. Voyons ce qu’a fait l’empirisme. Il a guéri
Démosthènes , et cet autre orateur célèbre de la Convention, dont parle
M. Itard, dans sa dissertation sur le bégaiement; il a guéri cette foule
de bègues, médecins ou autres, dont on n’a pas parlé, et qui, sans autre
guide que la simple observation , sans autre moyen qu’une volonté
ferme , se sont affranchis d’un défaut contre lequel l’art était resté im¬
puissant. N’en accusons ni la médecine ni les médecins. Accusons-en
l’imperfection de nos sens , de nos moyens d’investigation qui n’ont en¬
core soulevé qu’à demi le voile qui couvre ce mécanisme si ingénieux
( 398 )
de la parole. Avant-de chercher à expliquer le bégaiement, il faudrait
reconnaître, dans toutes leurs nuances, les raouvemens plus ou moins
compliques des muscles nombreux qui servent à la production des sons
et à leur articulation. Or, comme cela ne nous est pas encore permis ,
expliquons moins et observons davantage ; ne cherchons à voir que ce
qui est visible : peut-être par ce moyen arriverait-on plus sûrement an
but que se propose la me'decine, guérir : l’expérience va parler et nous
prouver qu’il en a été ainsi pour ce qui concerne la thérapeutique du
bégaiement.
Voyons ce qne la simple observation, dégagée de toute discussion
théorique, a pu apprendre sur le mécanisme du bégaiement; quelles
sont les conséquences qu’on a dû en déduire tout naturellement, et enfin
si cette voie 11’a pas été la plus courte pour arriver à la découverte
d’une médication efficace.
Qu’obscrve-t-on chez l’individu affecté de ce vice de la parole qui
constitue le bégaiement? un désordre dans les contractions des muscles
qui servent à l’articulation des sons, suivant l’espèce ou le degré du
bégaiement. Tantôt ce désordre nous paraît avoir uniquement son siège
dans l’appareil musculaire p]us spécialement destiné à l’articulation ;
tantôt il semble s’étendre en même temps aux*muscles chargés de la
production des sons, ou même à ceux de la respiration. Dans le pre¬
mier cas, les inouvcinens de la langiie et les lèvres sont seuls lésés ;
le bégaiement, ordinairement léger et non continu, se manifeste princi¬
palement par de l’hésitation dans l’articulation de certaines syllabes et
la répétition de certaines lettres. Cette difficulté de la prononciation
paraît tenir à la position vicieuse de la langue et à des mouvemens
convulsifs de cet organe et des lèvres. Dans le second cas, non-seule¬
ment il y a difficulté de prononcer, par le fait d’un désordre dans les
mouvemens de la langue et des lèvres; mais on reconnaît un dérange¬
ment dans la production des sons, par des inflexions de voix plus ou
moins bizarres, par des détonations plus ou moins fréquentes, brusques
et sonores; par des cris rauques ou aigus, avec on sans mouvemens
convulsifs des muscles de la face, quelquefois même par un mutisme
plus ou moins complet, plus ou moins prolongé. Dans le troisième
cas, l’infirmité, portée au plus haut degré, ne se manifeste pas seule¬
ment par la difficulté et l’impossibilité d’articuler, elle s’accompagne
d’un état tétanique ou même convulsif du diaphragme et des muscles du
col ou des parois thoraciques, et quelquefois même des muscles des ex¬
trémités supérieures, état qui, par les contorsions qu’il produit, donne
en quelque sorte à cette affection le caractère de l’épilepsie.
On remarque encore que le bégaiement, dans les cas les plus ordi-
t ^99 )
naires, n’est pas continu; que certaines personnes prononcent correcte¬
ment, sans hésitation, lorsqu’elles chantent ou déclament; que d’autres
parviennent à suspendre ce vice de la parole au moyen de l’introduction
dans la bouche de quelque corps dur, ou bien en parlant, ou respirant
d’une certaine façon, ou même en soulevant à des intervalles égaux
un bras, un doigt, pendant qu’elles articulent les syllabes les plus
difficiles. De ces diverses observations, et de quelques autres qu’il est
inutile d’énumérer ici, on a dû conclure que le bégaiement n’était pas
un vice incurable; qu’il fallait soumettre l’exercice de la parole à
un rythme quelconque que rappellerait sans cesse un mouvement ré¬
gulier , apparent, afin de rompre l’habitude vicieuse contracte'e par les
organes de la voix et de la parole; et que le moyen de faire cesser plus
sûrement celte habitude serait de mettre l’organe principal dans des
conditions telles que ses mouvemens ordinaires fussent nécessairement
entravés et modifiés. C’est aussi ce qu’ont fait les personnes qui ont ob¬
servé sur elle-mêmes et tenté de combattre cette infirmité; c’est aussi ce
qu’ontdû faire les médecins,sans pouvoir se rendre compte, d’une manière
positive, de l’action de ces divers moyens, dont l’expérience leur démon¬
trait l’efficacité; mais ces moyens, toutfavorables qu’ils fussent, n’avaient
pu être mis à profit que pour un très-petit nombre d’individus. Jusque
dans ces derniers temps, la plus grande partie des bègues étaient ré¬
duits à celte alternative assez fâcheuse de conserver leur infirmité ou
de s’en guérir e.ux-mêmes. Soit défaut de confiance dans le pouvoir de
leur art pour le vice du bégaiement, soit indifférence pour une affec¬
tion qui le plus souvent est peu grave et destinée à disparaître, ou au
moins à diminuer un jour spontanément, toujours est-il que les méde¬
cins se sont généralement peu occupés de cette partie de la thérapeuti¬
que , qui n’e'tait pas moins susceptible que les autres d’acquérir un cer¬
tain degré de perfectionnement, ainsi qu’on va le voir.
Si nous exceptons M. Itard, qui, dès l’annce «817, nous fit appré¬
cier le rôle important que joue la langue dans le bégaiement, et dé¬
montra la nécessite' d’agir immédiatement sur cet organe, au moyen
d’un instrument qui pût en entraver les mouvemens, les hommes de
l’art ne conseillaient que des moyens, ou très-infidèles, ou d’une diffi¬
culté d’exécution telle qu’ils devenaient illusoires, excepté pour quel¬
ques personnes privilégiées. Alors, comme depuis, on recommandait
aux enfans, et à ceux dont le bégaiement était léger, de parler et
de lire lentement, en insistant sur les syllabes qui offraient le plus
de difficultés, d’observer pendant un certain laps de temps un si¬
lence absolu , d’apprendre une langue étrangère ; aux adultes, chez qui
20.
( 3oo )
cos simples pratiques étaient restc'es sans résultat, ou conseillait d’éltt-
«lier le mécanisme (le la voix dans les ouvrages de Wallis, d’Amman ou
de l’abbé de l’Épée, et de mettre à exécution les leçons de ces auteurs ;
puis de méditer Quintilien, et de s’appliquer, en récitant quelques dis¬
cours , à la correction de la prononciation , à une articulation claire ,
à Y ornement, etc. ; ou bien encore on leur faisait donner du cor, ap¬
prendre la musique, filer des sons ; on les faisait parler en cliantant,
comme dans les récitatifs de nos opéras; on leur prescrivait des garga¬
rismes toniques, et, en désespoir de cause, des moxas sur les côtés du
Jusque là, ni la science, ni même l’empirisme n’avaient encore at¬
teint le but. Ces divers moyens, employés isolément, et la plupart d’un
intérêt secondaire, par conséquent peu utiles, et très-rarement applica¬
bles, ne pouvaient suffire; il fallait que le traitement du bégaiement de¬
vînt assez simple pour être à la portée de toutes les intelligences, et ne
fût pas seulement profitable à quelques hommes , supérieurs par leurs
lumières et leur persévérance. Ce traitement, on l’a découvert ; et,
comme nous l’avons dit en commençant, c’est à l’empirisme que nous
le devons. 11 suffisait de la simple observation d’un phénomène très-ap¬
parent , et jusqu’alors inaperçu : c’est une personne étrangère à l’art de
guérir qui l’a faite.
En t 8o.5, à New-York, une dame, en étudiant le mécanisme de la
parole chez une demoiselle bègue, qu’elie désirait fortement délivrer de
son infirmité, s’aperçut que, dans le moment où les syllabes difficiles
devaient être prononcées, la langue restait appuyée sur la paroi infé¬
rieure de la bouche au lieu de s’approcher du palais, comme cela a lieu
chez les personnes qui prononcent correctement. Conduite ainsi tout
naturellement à conseiller à son élève de relever la pointe de la langue
au moment de parler, elle eut la vive satisfaction de voir le bégaie¬
ment cesser à l’instant. De cette expérience elle conclut qu’elle avait
découvert à la fois, et la cause du bégaiement, et le moyen de le guc-
rir. En effet, ayant exercé son élève à parler en tenant ainsi la pointe
de la langue derrière les dents incisives supérieures, en ayant eu toute¬
fois la précaution de lui interdire de parler d’une autre manière, elle
parvint à obtenir une guérison parfaite. Encouragée par ce premier
succès, madame Leigh fit l’application de sa méthode sur plusieurs au¬
tres personnes, ouvrit même un établissement spécial pour le traite¬
ment des bègues , et opéra bon nombre de cures authentiques qui, en
se multipliant, viendront sans doute confirmer l’utilité de sa décou¬
verte , et rendront peut-être son nom digne de figurer à côté de celui
de l’abbé de l’Épée.
( 3oi )
Pour le physiologiste qui connaît ou au moins suppose le grand
nombre des organes qui concourent à l’articulation des sons, et la va-
rie'lc' des mouvemens de tous ces organes, il paraît incroyable qu’il suffise
d’un simple changement dans la position de la pointe de la langue, pour
faire cesser le desordre des contractions musculaires qui constituent
le bégaiement, à tel point que celte heureuse modification n’a pas seu¬
lement lieu pour les lettres qui, comme L, T, exigent, pour la pronon¬
ciation normale, que la langue prenne cette situation, mais pour toute
autre , quelle que soit la position que cet organe doive prendre, et la
part qui lui soit réservée pour l’articuler ; et pourtant cela est ainsi.
C’est un phénomène qu’il faut admettre jusqu’à nouvel ordre sans ex¬
plication. Dire que toute Pefficacitc' de la me'lhodc de madame Lcigh, et
de celles qui en dérivent, réside uniquement dans cette simple position
de la langue; ce serait un peu trop s’avancer peut-être ; néanmoins , si
l’on consulte un instant les faits, on sera moins tenté de considérer
cette allégation comme un paradoxe. Nous reconnaissons que des bègues
ont etc guéris par des moyens tout diffe'rens ; mais sur dix qui au¬
ront essayé, un seul peut-être aura réussi ; et encore , l’expérience l’ap¬
prend , cet homme sera remarquable par une ferme volonté , jointe à un
développement de facultés intellectuelles cl une instruction qui sont le
partage du petit nombre; combien de temps encore, d’essais infruc¬
tueux, de soins, lui faudra-t-il avant que la guérison soit achevée! Par
la nouvelle méthode, la plupart des bègues guérissent ; quelques jours,
quelques heures même, suffisent quelquefois. Remarquons encore que
parmi les anciens modes de traitement, les plus heureux sont précisé¬
ment feux qui associent aux exercices plus ou moins bien raisonnés de
la voix et de la parole l’emploi de moyens mécaniques propres à gêner,
à modifier certains mouvemens, certaines positions de la langue qu’on
ncsavaitpas distinguer, mais que l’on devinait vaguement. Lés cailloux
de De'mosthènes, dont on rit à présent, ont contribué plus d’une fois à
la guérison du bégaiement; et les instrumens inventés dans le même
but, la petite fourche de M. Itard, le refoule-langue de M. Colombat,
et la lame métallique de M. Hervcz de Che'goin, pour doubler l’arcade
dentaire inférieure, n’ont pas eu moins de part aux succès obtenus que
les différens artifices employés conrurremment avec eux. D’ailleurs ,
ces instrumens, dont le premier, ne l’oublions pas, a été employé avant
que la méthode américaine fût créée, agissent, en dernier résultat, à peu
de chose près, comme l’enseigne cette méthode. Enfin, des différens.
procédés qui ont été publiés depuis la découverte de madame Lcigh ,
ceux qui offrent le plus de garanties, par un plus grand nombre de suc¬
cès , reposent, non pas exclusivement, mais principalement sur la posi-.
( 3o2 )
lion donnée à la langue. On peut s’expliquer ainsi l'infidélité des autres
moyens anciennement connus, tant qu’ils ne furent pas associes à cette
simple précaution. Les suceès nombreux récemment obtenus par l’cm-
ploit de la mctbode dite américaine, et de celles qui en dérivent, nous
font un devoir de signaler ce véritable progrès de la thérapeutique, et
de fournir à nos nombreux lecteurs les renseignemens propres à en ré¬
pandre le bienfait, en leur indiquant, avec le plus de clarté possible,
les caractères distinctifs de chacune de ces méthodes.
Madame Lcigh ayant enseigné sa méthode, qui était alors im secret ,
aux frères Malbouche, ces messieurs se rendirent dans les Pays-Bas,
puis en France (en 1828); et là, comme en Amérique , un grand nom¬
bre de bègues furent guéris. M. Magendie, à qui nous empruntons ces
détails, fut chargé par l’Académie de suivre les expériences de ces mes¬
sieurs , et put en eonstatcr les heureux résultats. Nous lui devons les
premiers renseignemens exacts sur la méthode américaine, dont
M. Malbouche a cessé généreusement de faire un secret.
Suivant M. Malbouche, la méthode de madame Leigh ne saurait re¬
médier à certains cas de bégaiement, dans celui qu’il appelle A’arrière.
Il ajoute que les guérisons très-promptes qu’elle opère ne se maintien¬
nent pas. Il veut donc qu’on traite chaque espèce de bégaiement par des
procédés distincts : cela est très-logique et peut être nécessaire jusqu’à
un certain point; cependant les détails qu’il donne sur la meilleure ma¬
nière de procéder ne nous prouvent pas la nécessité de moyens très-
compliqués ou très-variables. Quoi qu’il en soit, nous allons exposer
les remarques qu’il a faites sur les variétés du bégaiement, et la classi¬
fication qu’il en donne.
Dans la première espèce de bégaiement, dit en avant, quand les
bègues veulent parler , l’effort au moyen duquel ils portent leur langue
vers le palais est si grand , qu’ils ferment involontairement, mais d’une
manière complète, le conduit vocal que représente la bouche dans l’in¬
stant où il devrait laisser passage au son. II en résulte des efforts plus
ou moins grands, plus ou moins pénibles, qui n’ont pour résultat que
de porter la langue en avant, comme nous sommes portés à le faire
quand nous éprouvons un sentiment de strangulation. Celte manière de
bégayer cède assez facilement; souvent même le bègue le fait cesser en
reprenant haleine.
Dans la seconde espèce de bégaiement, la langue reste en haut; mais
ses mouvemens ne coïncident pas avec la production de spn vocal ; il
en résulte la répétition rapide et comme convulsive des syllabes incom¬
plètement prononcées. Il n’y a pas alors voix étouffée, suffocation ; il
y seulement défaut de coïncidence; mais comme la langue retombe sans
( 3 o 3 )
cesse, le bègue est obligé, pour la relever, de faire un grand nombre
de mouvemens et de les répéter jusqu’à ce que l’organe soit dans la si¬
tuation propre à l’aiticidation. Cette espèce de bégaiement se confond
avec le bredouillement : on peut quelquefois la surmonter en parlant
avec lenteur et régularité.
Une troisième espèce, plus fréquente, consiste dans la difficulté des
mouvemens de la langue en arrière. Les mouvemens de rétraction sont
seuls difficiles, et coïncident en général avec un état de raolléssc et d’é-
paisissement de l’organe. Pendant l’exercice de la parole, les muscles
du visage se contractent, il y a perte de respiration, arrêts prolonges ,
cl même des hoquets. Les lettres les plus difficiles à prononcer sont :
13 , D, F, G, P, T, S; mais le K, le P et le T, qui exigent le plus
fort mouvement en arrière , sont les plus réfractaires. Quelques bègues
prononcent toutes les lettres facilement, et ne bégaient que pour ces
trois dernières. M. Malbouclie donne à cette espèce le nom de bégaie¬
ment d 'arrière. Voici comment il classe les diverses variétés du bc'-
Impossibilité momentanée d’articuler; • •
1 2° Doublement précipité dés syllabes;
3 “ Arrêt de la parole par habitude d’esprit;
4 ° Bredouillement;
5 ° Difficulté pour les lettres d’avant;
6° Zézaiement ;
7° Difficulté pour les lettres de haut;
8° Difficulté pour les lettres d’arrière;
g° Difficulté pour les articulations K, P, T.
Suivant M. Malbouche, la respiration seule ne peut produire le bé¬
gaiement, et l’on a pu s’occuper de cet élément de la parole, attendu
qu’il se régularise de lui-même dès que le bégaiement diminue. Sous ce
rapport, M. Malbouche est en opposition avec plusieurs auteurs, entre
autres MM. Arnold et Cormack, qui, attribuant à la respiration une
très-grande influence sur le bégaiement, recommandent, comme moyen
sûr et fondamental du traitement de cette affection, l’un, d’imiter pen¬
dant l’articulation ce qu’on fait lorsqu’on bourdonne un son continu,
lorsqu’on reste, par exemple, en chantant sur la syllabe fêêêêêê du mot
fête; l’autre, de faire au moment de parler une forte inspiration, et
de répéter une à une toutes les lettres pendant l’expiration. Il ne nie pas
qu’en faisant reprendre baleine aux bègues, on parvient à leur faire
articuler quelques mots; mais c’est là, ajoute-t-il, un artifice par lequel
on tourne la difficulté sans la vaincre. Il est donc bien plus important;
occuper spécialement ae l’organe de la voix, dont l’action est vi-
ée, et de lui opposer directement les moyens curatifs, ainsi qu’aux
autres parties qui concourent à la prononciation.
Madame Leigh recommande aux bègues d’élever seulement la pointe
de la langue; M. Malbouchc trouve plus convenable de leur faire sou¬
lever et appliquer la totalité de l’organe contre la voûte palatine , parce
que, dit-il, ils s’aperçoivent ainsi des mouvemens qu’ils doivent faire
pour prononcer; ils les distinguent et parviennent, par de fréquens
exercices , à les reproduire, imparfaitement d’abord, puis correctement
et sans peine. La certitude qu’ils acquièrent alors de pouvoir guérir leur
donne de la confiance, et celle-ci le courage nécessaire pour s’exercer
continuellement. Lu guérison des bègues, dit-il, n'est plus douteuse dès
qu’ils peuvent contracter Vhabitude de tenir la langue appuyée
contre le palais. Les lèvres, qui concourent assez puissamment à l’ar¬
ticulation des sons, méritent également qu’on régularise leurs mouve¬
mens. Règle générale, il fant qu’elles soient retirées de manière que la
bouche paraisse agrandie. Ainsi placées, elles ne doivent faire que trois
sortes de mouvemens : d’arrière en avant, d’avant en arrière , et d’é¬
cartement pour ouvrir la bouche; et aussitôt que le son a été articulé,
on doit les retirer en arrière et les laisser dans cette position jusqu’à la
prochaine articulation. 11 faut que cette position des lèvres domine toutes
celles qu’elles doivent prendre pendant la parole.
On doit d’abord faire lire le bègue lentement, en prononçant toutes
les syllabes; et, pendant qu’il lit, surveiller la.position de la langue et
lui faire remarquer à la. moindre hésitation que cette position est vi¬
cieuse; bientôt il parvient à s’en apercevoir de lui-même et y remédie
aussitôt. Il faut qu’il arrive à prononcer toute espèce de mot et de syl¬
labe en-tenant ainsi sa langue relevée. La parole formée de cette ma¬
nière offre un caractère particulier : elle est empâtée; mais à mesure
que le bègue est plus sûr de ses mouvemens Ge défaut diminue et finit
par disparaître ; mais pour cela il est nécessaire qu’il fasse tous ses eU
orts pour prononcer aussi nettement que possible en détachant du
palais la langue le moins possible. C’est la règle invariable, infailli¬
ble pour guérir du bégaiement.
Il existe une condition sans laquelle le traitement serait sans effets :
c’est que le bègue cesse toute occupation et qu’il se voue à un silence
complet hors le temps de ses exercices.On l’exerce syllabe par syllabe ;
quand il est arrêté par une, on lui indique comment il faut la surmon¬
ter, et il doit s’en occuper sans cesse jusqu’à ce qu’il y soit parvenu ;
après quoi on le fait lire en lui recommandant de s’attacher moins au
sens de ce qu’il lit qu'à la position de sa langue, et aux mouvemens
( So 5 )
qu’elle doit faire pour articuler. Après cet exercice, il parlera quelque
temps seul, fera un récit de quelque e'tendue, et enfin , quand, confiant
en lui-même, il aura vaincu sa timidité', il essaiera de converser,
d’une manière très-lente d’abord, et peu à peu il s’appliquera à donner
à sa conversation le caractère qui'lui convient. Par ce système d’exer¬
cices , les organes de la parole éprouvent un tel changement que les
muscles nombreux qui les forment en partie obéissent sans retard à la
volonté, et qu’un changement notable dans le ton et le timbre de la
voix se manifeste. Ce changement est considéré comme un des signes
les plus certains d’une parfaite guérison. Il ne suffit pas, pour assurer
le succès du traitement, de l’observation de ces préceptes, si le sujet
n’est pas doué d’une volonté ferme, s’il n’est pas susceptible d’une at¬
tention forte et soutenue. On a remarqué que les personnes qui ont peu
d’instruction , les paysans, les ouvriers, sont en général plus faciles à
guérir que la plupart des gens du monde et les enfans. M. Malbouche
cite à cette occasion un cultivateur, bègue au. plus haut degré, qui ob¬
servait si scrupuleusement le silence qu’on lui avait prescrit qu’il ne
parlait que par geste, et préférait s’égarer dans les rues de Paris plutôt
que de demander celle qu’il habitait ; il consacrait la plus grande partie
des nuits au travail; après avoir dormi quelques instans , il se réveil¬
lait et recommençait son exercice : aussi sa guérison fut-elle prompte¬
ment complète.
Sur cent bègues, M. Malbouche en a guéri les cinq sixièmes. La du¬
rée du traitement a varié de trois à six semaines. Deux seulement ont
exigé deux mois. Cinq ou six n’ont pas conservé tous les résultats pos¬
sibles, faute de s’être soumis à un traitement suffisant. Cinq autres
n’ont obtenu qu’une amélioration plus ou moins marquée ; il n’y en a
que trois qui n’ont rien obtenu. M. Malbouche attribue ces insuccès à
des causes étrangères au traitement. On conçoit en effet que cette mé¬
thode , comme toute autre, aussi bonne qu’on peut la supposer, échouera
nécessairement contre un manque absolu de confiance, contre une
grande faiblesse de volonté et certaines lésions incurables. Néanmoins
les résultats obtenus par la méthode américaine primitive, et modifiée
par M. Malbouche, sont assez beaux pour encourager les praticiens à
répéter les mêmes expériences, et à étendre les bienfaits de celte dé¬
couverte en la perfectionnant.
Plusieurs médecins ont, dans ce but, étudié et mis en pratique ce
nouveau mode de traitement, on le soumettant à des modifications plus
ou moins importantes, qui en ont accru les avantages; d’autres, igno¬
rant encore ou ne tenant pas compte de ces pratiques nouvelles, ont
aussi publié depuis le résultat de leurs recherches, et conseillé de
( 3o6 )
nouveaux moyens au moins d’association et l’emploi me'thodique de plu¬
sieurs moyens déjà connus. Au nombre de ces derniers, nous mettrons
M. Serres d’Alais, et parmi les premiers nous citerons M. Colombat,
qui dirige avec succès un établissement spécialement destiné au traite¬
ment des bègues.
M. Serres distingue deux, espèces de bégaiement. Dans l’une, qu’il
considère comme une danse de Saint-Guy des muscles modificateurs des
sons, la volonté a perdu son influence sur les mouvemens de la langue
et des lèvres; dans l’autre, qui consiste en une raideur tétanique des
muscles de la voix et de la respiration, et surtout de ceux du larynx
et du pharynx, il existe, outre un grande difficulté de prononcer,
une suffocation plus ou moins fréquente. Le traitement qu’il propose
est le suivant. Quand il y a bégaiement léger, il suffit de prononcer
brusquement chaque syllabe. Ainsi, pour dire courage , on émettra
cou d’une manière sèche et rapide, ra et ge seront prononcés avec
la même rapidité, en ayant soin de mettre entre chaque syllabe des
distances aussi égales que possible. Si le bégaiement est très-pro¬
noncé, il faut joindre à cette prononciation brusque une gymnastique
particulière, qui consiste à faire précéder l’émission du son articulé d’un
mouvement brusque des bras. Ce procédé a réussi chez l’auteur lui-
même qui était très-bègue ; mais nous pensons qu’il doit échouer sou¬
vent , par la raison qu’on n’y tient pas compte d’une manière spéciale
de la situation à donner à la langue ; il ne fait pas moins d’honneur à
M. Serres, qui a déjà donné d’autres preuves de sa sagacité. Nous n’en
dirons pas plus sur ce procédé, attendu que les principes sur lesquels
ils se fondent se rencontrent dans la méthode adoptée et publiée depuis
par M. Colombat ; mais modifiés heureusement et combinés à ceux de
la méthode américaine.Cctte méthode de M. Colombat, que recommande
un assez grand nombre de succès, réunit les pi incipaux avantages de
celles dont nous avons parlé ; aussi allons-nous en faire connaître les
parties essentielles.
Le bégaiement, ou modification particulière des contractions des
muscles de l’appareil vocal, est, ditM. Colombat (avec MM. Rullier,
Voisin, Astrié et Serres), une affection essentiellement nerveuse qui a
pour cause un manque de rapport entre l’influx nerveux qui suit la
pensée, et les mouvemens au moyen desquels on peut l’exprimer par la
parole. Chez les bègues, l’irradiation cérébrale qui commande aux mus¬
cles de l’articulation se meut avec tant de rapidité, que ceux-ci, suffo¬
qués en quelque sorte par la cause incitante, tombent dans l’état téta¬
nique et convulsif qui constitue le vice de la parole dont il est question.
Leur mesure de mobilité étant dépassée par l’excès d’innervation, ils
( 3o-7 )
se trouvent dans un e'tat de faiblesse momentané’. Par cette théorie,
contre laquelle, par parenthèse, les argumens ne manqueraient pas, et
par plusieurs considérations sur les divers phénomènes qui accompagnent
le bégaiement, entre autres l’influence marquée de la déclamation ou
du chant sur cette anomalie de la parole, M. Colombat fut conduit à
penser que si une idée accessoire, si un rhythme quelconque venait à
diminuer l’exubérance relative des idées principales, en soumettant à
une précision mathématique les mouvemens qui doivent les exprimer,
ceux-ci deviendraient réguliers, le spasme cesserait, et tous les organes
vocaux se trouveraient en harmonie d’actioti avec la succession des
pensées et le temps nécessaire pour les émettre. En conséquence, lé
point fondamental du traitement doit être dé faire parler rhythmique-
ment, comme dil l’auteur; mais, comme ce moyen n’exerce son heu¬
reuse influence sur le bégaiement que dans le milieu des mots et de
certaines phrases, d’autres moyens sont nécessaires pour surmonter
l’hésitation que le bègue éprouve quand il va parler, et pour profité! 1
des avantages de la mesure. Ces moyens consistent en une gymnasti¬
que pectorale, gutturale, linguale et labiale, qui consiste à faire
d’abord une forte inspiration et à retirer ensuite la langue dans
le pharynx , en portant , autant que possible , la pointe renversée
de cet organe vers le voile du palais, un peu avant la base de la
luette; en même temps qu’on écarte transversalement les lèvres,
de manière à éloigner leur commissure, comme si l’on voulait
rire; il faut encore avoir soin de ne parler qu’après l’inspiration ,
et garder, autant qu’on le pourra , une grande quantité d’air dans
la poitrine , dont on augmentera la capacité en portant ■le haut
du corps en avant et les épaules en arrière. Aussitôt qu’à l’aide de
ces diverses actions combinées la syllabe rebelle est prononcée, il faut que
la langue et tous les autres organes qui servent à l’articulation repren¬
nent leur position naturelle pour parler ensuite en mesure. Cette gym¬
nastique vocale agit tout à la fois physiquement et moralement; physi¬
quement , parce que i 0 l’inspiration faite à propos suspend la constriction
spasmodique des cordes vocales, et sert à amasser une assez grande
quantité d’air dans la poitrine; 2" la position de la langue entièrement
opposée à celle que le bègue présente pendant l’articulation des sons
rend le bégaiement impossible ; 3 ° la tension des lèvres fait cesser l’es¬
pèce de tremblement convulsif qui a lieu quand le bègue prononce une
lettre labiale, et s’oppose à cette espèce de moue qu’il est dbligé de faire
en parlant.Elle agit moralement, car, faite avec intention, elle devient
par cela même, comme la mesure, une nouvelle idée accessoire qui
ajoute à l’idée principale, rétablit l’harmonie entre la volonté et ia puis-
( 3o8 )
Sancc (l’execution des muscles, des organes vocaux. Suivant les cas ,
qii’il est impossible de distinguer ici, il devient necessaire de joindre
d’autres artiGces qui varient suivant l’espèce de bégaiement ; ainsi chez,
quelques bègues on fait usage du refôule-langue, qui a pour but de
porter cet organe vers la Voûte palatine quand la volonté ne suffît pas
pour la maintenir dans cette position , etc.
Voici comment on doit faire l’application de cette méthode : il faut
d’abord explorer avec soin la cavité buccale, afin de s’assurer s’il n’existe
pas de vice de conformation, une lésion organique quelconque. On en¬
gage ensuite le bègue à tirer, à faire mouvoir la langue en tout sens,
en haut, en bas, en avant, en arrière, à gauche, à droite ; on examine
l’état du filet; si par sa trop grande longueur il paraît nuire au jeu de
l’organe, il faut en faire la section. Après cet examen attentif de la
bouche, on dit au bègue de chanter ; s’il le fait sans bégayer, on peut
être certain que son bégaiement est susceptible.de guérison ; ensuite on
le fait lire et parler, et l’on constate ainsi l’espèce et le degré du bé¬
gaiement. Après aVoir décidé par cet examen attentif s’il est besoin ou
non du secours de quelque moyen accessoire, comme du refoule-langue,
ou de changer le son de certaines consonnes, ainsi que nous le dirons tout
à l’heure, on commence la série d’exercices que l’élève doit parcourir,
en ayant soin de lui apprendre d’abord , en l’imitant soi-même, l’arti¬
culation artificielle des lettres qu’il prononce avec le plus de difficulté.
(Nous donnerons plus tard ces exercices et le mode d’articulation des
lettres indiquées par M. Colombat. ) On devra faire répéter ces divers
exercices jusqu’à ce que toute hésitation ait absolument disparu, sans
oublier jamais la précaution de battre la mesure sur chaque syllabe, en
rapprochant le pouce de l’index, afin de régulariser les mouvemens de
la langue, et de modifier, avec les autres moyens déjà indiqués, les
contractions spasmodiques des muscles des organes vocaux. Quand le
bègue est dans l’impossibilité de prononcer certaines leitres, il faut lui
apprendre l’articulation artificielle de toutes les lettres suivant les prin¬
cipes que nous donnerons plus tard ; et pour faciliter l’articulation de
certaines syllabes, il faut changer d’abord leur son naturel, en ajoutant
une lettre facile , comme l’e muet, Vf, le v; ainsi, au lieu de dire ba,
p a, tra , on prônoncç b va , pfa, fera , puis, peu à peu, on rend à ces
syllabes leur son propre.
Quand les bègues, dit M. Colombat, paraissent avoir bien compris
la manière de parler rhylhmiquement, on les engage à parler lente¬
ment, en syncopant la première syllabe des mots, et en conservant les
inflexions naturelles de la voix, afin d’éviter la monotonie du langage
mesuré et ne roulant que sur la même note; on leur recommande
( 3og )
encore de se rappeler l’articulation artificielle des lettres difficiles
pour eux , et de faire une profonde inspiration , en même temps qu’ils
doivent tendre transversalement les lèvres de manière à éloigner
leur commissure, et retirer la langue dans le pharynx, tout en ayant
soin de porter le sommet renverse de cet organe vers le voile du palais,
avant d’articuler les syllabes rebelles et de commencer à parler. II
faut encore, et cela est de la plus haute importance , que l’élève ne
perde jamais de vue la méthode , et en applique les principes à tout
moment chez lui comme devant des auditeurs étrangers ; c’est le seul
moyen de rétablir l’harmonie et la régularité des mouvemens des or¬
ganes de la parole, perverties par une longue habitude vicieuse. Au
bout de peu de temps , le bègue peut s’exprimer sans bégayer ; mais il
aurait tort, se croyant guéri, de suspendre ses exercices; il doit con¬
tinuer pendant plusieurs mois l’application des principes qui lui ont été
enseignés ; l’habitude qu’il en aura contractée lui en fera faire instincti¬
vement l’emploi.
Nous terminons là l’exposé des nouvelles méthodes du traitement du
bégaiement. Nous aurions pu y joindre celle qu’a proposée M. Deleau ,
qui repose sur ce principe, fixer l’attention des bègues sur toutes les
positions que prennent les organes de la parole pendant la formation
des sons; mais nous avons pensé que, moins complète que les précédentes,
et n’ayant pas comme elles la garantie de succès nombreux, elle devait,
quoique très-ingénieuse, intéresser moins vivement nos lecteurs.
A. TAVEnwiEn.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
REMARQUES PRATIQUES SUR l’oPHTHAI.HIE AIGUE.
On a bien raison de dire que c’est seulement par les détails et par
une expérience de tous les jours que l'on connaît complètement un ob¬
jet quelconque ; qu’on en pénètre toute la sphère. Mais c’est surtout
dans le traitement des maladies que ce précepte est d’une rigoureuse
application. Suivez la clinique de deux praticiens, et comparez au bout
de quelque temps les résultats qu’ils ont obtenus l’un et l’autre , vous
serez étonné, toutes choses égales d’ailleurs, des succès de l’un et des
revers essuyés par l’autre. D’où vient cette différence? Souvent de ce
que le premier n’a rien négligé des petites choses, des plus légères cir¬
constances ; et celles-ci ont pourtant décidé la cause et l’issue de la ma¬
ladie. Il y a en effet telle marche d’une affection pathologique, tel
( 3.o )
symptôme ou caractère peu prononcé, qui sont néanmoins la clef Ae la
maladie. Mais il n’y a que le regard très-exercé d’un habile praticien
ou le coup d’œil du génie qui puisse les saisir. A la vérité, il est
presque impossible, dans l’immensité des cas pathologiques, de recon¬
naître cette foule de caractères saillans, obscurs, fugaces ou cachés, et
les applications pratiques qui en dérivent ; c’est là ce qui constitue la
nécessité des branches spéciales, aujourd’hui si cultivées au grand
profit de la science. Galien soutenait qu’une seule maladie pouvait oc¬
cuper la vie entière d’un médecin, et Galien avait raison ; ce qui ne
l’a pas empêché de bâtir un système aussi complet que subtil sur l’en¬
semble de nos maladies. Toujours est-il que, dans toute espèce de trai¬
tement , les principes généraux ne conduisent pas toujours au but : ce
sont des jalons éloignés qu’on perd de vue à chaque instant. L’attention
réfléchie sur les détails, l’influence bien observée des petites choses ,
l’habitude, la sagacité, le je ne sais quoi, sont souvent de meilleurs
guides pour arriver au but.
Prenons pour exemple le traitement de l’oplithalmie aiguë : certes
il est peu de maladies mieux connues dans leurs effets et dans la médica¬
tion qui leur convient. Eh bien ! j’ai vu nombre de praticiens échouer,
par cela même qu’ils négligeaient de rechercher, d’apprécier une foule
de choses peu importantes en apparence, et cependant décisives poul¬
ies résultats. Précisons davantage notre assertion, et citons des faits pour
l’appuyer et la développer.
L’ophthalmie aiguë est une inflammation franche et décidée; son in¬
tensité , qui se calcule depuis la simple rougeur de la conjonctive jus¬
qu’à l’inflammàtion de'sorganisatrice de l’œil, en règle seule les diffé¬
rences. Quelles que soient ces dernières, le traitement anli-phlogistique
est, d’un accord unanime, le seul qui convienne, au moins tant que la
maladie est dans sa période d’acuité. Sur ce principe très-général, nous
ferons les remarques suivantes.
La première est pour la saignée. On n’ouvre pas assez souvent, dans
cette maladie, les vaisseaux de la grande circulation. La saignée géné¬
rale et réitérée chez les sujets robustes a ici des avantages marqués
( Ophthalmiam solvit venœ sectio. Hipp. ) La saignée du pied, si
employée autrefois, est maintenant presque abandonnée dans le
traitement de l’ophthalmie aiguë, et il serait difficile de motiver cet
abandon. Non-seulement déplétive , mais puissamment révulsive,
cette saignée maintient l’inflammation dans des limites modérées;
ce qui n’est pas un petit avantage. Elle calme les céphalalgies si in¬
supportables, et hâte ainsi la guérison. Les effets qu’elle produit sont
quelquefois d’une étonnante rapidité. J’ai vu des ophthalmies sur-
( 3it )
aigues redescendre à un degré très-modéré d’inflammation quelques heu¬
res après une saignée de pied abondante. J’en citerais plusieurs exem¬
ples remarquables si je ne roulais rapporter ici que des résultats.
Ji’emploi des sangsues , et leur emploi immodéré, a été sans doute la
cause principale de l’oubli où est tombée la saignée générale dans le
traitement de l’ophthalmie aiguë. On ne peut nier que des sanguisu-
gies réitérées ne soient d’une efficacité journalière et démontrée dans
le traitement de cette maladie; mais, outre qu’il y a des cas où la sai¬
gnée générale doit être préférée à la saignée locale, ou du moins la pré¬
céder, l’application des sangsues exige encore des soins particuliers.
De tbus les modes de leur application , le plus irrationnel, le moins mé¬
thodique , est certainement de les poser au-dessous de la paupière infé¬
rieure , à la tempe et près de l’œil enflammé. La raison physiologique,
la marche de l'irritation, et une constante expérience, font voir com¬
bien ce mode est pernicieux. C’est augmenter le mouvement fluxion-
naire, c’est appeler l’irritation ; et la congestion sur l’organe irrité, c’est
enfin donner à la maladie un degré d’extension qu’elle n’avait pas au¬
paravant.En effet, rien de plus commun que de voir, le lendemain d’une
application de sangsues ainsi faite, l’œil malade gonflé dans sa totalité,
la rougeur augmentée, et le ebémosis se manifester. Qui croirait que
des praticiens instruits tombent journellement dans cette erreur? Elle n’a
pas même été évitée par le docteur Lawrence, dont on vient de traduire
les leçons sur les maladies des yeux. Cependant, objectera-t-on, on
applique des sangsues dans l’intérieur même de l’œil sans qu’il en ré¬
sulte aucun effet fâcheux. Rien de plus vrai ; mais remarquez d’abord
qu’on n’emploie jamais qu’une ou deux petites sangsues; en second lieu,
que la face oculaire de la paupière inférieure paraît beaucoup moins
sensible à l’action de certains stimulons que sa surface externe. D’ail¬
leurs l’expérience estlà, et quand elle a prononcé, son arrêt estsans appel.
J’ai souvent appliqué une sangsue sur la conjonctive palpébrale, sans
déterminer, en aucun cas, un surcroît d’irritation; loin de là l’hémor¬
rhagie terminée, la rougeur et la douleur étaient sensiblement dimi¬
nuées. Au contraire , de nombreuses sanguisugics autour des paupières
ont constamment augmenté la douleur et le gonflement.
L’application rationnelle des sangsues est à l’anus, surtout si le ma¬
lade a eu des hémorrhoïdes, ce qui est commun dans les cas d’ophthalmie
aiguë, sans cause bien connue. On peut aussi les appliquer au cou , non
pas comme on le fait généralement, en masse, à la région mastoïdienne,
mais dans une ligne verticale, parallèle au trajet des vaisseaux jugu¬
laires : de cette manière on obtient sans danger une révulsion très-pro¬
noncée; car, quoi qu’en disent certains praticiens, il est certain que des
( 3 . 7 . )
sangsues placées à la tête déterminent souvent un raplus sanguin à celte
partie. Le vulgaire meme, dont les réflexions faites d’instinct ne doi¬
vent pas toujours être négligées, dit, avec raison , que dans ce cas les
sangsues font monter le sang à la tête.
Les médecins ont également observé que, dans toutes les inflammations,
aussitôt qu’une saignée a été pratiquée, il en résulte un soulagement
presque immédiat, mais qui ne se soutient pas ? Ce soulagement est dû à
la soustraction d’une partie du stimulus sanguin sur la sensibilité. Un
pareil phénomène se remarque aussi dans l’ophthalmic aiguë. Le point
essentiel est d’obtenir la continuation de ce mieux, ce qui n’est pas
toujours facile : on voit l’irritation locale, un moment abaissée, re¬
prendre son premier degré d’intensité, la rougeur et le larmoiement
continuer et même augmenter. Dans ce cas, et à l’imitation de quel¬
ques praticiens , j’ai recours à ce que j’appelle l’application perma¬
nente des sangsues. On met d’abord de quatre à huit sangsues à la ré¬
gion mastoïdienne , je suppose; quand l’écoulement du sang a eu lieu ,
on pose deux autres sangsues au-dessous des piqûres précédentes; puis,
quand elles ont suffisamment suinté , on en place deux autres, et ainsi
de suite, jusqu’à trente ou quarante, selon la force du sujet, en sorte
qu’il n’y ait aucune interruption dans le cours du sang. Cette espèce de
saignée , prolongée ainsi pendant vingt-quatre ou trente-six heures, en •
lève subitement la maladie, ou du moins la ramène à un degré peu re¬
doutable. Si le malade est délicat, nerveux, peu sanguin, rien de plus
évident que la soustraction du sang doit être modérée et faite selon la
mesure de scs forces vitales ; mais un commencement de pâleur et de
faiblesse ne doit pas arrêter, car l’expérience démontre que, la saignée
suspendue trop tôt, le raptus de sang à la tête et le mouvement fluxion-
naire ne tardent pas à se manifester de nouveau.
Ma seconde remarque sur le traitement de l’ophthalmie aiguë a trait
à l’emploi des cataplasmes émolliens. Il est très-positif que celte pra¬
tique a toujours de fâcheux résultats. La chaleur, l’humidité, le poids
du cataplasme, la compression, quoique légère, que l’on emploie pour
le maintien de ce topique; la nécessité où l’on est de le lever à chaque
instant pour donner cours aux larmes âcres et purulentes qui s’écoulent
continuellement de l’organe enflammé ; tout concourt à rendre dange¬
reux l’emploi des cataplasmes émolliens dans le cas d’ophthalmie aiguë.
Il est fâcheux que cet usage soit encore vulgaire dans beaucoup de pays.
On voitmêmeà Paris des praticiens y recourirsans en connaître ou sans en
■calculer les dangereux effets. En vain dira-t-on qu’il s’agit ici d’une
inflammation, et que tous les émolliens sont indiqués : l’identité n’est pas
la même, car l’expérience a démontré que non-seulement l’usage des
( 3x3 )
cataplasmes émollicns sur un œil enflamme prolonge la maladie, mais
que, relâchant outre mesure les vaisseaux de la conjonctive, ils favo¬
risent une ophthalmie chronique dont la guc'rison sera difficile à obtenir.
Les collyres aqueux, d’une température douce et fraîche, sont les médi-
camens les plus convenables, comme l’eau de laitue, une le'gère décoc¬
tion de têtes de pavot, une infusion à froid de racine de guimauve. L’eau
de roses , de me'lilot pure, la décoction de fleurs de sureau, si commu¬
nément employés, sont trop excitantes quand l’ophthalmie est dans son
acmé; bien plus encore, cette foule de collyres qu’on trouve dans tous
les formulaires et où entrent l’extrait de saturnè, l’alcool, etc. Je me
suis souvent: servi avec succès d’une préparation faite avec quelques
onces d’eau de laitue, dans laquelle on a délayé et battu un blanc
d’œuf. J’ai vu aussi du lait caillé bien frais appliqué sur les yeux
résoudre assez promptement cette redoutable inflammation. L’essentiel
est de bassiner souvent l’œil malade, soit pour en tempérer l’ardeur,
soit pour délayer et enlever les larmes qui l’inondent, et dont l’âcreté
est telle quelquefois qu’elles laissent sur la joue une longue trace d’ex¬
coriation.
On a beaucoup vanté, depuis quelques années, l’emploi des opiacés
dans l’ophthalmie ; mais, comme il arrive toujours, ce précepte, donné
trop généralement, est devenu bientôt banal. Le fait est qu’aucune pré¬
paration d’opium ne convient dans le traitement de l’ophthalmie.aiguë
J’en ai varié les doses et le mode de préparation de bien des manières,
j’ai constamment remarqué que l’excitation produite par cette substance
augmentait les accidens. Les mêmes effets ont été observés en Angle¬
terre , et le docteur Lawrence , dont j’ai cite précédemment l’ouvrage,
ne manque pas d’en défendre l’usage.
Une autre remarque à faire pour le traitement de l’ophthalmie aiguë
est de signaler le préjugé de couvrir l’œil d’un bandeau plus ou moins
serré. Ce pernicieux usage commence à disparaître à Paris ; mais il est
encore général dans certains départemens. Aussitôt qu’un œil est en¬
flammé , on le couvre d’une compresse épaisse et d’un bandeau pour la
maintenir. 11 faut bien, objecte-t-on , défendre l’organe irrité de la lu
mière vive, des courans d’air, de la poussière, etc. Eh ! qui vous di-
de l’exposer à ces agens d’une activité dangereuse? Mais comment ne
pas voir que couvrir constamment un œil enflammé, c’est, d’une part,
y entretenir une chaleur singulièrement nuisible; de l’autre, exalter
la sensibilité à un point tel que l’œil ne pourra de long-temps supporter
un faible degré de lumière ? Si la compresse est mouillée, elle se re¬
froidit promptement, et ce froid devient lui-même une cause d’irrita¬
tion. Bien plus, chez certains sujets lymphatiques, ce refroidissement
; 3,4 )
local détermine un coryza qui souvent augmente et certainement entre¬
tient les accidens inflammatoires. Au lieu de couvrir l’feil, tenez le ma¬
lade dans un endroit clos et dont les volets sont à demi fermés ; em¬
pêchez tout éclat de lumière, évitez les couleurs vives et contrastées ,
sans pourtant que l’obscurité soit complète, et vous verrez que l’œil
supportera sans peine ce léger degré de stimulation. Un bain d’air
frais et une lumière douce, tel est le précepte dont il faut s’écarter le
moins possible dans le cas d’ophtlialmie aiguë. Tout au plus convient-
il d’abriter légèrement l’œil malade pendant la nuit, surtout si c’est l’hi¬
ver et quand l’atmosphère est humide et brumeuse.
Toutes ces précautions, je le répète, sont plus importantes dans la
pratique qu’elles ne paraissent d’abord; quiconque les néglige n’aura
que des succès éventuels et des revers multipliés. Si guérir est le but
qu’on doit se proposer, il ne faut rien oublier pour l’atteindre; or qui
veut la fin veut les moyens. . Réveillé-Paiuse.
TOXICOLOGIE.
DU CUIVRE ET DES EHPOISONNEMKNS P A. Il LES PRÉPARATIONS
DE CUIVRE.
Les oxides et les sels qui proviennent du cuivre donnent annuelle¬
ment lieu à un assez grand nombre d’empoisonncmens(i).Lesuns, qui
se manifestent quelquefois au même moment sur un grand nombre de
personnes, sont le résultat de l’insouciance et de la malpropreté avec
lesquelles on entretient les instrumens culinaires fabriqués avec ce mé¬
tal. Les autres sont dus à l’introduction des sels cuivreux dans l’éco¬
nomie animale (ü), soit dans l’intention d’empoisonner, soit dans le but
de se suicider.
(i) Un Tait des plus curieux arrive en ce moment à notre connaissance.
Madame Lep., ayant conservé pendant huit ans, dans une caisse, des
objets en alliage d’argent et de cuivre, qui s'étaient recouverts de vert-de-
gris, fut forcée, par suite d’un changement de domicile, dq retirer ces objets de
la caisse ; la poussière qui s’en éleva, et qui n’était cependant pas en très-grande
quantité, fut suffisante pour que tous les symptômes de l'empoisonnement se ma¬
nifestassent avec une extrême rapidité. Un vomissement fit en quelques heures
cesser les accidens.
(•ijKous croyons devoir réfuter ici l’opinion émise par quelques auteurs, que
l’empoisonnement par les sels de enivre est rare; appelé par l’autorité judiciaire
dans plusieurs circonstances, nous avons été à même de reconnaître le contraire
de celto assertion.
3i5 )
Les poisons qui dérivent du cuivre, et qui ont été classés parmi les
poisons irritans, sont : les oxides de ce métal; le sous-deuto-carbo-
nate de cuivre; le deuto-acétate de cuivre , qui est encore connu
sous les noms de verdet cristallisé, de cristaux de Venise ; le vert-
de-gris du commerce, qui est un mélange de deuto-acétate de cuivré,
de deutoxide de cuivre , d’eau et de traces de carbonate de cuivre et
d’ammoniaque : par suite de la falsification qu’on fait subir à ce sel, il
contient quelquefois du plâtre qu’on y a mêlé dans le but de diminuer sa
valeur; le deuto-sulfate de cuivre, connu sous les noms de couperose
bleue, de vitriol de Chypre. de vitriol de cuivre; le sulfate de cuivre
ammoniacal; le deuto-nitrate de cuivre; enfin Yammoniure de cuivre.
Le cuivre à l’état de métal ne peut être considéré comme poison, quel
que soit son état de division. Ce n’est donc pas à cause de ses propriétés
vénéneuses que chez différées peuples, et particulièrement en Suède, où
le cuivre est un dos produits les plus abondans du sol, on a proscrit le
cuivre des cuisines, et fait défense de l’employer à des ustensiles et à
des vases destinés à contenir les alimens ou bien à les préparer, mais
à cause de sa prompte altération et des soins qu’exige son emploi. C’est
par la même raison que des déclarations, lettres-patentes et ordonnan¬
ces de *777, 1781, 1791, et du 17 juillet 1816, défendent l’emploi
du cuivre dans divers cas, et pour la préparation des divers ustensiles,
les boîtes des laitières (1), les balances des marchands de sel et de ta¬
bac, les brocs des marchands de vinaigre, les cannelles des marchands
de liqueurs, etc., etc.
Ces lois et ordonnances ne sont peut-être pas aussi complètes qu’elles
le devraient, et des re'glemens positifs sur les instrumens en cuivre,
sur l’étamage, nous paraissent, d’après nos observations, tout-à-fait
nécessaires (2).
Les oxides et les sels de cuivre dont nous avons donné les noms sont
tous vénéneux, et ils agissent plus ou moins promptement sur l’écono¬
mie animale, selon qu’ils sont plus ou moins solubles. Ils déterminent
(1) Quelques recherches que nous avons faites nous ont fait connaître le Tait
suivant: Des plaintes nombreuses, sur les accidens causés par le lait étant par¬
venues à M. Lenoir, lieutenant de police, il fut fait des expériences qui démon¬
trèrent que le mauvais entretien des boîtes de cuivre dans lesquelles on appor¬
tait alors le lait à Paris était la cause de ces accidens.
(a) Quelques essais que nous avons faits sur les vases éramés nous portent à
croire que cette opération, qui est assez souvent mal faite, et avec des étains
impurs, 11’est pas une garantie assez sûre pour la santé publique. Nous avons é;é
conduit à faire ces essais par la lecture du chapitre iv du I" volume du Ta¬
bleau de Paris, par Lcmercicr.
( 3.6 )
alors des lésions plus ou moins graves, lésions qui, dans divers cas
déterminent la mort.
Propriétés générales des sels de cuivre ; caractères pour les re¬
connaître. — Les sels de cuivre sont facilement reconnaissables : cris*
tallisés ou hydratés, ils sont colorés en vert ou en bleu; leur saveur
est marquée; elle est âcre et métallique; mis en contact avec l’eau, ils
s’y dissolvent,, et la solution qui en résulte est bleue ou verte.
Les solutions des sels de cuivre soumises à l’action de divers rcactifc
présentent les phénomènes suivans :
i° Traitée par une petite quantité d’alcali volatil (l’ammoniaque li¬
quide) , il y a précipitation; mais le précipité qui en résulte est bleuâ¬
tre et pulvérulent ; il se redissout très-promptement si on ajoute un
excès d’ammoniaque : la liqueur acquiert alors une coloration d’un
beau bleu auquel on a donné le nom de bleu céleste;
a° Soumise à l’action de la potasse ou de la soude, la solution est
précipitée; le précipité, qui est un oxide de cuivre, est floconneux,
de couleur bleu ciel;
Mise en contact avec le ferro-cyanate de potasse, la solution est
décomposée ; il y a formation d’un précipité d’hydro-cyanate de cuivre
de couleur rouge marron ;
4 ° Traitée par l’acide gallique, il y a formation d’un précipité dé
gallate de cuivre de couleur brune ;
5 ° Soumise à l’action de l’acide hydro-sulfurique ou d’un hydro¬
sulfate , il y a formation d’un précipita noir de sulfure de cuivre;
6° Mise en contact avec la solution d’arse'niate de potasse, on ob¬
tient un précipité d’arséniate de cuivre d’une couleur vert d J herbe-,
7" Traitée par l’hydriodate de potasse, il y a précipitation d’un
iodure de cuivre de couleur jaune brunâtre.
Le caractère le plus saillant est le suivant : si, dans une solution de
cuivre, on plonge une lame de fer bien décapée, cette lame se recou¬
vre d’une couche-métallique de couleur rouge , qui donne à cette lame
de fer toute l’apparence du cuivre.
La manière dont se comportent les solutions de cuivre avec les réac¬
tifs ne peuvent pas permettre de les confondre avec les solutions des
autres sels métalliques; en effet, les solutions préparées avec les sels
de nickel, qui se rapprochent le plus des sels de cuivre, sont précipi¬
tées en bleu verdâtre par l’hydro-cyanate de potasse, en vert pomme
par la potasse et la soude; enfin, ils ne donnent pas à la laine de fer
la couleur rouge métallique cuivrée.
Caractères des sels de cuivre. — Les caractères des sels de cuivre,
caractères à l’aide desquels ces sels peuvent être distingués entre eux,
( 3. 7 )
doivent être étudiés avec soin par ceux qui se livrent aux opérations de
médecine légale ; en effet, il arrive souvent que, dans les cas de suspi¬
cion d’empoisonnement, on représente au médecin et an chimiste des
sels de cuivre saisis soit au domicile, soit sur les individus accusés de
ce crime. Nous allons donner en peu de mots les caractères des combinés
de cuivre que nous avons indiqués comme pouvant être la cause d’em-
poisonnemens.
Oxide de cuivre. — I/oxide de cuivre est rarement la cause de
l’empoisonnement, par la raison qu’on a rarement ce combiné dans le
commerce; le seul qu’on y rencontre est en écailles noirâtres; elles pro¬
viennent du travail du cuivre, et se détachent lorsqu’on bat ce métal
après l’avoir chauffé. Cet oxide contient du métal non oxidé. Soumis à
l’action de la chaleur au rouge et avec le contact de l’air, il acquiert
une nouvelle quantité d’oxigène. Traité par les acides, il fournit des
dissolutions qui se comportent avec les réactifs , ainsi que nous l’avons
dit.
Sous-deuto-carbonate de cuivre. — Les vases de cuivre qui se
trouvent en contact avec l’air humide ou avec l’eau et l’air, ou l’eau
aérée, se ternissent; le métal s’oxide à la surface, et peu à peu l’oxide
formé se convertit, à l’aide de l’acide carbonique contenu dans l’air,
en sous-deuto-çarbonate de cuivre hydraté, qui a une belle couleur
verte : c’est ce produit qui est mal à propos nommé vert-de-gris par
le vulgaire, et qui est la cause du plus grand nombre d’accidens. Ce
sous-deuto-carbonate de cuivre détaché du vase, introduit dans un petit
tube de verre fermé à l’une de scs extrémités, fournit, lorsqu’on le
traite par un acide, du gaz acide carbonique, qui se dégage, et une
solution de cuivre qui, avec les réactifs , donne lieu aux phénomènes
que nous avons indiqués.
Le deuto-acétale de cuivre est cristallisé en pyramides tétraèdres
tronquées; sa couleur est d’un beau vert bleuâtre; il est'peu soluble
dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau chaude, soluble dans l’alcool ;
exposé au contact de l’air, il s’effleurit; chauffé fortement dans un tube
de verre ou dans une petite cornue, il fournit de l’acide acétique ou
vinaigre radical, et laisse pour résidu du curvre divisé et mêlé de poudre
(le charbon ; dissous dans l’eau et soumis à l’action d’un courant de gaz
hydrogène sulfuré, le cuivre est précipité à l’état de sulfure, la liqueur
retient de l’acide acétique mêlé d’hydrogène sulfuré; réduit en poudre
et traité par l’acide sulfurique, il est décomposé, il y a dégagement
d’acide acétique et formation de sulfate de cuivre.
Vert-de-gris du commerce. Ce combiné est en masses amorphes,
d’un bleu clair, offrant des marbrures blanchâtres. Mis en contact avec
( 3i8 )
J’eau, il se dissout en petite quantité dans ce liquide ; si on l’épuise par
des lavages répétés, on voit que la dissolution n’est pas complète, mais
qu’en général il y a dissolution des cinqi^nte-six centièmes, et un résidu
qui forme les quarante-quatre parties complémentaires. Be'duit en pou¬
dre et mis en contact avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, on re¬
connaît qu’il y a tout à la fois dégagement d’acide carbonique et d’acide
acétique.
Sulfate de cuivre. — Ce sel, qui est des plus abondans dans le
commerce, est avec excès d’acide; il est d’un bleu foncé; exposé au
contact de l’air, il s’cflleurit et se recouvre d’une couche bleuâtre ; en
contact avec l’eau, et il s’y dissout, la solution se comporte avec les
réactifs comme les solutions de cuivre ; mais si on y ajoute de l’hydro-
cblorate de baryte jusqu’à ce que l’addition de ce sel ne détermine
plus de précipité, on obtient un précipité blanc, insoluble dans l’eau et
dans l’acide nitrique, et qui consiste en un sulfate de baryte formé pav
l’union de l’acide sulfurique du sulfate de cuivre avec l’oxide de baryum
de l’hydro-chlorate de baryte ; l’oxide de cuivre, dans ce cas, se com¬
bine à l’acide hydro-chlorique : on obtient alors, par évaporation, de
l’hydro-chlorate de cuivre.
Nitrate de cuivre. — Ce sel cristallise en paralle'lipipèdcs allongés,
d’une belle couleur bleue ; il est très-soluble dans l’eau , il attire l’hu¬
midité de l’air et se résout en liqueur; réduit en poudre et traité par
l’acide sulfurique, il décompose l’acide nitrique. On peut recueillir cet
acide dans l’eau, le saturer par la potasse et obtenir du nitrate de po¬
tasse. La solution de nitrate de cuivre se comporte avec les réactifs que
nous avons indiqués pour faire reconnaître ces sels, de la même ma¬
nière que les autres solutions de cuivre.
Si, au lieu d’avoir les sels à l’état solide, on les avait en solution, il
faudrait faire évaporer le liquide, examiner le résidu et le traiter par
l’acide sulfurique; si on avait affaire à un carbonate, il y aurait déga¬
gement d’acide carbonique; à un acétate, dégagement d’acide acétique;
à un nitrate, dégagement d’acide nitrique; le sulfate à son tour donnerait,
par l’hydro-cblorate de baryte, un précipité insoluble dans l’acide ni¬
trique; il faudrait cependant examiner si les acides dégagés ne vien¬
draient pas d’autres sels mêlés aux sels de cuivre.
On peut encore, si le liquide cuivreux était coloré, précipiter le
cuivre par l’acide hydro-sulfurique, puis recueillir le précipité, qui
est du sulfure de cuivre, pour le convertir en sulfate à l’aide de l’acide
nitrique.
Procédés pour reconnaître la présence du cuivre dans les alimens,
dans les matières du vomissement, etc.—Le moyen le plus simple
( 3ï9 )'
mettre en pratique pour reconnaître la présence du cuivre dans une sub¬
stance alimentaire consiste à incinérer la substance (prenons pour exem¬
ple un potage , de la soupe) dans une capsule ou dans un creuset de
platine : lorsque l'incinération est complète, on retire le vase de dessus
le feu, on le laisse refroidir, on réduit le produit de l’incinération en une
poudre très-fine, on le traite dans une fiole à médecine , ou, ce qui
vaut mieux, dans une capsule de porcelaine, par de l’àcide nitrique pur
qu’on met en excès ; on expose le mélange à l’action de la chaleur, et
on continue de chauffer jusqu’à ce que presque toute la totalité de l’a¬
cide soit évaporée et qu’il ne reste plus qu’une masse pâteuse ; ori traite
ce magma par l’eau distillée, on expose à l’action du feu; et, lorsque
la liqueur est prête à bouillir, on retire le vase, on laisse refroidir, on
filtre pour séparer les parties qui n’ont pas été attaquées, on lave le
filtre , et, dans la liqueur filtrée qu’on peut concentrer si elle est trop
étendue, on verse un léger excès d’alcali volatil et quelques gouttes
de solution de carbonate d’ammoniaque, qui précipitent les sels terreux
et le cuivre ; mais ce dernier est redissout par l’excès d’aleali. On filtre,
on lave le filtre et on fait évaporer la liqueur qui contient le cuivre en
dissolution, s’il en existait dans la substance examinée : on fait évapo¬
rer à siecité, à une douce chaleur, puis on traite le résidu par une quan¬
tité convenable d’acide sulfilrique étendu ; lorsque la dissolution est
opérée, on précipite le métal par du zinc pur, on le recueille, on le
lave bien exactement, on le fait sécher ét on en prend le poids.
Il n’est pas aussi facile de déterminer auquel acide le cuivre reconnu
dans une substance alimentaire était combiné, à moins qu’on n’ait à sa
disposition une grande quantité de la substance à examiner, ce qui
n’arrive pas toujours. En effet, plusieurs substances qui ont servi
à masquer le poison peuvent Contenir des acides acétiques sulfurique
et carbonique ; mais il est, ce nous semble, peu important, lorsqu’on,
a reconnu dans une substance alimentaire quelconque ou dans les
produits du vomissement, l’existence d’un sel soluble de cuivre, de
reconnaître l’acide qui le constitue, ptiisque tous les combinés de
cuivre, solubles dans l’eau ou dans un liquide, sont vénéneux et peu¬
vent donner lieu à des accidens plus ou moins graves, et même causer
la mort.
Symptômes de Vempoisonnement par le cuivre. — Secours à
donner. — Les symptômes que présentent les sujets empoisonnés par
les sels de cuivré sont les suivahs : goût âcre, styptiqne , métallique ;
sentiment de Strangulation; langue sèche et aride; évacuations fré¬
quentes , et souvent d’une grande fétidité ; hoquets ; sécrétion salivaire
augmentée et excitant à cracher incessamment ; nausées, suivies ordi-
( 3-20 )
naircmcnt de vomissemens répétés , plus ou moins abondans et consis¬
tant en matières qui peuvent être diversement colorées, ou même mêlées
de sang, ne faisant point effervescence lorsqu’elles sont projetées sur le
sol, ne faisant jamais tourner au vert la couleur du sirop de violette,
et jouissant quelquefois de la propriété de rougir la teinture de tourne¬
sol , mais toujours à un très-faible degré. Lorsque les évacuations n’ont
pas lieu, malgré la fréquence et la force des nausées, le malade éprouve
des tiraillemens d’estomac continuels. Douleurs vives dans le tube di¬
gestif, légères d’abord, mais augmentant graduellement d’intensité, au
point de devenir bientôt insupportables; constipation, et parfois, au
contraire, déjections alvines abondantes, et dans certains cas sanguino¬
lentes; ténesme; abdomen quelquefois météorisé, et excessivement dou¬
loureux; respiration difficile; anxiétés; pouls petit, serré, accéléré,
et, chez certains sujets, irrégulier et intermittent ; soif inextinguible ;
excrétion de l’urine très-difficile; céphalalgie violente, vertiges; froid
glacial des extrémités; crampes; convulsions partielles ou générales ,
syncopes; débilité qui va jusqu’à la prostration des forces la plus com¬
plète; altération des traits, sueurs froides , souvent du délire ; mort.
Tous les symptômes que nous venons d’énumérer ne se montrent pas
ordinairement chez le même individu; nous avons même vu les accidens
cesser après des vomissemens abondans et répétés : le malade, il est
vrai, était faible , abattu ; mais du moins les nausées, les coliques, les
crampes ne se faisaient plus sentir dans les cas de ce genre : le repos ,
l’usage des adoucissans, la diète , suffisaient pour donner lieu à un
prompt rétablissement des sujets. Chez un de nos savans les plus distin¬
gués, M. Dub.. qui fut empoisonné par une préparation cuivreuse,
et que nous avons pu observer pendant toute la durée du mal, les suites
furent des plus fâcheuses, et, pendant quelques mois, il se trouva en
proie à des douleurs très-violentes.
Les lésions de tissu, qui résultent de l’action des oxides et des sels
de cuivre, ont fait l’objet des recherches de savans praticiens , et il a
été reconnu que le tube digestif est surtout le point dans lequel elles
existent. En effet, la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins
est enflammée, et quelquefois même l’inflammation s’étend à toutes les
tuniques dont se composent ces organes ; il y a formation d’escharres,
qui, en se détachant, donnent lieu à des perforations par lesquelles les
liquides ingérés s’épanchent dans la cavité abdominale. On peut d’ail¬
leurs, pour avoir de plus amples détails à cet égard, revoir l’article de
l’empoisonnement par l’arsenic dans le troisième numéro du Bulletin
de Thérapeutique les lésions produites parce poison, différant à pente
de celles que déterminent les sels et oxides cuivreux. Dans tous les cas.
( 3^i )
les accidens et la mort, qui les termine, sont dus non-seulement à l’ac¬
tion irritante exercée par le poison sur le canal alimentaire, mais en¬
core k l’action sympathique sur l’appareil sensitif.
Lorsqu’on se trouve appelé pour un empoisonnement occasioné par
l’ingestion d’une préparation cuivreuse, on doit administrer sur-le-
champ une eau albumineuse (i), que l’on compose en battant dix ou
douze blancs d’œufs dans une pinte d’eau : on la fait prendre au malade
par verre'es toutes les deux minutes. Cette abondante boisson a pour but
principal de déterminer le vomissement, qu’on peut d’ailleurs favoriser
encore par la titillation de la luette au moyen d’une barbe de plume.
Dans le cas où l’on ne parviendr ait pas à faire naître les contractions de
l’estomac, on devrait vider sans retard cet organe au moyen des instru-
mens appropriés, comme la seringue décrite par Cadet de Gassicourt,
ou celle à double courant, avec laquelle des essais ont été tentés par
MM. Cooper et Dupuytren. On ne pourrait recourir à l’emploi de l’é¬
métique pour provoquer les vomissemens que chez les sujets qui n’é¬
prouveraient pas de douleurs violentes à l’épigastre ; autrement, le re¬
mède ajouterait encore au mal.
On a encore; proposé l’emploi du gluten pulvérulent délayé dans
l’eau, et le décocté de noix de galle ; mais nous doutons fort qu’on pût
se procurer le premier de ces deux médicamens, car il est peu de
pharmaciens où il se rencontre à cause de son usage excessivement rare.
Quant au second, il se prépare en faisant bouillir quelques inslans une
once de noix de galle concassée dans une livre d’eau commune, et en
passant ensuite au travers d’un linge fin le liquide, que l’on coupe avec
partie égale d’eau de gomme et que l’on donne par petits verres conve¬
nablement rapprochés. Mais assurément il est beaucoup plus facile et
plus expéditif de préparer le soluté albumineux que nous avons con¬
seillé. Si, par hasard, on manquait d’œuis à l’instant où l’on en aurait
besoin, nous croyons qu’on devrait y suppléer en recourant à des dé¬
codés mucilagineux : ceux de gomme, de racine de guimauve, de
graine de lin, mériteraient, suivant nous, la préférence.
Quelques substances ont été proposées comme antidotes des sels de
cuivre , et parmi elles on doit citer en première ligne le sucre , la li¬
maille de fer, les sulfates alcalins, etc.
Des expériences faites sur le sucre par le savant professeur Orfila,
expériences suivies avec toute l’habileté et l’exactitude qui caractérisent
( I ) Comment l’ean albumineuse agit-elle en pareille circonslancc ? Elle ne pré¬
cipite pas tolalemen! les solutés aqueux des différons sels de cuivre. Des rceber-
rlies entreprises à ce sujet par l’un de nous ne sont pas encore terminées.
( 322 )
les recherches de cette célébré toxicologie, ont démontré jusqu’à i’e'vi-
dence que cette substance n’exerce pas la moindre action chimique sur
le vert-de-gris, qu’elle n’empêche aucunement ce produit d’agir comme
caustique, et qti’enfin elle ne peut servir de contre-poison.
Les sulfures, quoique recommandés par un homme du plus haut mé¬
rite , ne sont cependant pas convenables : il n’en serait sans doute pas
de même de l’acide hydro-sulfurique liquide ( eau hydro-suif urée).
Nous croyons que ce dernier médicament pourrait être employé avec
quelques succès dans l’empoisonnement qui fait l’objet de cet article,
surtout si on l’administrait après avoir déterminé le vomissement.
Quant à la limaille de fer, il a été reconnu de la manière la plus
authentique qu’elle ramenait les préparations cuivreuses à l’état de cui¬
vre métallique (i); mais cette opération ne fatiguerait-elle pas l’esto¬
mac ? Ce mode de médication doit, avant d’être adopté, être examiné
de nouveau avec attention. Ce qui pourrait du reste nous faire penser
qu’il y a moins d’inconvénient qu’il ne semble à donner la limaille de
fer à haute dose, c’est que, chez plusieurs femmes chlorotiques , l’un
de nous a fait prendre des quantités assez fortes, chaque jour, comme
demi -gros, un gros, deux gros, et cela pendant douze ou quinze jours
quelquefois; cependant cette médication, loin d’être suivie d’accidcns ,
a souvent au contraire été couronnée du succès.
Quel que soit le moyen employé pour remédier à l’empoisonnement
qui nous occupe, lorsque la substance vénéneuse a été expulsée des
voies digestives et que le cortège des symptômes alarmans a disparu,
on doit s’occuper de prévenir les accidens inflammatoires qui peuvent
se manifester. Pour cela, on a recours au traitement antiphlogistique,
comme nous l’avons indiqué en traitant de l’empoisonnement par l’ar¬
senic. Nous devons renvoyer au même endroit pour le détail des soins
divers que réclament le traitement et le régime pendant la durée de la
convalescence. A. Chevallier et Cottereau.
(t) Une expérience, faite par l’un de nous, avec M. Barrucl, a prouvé qu’un set
de cuivre (le sulfate ), ajouté à du bouillon contenu dans une marmite de fonte,
était complètement décomposé , et que le bouillon ne contenait pas la moindre
trace de cuivre. Cette expérience, provoquée par un rapport fait en province, au
sujet d’une accusation d’empoisonnement, a sauvé la vie de l’homme qui était
en état de prévention. (Yoy. Journ. de chi/n. méd., etc., tom. vi, pag. \ SI et
suivantes. )
( 3a3 )
CHQLÉRA-MORBÜS.
RELATION HISTORIQUE ET MÉDICALE DU CHOLÉRA-MORBU^ DII
POLOGNE, PAH M. BRIERRB DE BOISMONT, DOCTEUR EN MÉDE¬
CINE, MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL DE VARSOVIE , ETC. (l).
L’ouvrage de M. Brierre de Boismont était vivement désiré par le
public medical ; cet ouvrage a paru, et il n’a point trompé notre attente.
C’est la première et probablement ce sera une des meilleures histoires
du' elioléra-morbus, faite par un médecin français, ayant été sur les
lieux pour voir la maladie, pour étudier ses formes , reconnaître les
causes qui le produisent et le propagent, afin d’apprécier les meilleures
méthodes de traitement employées pour le combattre.
Ce qui frappe d’abord en lisant cette production, c’est l’impartialité,
et, j’ose dire, la bonne foi, la probité scientifique qui en font la base.
On s’aperçoit tout d’abord que c’est l’œuvre d’un médecin qui n’est sous
le joug de Yipsa dixil d’aucun systématique. Sans prévention aucune,
l’auteur s’est contenté de voir et de bien voir, d’observer avec soin,
avec sagacité, avec justesse. Il a recueilli des faits nombreux, il les a
exposés clairement, méthodiquement; il les a analysés avec discernement,
puis il en a tiré des conséquences d’autant plus légitimes et fondées,
qu’il n’est guidé par aucun penchant vers telle ou telle doctrine. Ce
que nous disons est si peu exagéré qu’on trouve souvent des observa¬
tions qui peuvent amener des conclusions différentes ; et il ne faut pas
s’en étonner : dans une pareille maladie, le médecin, sage interprète
de la vérité, ne vous a pas promis des certitudes, et encore moins des
hypothèses; il vous a promis des faits, il les a promis nombreux,
exacts, précis, positifs, et il a tenu sa parole. « Ecrire les événemens
qui se sont passés sous nos yeux, dit M. Brierre de Boismont, et dont
j’ai eu le triste avantage d’être le premier témoin avec M. Legallois ,
voilà le but que je me suis proposé. » Ce but a été atteint et tel qu’il
devait l’être.
Voici maintenant l’économie de ce livre : après avoir parlé en général
de l’apparition du choléra-morbus en Pologne, l’auleur fait la remarque
essentielle que cette maladie n’avait pas paru dans l’armée polonaise
avant la bataille d’Iganie, 10 avril i 83 i. Ce fait est si positif que,
(I) TJm volume in-8° , chei Gcrmer-Baillèrc, rue de l'Ecolc-de-Médecine ,
( 3H )
lorsque les premiers symptômes de l’épidémie se déclarèrent, plusieurs
médecins nièrent l’existence du choléra-morbus; mais M. Brierrc de
Boismont, qui l’avait reconnu et signalé avec soin*, maintint son opi¬
nion , et l’événement neprouva que trop qu’il avait complètement raison.
Les observations particulières sont courtes, mais substantielles et précises;
ce qui est à remarquer à notre époque, où l’on fait un si étrange abus de
ce moyen pour grossir un ouvrage ou un mémoire des plus médiocres.
Le tableau de la maladie est surtout fait avec un soin particulier ; rien
n’y est omis, rien n’y est oublié, et l’on peut s’en faire l’idée la plus
exacte. Nous pouvons en dire autant des lésions cadavériques, du dia¬
gnostic, du pronostic, et des causes occasionellcs, tant physiques que
morales. On voit que M. Brierre de Boismont n’a rien épargné pour
étudier la Pologne et les Polonais, et que, pour mieux connaître ces
dentiers, il s’est presque identifié avec leurs mœurs et leurs usages. Ce
qu’il dit sur la question tant controversée de la contagion porte le ca¬
ractère d’une sage réserve; il se contente d’exposer les faits qui militent
en faveur de l’un et de l’autre sentiment. « Cependant, dit-il, quelles
que soient les opinions que l’on admette, il est un fait qui domine tous
les autres : c’est l’importation de la maladie par les grandes réunions
d’hommes. » L’auteur conclut néanmoins, tout en reconnaissant qu’il
y a ici d’immenses difficultés, que le choléra-morbus est le résultat des
décompositions animales et végétales; qu’il n’est pas immédiatement
contagieux, mais qu’une fois produite, la maladie s’attache à l’espèce
humaine, la suit dans ses grands mouvemens; enfin que dans certaines
circonstances les individus atteints du choléra-morbus sont un foyer
d’émanations miasmatiques pour les hommes robustes qui vivent
avec eux, et qui, quoique bien portans , peuvent aussi devenir un foyer
d’infection pour ceux qui les approchent.
Tout ce que dit l’auteur sur les mesures et les cordons sanitaires, et
les moyens prophylactiques, ainsi que sur le traitement, mérite aussi
de fixer l’attention du lecteur. Partout la même discussion approfondie
des faits, la même plénitude de bon sens et de réserve, le même carac¬
tère de vérité, d’impartialité, que nous avons déjà remarqué. L’auteur
n’exprime jamais son opinion particulière qu’après l’avoir environnée
de preuves incontestables.
Telle est l’analyse très-succincte de cet ouvrage important. Nous le
recommandons aux lecteurs de notre journal et à tous les médecins ja¬
loux d’avoir des notions justes sur une maladie qui préoccupe aujour¬
d’hui tous les esprits et captive l’attention publique. Us y trouveront
science et conscience /deux qualités assez rares dans beaucoup de livres
modernes. Celui-ci fait honneur, non-seulement à l’auteur, mais à la
( 325 )
médecine française, dont M. Brierre de Boismont a été un des dignes
représentans dans la noble cause de la Pologne.
Choléra-morbus de Moscou. — Dans une période de neuf mois,
du commencement de janvier à la fin de septembre i831,629 malades
al teints du choléra ont été reçus à Moscou, dans l’hôpital d’Ordinska;
sur ce nombre, 324 sont morts et 2o3 ont été guéris. Le tableau sui¬
vant donnera une idée exacte de la marche, tantôt brusque et rapide ,
tantôt lente et presque insensible de la maladie. 4
Malades. Morts. Guéris.
Janvier. .
Mars. .
Avril. .
Mai. . .
Juin. . .
Juillet. .
Août. .
Septembre
8
3
4
74
5 a
5o
— M. Gucneau de Mussy a donné lecture à l’Académie d’une lettre
adressée à M. Degérando , par un habitant notable de Hambourg. L’au¬
teur de cette lettre affirme, avec toutes les personnes qui se sont trouvées
sur les divers théâtres de l’épidémie, que les quarantaines et les cordons
sanitaires sont des précautions plus nuisibles qu’utiles. Cette ville, qui
compte 120,000 habitans, a été divisée en 1 2 sections, à chacune des¬
quelles ont été attachés des médecins et des pharmaciens, de manière à
ce que les malades puissent recevoir des secours aussitôt après l’invasion
de la maladie. Un hôpital spécial de !\ 00 lits a été établi. Une souscrip¬
tion au profit des veuves et des orphelins a produit en vingt-qnatre
heures plus de 60,000 francs. Du g octobre au i3 novembre il y a eu
■j 13 malades et 4°5 morts. La maladie attaque de préférence la classe
pauvre, les personnes débiles, celles qui étaient adonnées aux boissons
alcooliques, qui commettaient des excès. Elle s’est développée surtout
dans les quartiers malsains, bas et humides. Cependant la classe aisée
n’a pas été à l’abri de ses atteintes.
— Choléra-morbus de Sunderland. — Le choléra continue à
Sunderland : le nombre des malades s’élevait le 21 novembre à 68 ;
( 3zG )
i 5 (l’entre eux avaient subi le jour même les atteintes de la maladie.
Dans la journée il y avait eu io guérisons et 6 morts. Le 22 novembre
il y a eu 4 guérisons et 5 morts.
— Choléra-morbus en Hollande. — On annonce comme une chose
sûre l’invasion du choléra en Hollande. C’est dans une île peuplée de
3,ooo habitans (l’île d’Araeland), distante de vingt lieues d’Amsterdam,
que la maladie s’est, dit-on, montrée.
VARIÉTÉS.
— Départ de M. Magendie pour Sunderland. — M. le profes¬
seur Magendie vient de partir, en qualité de commissaire de l’Acadé¬
mie des sciences, pour aller à Sunderland étudier la marche du choléra-
morbus.
Questions de Prix. — Parmi les questions de prix que la Société
Hollandaise des sciences à Harlem a proposé pour 1 83 1 , il en est
quelques-unes du plus haut intérêt thérapeutique. De ce nombre sont
les suivantes :
— Transfusion du sang. — La transfusion , mise en pratique il y a
deux siècles en France, était complètement oubliée à cause de ses suites
fâcheuses. Plusieurs expériences heureuses sur ce sujet, tentées récem¬
ment en Angleterre, ont réveillé l’attention des médecins et méritent
d’être examinées avec une sérieuse et consciencieuse attention.
C’est pourquoi la Société demande, i° un compte exact des expé¬
riences faites dans ces dernières années sur la transfusion , surtout chez
l’homme, et des effets qu’elle a produits dans les diverses affections
pour lesquelles on l’a employée; 2 0 La transfusion est-elle utile, et
mérite-t-elle d’être mise eu pratique de préférence à d’autres moyens ?
et si elle est digne d’être reçue parmi les secours de l’art de guérir, quels
sont les cas où elle doit être employée? 3° Quelles sont les précautions
à prendre pour assurer la réussite de cette opération, soit dans les cas
où elle a été employée, soit dans ceux où il serait avantageux qu’elle le
fût? 4° Quelle est la meilleure méthode et les meilleurs instrumens pour
la pratiquer?
— Iode. —L’iode a été employé sous différentes formes dans une foule
( 3'2 7 )
<lc maladies externes et internes ; mais on n’est pas unanime sur scs
avantages. Plusieurs médecins lui ont reconnu d’excellens effets; d’au¬
tres ne lui ont reconnu aucune action dans les scrofules, maladie pour
laquelle il est généralement préconisé ; enfin un certain nombre lui ont
vu produire des accidens graves, et même la mort. La société demande
« un mémoire raisonné qui soit fondé sur l’expérience, où les propriétés
médicales de l’iode soient examinées avec toute l’exactitude possible, et
qui indique tout à la fois les maladies internes et externes où il convient
de l’employer. »
— Salicine. —Quelles sont les propriétés médicales de la salicine?
Qu’a-t-elle de commun avec la quinine et la cinchonine ? Dans quels
cas peut-elle les remplacer? Déterminer par des observations prises au
lit des malades quelle est la meille.ure manière de l’administrer, soit
seule , soit en la combinant avec d’autres substances.
•— Salicine. — Quelle est la meilleure méthode, la plus parfaite et la
moins dispendieuse pour préparer la salicine? Quellessontles espèces de
saules et de peupliers qui en fournissent la plus grande quantité? Quels
sont les caractères et les moyens de connaître sa pureté? Et quelle est la
nature des corps composés que la salicine peut former avec d’aulrés
substances?
Le prix pour chacune de ces questions est une médaille d’or de 1 5o
florins ; et de plus, si le mémoire en est jugédigne, une gratification de
i5o florins de Hollande. Les réponses, écrites en hollandais, français,
anglais, latin ou allemand , doivent être adressées franc de port, avant
le i cr janvier i833, à M. Yan Marum, secrétaire général de la so¬
ciété.
— La Société royale de Médecine de Toulouse propose pour sujet du
prix à décerner en 1 83a la question suivante :
Déterminer, par Vobservation des malades et par des expérien¬
ces sur les animaux , les diverses propriétés médicales du tartre
stibié.
Le prix est de la valeur de 3oo fr. Les mémoires doivent être en¬
voyés avant le i er avril 1 832, à M. le docteur Ducasse fils, secrétaire
général de la société.
— La Société de médecine de Lyon décernera, en i 832 , une mé¬
daille d’or de 3oo francs à l’auteur du meilleur mémoire sur cette
question, dont la solution devra principalement reposer sur des observa¬
tions cliniques : Existe-t-il des médicamens antispasmodiques spé-
( 3a8 )
ciaux ? Dans les cas de l’affirmative, quels sont-ils et quel est leur
mode d’action? Les mémoires devront être envoyés avant le i cr juin
183a, au sccre'taire général, M. Dupasquier.
—Suicides aux différens âges. — Une question qui peut intéres¬
ser la médecine légale a été traitée dans un des derniers cahiers des
Annales d’hygiène. M. Guerry, qui a dépouillé de huit à neuf mille
procès-verbaux relatifs aux suicides qui ont eu lieu à Paris dans une
période de trente-quatre ans, de 1796 à i83o , a cru pouvoir établir
quelques lois d’après lesquelles ils se produisent.
Ainsi le suicide philosophique ou prémédité a lieu pendant la nuit
et un peu avant l’aurore.
Le suicide accidentel a lieu pendant le jour, parce que c’est surtout
alors que se développent les causes occasionelles, les querelles, les
nouvelles fâcheuses, lespertes au jeu, l’intempérance, etc.
A chaque âge l’homme fait choix de moyens particuliers pour se don¬
ner la mort. Dans la jeunesse il a recours à la suspension, que bientôt il
abandonne pour les armes à feu ; à mesure que la vigueur s’affaiblit,
il revient aux premiers moyens, et c’est par la suspension que périt le
plus ordinairement le vieillard qui met fin à son existence.
Voici un tableau qui fera connaître le genre le plus fréquent de sui¬
cide aux différens âges.
Pistolet. Suspension.
De 10 à ao ans. 61
De ao à 3o. a83
De 3o à 4o. i8a
De 40 à 5o. . . . •. 15o
De 5o à 60. t6i
De Go à 70. 126
De 70- à 80.. . 35
De 80 à 90. 2
68
5i
94
188
a56
a35
108
— Il s’est glissé dans notre dernier numéro quelques erreurs typographiques
qu’il est important de corriger; ainsi, page 266, ligne 1S, au lieu de : la pom¬
made suivante, lisez : le Uniment suivant. — Page 287, ligne II , au lieu de :
nitrate d’argent , gros xl , lisez : grains xl. — Page 289 , ligne 6 , au lieu de •
l'expulsion de cet enfant, lisez : de ce corps.
( 3a 9 )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
RECHERCHES SUE l’aPPLICATION EXTÉRIEURE DU CYANURE DE
POTASSIUM DANS LE TRAITEMENT DES CÉPHALALGIES ET DES
DOULEURS NERVEUSES DE LA FACE.
M. Lombard, de Genève, a fait connaître, au commencement de
cette anne'e, quelques observations sur l’emploi du cyanure de potassium
dissous dans l’eau et applique' sur la tête dans les névralgies de la face
et les tics douloureux. En répétant ces expériences, nous avons obtenu
des résultats qui confirment ses premiers essais, mais en même temps
nous avons pensé à étendre l’usage du cyanure au traitement de la cé¬
phalalgie, maladie beaucoup plus commune que le tic douloureux. La
publication de ces faits ne sera point sans intérêt à une époque où plu¬
sieurs médecins s’occupent de recherches du même geurej nous les fe¬
rons connaître avec quelques détails, en commençant par ce qui regarde
l’administration extérieure du cyanure de potassium, et par l’étude de
scs effets immédiats lorsque le médicament est appliqué sur la peau.
De Vadministration extérieure du cyanure de potassium.
Le cyanure de potassium peut être appliqué sur la peau , recouverte
de son épiderme, ou sur la peau dont le derme a été mis à nu par une
vésication préalable.
Dans le premier cas, on peut se servir de la solution aqueuse, de la
solution alcoolique et de la solution éthére'e. Nous n’avons employé
que les deux premières , la quantité de cyanure de potassium qui se
dissout dans l’éther nous ayant paru trop faible. 8 ou i o grains de
cyanure de potassium pour une once de liquide suffisent ordinaire¬
ment par jour ; mais il est quelquefois nécessaire de doubler la dose du
véhicule et d’augmenter la proportion du cyanure : on ne peut alors
employer que l’eau, car l’alcool ne dissout pas une quantité suffisante
de ce médicament.Quelle que soit la dissolution dont on fait usage, on
doit avoir soin d’en imbiber des compresses ou une ouate de coton, que
l’on place sur les parties malades , et que l’on remplace aussitôt qu’elles
sont sèches. Il faut aussi, dans quelques cas seulement, prolonger l’u¬
sage de cette médication deux ou trois jours après la guérison , si tou¬
tefois elle a été difficile à obtenir.
Dans le petit nombre de cas où nous avons appliqué le cyanure de
potassium sur le derme dénudé, nous l’avons mêlé à parties égales dans
tome i. 11" liv. aa
( 33o )'
du cèrat, et employé à la dose d’un à deux grains au plus. Cette ap¬
plication n’a jamais été renouvelée, à canse de son action caustique.
Des effets immédiats du cyanure de potassium appliqué
sur la peau.
Toutes les fois qu’une solution de cyanure de potassium est appliquée
sur une partie quelconque de la peau, elle produit un sentiment de froid
assez vif, qui se dissipe aussitôt que l’équilibre de température est éta¬
bli et que l’évaporation cesse de se faire. Mais, une demi-heure après
le début de l’expérience , on éprouve un picotement, une espèce de
démangeaison qui n’a rien de désagréable et qui se prolonge aussi long¬
temps que dure le contact du liquide; la peau devient rouge, surtout
lorsqu’on se sert de la dissolution alcoolique. Cet érythème disparait
aussitôt que l’on a cessé l’application du liquide, si toutefois son con¬
tact avec la peau n’a pas dépassé vingt-quatre ou quarante-huit heu¬
res; mais lorsque la dose a été très-élevée, que les applications ont été
répétées pendant cinq ou six jours, il peut survenir un érythème, un
eczéma, comme l’observation du tic douloureux que nous faisons con¬
naître en fournit un exemple.
Indépendamment de ces phénomènes locaux, il peut s’en manifester
de généraux. Le pouls et les inspirations paraissent éprouver un ralen¬
tissement que nous avons observé dans quelque circonstance dès la pre¬
mière demi-heure qui suit l’application du cyanure de potassium. Ce
ralentissement est variable chez ceux qui sont atteints de fièvre, mais il
paraît constant citez les personnes dont la santé n’est point altérée.
Des observations faites sur nous-mêmes lorsque nous étions levés, et dans
une salle dont la température était de dix ou douze degrés, nous ont
appris qu’une solution alcoolique et saturée de. cyanure de potassium,
appliquée sur le front, peut déterminer, avec le ralentissement de la
circulation, du froid dans diverses parties du corps et de la tendance
au sommeil. Ces phénomènes n’ont pu être convenablement consta¬
tés chez les malades qui restent couchés pour la plupart, et qui renou¬
vellent le liquide à des intervalles assez éloignés. Lorsque le cya¬
nure de potassium est appliqué sur le front, quelques gouttes peuvent
s’introduire entre les paupières ; leur contact avec la surface de l’œil
fait éprouver une vive douleur, surtout lorsqu’ou se sert de la solution
alcoolique; mais cette sensation douloureuse dure à peine une minute,
et n’est jamais suivie d’aucune espèce d’accident. Nous nous sommes
introduit l’un et l’autre cinq à six gouttes de cette solution dans les yeux,
et bien qu’en même temps nous eussions sur le front des compresses
imbibées de cyanure de potassium, nous n’avons éprouvé que les mo-
( 33. )
difications décrites plus haut ; il est à remarquer pourtant que c’est
dans une circonstance semblable que nous avons pour la première fois
observé le ralentissement de la circulation.
Le cyanure de potassium en poudre, pur ou mélangé avec du cé-
rat, produit une douleur extrêmement vive lorsqu’il est appliqué sur
le derme dénudé : la sensation de brûlure qu’il détermine se prolonge
pendant plusieurs heures, et lorsqu’au bout de ce temps on examine la
plaie, on trouve une escharre presque égale à celle que produirait une
quantité moitié moindre de potasse caustique. Ce sont là les accidens
qui nous ont empêché de multiplier nos expériences sur le cyanure ap¬
pliqué de cette manière.
Du cyanure de potassium dissous dans Valcool ou dans Veau, et
appliqué sur la tête dans les céphalalgies.
En cherchant à classer les céphalalgies dans un ordre qui permît
d’apprécier l’influence du cyanure de potassium, nous avons cru de¬
voir adopter une distribution fondée sur les symptômes concomitans,
quelle que fût du reste leur influence sur les céphalalgies; les phénomènes
remarquables que nous avons observés dans celles qui sont accompagnées
de fièvre nous ont engagé à les étudier à part, et nous avons fait un groupe
des céphalalgies apyrétiques , que nous avons sous-divisées suivant
qu’elles étaient compliquées de gastralgie , de dérangement dans la
menstruation , de trouble dans la respiration , dans la circulation, ou
qu’elles existaient sans dérangement simultané dans les fonctions des
organes. Une seule céphalalgie de ce. dernier genre s’est présentée à
notre observation, ce qui tient à la fois à ce que le plus grand nombre
de nos faits ont été recueillis dans un hôpital, et à ce que l’on considère
à tort comme primitives et sans complication la plupart des céphalées
désignées sous le nom de migraines.
Il est très-ordinaire de rencontrer des maux de tête coïncidant avec
des pesanteurs d’estomac, un appétit désordonné, de la difficulté dans
les digestions et du trouble dans les règles, qui sont ordinairement pâles,
moins abondantes et moins exactement périodiques. Dans les céphalal¬
gies de ce genre, nous avons employé quatre fois le cyanure de potas¬
sium : dans trois cas la guérison a été durable; dans.Ie quatrième, le
soulagement n’a duré que quelques jours. Les trois femmes dont le mal
de tête n’a point récidivé purent être guéries de leurs maux d’estomac,
soit par lesous-carbonatede fer, soitpard’autresmcdications.L’uned’elles
était âgée de 15 ans ; elle n’avait jamais été réglée, ses maux d’estomac
duraient depuis cinq ans, et la céphalalgie, qui n’avait para que trois
( 33a )
ans plus lard, était presque continuelle et ne restait jamais un seul jour
sans reparaître. La dose de cyanure de potassium ne fut jamais portée
au-delà de huit grains dans l’intervalle d’une visite à l’autre.Trois jours
suffirent pour la guérison de la céphalalgie. Cette jeune fille resta en¬
core un mois à l’hôpital, prenant chaque jour un gros de sous-carbonate
de fer; par cette médication énergique, les douleurs d’estomac furent
entièrement guéries , et les maux de tête ne reparurent plus pendant le
cours du traitement.
Chez la seconde, âgée de 4-7 ans, les douleurs d’estomac dataient de
plus de vingt ans ; il y avait des flueurs blanches très-abondantes avant
et après l’époque des règles, qui étaient pâles et irrégulières. La cépha¬
lalgie, fixée surtout aux tempes, où la malade éprouvait un sentiment
de constriction, était plus douloureuse à droite qu’à gauche ; elle était
]>resque continue, troublait le sommeil et s’accompagnait de l’inflamma¬
tion de la conjonctive du côté droit. Quatre grains de cyanure de po¬
tassium dissous dans une once d’eau produisirent, au bout de sept heu¬
res d’application , un soulagement notable; la tète devint moins pesante,
la vue moins troublée; les battemens des artères temporales devinrent
moins violens ; il suffit de douze heures de traitement pour guérir la
céphalalgie, qui ne reparut plus pendant quatorze jours que la malade
passa encore à l’hôpital. Il est à remarquer que les applications de cyanure
furent continuées pendant sept joiirs , en augmentant chaque jour d’un
grain, et que les maux d’estomac ainsi que les flueurs blanches guérirent
sous l’influence du sous-carbonate de fer, porté jusqu’à la dose de qua¬
rante grains en vingt-quatre heures.
Nous avons considéré comme une simple migraine la céphalalgie que
nous venons de décrire ; il reste toutefois des doutes sur le diagnostic,
car cette douleur de tête, fixée surtout du côté droit, coïncidait avec
une paralysie incomplète du membre supérieur gauche , dans laquelle
se faisaient sentir aussi de très-vives douleurs ; mais l’extension du mal
à la tempe du côté gauche, la persistance de la paralysie, l’effet heu¬
reux du traitement, nous ont engagé à rapprocher celte céphalalgie de
celles qui accompagnent ordinairement les gastralgies.
La troisième femme, affectée aussi de douleurs d’estomac, avait une
céphalalgie qui offrait cela de singulier qu’elle était soulagée par la po¬
sition déclive de la tctc. La malade ne jouissait pasd’un instantde repos;
ses maux de tête duraient depuis un an et demi, et pendant quatre mois
elle était'restée, nous dit-elle, le tronc dans son lit et la tête sur sa
chaise. Il existait en même temps un cancer ulcéré de l’utérus, qui n’a¬
vait jamais produit d’autre symptôme local que des flueurs blanches peu
fétides et assez abondantes. Deux jours suffirent pour obtenir une gué-
( 333 )
rison complète, dont on prévint les récidives en continuant pendant cinq
jours l’application du cyanure de potassium , à la dose de six à huit
grains; les maux d’estomac furent guéris, et les flueurs blanches dimi¬
nuèrent par l’emploi de divers me'dicamens.
A ces observations, nous pouvons ajouter celle d’une femme de 35 ans,
qui vint à l’Hôtel-Dieu pour y être traitée d’uue dysenterie sporadique,
qui fut guérie en huit jours par l’emploi du sulfate de soude. Cinq
jours après cette guérison, elle souffrait violemment d’un mal de tête
qui durait depuis deux mois et qui allait en augmentant. On se servit
d’une solution alcoolique, avec huit grains de cyanure de potassium :
pendant les deux premiers jours il n’y eut aucune amélioration ; le troi¬
sième la douleur disparut des tempes; le quatrième la guérison était
complète.
Nous avons dit plus haut qu’une seule femme traitée par le cyanure
de potassium n’éprouva qu’un soulagement momentané; elle ne nous parla
de ses maux d’estomac qu’au moment de son départ; probablement le
mal de tête eût été traité avec autant de succès que celui des autres., si
par du sous-earbonatc de fer ou tout autre moyen nous eussions guéri-
la gastralgie. Quoi qu’il en soit, la douleur augmenta le premier jour;•
elle fut soulagée les deux jours suivans, et le quatrième elle revint avec
sa force première et ne fut plus modifiée.
Cette impossibilité de modifier les céphalalgies après quelques jours
de l’emploi du cyanure de potassium , qui cependant avait paru utile
'au début, se représentera dans deux autres circonstances que nous ferons,
connaître.
Il résulte des observations que nous venons de rapporter que , dans
les céphalalgies compliquées de maux'd’estomac, on peut toujours es¬
pérer du soulagement, mais que celui-ci ne peut être durable si les
gastralgies ne se dissipent elles-mêmes ; il est donc nécessaire de cher¬
cher à guérir l’affection gastrique par un traitement approprié. Le sous-
carbonate de fer, dont nous ferons connaître les effets dans un mémoire
auquel nous travaillons en ce moment, nous paraît être le médicament
que l’on doit préférer.
Nous n’avons traité qu’une seule céphalalgie, suite de la suppression
des règles : c’était chez une demoiselle de 31 ans : une vive frayeur fit
cesser les menstrues au moment où elles coulaient. Pendant les cinq se¬
maines qui suivirent cet accident, elle ressentit au sommet de la tête de
vives douleurs, qui furent continues, et lui permirent à peine quelques
instans de sommeil. Le retour des règles , qui eurent lieu deux fois dans
cet intervalle , ne lui fit éprouver aucun soulagement; elle prit inutile¬
ment des bains de pieds excitans; elle s’appliqua sur la tête des cata-
( 334 )
plasmes narcotiques, sans que la douleur fût modifiée. Deux jours suf¬
firent pour la guérison, en employant une solution de huit grains de
cyanure de potassium dans une once d’eau.
Peu de temps après il entra à l’Hôtel-Dieu une femme de 3o ans qui,
dans un cas à peu près semblable, ne lut pas si heureusement traitée.
Elle était accouchée depuis quinze jours, et éprouvait une douleur de
tête dans la région sincipitale. Cette douleur, qui était survenue au mo¬
ment de l’accouchement, prenait tous les jours un peu plus d’intensité.
Les lochies coulaient fort peu. Il y avait de la fièvre. M. Récamier
prescrivit dix-huit grains d’ipécacuanha et une infusion de mélilot.
L’écoulementlochial se rétablit, la fièvre disparut, toutes les fonctions
reprirent leur activité; mais le mal de tête persista. Le cyanure de po¬
tassium fut appliqué sans succès ; il en fut de même d’un vésicatoire
ammoniacal que l’on mit derrière l’oreille droite, et qui fut pansé deux
fois avec un demi-grain de sulfate de morphine. Un large vésicatoire
appliqué sur la nuque dissipa le mal en quarante-huit heures.
Souvent les céphalalgies sont symptomatiques des affections du cœur.
Chez une daine atteinte d’une hypertrophie du ventricule gauche et
d’une mélrite chronique, des applications de cyanure de potassium em¬
ployées pendant trois jours, calmèrent les douleurs de tête; plus tard
elles furent impuissantes, et, malgré l’augmentation des doses, la cé¬
phalalgie revint avec son intensité première. 11 en est de cette malade
comme de celle dont la gastralgie persista, et dont la céphalée ne fut
soulagée que pendant les premiers jours de la médication. Il en est du
cyanure de potassium comme de tout autre médicament : on ne saurait
bien apprécier ses effets qu’en tenant compte des lésions concomitantes
qui jouent si souvent le rôle de cause, et qui ne permettent qu’une faible
amélioration tant qu’elles exercent leur influence.
Le cyanure de potassium n’a été qu’une seule fois mis en usage dans
une céphalalgie, suite d’exostose à la tête, et dépendant d’une affection
syphilitique générale. La dose de cyanure était de dix grains dans une
solution alcoolique; elle exaspéra les douleurs au point de les rendre
insupportables. Il est à remarquer que la jeune fille sur laquelle ce mé¬
dicament avait été employé éprouvait de plus vives douleurs lorsqu’elle
avait sur la tête quelque chose d’humide. Nous voudrions présenter
quelques observations du même genre : celle-ci ne peut faire présumer
que d’une manière incertaine ce qui pourrait arriver en général dans
les céphalalgies syphilitiques.
Il est une forme de céphalalgies évidemment rhumatismales ou gout¬
teuses , sur lesquelles M. le professeur Récamier a souvent appelé notre
attention, et dont il a souvent observé l’allure spéciale , soit dans les,
( 335 )
hôpitaux., soit dans sa pratiqne particulière. Elles ont cela de remar¬
quable qu’elles alternent souvent avec des douleurs évidemment rhu¬
matismales, ou que, fixées long-temps à la tête, elles ne quittent cette
partie du corps que pour se porter sur quelques jointnrcs ou ailleurs.
Nous avons connu un officier anglais qui, pendant vingt-cinq ans,
éprouva tous les mercredis, de quatre en quatre semaines , une mi¬
graine qui durait exactement onze heures. La migraine conserva cette
singulière et invariable périodicité tantque le malade habita les Antilles.
Il revint en Europe en 181 5, et, depuis lors jusqu’en 1829 , la cépha¬
lée affecta une marche plus irrégulière : elle cessa et fut remplacée par
des attaques de goutte. Deux femmes, l’une âgée de. 25 ans, l’autre de
46, entrèrent dernièrement à l’Hôtel-Dieu, et lorsqu’elles furent gué¬
ries de la phlegmasie intestinale qui les avait fait entrer à l’hôpital ,
elles appelèrent notre attention sur une céphalalgie violente qui avait
débuté long-temps avant la maladie accidentelle qu’elles venaient d’éprou¬
ver , et qui persistait avec la même iutensité. Chez toutes les deux l’ap¬
plication sur le front de compressses imbibées d’une solution de huit
grains de cyanure de potassium dans une once d’eau fit disparaître le
mal de tête au bout de quarante-huit heures ; mais une douleur vive se
manifesta chez l’une dans l’avant-bras, chez l’autre dans l’épaule gauche
et les deux genoux. La douleur de l’avant-bras fut combattue inutilement
par l’application du cyanure de potassium sur le lieu malade. Elle ne put
être débusquée que parl’extrait de datura stramonium que l’on mit sur
le derme préalablement dénudé. Elle quitta l’avant-bras pour se mon¬
trer à l’épaule ; combattue par le même moyen, elle revint à la tête ,
mais avec une force beaucoup moindre. Là nous l’attaquâmes de nou¬
veau avec le cyanure de potassium, et cette fois elle quitta la tête pour
ne paraître plus nulle part. Nous, croyons devoir, avant de passer
outre, appeler l’attention du lecteur sur un fait qui est peut-être resté
inaperçu : c’est l’inefficacité du cyanure de potassium appliqué ailleurs
que sur la tête, comparée à l’utilité du même moyen employé contre
les céphalalgies, quelle que fût leur cause. Cinq fois nous avons fait usage
d’une solution de cyanure de potassium contre des douleurs : pour une
douleur de cou ( torticolis), pour un rhumatisme de l'épaule, pour une
douleur névralgique de la poitrine, pour une douleur rhumatismale de
l’avant-bras, enfin pour une névralgie sciatique, et toujours nous avons
complètement échoué. Quelle est la cause de cet insuccès ? Nous nous
le sommes souvent demande sans pouvoiry répondre d’une manière satis¬
faisante. Serait-ce parce que les tégumens du crâne et de la face sont plus
voisins du cerveau, sur lequel le cyanure exerce son action sédative?
Serait-ce plutôt parce que les os de ces régions sont recouverts d’une pe-
( 33G )
tite quantité de parties molles, et que l’action du cyanure, n’ayant point
à s’exercer à une grande profondeur, ne se dissémine pas dans la masse
des tissus ?
Nous n’avons pas toujours été aussi heureux dans le traitement des
céphalalgies rhumatismales que chez les deux femmes dont nous avons
parlé en dernier lieu; nous avons échoué sur une demoiselle de 20 ans,
dont la céphalalgie, changeant de place, avait ordinairement pour siège
la partie postérieure et supérieure de la tête. Les premières applications
du cyanure de potassium, à la dose de dix grains par jour, et dissous
dans l’eau, produisirent du soulagement pendant quelques jours ; plus
tard, elles furent sans effet, et le mal de tête reparut avec toute son in¬
tensité.
On essaya les vésicatoires recouverts de sels de morphine, qui n’cu-
rent pas un effet plus avantageux. Peut-être aurions-nous mieux réussi
avec le sous-carbonate de fer, qui souvent a guéri des maux de tête qui
avaient précédé et qui accompagnaient des gastralgies.
Céphalalgies pyreliques.
La première personne affectée de céphalalgie pyrétique que nous
ayons traitée par le cyanure de potassium était une femme de 3o ans.
Elle éprouvait depuis douze heures les symptômes d’un catarrhe bron¬
chique aigu, lorsque quatre sangsues furent appliquées en arrière des
malléoles ; on les fit saigner abondamment à l’aide d’un pédiluve : elles
11 e calmèrent cependant ni la fièvre ni le mal de tête. Six heures plus
tard, l’application d’une once d’eau tenant en dissolution quatre grains
de cyanure de potassium , soulagea la douleur au bout d’une heure :
c’était sur le soir; le lendemain la céphalalgie était complètement dissi¬
pée et la fièvre guérie ; le catarrhe ne fut point modifié.
La disparition simultanée de la fièvre et du mal de tête, suite pos¬
sible de l’application des sangsues et de la marche naturelle de la ma¬
ladie, ne fixèrent point notre attention ; il en fut de même dans l’obser¬
vation suivante.
Une fille de 29 ans, sujette depuis trois ans aux douleurs d’cstomac,
et n’ayant pas eu scs règles depuis trois mois, vint à l’Hôtel-Dieu avec
de vives douleurs abdominales, compliquées de fièvre et de céphalalgie.
Il n’y avait que quinze jours que ces premiers accidens s’e'taicnt mani¬
festés; on lui fit prendre de l’ipécacuanha, du tartre stibié, du sulfate
de soude; on lui mit un vésicatoire entre les épaules. Pendant ce trai¬
tement compliqué, le cyanure de potassium, à la dose de huit grains
dans une once d’eau, fut appliqué sur le front et continué pendant deux
jours. Ce temps écoulé, le mal de tête était légèrement soulagé et la
( 33 7 )
fièvre guérie. Des circonstances indépendantes de notre volonté nous
ayant obligé de suspendre le cyanure de potassium, le mal de tète re-.
parut. Trois jours plus tard on reprit la médication locale, et après
l’avoir continuée deux, jours, la guérison fut complète. Les particula¬
rités que nous venons de rapporter furent indiquées dans nos notes, sans
que nous eussions aperçu l’influence que le cyanure pouvait exercer sur
la fièvre.
La troisième observation, par son évidence, appela notre attention
sur la simultanéité de ces deux phénomènes. Une femme (car ce sont seu¬
lement des femmes que nous avons traitées ), une femme de 2 5 ans vint
à l’Hôtcl-Dieu pour y être traitée d’un abcès aux grandes lèvres. Cet
abcès guérit de lui-même ; mais la céphalalgie dont il était accompagné,
entretenue probablement par la suppression des règles, survécut à sa
guérison. Cette douleur, extrêmement vive, se faisait sentir surtout
sur les côtés de la tête ; elle était accompagnée de rougeur de la face, de
hattemens dans les tempes et dans le front, de plénitude du pouls. On
appliqua quatre sangsues en dedans des cuisses; on fit une saignée de
deux palettes sans obtenir aucun soulagement. Le cyanure de potassium,
à la dose de huit grains , continué pendant deux jours, produisit un
soulagement notable ; les circonstances nous ayant obligé de le cesser,
la céphalalgie reprit son intensité première. Il se déclara une fièvre in¬
termittente quotidienne, reparaissant tous les matins avec frissons,
chaleur et sueurs. Le troisième jour, après la cessation du cyanure de
potassium , on reprit l’usage de ce médicament : la douleur de tête fut
diminuée et la fièvre cessa de paraître ; les applications continuées pen¬
dant deux jours produisirent une guérison complète.
Ces trois observations, rapprochées les unes des autres, nous mon¬
traient que, dans le cours d’une fièv re symptomatique, la céphalalgie pou¬
vait être guérie par le cyanure de potassium, et que la fièvre elle-mcme
était modifiée sous l’influence de ce moyen : nous pensâmes donc à es¬
sayer ses effets dans les fièvres intermittentes accompagnées de céphal¬
algie. Depuis ce temps, il ne s’est présenté à notre observation qu’une
seule fièvre intermittente, si toutefois l’on peut donner ce nom à une
fièvre quotidienne irrégulière, suite d’une phthisie pulmonaire au der¬
nier degré. La céphalalgie durait depuis deux mois; elle était très-
douloureuse et presque continuelle. On fit pendant quatre jours des
applications avec une solution aqueuse de huit grains de cyanure de
potassium : au bout d’un jour le mal de tête était guéri, le frisson moins
fort et moins long, la chaleur moins vive. Tous ces accidens reparurent
avec la cessation du cyanure de potassium. Un tel accord entre le ré¬
sultat des observations que nous avons eu l’occasion de faire sur les
( 338 )
céphalalgies pyrétiqucs, nous permet d’espérer que le cyanure de po¬
tassium pourra servir dans les fièvres intermittentes ; cette conséquence
paraîtra plus juste si l’on se rappelle que dans quelques campagnes on
emploie simplement, pour guérir les fièvres intermittentes, du vin
blanc, dans lequel on fait infuser la seconde écorce du pécher, dont
l’acidè hydro-cyanique est la partie la plus active. Nous nous propo¬
sons de donner suite à ces idées, et nous ferons connaître le résultat de
nos expériences dans un mémoire sur les effets du cyanure de potassium
administré à l’intérieur ( 1 ).
Nous n’avons employé le cyanure de potassium que dans un seul tic
douloureux ■ il existait chez un homme de 47 ans. Le nerf sous-orbi¬
taire avait été coupé, deux ans auparavant, pour guérir les cruelles dou¬
leurs dont il était le siège. Ces douleurs avaient disparu aussitôt après
l’opération , et pendant onze mois ne s’e'taient point fait sentir; mais au
bout de ce temps elles étaient revenues, et les accès avaient acquis chaque
jour plus d’intensité et plus de fréquence. Lorsque ce malheureux vint
à l’hôpital, il était tourmenté parla faim et ne pouvait manger, tant vive
était la douleur produite par le mouvement de la mâchoire et des lèvres :
ses accès reparaissaient plusieurs fois en une minute, quand le malade
voulait parler ou avaler; ils se faisaient sentir deux ou trois fois tous
les quarts d’heure lorsqu’il gardait le x’epos. On fit sur la joue malade
et sur le côté correspondant du front des applications continuelles avec
une solution aqueuse de douze, vingt-quatre, quarante, cinquante grains
de cyanure de potassium dans deux onces d’eau : au neuvième jour du
traitement, tous les accès, graduellement diminués, avaient cessé de pa¬
raître. Le septième jour, il était survenu sur le front un eczéma qui
disparut en deux jours ; cependant il restait toujours une douleur fixe
contre laquelle le cyanure fut impuissant : on eut recours, pour le gué¬
rir, à d’autres moyens, tels que l’avulsion de dents érodées et couvertes
de tartre, à l’application d’un vésicatoire recouvert d’hydro-chloratc de
morphine. Ces moyens, en diminuant les douleurs fixes, n’ont pu les gué¬
rir; et le malade, après quarante jours de traitement, étant encore sujet à
quelques attaques qui reparaissent tous les deux ou trois jours, nous nous
sommes décidés alors à pratiquer la section des nerfs, et la guérison s’en
suivit immédiatement. Malgré cette persistance des symptômes, il n’en est
pas moins constaté qu’à son entrée à l’hôpital il ne pouvait ni manger ni
(f ) A irai dire, nous n’avons pas l’espérance de guérir par ce moyen les lièvres
intermittentes miasmatiques qui ne cèdent guère qu’au quinquina ; mais bien
celles que modifient ordinairement les saignées, les révulsifs, les éinéto-catai-
tliiques, les narcotiques, etc., etc.
( 33 9 )
parler sans avoir des accès horriblement douloureux, et que depuis l’em¬
ploi du cyanure de potassium il a pu reprendre tontes ses fonctions et se
trouver quelquefois dans un e'tat de calme assez satisfaisant pour se croire
comple'tementgue'ri. Ce fait d’ailleurs se range à côte'de ceux qu’a publics
M. Lombard, et nous renvoyons au mémoire de ce me'decin. Toutefois
nous insisterons sur l’innocuité des applications de solution de cyanure
de potassium sur le derme, et sur le peu de fondement des craintes de
M. Lombard, qui semble redouter de graves accidens si l’on outre¬
passe pour chaque once de véhicule la dose de quatre à six grains.
Application du cyanure de potassium sur le derme dénudé.
Le cyanure de potassium, appliqué sur le derme dénudé, a été em¬
ployé chez trois femmes; l’une d’elles était phthisique à un degré assez
avancé; elle avait une douleur intermittente qui paraissait siéger dans
les nerfs lombaires, et que l’on n’avait pu soulager que momentanément
par l’acétate de morphine appliqué sur le vésicatoire. Le cyanure de
potassium produisit le même effet.
La seconde avait un rhumatisme chronique occupant plusieurs arti¬
culations. Les douches de vapeur, l’hydro-chloratc de morphine sur les
vésicatoires, avaient été employés avec quelque succès; à la suite de
l’application du cyanure de potassium, l’amélioration fut progressive
comme auparavant sans qu’il fût possible d’apprécier si la marche avait
été plus lente ou plus rapide.
Dans le troisième cas, il produisit une guérison étonnante par sa
promptitude : une femme de 46 ans avait depuis huit jours une scia¬
tique très-douloureuse, qui s’étendait depuis la sortie du nerf jusqu’à
la partie externe du pied, rendait la marche extrêmement difficile et
douloureuse, et ne permettait aucun sommeil à la malade. Deux vésica¬
toires ammoniacaux d’une surface égale à celle d’une pièce de quinze
sous furent mis, l’un à la partie externe et moyenne du tarse droit,
l’autre au-dessus de la malléole correspondante; le premier fut recou¬
vert d’un grain de cyanure de potassium : le lendemain le mollet seul
était douloureux; le deuxième vésicatoire fut pansé comme le premier
l’avait été la veille : dans la journée toute douleur disparut; les mouve-
mens redevinrent libres, et la guérison fut complète après trente-six
heures du traitement.
Ce succès était propre à encourager ; mais la possibilité de remplacer
par d’autres moyens un médicament si douloureux, et dont l’application
est toujours suivie d’une esebarre, nous ont empêché de répéter nos
essais.
( 34o )
En résumé, il résulte des faits que nous avons cités et des comparai¬
sons établies entre eux, que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec
des gastralgies sont toujours soulagées momentanément, et qu’elles peu¬
vent être guéries d’une manière durable, si la gastralgie l’est elle-même;
que l’on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de
tête, suite d’une suppression des règles, survit à sa propre cause ; que-
dans tous les cas où elle dépend d’une affection du cœur, on ne peut
espérer qu’un succès momentané, si la maladie primitive reste toujours,
la même ; que probablement le cyanure de potassium est nuisible dans,
les céphalalgies, suites d’exostoses syphilitiques ; enfin que celles qui
accompagnent les fièvres peuvent être le plus souvent soulagées par cette
médication, qui paraît agir directement sur la fièvre elle-même. Un
médicament qui compte autant de succès lorsqu’il est convenablement
appliqué, doit prendre rang parmi les moyens habituels que la méde¬
cine met en usage ; une seule chose peut l’empêcher de prendre l’ex¬
tension convenable, c’est qu’il s’altère au bout de deux ou trois mois.
Il n’est pas d’ailleurs d’un prix très-élevé, car il coûte moins que le
sulfate de quinine, et nous avons lieu de nous étonner de ne le trouver
à Paris que dans deux ou trois pharmacies.
Quoi qu’il en soit, nous avons déjà commencé la même série d’expé -
rienccs avec de l’eau de laurier-cerise, et nous ferons incessamment
connaître à nos lecteurs les résultats que nous obtiendrons.
Trousseau et Bonnet.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DE L’INFLAMMATION DE LA RÉTINE ET DE SON TRAITEMENT.
L’inflammation de la rétine est une maladie assez rare et dont on ne-
trouve pas de description spéciale dans les auteurs. Ses caractères pro¬
pres n’y sont point indiqués ; il en est de même de son traitement.
L’inflammation de cette membrane nerveuse est annoncée par une
exaltation excessive de la sensibilité ; l’œil ne peut supporter la lumière
la plus faible, le jour le plus doux, sans ressentir les plus violentes
douleurs ; et celles-ci ne semblent pas du tout en rapport avec la rougeur
très-légère de la conjonctive oculaire et palpébrale. Les malades ont
une véritable horreur de la lumière ; ils ne savent quels moyens em-
(34. )
ployer peur l’e'vitcr. Sont-ils lèves, leur tête est baissée, leurs mains
sont fortement appliquées sur les yeux, dont les paupières sont fortement
contractées. C’est avec une peine extrême que le chirurgien parvient à
les écarter pour examiner l’état du’globe oculaire dont la pldogose exté¬
rieure est très-faible; celui-ci se tourne convulsivement en haut pour fuir
•le contactdes rayons lumineux; la cornée transparente se cache sous la
paupière supérieure, et c’est avec beaucoup de difGculte's qu’on peut
apercevoir cette cornée. Les malades sont-ils couchés, ils se cachent sous
les couvertures de leur lit, enfoncent la tête dans leurs oreillers pour
éviter la moindre lumière. La pupille est considérablement rétrécie , et
quelquefois réduite à une ouverture excessivement étroite II n’y a
point d’écoulement de larmes, ni de pus , ni rien qui indique un état
inflammatoire extérieur.
Jusque dans ces derniers temps, on a employé contre cette maladie
le traitement ordinaire des ophthalmies, et particulièrement les saignées
générales, locales, les pédiluves, etc. ; mais ces moyens abrègent en gé¬
néral fort peu la durée de l’affection, et n’apportent qu’un soulagement
très-faible aux souffrances aiguës qu’éprouvent les malades. Il faut,
dans ces cas, un calmant spécifique en quelque sorte de la sensibilité
de la rétine. M. Dupuytren fait usage, avec le plus grand succès , de
la belladone, donnée soit à l’intérieur, soit en application extérieure sur
l’œil : c’est le stupéfiant dont il a retiré le plus d’avantages, il l’admi¬
nistre ordinairement à l’intérieur , en pilules ou dans une portion sous
forme d'extrait, à la dose d’un grain et même plus par jour, en le di¬
visant en plusieurs portions égales. Il emploie «à l’extérieur la poudre
de feuilles de belladone à la dose de trois ou quatre grains, appliquée
sur la conjonctive. L’extrait de belladone, ou cette poudre dissoute dans
un collyre et appliquée sur l’œil, modifieraient probablement aussi la
maladie d’une manière avantageuse.
Voici quelques observations qui prouvent l’efficacité de ce moyen.
Observation I. Le nommé Jules Charretier, âgé de dix-huit ans,
travaillant sur les ports, était sujet, depuis un an environ, à de fré¬
quentes ophthalmies , lorsqu’il fut pris, en novembre 1829, d’une atta¬
que beaucoup plus forte que celles qu’il avait eues jusqu’à ce jour. Les
douleurs de l’œil devinrent extrêmement violentes; l’aspect de la lu¬
mière était insupportable; le malade ne pouvait entrevoir le moindre
jour sans éprouver les plus violentes douleurs. Lorsque nous le vîmes
pour la première fois à l’Hôtel-Dieu, il était ramassé dans son lit, la
tête enfoncée dans son oreiller et recouverte par ses couvertures, afin
d’être plus à l’abri de la lumière. Lorsqu’il sortait de celte attitude, et
qu’il se mettait sur son séant, il portait de suite scs deux mains à ses
( 34a )
yeux fermes, et les comprimait fortement. Les paupières e'taient écar¬
tées avec beaucoup de peine; le globe de l’œil, tourné convulsivement
sous la paupière supérieure, ne laissait qu’entrevoir la cornée transpa¬
rente ; la pupille était très-rétrécie ; la rougeur de la conjonctive très-
légère et sans nulle rapport avec la sensibilité excessive que témoignait
le malade. M. Dupuytren reconnut à ces signes une inflammation de la
rétine : il prescrivit d’abord, dans l’espace de quelques jours, deux sai¬
gnées générales qui amenèrent quelque soulagement dans les fortes
douleurs que le malade éprouvait dans la tête, mais n’eurent que très-
peu d’influence sur celle de l’œil. Ce fut alors que l’on lit usage de la
poudre de belladone à l’intérieur, à la dose de quatre grains par jour
dans une potion. Quelques jours après on laissa la poudre , et on admi¬
nistra l’extrait de belladone en pilules à la dose d’un grain. A dater du
commencement de l’emploi de ceicmède, auquel on n’en adjoignit au¬
cun autre, les douleurs de l’œil diminuèrent, le malade put supporter
une faible clarté d’abord; quelques jours après, il pouvait distinguer
les objets qui étaient autour de lui et les traits des personnes qui le vi¬
sitaient. On continua pendant quelque temps encore l’usage de l’ex¬
trait de belladone à la dose seulement d’un demi-grain par jour di¬
visé en deux pilules : la vue du malade revint bientôt dans son état
normal.
Observation II. Le nommé Graux, âgé de dix-huit ans, était at¬
teint d’une ophthabnie légère lorsqu’il entra à l’Hôtel-Dieu, à la meme
époque que le malade précédent. Depuis six à sept mois environ il
avait cette inflammation de la conjonctive oculaire des deux yeux;
elle semblait de nature scrophuleuse. Quelques taies existaient sur la cor¬
née transparente. Les douleurs que cette ophthalmie lui faisaient éprou¬
ver étaient légères et ne l’empêchaient pas de se livrer à ses occupations
habituelles, lorsque tout à coup ces douleurs devinrent excessives,
sans que pour cela la rougeur parût sensiblement augmentée. Le ma¬
lade ne pouvait supporter la moindre lumière sans souffrir cruellement;
les paupières se contractaient avec force, ne pouvaient être écartées, ni
la cornée être vue qu’avec une extrême difficulté, à cause de la direc¬
tion continuelle dû globe de l’œil en haut; le malade présentait enfin ,
de la manière la plus évidente, les symptômes de l’inflammation de la
rétine. On employa chez ce malade le même traitement que chez le
précédent, c’est-à-dire la poudre de belladone à l’intérieur d’abord,
qu’on remplaça bientôt par l’extrait de cette substance : on obtint les
mêmes résultats. A peine le malade eut-il fait usage de ce remède qu’il
commença à pouvoir supporter la clarté du jour, puis la lumière arti¬
ficielle , et quelques jours après l’œil était revenu à l’c'tat dans lequel il
( 343 )
était avant l’invasion de la rétinite. La rougeur de la conjonctive était
rcstéependant la durée de celle-ci comme elle était auparavant.
Observation III. Une jeune fille, âgé de dix-sept ans environ, entra
à l’Hôtel-Dicu à la fin de décembre 1828 ; elle présentait une rougeur
légère de la conjonctive oculaire, mais une très-vive sensibilité de l’œil
et l’impossibilité de supporter la moindre lumière sans éprouver les
plus grandes douleurs, Les paupières, contractées convulsivement,
étaient écartées difficilement. Il y avait en même temps céphalalgie très-
forte. On administra, pour tout traitement et chaque jour, un grain
d’extrait de belladone divisée en quatre pilules. Dès le lendemain, la
malade présentait une amélioration notable ; les douleurs étaient dimi¬
nuées d’une manière sensible; les paupières étaient moins contractées
et s’écartaient plus facilement. Le troisième jour, elle put supporter la
lumière sans beaucoup de difficulté. Enfin au bout de quelques jours
de l’emploi de ce remède, continué sans interruption, les douleurs dis¬
parurent complètement, et la vue revint à son état habituel.
Alex. Paillard.
NOUVEAU MODE DE TRAITEMENT DE M. DUPUYTREN , CONTRE LA
RETRACTION PERMANENTE DES DOIGTS PAR SUITE DE I.A CRIS¬
PATION de i.'aponEvrose PALMAIRE.
La maladie désignée dans les auteurs, sous le nom de crispatura
lendinum , et qui consiste dans une rétraction graduelle des doigts vers
la paume de la main , n’a jamais été combattue par des moyens effi¬
caces. Cela tient à l’ignorance dans laquelle on est toujours resté sur le
siège, la nature et la cause de la maladie. Une description rapide des
symptômes de cette affection, description suivie de l’exposé de ses ca¬
ractères anatomiques, nous mettra facilement sur la voie du traitement
convenable à lui opposer. La théorie que nous allons développer sera
d’ailleurs confirmée par plusieurs observations concluantes.
La rétraction des doigts dont nous parlons est lout-à-fait différente
de celle qui survient à la suite des plaies, des fractures, des inflamma¬
tions simples des capsules synoviales articulaires, des capsules syno¬
viales tendineuses, ou des inflammations rhumatismales goutteuses de
ces mêmes parties. Elle arrive sans avoir été précédée d’aucune maladie
du doigt, développée spontanément, ou d’aucune violence extérieure
quelconque. On la remarque particulièrement chez les personnes qui
manient souvent des corps durs et agissent long-temps avec eux, surtout
quand ces corps prennent un point d’appui sur la paume de la main.
( 344 )
Ainsi M. Dupuytren l’a vue sc développer chez un marchand de vin ,
<|ui, e'tant oblige' par sa profession de de'guster souvent des vins , e'tait
dans l’habitude de donner dans le cours de la journée un grand nombre
de coups de poinçon aux pièces qu’il recevait ou visitait. Ce poinçon, à
manche gros et dur, contondait très-fortement lj, paume de sa main. Il
l’a vue également se développer chez un homme de cabinet qui cachetait
journellement un grand nombre de lettres avec de la cire à cacheter, et
mettait à cette occupation un grand soin et un amour-propre tout parti¬
culier. Le manche du cachet appuie dans cette manœuvre, comme on le
sait, sur la paume de la main , et contond cette partie. On voit cette af¬
fection se développer chez des maçons ou chez d’autres personnes obli¬
gées de soulever avec la pointe du doigt de pesans fardeaux; enfin, dans
d’autres cas, on ne peut découvrir aucune cause appréciable de la mala¬
die ; mais, ce qui est bien certain, c’est que, dans la plupart des cir¬
constances, des corps volumineux et durs ont été reçus souvent dans la
paume de la main, et ont exercé sur cette partie des contusions plus ou
moins fortes et répétées.
La maladie commenee ordinairement par le doigt annulaire, et s’étend
peu à peu aux doigts voisins et particulièrement au doigt auriculaire.
Elle gagne quelquefois le doigt du milieu et l’indicateur, mais cela est
rare. M. Boyer dit ne l’avoir jamais vue à l'indicateur ou au pouce.
Elle augmente par degrés insensibles. Les malades éprouvent d’abord
un peir de raideur dans la paume de la main et de la difficulté à éten¬
dre les doigts. Bientôt ces doigts restent fléchis au quart, au tiers ou à
moitié. La flexion augmente peu à peu , et souvent arrive au point que
l’extrémité libre de ces doigts vient s’appliquer à la paume de la main.
Dès le commencement de la maladie une corde se fait sentir sur la face
palmaire de la main et de la base des doigts; cette corde est plus tendue
quand on fait effort pour la redresser, et elle disparait presque entière¬
ment au contraire quand ils sont lout-à-fait fléchis : elle est de forme
arrondie, et sa saillie la plus grande se rencontre à la hauteur de l’arti¬
culation âe la première phalange avec le métacarpien correspondant.
Les extrémités de cette corde se terminent insensiblement, d’une part,
vers le doigt, à la hauteur delà seconde phalange; d’un autre part, à
la paume de la main, vers son milieu, et quelquefois cependant vers
son extrémité supérieure. La peau située dans la direction du doigt
forme des plicatures ou arcs de cercle dont la concavité est placée en
bas, la convexité en haut, et dont le premier emboîte en quelque sorte
la base des doigts ,■ et est à son tonr emboîté par des arcs plus élevés.
Cics plis diminuent insensiblement et atteignent ordinairement le milicn
de la main. Les symptômes que nous venons d’indiquer sont les mêmes
( 345 )
pour chacun des doigts à mesure qu’ils sont affectes; mais jamais ils ne
sont plus prononces que pour l’annulaire, qui est ordinairement le pre¬
mier et le plus fortement atteint. Les articulations des doigts, sans en
excepter la première phalange, avec le métacarpien correspondant, res¬
tent parfaitement mobiles dans le sens de la flexion, mais elles ne peu¬
vent être étendues au-delà d’un certain point, quels que soient les efforts
que l’on fasse; les doigts résistent tellement à ces efforts qu’on les cou¬
perait plutôt que de les faire céder. M. Dupuytren dit avoir vu suspen¬
dre des poids de cent, et même de cent cinquante livres à l’espèce de
crochet que forme le doigt, sans que pour cela son angle de flexion fût
ouvert d’une ligne. Du reste, la maladie commence, se développe, et
atteint son plus haut degré sans que les malades éprouvent aucune dou¬
leur. Les efforts mêmes que l’on fait pour redresser les doigts en causent
très-peu, et même point quand ils ne sont pas portés outre mesure.
Cette maladie est seulement incommode ; elle rend la préhension des
corps difficile, et quelquefois même met dans l’impossibilité d’exercer
certaines professions; c’est principalement ce dernier motif qui pousse
les personues qui en sont atteintes à chercher à s’en faire guérir.
Pour arriver à un traitement approprié, il fallait bien connaître le
siège précis de la maladie : or nous allons voir qu’il a été ignoré jus¬
qu’à présent. Ainsi on a cru qu’elle était produite par l'épaississement,
l’endurcissement et la rigidité de la peau. M. Boyer l’attribué en
grande partie à cette cause ; mais cette membrane, obligée qu’elle est
d’obéir au mouvement des doigts, n’est que retirée sur elle-même par
suite de la rétraction des doigts; et la dissection prouve, ainsi que nous
le verrons tout à l’heure, qu’elle est étrangère à la maladie. On a ad¬
mis ensuite un état spasmodique, un état de contraction du corps des
muscles de la face antérieure de l’avant-bras; mais cette opinion n’est
pas mieux fondée, car on peut se convaincre qu’ils jouissent de la plus
entière liberté de se contracter et d’obéir à la volonté. On a accusé une
maladie des tendons des muscles fléchisseurs des doigts, une inflamma¬
tion , un épaississement, un racornissement de ces cordons fibreux : il
y a bien, ainsi que nous le verrons, un racornissement, une crispation,
mais ce ne sont point ces tendons qui en sont le siége.On a pensé à une
pldegmasie chronique des coulisses tendineuses, à un relâchement, à une
destruction des gaines qui les forment, et qui, cessant alors de tenir 1rs
tendons renfermés, leur permettraient de faire en avant la saillie que nous
avons vue aux faces palmaires des doigts et de la main : l’impossibilité de
redresser les doigts étant un des caractères essentiels de la maladie, il est
évident qu’elle ne tient pas à cette cause.D’autres personnes ont pensé que
la maladie dépendait d’une altération des surfaces articulaires, à leur
tome i. iV LIV. 23
( 346 )
usure, à leur déformation, à leur ankylosé : la dissection prouve le con¬
traire. Enfin on a cru qu’une disposition particulière des ligamens laté¬
raux pouvait la déterminer; cette dernière opinion mérite un peu d’atten¬
tion. Il y a long-temps queM. Dupuytren a fait remarquer (et on trouve
cette disposition anatomique décrite dans sa thèse inaugurale) que les li¬
gamens latéraux des articulations étaient placés plus près delapartiean-
térieure que de la partie postérieure des phalanges, de telle sorte qu’ils
permettent, favorisent et déterminent plutôt les flexions que l’extension.
Il résulte de celte disposition que, dépouillées de leurs tendons et de
leurs coulisses tendineuses, les articulations se fléchissent naturelle¬
ment; mais elles peuvent être très-facilement redressées, étendues, ce
qui est tout-à-fait impossible dans la maladie dont nous nous occupons.
Les causes que nous venons de rapporter sont, pour la plupart, insi¬
gnifiantes, invraisemblables, souvent contradictoires. La dissection
des parties affectées pouvait seule éclairer en cette circonstance.
M. Dupuytren a long-temps cherché l’occasion de profiter de cette
ressource; elle s’est enfin présentée. Un vieillard, qui portait depuis
longues années une rétraction des doigts de la main, rétraction surve¬
nue sans causes connues et par degrés insensibles, mourut. M. Dupuy¬
tren fit dessiner cette main , ensuite ilia disséqua. La peau qui formait
les plis dont nous avons parlé fut d’abord enlevée; alors les plis dis¬
parurent , et la peau était d’épaisseur et de consistance naturelles : ce
qui prouve que les plis lui avaient été communiqués et qu’ils n’é¬
taient pour rien dans la production de la maladie. L’aponévrose pal¬
maire était intacte, mais tendue , rétractée, diminuée, manifestement
de longueur. De sa partie inférieure naissaient des espèces de colonnes,
qui se rendaient sur les côtés des doigts rétractés. Les efforts que l’on
faisait pour redresser ceux-ci augmentaient la tension de ces colonnes ,
de ces espèces de cordes, ainsi que celle du tendon du palmaire grêle.
M. Dupuytren soupçonna alors que l’aponévrose palmaire pouvait être
pour quelque chose dans la production de la maladie. Ne voulant ce¬
pendant pas s’en tenir à ces apparences, quelque fortes qu’elles parus¬
sent , il coupa en travers le tendon du fléchisseur d’un des doigts ré¬
tractés , et conserva intacte l’aponévrose : la rétraction des doigts per¬
sista dans toute sa force. C’est alors qu’il coupa en travers les pro-
longemens de l’aponévrose, qui se rendaicnf à un des autres doigts
rétractés; mais il laissa intact son tendon fléhisseur, et le doigt put à
l’instant même être redressé sans effort et comme dans l’état naturel.
Il continua cependant ses dissections , et il remarqua que les tendons
n’avaient point changé de volume ni de forme ; que les articulations
étaient intactes, ainsi que les synoviales des tendons, les ligamens sans
( 347 )
cliangemens de forme , de volume, de rapports et de situation ; les os
parfaitement sains à l’intéricur comme à l'extérieur. Dès lors plus de
doute, et il put regarder comme de'montre' que la crispation de l’apo¬
névrose palmaire était la seule et unique cai|se de la rétraction des
doigts.
Si on examine dans l’état sain l’aponévrose palmaire , on trouve que
cette membrane, née supérieurement du ligament carpien antérieur et
du tendon du palmaire grêle, se termine inférieurement par quatre
faisceaux qui vont se rendre à l’extrémité supérieure des premières pha¬
langes , et s’insérer au ligamentmétacarpien transverse antérieur, après
s’être bifurqué pour le passage des tendons des fléchisseurs : ce sont
ces prolongcmens qui s’étendent et font fléchir les doigts. Les fibres les
plus nombreuses et les plus fortes de l’aponévrose sont longitudinales ;
ce sont elles qui, en se crispant, sc racornissant, jouent le principal
rôle dans la maladie. En coupant ces prolongemens digitaux de l’apo¬
névrose , on restitue aux doigts leur liberté ; mais sous eux, on ren¬
contre les vaisseaux et les nerfs qui vont se rendre aux doigts. Il faut
bien éviter de les comprendre dans l’incision des prolongemens; car il
en résulterait de graves inconve'niens, ainsi qu’on doit bien le sentir.
Heureusement, quand les doigts sont ainsi rétractés, ces prolongcmens
de l’aponévrose palmaire étant très-tendus, forment une espèce de pont
sous lequel passent ces vaisseaux, ce qui laisse un assez grand espace
pour faire les incisions nécessaires pour le débridement, sans craindre
autant de couper ces parties importantes. L’aponévrose palmairea d’a¬
bord pour usage de contenir les muscles et les tendons qui se rendent
aux doigts; mais elle en a d’autres encore, c’est de tendre à ramener
sans cesse, et sans le secours des muscles, les doigts dans l’état de
demi-flexion, qui est aussi leur état de repos. Cette dernière fonction
est bien évidente chez certains animaux, et en particulier chez les oi¬
seaux qui se perchent; chez eux, l’aponévrose plantaire est douée
d’une grande puissance d’élasticité, en vertu de laquelle la flexion pst
opérée avec force. L’exagération de cette fonction donne naissance chez
l’homme à la maladie que nous décrivons.
La peau est unie à l’aponévrose palmaire par un tissu dense, fibreux,
et qui contient peu de graisse. Cette union intime explique parfaitement
bien les plis qu’on observe à la peau quand la crispation de l’aponc-
vrose détermine le rétraction des doigts.
L’ignorance dans laquelle on était sur la nature et sur le siège de la
maladie a toujours empêché d’arriver à un traitement convenable ; les
moyens qui ont été employés ont tous successivement échoué, et
cette maladie était regardée comme incurable. Les saignées locales, les
( 348 )
cataplasmes émollicns pendant la nnit, et le jour les bains adoucissans,
les onctions et les frictions huileuses, les douches de vapeur , d’eau sul¬
fureuse, alcalino-savonneuse, etc., les pommades résolutives mercu¬
rielles n’y font rien. L’extension continuelle, à l’aide de diverses ma¬
chines plus ou moins ingénieuses imaginées à cet effet, n’a pas mieux
réussi. On a enfin pratiqué la section en travers du tendon que l’on
présumait être le siège du mal, et l’on n’en a retiré aucun avantage.
M. Pupuytren l’a vu faire deux fois sans aucun succès. Un des ma¬
lades fut même sur le point de perdre la vie, à cause des accidens in¬
flammatoires avec étranglement qui survinrent à la main et à l’avant-
bras ; mais il ne retira, ainsi que l’autre, aucune amélioration dans sa
situation. Enfin l’inutilité de toute espèce de traitement était bien re
connue, puisque M. Boyer conseille, dans son grand ouvrage de chir-
rurgie, de n’attaquer cette maladie par aucune opération (i).Le célèbre
Astley Gooper, au rapport de M. le docteur Bennatti, donnait dernière¬
ment le même conseil à M. Ferrari, maître de piano, qui le consultait
sur la rétraction des doigts de l’une de ses mains, laquelle rétraction
l’avait forcé de renoncer à l’exercice de sa profession.
Mais la cause du mal étant une fois bien reconnue et bien constatée,
on pouvait espérer trouver le remède à employer. L’essai que M. Du-
puytren avait fait sur le cadavre du vieillard atteint de cette rétraction
des doigts promettait beaucoup. La section de ces brides de l’aponé¬
vrose palmaire, formées par ses proiongemens qui se rendent aux
doigts, lui semblait bien être le remède efficace contre cette maladie. Il
ne manquait à cet illustre chirurgien que des occasions d’appliquer la
méthode qu’il avait conçue. Elles ne tardèrent pas à lui être offertes ,
et prouvèrent qu’il avait vu très-juste; les deux observations suivantes
vont le démontrer.
Obs. I. M. L..., marchand de vins en gros, quai de la Tournelle,
n° 25, ayant reçu un grand nombre de pièces de vins du midi, pièces
qui sont ordinairement très-volumineuses, et voulant aider ses ouvriers
à les ranger, essaya de soulever l’une d’elles, en plaçant la main gauche
au-dessous du rebord saillant .formé par l’extrémité des douves. Il res¬
sentit au même instant un craquement et une légère douleur dans la
partie interne de la paume de cette main. Il conserva quelque temps
après de la sensibilité et de la raideur dans la paume de cette même
main. Cependant peu à peu ces symptômes se dissipèrent, il n’y fit
donc d’abord que peu d’attention ; cependant au bout d’un certain temps
(t) Ce mal est sans remède, dit ce respectable praticien. ( Truité des mala¬
dies chirurgicales, tom. xi, page SC.
( 3^9 )
il s’aperçut que le doigt annulaire tendait à se rétracter cl à s’incliner
vers la paume de la inain , sans pouvoir être relevé autant que les au¬
tres ; la douleur n’existant plus, il négligea encore cette légère diffor¬
mité commençante. Toutefois celle-ci persista à augmenter de mois
en mois, d’année en année, au point qu’au commencement de 1831,
l’annulaire et le petit doigt étaient tout-à-fait fléchis et couchés sur la
paume de la main, la seconde phalange pliée sur la première, et l’ex¬
trémité de la troisième appliquée sur le milieu du bord cubital de la
surface palmaire. Le petit doigt, moins fléchi, était néanmoins incliné
d’une manière invariable vers la paume de la main. La peau de cette
dernière partie était plissc'c et entraînée vers la base des deux doigts
rétractés.
M. L... consulta alors plusieurs médecins ; tous pensèrent que la ma¬
ladie avait son siège dans les tendons fléchisseurs des doigts affectés, et
qu’il n’y avait de remède efficace que la section de ces organes : les uns
voulaient couper les deux tendons à la fois, les autres n’en voulaient
couper qu’un seul. M. le docteur TVIailly, consulté, pensa comme eux
sur la nature de la maladie ; mais, répugnant à la section des tendons, il
conseilla au malade de consulter M. Dupuytren. A peine ce professeur
eut-il vu le malade, qu’il déclara que l’affection avait son siège non
dans les tendons, mais dans l’aponévrose palmaire crispée, et que des
débridemens pratiqués sur les prolongemens qui se rendent aux doigts
suffiraient probablement pour guérir le malade. Celui-ci se détermina
à l’opération ; elle fut pratiquée de la manière suivante par M. Dupuy¬
tren, aidé de M. le docteur Mailly et Max, le 12 juin 1831 :
La main du malade étant solidement fixée, il commença parfaire
une incision transversale de dix lignes d’étendue vis-à-vis l’articulation
métacarpo-phalangienne du doigt annulaire. La peau fut d’abord divi¬
sée, l’aponévrose palmaire le fut aussi ; et, avec un craquement sen¬
sible à l’oreille, l’incision était à peine achevée que l’annulaire se re¬
dressa et put être étendu aussi facilement que dans l’état naturel.
Une autre incision transversale fut faite au petit doigt vis-à-vis l’ar¬
ticulation de la première phalange avec la seconde j elle dégagea seule¬
ment son extrémité de la paume de la main : le reste demeura dans le
même état. Une deuxième incision transversale fut faite aussi vis,à-vis
l’articulation du petit doigt avec son métacarpien, et procura un déga¬
gement sensible ; enfin une troisième incision transversale, pratiquée
vers le milieu de la première phalange, le renilit complet : le doigt fut
parfaitement redressé. On pansa avec de la charpie ; on mit l’annulaire
et le petit doigt dans l’extension, à l’aide d’une machine appropriée et
fixée sur le dos de la main. Quelques symptômes d’inflammation sur-
( 35o )
vinrent au dos de la main ; un empâtement et un engorgement inflam¬
matoire se manifestèrent sur ce point, et furent accompagnés de dou¬
leurs assez vives : des lotions fréquentes avec de l’eau froide, dans la¬
quelle on avait mis de l’acétate de plomb liquide, suffirent pour dissiper
les accidens. Le i5 juin, on lève le premier appareil ; la suppuration
n’est pas encore établie, mais la douleur est modérée. Le 16, la sup¬
puration est bien établie. Le 17, il n’y a plus de symptômes inflamma¬
toires, et le travail de la cicatrisation des plaies commence; celles-ci ne
purent cependant être complètement fermées que le 2 juillet. La cica¬
trisation suivit dans toutes ces plaies une progression successive et en
rapport avec le degré d’influence que l’extension exerçait sur chacune
d’elles. Le malade conserva pendant un mois encore l’usage de la ma¬
chine extensive : les doigts reprirent leur souplesse par degrés, et le
malade fut parfaitement guéri.
Gbs. II. Le nommé Deraarteau ( Jean-Joseph), âgé de 4.0 ans, cocher
de fiacre, entra à l’Hôtcl-Dieu deParis dès les premiers jours de décem¬
bre 1831. Il avait vu, depuis quelques années, ses doigts annulaire et
auriculaire des deux mains se retirer insensiblement vers la face pal¬
maire. Celte maladie était survenue spontanément, sans douleurs, et sans
aucune violence ou maladie antérieure. Le doigt auriculaire de chaque
main était fléchi au quart à peu près, mais la flexion du doigt annu¬
laire était portée au point que ce doigt faisait angle droit avec la paume
de la main ; il était impossible au malade de les redresser lui-même,
et aucune puissance n’aurait pu y parvenir sans rompre ou déchirer
les doigts. En redressant les phalanges autant qu’on le pouvait, on aper¬
cevait une espèce de corde qui se prolongeait du doigt annulaire à la
paume de la main, et la tension de cette corde augmentait dans la pro¬
portion des efforts que l’on faisait pour redresser le doigt. La peau de
la paume de la main formait plusieurs plis disposés en arc de cercle qui
s’emboîtaient les uns dans les autres, et dont la concavité était tournée
vers la base des doigts.
La section des prolongemens digitaux de l’aponévrose étant le seul
moyen à employer pour guérir le malade, M. Dupuytren pratiqua
cette opération le 5 décembre i83i. Une seule main fut opérée : c’était
la droite.
Une incision demi-circulaire et transversale, de dix lignes d’c'tenduc
à peu près, fut faite à la base du doigt annulaire de la main droite et
sur sa face palmaire, afin de couper les prolongemens digitaux de l’a¬
ponévrose. Un craquement très-sensible à l’oreille signala l’instant de
cette section. Une autre incision transversale fut faite à un pouce et un
quart de la première, au-dessus d’elle et plus en dedans, dans la
( 35 . )
paume de la rnaih ; elle eut à peu près huit lignes d’étendue, et servit
à séparer de sa base les prolongemens digitaux de l’apone’vi-ose, qiii se
rendent au petit doigt. Immédiatement après on vit ces doigts se re¬
dresser et reprendre leur rectitude ordinaire. Un pansement simple fut
l'ait, de la cliarpie mise sur la plaie et les doigts étendus sur une plan¬
che placée à la face postérieure de l’avant-bras, de la main et des doigts,
et fixés dans cette position par des lacs dont l’anse embrassait l’extré¬
mité de chacun d’eux, et dont les bouts étaient attachés à des digita¬
tions correspondantes de la planche.On laissa l’appareil en place pendant
trois jours; aucun accident inflammatoire ou nerveux ne se manifesta
pendant ce temps.
Le 8 décembre, on leva le premier appareil. Le malade n’éprouvait
que de légères douleurs, et il les rapportait lui-même à l’état d’exten¬
sion où se trouvaient les parties depuis quatre jours. Les plaies étaient
couvertes de pus entremêlé de quelques caillots de sang ; les doigts af¬
fectés étaient dans un état d’extension complet, et ne se distinguaient
des autres que par les plaies qu’on voyait à leur surface. Cependant
M. Dupuytren crut sentir, sur un des côtés de l’annulaire, ufi reste lé¬
ger de prolongement de l’aponévrose palmaire , et regretta de n’avoir
pas fait une incision plus large. Il se propose désormais de faire une in¬
cision pluS grâtide à la peau , afin de pouvoir couper plus largement les
prolongemens digitaux de l’aponévrose palmaire. Le g, la suppuration
est bien établie. Nous rendrons compte du résultat définitif de cetté
opération et de celle qui sera pratiquée sur l’autre main.
Les faits que nous venons de rapporter établissent d’ufie manière in¬
contestable que la rétraction des doigts tient, dans le cas et avec les
signes que nous avons indiqués, à une crispation de l’aponévrose pal¬
maire , et particulièrement à celle des prolongemens que cette aponé¬
vrose envoie à la base des doigts; que cette maladie put être guérie
par la section en travers de ces prolongemens et de la partie de l’apo¬
névrose qui les fournit.
Mais il ne faut point oublier, dans cette circonstance, que les cas
analogues ne se ressemblent pas sous tous les rapports, et que toutes
ces méthodes ne leur sont point applicables ; que les meilleures peuvent
être dépréciées, déshonorées même par de fausses applications : telle
serait, par exemple, celle que l’on ferait de la méthode que BI. Du¬
puytren vient d’imaginer dans la rétraction des doigts, produite par la
crispation de l’aponévrose palmaire, à celle produite par des rhuma¬
tismes, la goutte, des panaris, des plaies, des entorses, des fractures,
des ankylosés, etc. On sent que celte méthode échouerait inévitablement
dans ce cas, et que ce ne serait pas elle qu’il faudrait en accuser,
( 35a )
mais bien le défaut de discernement de celui qui l’aurait aussi fausse¬
ment appliquée : il faut donc toujours s’assurer auparavant de la na¬
ture de la maladie que l’on a à traiter. P. D.
MALADIES DE LA PEAU.
UN MOT SUR LF. DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT DE LA GALE.
La gale est une maladie dont le traitement est le plus ordinairement
simple et facile. On a vanté, pour la combattre, une foule de moyens,
dont quelques-uns, il est vrai, sont dangereux, d’autres plus efficaces,
mais la plupart rationnels, sans inconvénient, et d’un effet plus ou
moins prompt, mais généralement sûr. Comment se fait-il donc que si
souvent encore on s’adresse aux premiers, absolument comme si les
autres étaient entièrement inconnus ? Sans rechercher la cause de cette
bizarrerie, que d’ailleurs on rencontre tant de fois dans l’exercice de
la médecine, croyons qu’elle dépend de ce qu’en effet les moyens que
la pratique des hôpitaux a généralement désignés comme étant les meil¬
leurs , sont peu répandus, et arrêtons-nous un instant sur le traitement
de cette maladie, qu’il importe non-seulement de guérir, mais encore
de guérir promptement.
Avant tout, disons ce que c’est que la gale ; c’est une éruption es¬
sentiellement contagieuse, caractérisée par des vésicules discrètes,
légèrement acuminées , transparentes au sommet, un peu plus larges à
la base, et accompagnées d’un prurit plus ou moins intrfbse.
Je reproduis ici ces caractères, parce que l’expérience a prouvé bien
des fois que si, dans un grand nombre de cas , cette maladie est très-
facile à reconnaître, souvent aussi le diagnostic est très-difficile. Les
conséquences d’une erreur ne peuvent jamais, je l’accorde, être bien
graves pour l’individu, ni compromettre son existence ; mais elles
peuvent cependant avoir des résultats fâcheux. D’abord la réputation
du médecin peut être compromise ; ensuite son jugement, si par hasard
il était faux, pourrait faire prendre des mesures injustes, comme cela
est arrivé tant de fois, faire renvoyer un commis, un domestique, etc.,
ou bien , d’un autre côté, inspirer une sécurité perfide, aux dépens de
laquelle la maladie peut se répandre et infecter une famille, une maison
entière , une pension, etc., etc.
C’est surtout avec le prurigo que la gale peut être confondue,
d’autant mieux que ces deux affections sont accompagnées de dénian-
( 353 )
gcaisons tics-vives. Mais, indépendamment de plusieurs autres carac¬
tères différentiels, il en est un principal qui ne peut laisser le moindre
doute. Dans le prurigo, ce sont des papules , des boutons pleins, ne
contenant ni pus ni sérosité. Dans la gale , ce sont des vésicules , et
alors même que celles-ci auraient été pour la plupart déchirées par l’ac¬
tion des ongles, en y regardant bien, on retrouve toujours entre les
doigts et aux poignets, au ventre, etc., quelques petits soulèvemens
de l’épiderme, déterminés par une collection séreuse, en un mot, quel¬
ques vésicules.
Il est uue affection vésiculeuse qui en impose souvent aussi pour
la gale ; c’est Y eczema simplex, d’autant mieux que souvent il est lo¬
cal , répandu sur les mains, et surtout entre les doigts. Ici, non-seu¬
lement la vésicule n’est plus la même, puisqu’elle est aplatie dans
l’eczéma et acuminée dans la gale, mais encore il est un moyen de
diagnostic généralement sûr ; c’est celui-ci : dans la gale, les vésicules
sont en général éloignées ; on en trouve une ou deux à côté l’une de
l’autre, puis il faut aller en chercher autre part, à d’autres doigts, au
poignet, où elles sont aussi discrètes, disséminées. Dans l’eczéma, au
contraire, elles sont toujours groupées ; il semble, en examinant de
près , qu’il y ait, comme on le dit dans le monde, des milliers de bou¬
tons entre cuir et chair. t
La gale une fois reconnue, si le malade peut se traiter sans aucune
précaution, sans avoir besoin de se cacher, le médecin doit naturelle¬
ment donner la préférence aux moyens qui sont tout à la fois et les plus
prompts et les plus sûrs. Le traitement que j’ai vu à l’hôpital Saint-
Louis réunir le mieux ces diverses conditions, comparé à beaucoup
d’autres, c’est le suivant : i“ une tisane appropriée à la constitution
du malade, amère et légèrement tonique s’il est faible et âgé, rafraî¬
chissante, au contraire , s’il est jeune et vigoureux, etc.; i° une fric¬
tion matin et soir, sur tous les points occupés par les vésicules, avec
un paquet ( d’une demi-once) de la pommade sulfuro-alcalinc suivante :
il Soufre sublimé. 2 parties.
Sous-carbonate de potasse .... 1 partie.
Axonge.8 parties.
Mêlez.
3° un bain simple tous les deux jours ou tous les jours. La durée
moyenne de ce traitement est de douze jours.
Cette pommade est bien préférable à une autre qui a été essayée aussi
à l’hôpital Saint-Louis, sous le nom de sülfuro-savonneuse , et qui est
composée ainsi qu’il suit :
( 354 )
if Soufre lave'. ]
Savon blanc. j aa. ftj.
Faites dissoudre le savon râpe' dans l’eau, en triturant; passez à travers
un tamis, 'ajoutez le soufre. La dure'e moyenne du traitement paraît
avoir e'te' de neuf à dis jours; mais ici il faut remarquer que l’action de
cette pommade a e'te' constamment aidce par les bains Sulfureux.
Enfin j’ai vu plusieurs fois, dans les salles de M. Biett, la gale dis¬
paraître promptement sous l’influence de la pommade suivante, dite de
Crolius.
if Acide sulfurique. 200 grammes.
Axonge.• . 5 o grammes.
Mêlez.
Quelquefois les malades ne veulent point s’astreindre à des frictions
sur toute la surface du corps ; ces frictions d’ailleurs peuvent devenir
irritantes chez certaines personnes, chez les femmes, les jeunes filles.
On peut avoir recours à la Poudre de Pyhorel.
C’est du sulfure de chaux broyé , que l’on divise en paquets de
demi-gros. Matin et soir, on emploie un paquet, avec lequel on fait
faire des frictions dans les paumes des mains seulement, en \e âê-
layant avec une très-petite quantité d’huile d’olive. La durée moyenne
de ce traitement, qui ne convient guère d’ailleurs que dans les cas dé
gale récente et peu étendue, est de quinze à vingt jours.
Souvent les malades se refusent à toute espèce de frictions : on peut
dans ce cas avoir recours au Uniment de Jadelol ( qui cependant con¬
vient spécialement aux enfans ), ou mieux aux lotions de M. Du-
puytren.
if Sulfure de potasse.§iv.
Acide sulfurique.3O.
Eau.ibjû.
Les malades doivent laver deux fois par jour avec cette dissolution
les parties qui sont couvertes de vésicules, en ayant soin toutefois de
ne se servir dans le commencement qu’en très-petite quantité de cette
lotion, qui ne peut être supportée d’ailleurs par les personnes trop irri¬
tables , dont la peau est fine et très-délicate.
Enfin le médecin est souvent obligé de s’abstenir de tonte espèce
de préparation sulfureuse. Pour y suppléer, on peut choisir entre
une foule de pommades qui ont été proposées et préconisées ; la plus
célèbre de toutes et aussi la plus nuisible, c’est sans contredit l’on-
( 355 )
guent mercuriel; d’abord il est au moius d’un usage aussi mal¬
propre qu’une pommade sulfureuse quelle qu’elle soit, et d’un autre côte'
il peut déterminer d’assez graves inconvéniens pour qu’on ne doive ja¬
mais y avoir recours dans le traitement de la gale, même chez les pau¬
vres. Cependant, dans les campagnes et souvent encore à Paris, c’est lui
qui partage, avee la quintessence anli-psorique , tout l’honneur du
traitement de cette maladie, et aussi tous les inconvéniens attachés à des
préparations mercurielles, appliquées dans une très-grande étendue,
à des intervalles très-rapprochés, sur une peau déjà irritée. Aussi le
moindre désavantage qui puisse résulter de l’emploi de ces moyens,
c’est de compliquer la maladie première de plusieurs symptômes acci¬
dentels , souvent très-douloureux j difficiles à guérir, et qui, par une
fatalité bien singulière, viennent encore par leur présence encourager à
insister sur l’emploi des moyens qui en ont été la cause; car alors on
ne manque pas de dire, avec un air de satisfaction et de triomphe :
Voyez, c'est la gale qui sort!... Mais souvent ces préparations dé¬
terminent des engorgemens des glandes salivaires, des salivations,
quelquefois même des glossitcs, etc.
Elles doivent ôtre bannies à jamais du traitement de la gale. D’ail¬
leurs elles peuvent être remplacées avec avantage par une foule de
moyens, parmi lesquels je me contenterai de citer la pommade d’ellê-
bore dont M. Biett a obtenu de très-bons résultats.
if Poudre de racine d’ellébore blanc. . . 3j.
Axonge.§j.
Huile essentielle de citron.gouttes xx.
Mêlez.
D’après un très-grand nombre de cas observés et recueillis à l’hôpi¬
tal Saint-Louis, à l’aide de cette pommade, qui n’a jamais donné lieu
à aucun accident, la durée moyenne du traitemeut est de treize jours et
demi.
Quelle que soit la pommade ou la lotion à laquelle on ait recours, le
traitement sera singulièrement activé si, au lieu de bains simples, on fait
prendre au malade des fumigations sulfureuses, ou bien encore des bains
sulfureux. Il est même des circonstances où les malades ne veulent ou
ne peuvent faire ni frictions ni lotions : on peut les traiter par les bains
seulement. A l’aide des bains sulfureux , la durée moyenne du trai¬
tement, qui n’entraîne jamais le moindre inconvénient, est de vingt-
cinq jours. Il n’en est pas de même des fumigations, dont on a trop,
vanté les merveilleux effets; elles sont quelquefois utiles, il est vrai, mais
seulement comme auxiliaires, etsurtout chez les vieillards; mais seules,
elles constituent un traitement dont la moyenne est de trente-trois jours,
( 356 )
à une fumigation par jour. Or, un pareil traitement est très-pénible,
et souvent ne peut pas être supporte'.
Il est inutile d’avertir que ces données générales doivent être modi¬
fiées de mille manières, suivant les circonstances et les individus. Ainsi
on ne débutera pas par des frictions, des lotions irritantes , cliez un ma¬
lade jeune, fort, vigoureux, atteint d’une éruption très-étendue, et
dont la peau est vivement irritée. Il devra être préparé pendant quel¬
ques jours, par des boissons délayantes, des bains simples ou e'mol-
liens au besoin, et même par des applications de la même nature. On
a vanté dans ces derniers temps les frictions huileuses comme pouvant
suffire pour amener une guérison solide. C’est surtout dans ces cas
qu’elles peuvent être tentées, et principalement chez les femmes , chez
toutes les personnes irritables, à peau fine et délicate.
C’est dans les circonstances analogues que l’on est obligé de s’abstenir
pendant tout le traitement des bains sulfureux ou alcalins , qui, au con¬
traire, peuvent devenir très-utiles dans certaines gales invétérées, qui
résistent avec opiniâtreté, surtout chez les individus à peau sèche,
dure , chez les vieillards, etc. C’est principalement alors qu’on peut
espérer de bons résultats de l’emploi des fumigations sulfureuses.
D’ailleurs on peut augmenter ou diminuer la force des bains sulfu¬
reux ou alcalins, suivant l’état de l’éruption , suivant l’inflammation
de la peau, en variant la quantité de sulfure de potasse ou de sous-
carbonate de potasse, depuis quatre jusqu’à huit onces, et en y ajou¬
tant au besoin une décoction émolliente.
Enfin, chez les enfans, il suffit le plus ordinairement de quelques
lotions d’eau de savon aidées de bains sulfureux légers, et, au besoin,
du Uniment de Jadclot.
Je ne terminerai point sans dire un mot de cette nécessité que l’on
a crue long-temps, et que quelques personnes croient encore indispen¬
sable , de saigner et de purger pour guérir radicalement la gale.
Oui, on guérit très-bien la gale sans saigner, ni purger; mais , oui
aussi, il est souvent très-utile de débuter dans le traitement par une
émission sanguine , surtout chez les individus forts et robustes. Cette
médication, en même temps qu’elle calme singulièrement l’irritation de
la peau , prévient aussi une foule de complications qui peuvent être le
résultat des moyens de traitement, et permet d’agir d’une manière plus
profnpte et plus sûre. Quant au besoin que les malades auraient d’être
purgé, il est moins général, et bien que quelquefois il faille adminis¬
trer quelques purgatifs, surtout après un séjour plus ou moins long
dans les hôpitaux , cette manière de faire est applicable à une foule de
cas, et n’a rien de spécial pour la gale. Alp. Gaze inave.
( 35 7 )
THÉRAPEUTIQUE ÉTRANGÈRE.
ALLEMAGNE.
DU TRAITEMENT DE LA GONORRHÉE.
Un habile praticien, M. le docteur Eisenmann, d’Erlangen, a publié,
en i 83 o, le premier volume d’un ouvragé sur la gonorrhée considé¬
rée dans toutes ses formes et toutes ses suites (i); nous allons en ex¬
traire ce qui est relatif au traitement de cette maladie.
Avant d’entrer dans les détails thérapeuthiques, nous dirons seulement
que M. Eisenmann a observé que la matière de l’écoulement gonor-
rhoïque a toujours une réaction alcaline , c’est-à-dire qu’elle brunit le
papier de curcuma et verdit le papier de tournesol, tandis que le pus
des chancres et ulcères vénériens a constamment une réaction acide.
Cet auteur prétend en outre que la gonorrhée n’est jamais une maladie
générale, tandis que la syphilis proprement dite a un tout autre carac¬
tère et devient toujours constitutionnelle ; on conçoit que si ce caractère
de l’alcalinité de la matière gonorrhoïque était bien constant, et que le
caractère acide du pus des chancres le fût également, ce serait un
moyen de diagnostic aussi commode qu’utile pour reconnaître les cas
dans lesquels un traitement mercuriel est indispensable , de ceux dans
lesquels les moyens propres à arrêter l’écoulement sont seuls nécessaires.
Voici, du reste, quels sont les moyens de traitement qu’emploie
M. Eisenmann :
Traitement prophylactique. Il conseille avec raison les lotions et
les injections avec l’eau chlorée tiède j il les regarde comme le moyen
le plus propre à prévenir l’infection à la suite d’un coït impur.
Traitement curatif. On sait que M. le professeur Delpech prescrit
le poivre cubèbe à toutes les périodes de la maladie ; M. Eisenmann
s’élève contre cette méthode, et je pense, comme lui, que pendant la
période inflammatoire il peut y avoir des inconvéniens à faire usage de
ce médicament. Il combat également l’usage des purgatifs drastiques
que Louvricr avait recommandés. Voici quel est le mode de traite¬
ment dont il a retiré les meilleurs effets et qu’il adopte :
i° Il prescrit à l’intérieur des injections suffisamment étendues d’eau
cblorc'e j il donne à l’intérieur l’acide hydro-chlorique étendu, à la
(1) Der trippen in allen seinen formed und in allen seinen Jolgen , 1er vol.
in-8", Erlangen, 1830.
( 358 )
dose d’un demi-gros par jour, dans une décoction mucilagincuse ; ce
dernier moyen a pour résultat d’abre'ger la duree de la maladie et d’en
diminuer la violence. Lorsque la gonorrhée cause de vives douleurs
et est accompagnée d’éréthisme, M. Eisenmann fait faire alternative¬
ment des injections avec l’eau chlorée et avec l’eau de laurier-cerise
dans laquelle on ajoute une décoction de guimauve (3 gouttes).
Mais si la gonorrhee est très-douloureuse, que l’inflammation soit
très-vive, il faut faire des applications de sangsues à l’anus et au pé¬
rinée ; l’auteur proscrit, quelle que soit la violence du mal, toute
application froide. Dans la troisième période de la maladie , il admi¬
nistre le sel ammoniac à la dose d’un gros dans une de'coction e'mol-
liente, en y ajoutant une certaine quantité d’opium ou d’une autre sub¬
stance narcotique ; il n’allie pas constamment les médicamens narcoti¬
ques au sel ammoniac. Il fait prendre une cueillerée à bouche toutes
les heures de la décoction émolliente qui contient ce sel. Lorsque la
maladie est à son déclin, M. Eisenmann administre le baume de co-
pahu, combiné de la manière suivante :
if Baume de copahu. % 6
Huile de menthe poivrée.gouttes iv.
Huile de gérofle.gouttes j.
Teinture d’opium simple. 3 ij.
M. S. L.
On donne 3o gouttes de ce mélange sur du sucre pendant la journée.
Cette préparation a l’avantage d’empêcher les dérangemens de la di¬
gestion et de prévenir la diarrhée.
Lorsque le malade est peu irritable, d’une complexion plus molle,
ce que l’auteur croit pouvoir reconnaître à la fluidité plus grande de la
matière de l’écoulement, il prescrit la préparation suivante :
if Hydro-chlorate de fer ammoniacal.gr. v.
Poudre de gomme ammoniaque.gr. iij.
Poudre de racine de sénéga.gr* v.
Poudre de réglisse. 3 j.
Mêlez, faites douze paquets égaux.
On prendra toutes les trois ou quatre heures un de ccs paquets dans
du pain à chanter.
M. Eisenmann regarde les bubons qui accompagnent la gonorrhée
comme peu importans; rarement ils suppurent, ils cèdent aux c'mol-
liens et aux sangsues; lorsqu’ils suppurent, le pus, selon cet auteur ,
( 35 9 )
a toujours un réaction alcaline. Tels sont les traits principaux qui ca¬
ractérisent la méthode que M. Eisenmann regarde comme prc'fc'rablc
pour le traitement de la gonorrhée. La formule qu’il a donnée pour
l’administration du copahu nous fournit l’occasion d’en consigner ici
une autre, qui est egalement en usage en Allemagne, et à laquelle nous
avons eu plusieurs fois recours, lorsque nous n’avions pu parvenir à
arrêter l’écoulement devenu chronique, par la potion de Chopart ou
par le copahu uni à la magnésie. Yoici cette formule :
if Beaume de copahu.une once.
Esprit de nitre duloifié.six gros.
Teinture d’opium.un gros (i).
Teintnre de lavande composée.un gros.
La dose d’esprit de nitre dulcifié est énorme dans cette espèce de
teinture de copahu : aussi n’est-ce qu’avec précaution qu’il faut faire
usage de cette préparation ; je l’indique, ici seulement comme un dernier
moyen que l’on pourrait tenter pour arrêter un écoulement rebelle ;
mais il faut que l’estomac soit en bon état. On l’administrera à la dose
d’une cuillerée à café deux ou trois fois par jour dans un verre d’eau
sucrée.
Lorsqu’on administre le baume de copahu , le goût détestable de ce
médicament et les rapports qui suivent son introduction dans l’estomac
fatiguent et dégoûtent beaucoup les malades; la potion de Chopart ne
peut pas souvent être supportée par eux : on a ordinairement recours
alors aux bols faits avec le baume de copahu et la magnésie calcinée,
à raison d’un gros de magnésie par once de baume. Quelquefois cette
dernière combinaison , bien préférable à la potion , mais qu’il faut
prendre à doses assez fortes, fatigue encore beaucoup les malades. 11
m’a semblé qu’en associant le poivre cubèbe au baume de copahu , à
l’opium et à la magnésie, les malades supportaient mieux ce mélange.
Yoici la formule que je prescris ordinairement :
Baume de copahu.une once.
Magnésie calcinée. i gros.
Opium..4 grains.
Poivre cubèbe.. . 3 gros,
' Sirop diacode.Q. S.
Faites des bols d’un demi-gros chacun. On en prend deux le matin,
(4 ) Le gros de la teinture d’opium de la Pharmacopée de Prusse contient
40 gt. d’opium; la teintnre d’opinm de la Pharmacopée française ne contient
que 4 gr. d’opium par 45 gouttes.
( 36o )
et deux le soir en se couchant. On peut élever la dose jusqu’à cinq bols
à chacune de ces époques de la journée.
Dans certains cas, il est utile de donner le baume de copahu en lave¬
ment ; il est bon dans ce cas de remplacer, dans la potion de Chopart,
le sirop de guimauve par du sirop diacode. On prescrit alors de mettre
deux ou trois cuillerées de cette potion dans un demi-lavement ou un
quart de lavement, fait avec de l’eau d’amidon. On prend matin et soir
un de ces demi-lavemens ; mais il faut avoir eu soin, avant de prendre
les demi-lavemens, de vider le rectum avec un lavement ordinaire de
décoction de graine de lin ou de racine de guimauve.
On arrête souvent ainsi des écoulcmens qui ont résisté à tous les au¬
tres moyens conseillés en pareil cas.
ITALIE.
PHOSPHATE ACIDE DE QUININE.
Le professeur Harless, de Bonn, avait observé que le posphaté de
quinine, légèrement acide, était un médicament beaucoup moins irri¬
tant que le sulfate de quinine, ou que cet alcaloïde à l’état libre. Le
phosphate , disait-il, était mieux supporté par les estomacs irritables ,
par les personnes nerveuses, ou bien par celles qui sont sujettes, soit à
des congestions sanguines , soit à des inflammations. M. Harless ajou¬
tait enfin que le phosphate ne produit pas ce malaise qui suit souvent
l’ingestion du sulfate ; qu’il n’y a point autant d’accélération des mou-
vcmens du cœur et nulle irritation des bronches ou des poumons,
comme on l’observe souvent lorsqu’on fait prendre la quinine combinée
à l’acide sulfurique.
Le phosphate de quinine étant peu soluble, c’est sous la forme de
pilules ou en poudre qu’on l’administre ordinairement; la dose est de
un à quatre grains.
Le docteur Const. Papa Spiridion Zaviziano di Arta, médecin grec,
que M. Magliari, rédacteur de YOsservatore Medico, nous signale
comme un des soutiens les plus distingués de l’université de Naples , a
fait avec succès l’essai du phosphate de quinine, non-seulement contre
des fièvres intermittentes ordinaires, mais encore contre deux cas de
fièvre pernicieuse ; il partage l’opinion du docteur Harless sur les avan¬
tages que présente le phosphate de quinine. Voici les trois observations
qu’il a rapportées :
Obs. I. Au mois d’août, dit M. Sp. Zaviziano, je fus appelé au¬
près d’un enfant de huit ans, atteint depuis le printemps d’une fièvre
périodique intermittente, qui présentait le type d’une fièvre tierce
( 36i )
double. J'appris des parens que l’usage de la quinine et du sulfate de
quinine, administrés à larges doses, et continués pendant long-temps,
n’avaient produit aucun effet. Je fis prendre au jeune malade, avant
l’accès, un grain et demi de phosphate de quinine, divisé en trois par¬
ties, d’un demi-grain chacune) «t, à mon grand étonnement, l’accès
n’eut pas lieu, et la guérison fut prompte et sûre.
Obs. II. Dans le courant de l’été dernier, je fus appelé au début de
la maladie chez une dame âgée de cinquante-six ans, atteinte d’une fièvre
pernicieuse avec vomissemens. Sans perdre de temps, je lui administrai
quatre prises de phosphate de quinine, d’un grain chacune; il n’y eut
pas d’autre accès après que la malade eut pris ce médicament, et elle
ne tarda pas à se rétablir entièrement.
Obs. III. Il y a quelque temps, dit le même médecin, je fus voir
une dame d’environ cinquante ans, attaquée d’une fièvre pernicieuse
asthmatique. Encouragé par les succès précédens, je lui fis prendre
quatre doses de phosphate acide de quinine , d’un grain chacune, et
j’obtins de même le plus heureux succès. (Observatore medico.)
PÉDILUVES MERCURIELS.
Le docteur Fortunato Tambonea retiré de nombreux succès despé-
diluves mercuriels, que MM. Delmas, Verducci, Nataryanni et d’au¬
tres encore avaient employés déjà avec avantage.
Sur douze observations recueillies par ce médecin, il signale deux
cas remarquai)les : au bout de vingt-neuf pédiluves, le premier malade
qui avait des exostoses, des tumeurs de mauvaise nature, des ulcéra¬
tions des glandes du cou, avec un dépérissement général, futprisd’une
salivation assez légère, qui força cependant d’interrompre le traite-
tement ; mais dix autres bains suffirent pour consolider la guérison.
Le deuxième malade était dans un état déplorable ; atrophié du bras
et de la jambe gauches avec ankylosé de l’articulation du coude, et tu¬
méfaction considérable du genou, ulcération de toutes les glandes du
cou , perte de la luette, ulcération du voile du palais, aphonie, dou¬
leurs ostéoscopes intolérables, dépérissement général, et fièvre hectique
le soir; tels étaient les graves symptômes qui caractérisaient l’état de ce
malade; il avait en outre subi divers traitemens à l’hôpital des Incura¬
bles de Naples, et à celui de Solmona. Au bout de quinze pédiluves, il
y avait déjà une amélioration remarquable. Après le quarante-neuvième
bain de pieds, qui fut le dernier, les tumeurs avaient disparu, les
douleurs avaient cessé, les ulcères étaient cicatrisés, et les membres
atrophiés semblaient avoir repris un’peu de vie et d’accroissement, en¬
fin le malade était guéri.
C 36a )
Les pédiluves mcmiriels peuvent contenir depuis un grain par pinte
de liquide jusqu’à' huit grains de sublime' pour la même quantité' d’eau;
du moins c’e'tait la proportion que Beaumé indiquait pour les bains dn-
tive'ne'riens entiers qu’il recommandait. Mais on peut élever graduelle¬
ment ce baume à la dose du sublimé. De Feu mon.
CHIMIE ET PHARMACIE.
— Préparation de l'acide prussique. — Procédé de Clark. —
Idées de M. Robiquet. — Cyanure de potassium. — M. Clark pense
que les divers moyens mis en usage jusqu’alors pour se procurer cet
acide sont trop compliqués pour être employés par les pharmaciens,
et il propose d’y substituer un procédé qu’il regarde comme beaucoup
plus simple et exempt d’iconvéniens. Ce procédé consiste à prendre :
Acide tarlrique. i gros.
Cyanure de potassium.... 3a grains.
Eau distillée. .. 1 once.
L’acide étant dissous dans l’eau, et la dissolution introduite dans un
flacon bouché, M. Clark ajoute le cyanure de potassium, il bouche le
flacon , agite le tout, plonge le flacon dans de l’eau froide ,pour obvier
au dégagement de chaleur, puis il laisse en repos pendant douze heu¬
res, afin que la crème de tartre qui se produit puisse se précipiter: ce¬
la étant fait, on décante le liquide surnageant, et on le conserve dans
l’obscurité.
Selon M. Clark, il résulte de cette réaction,’
Crème de tartre. i gros 19 grains. (On en doit re¬
trancher cinq qui restent en so¬
lution dans le véhicule. )
Acide hydro-cyaniquc. . i3 grains.
et qui, étant étendu dans une once d’eau, le met au même degré de
concentration que l’acide prussique médicinal préparé par le procédé
de Vauquelin.
M. Bobiquet ne voit aucun avantage à adopter cette méthode. Le
premier mérite d’un médicament, surtout lorsqu’il s’agit d’un remède
aussi énergique, est d’être d’une composition bien constante, et il est
fort douteux que, par son procédé, M. Clark obtienne un acide toujours
identique et toujours comparable à celui qu’on obtient par les autres
( 363 )
procédés. M. Clark n’ajoute au cyanure de potassium que la quantité
précise d’acide tartrique nécessaire pour transformer toute la potasse
en bi-tartrate de potasse ; mais qui ne sait que ces décompositions faites
à froid ne sont jamais complètes, et que, tors un très-petit nombre
d’exceptions, elles ne s’achèvent que sous l’influence d’un excès du
corps précipitant, lorsque le précipité n’est pas tout-à-fait insoluble? Il
est donc plus que probable qu’une portion de cyanure de> potassium de¬
meure intacte dans la liqueur, et que par contre il y reste aussi de l'a¬
cide tartrique, outre le peu de crème de tartre que la liqueur est sus¬
ceptible de retenir. Ainsi, voilà trois corps qui viendront s’ajouter à
l’acide prussique, et en altéreront nécessairement les qualités. Ce n’est
pas tout, car nous n’avons point fait mention de la cause la plus grave
d’altération ; je veux parler de la pureté du cyanure de potassium. Il
n’est aucun doute que, préparé par la méthode que prescrit M. Clark,
ce produit ne soit très-variable. En effet, l’auteur, après avoir décom¬
posé par la chaleur le ferro-cyanure de potasse , reprend le résidu par
l’eau, dissout, fait évaporer et cristalliser, sèche à une douce chaleur,
et conserve son cyanure dans des flacons bouchés. Mais qui ne connaît
la prompte altérabilité du cyanure de potassium mis en contact avec
L’eau , et sa conversion partielle en sous-carbonate ? Ainsi le cyanure de
M. Clark sera donc plus ou moins mélangé de sous-carbonate, et dès-
lors on ne pourra plus compter sur le dosage.
Depuis qu’on connaît la transformation, à l’aide de la chaleur,, de
l’hydro-fcrro-cyanate de potasse en cyanure de potassium , M. Robi-
quet se sert de ce dernier produit pour la préparation de l’acide prus¬
sique; mais pour être certain de la pureté et du degré de concentration
de l’acide prussique, il ne cherche point à séparer par avance le cya¬
nure de potassium du fer et du charbon qui lui sont mélangés. 11 le
conserve tel que le produit la chaleur, et il n’en opère la solution dans
l’eau qu’au moment même de l’employer. Il filtre la dissolution con¬
centrée , la verse dans une petite cornue, ajoute la quantité d’acide
sulfurique nécessaire, et il chauffe très-légèrement en prenant la pré¬
caution de faire passer la vapeur prussique sur du chlorure de calcium.
Il obtient donc , comme par la méthode de Gay-Lussac, cet acide
anhydre, et il l’étend ensuite de trois ou cinq parties d’eau, selon qu’il
veut l’avoir au quart ou au sixième. Il est ainsi tout-à-fait indépendant
de l’altération que pourrait éprouver le cyanure de potassium. M. Ro-
biquet a été le premier à mettre le cyanure de potassium en usage ; il
le livrait toujours à l’état qu’on appelle charbonneux, c’est-à-dire tel
qtt’il sort des cornues, parce que c’est le seul moyen de le conserver
pur, et c’est ainsi qu’il a conseillé de l’employer pour la préparation
( 364 )
de l’acide prussique; mais on a voulu l’avoir blanc pour s’éviter la-
peine de le filtrer ; pour l’obtenir dans ce degré de pureté, il poussait
jusque là la fusion complète, et en maintenant cette fusion pendant un-
certain temps, une portion de cyanure de potassiinn surnage le fer et le
charbon qui occupent le fond de la cornue. Après refroidissement, iï
détachait cette couche avec soin ; mais ce cyanure, le seul qui soit
vraiment pur, et le.seul qu’on devrait employer en médecine , lors-
qu’on veut le substituer à Vacide prussique , ce cyanure était néces¬
sairement d’un prix assez élevé, et on n’a point tardé à en trouver, dans
le commerce, de blanc et à bon marché.Pour satisfaire à ces deux con¬
ditions, et cependant éprouver le moins d’altération possible, M. Robi-
quet fait dissoudre le cyanure charbonneux dans une très-petite quantité
d’eau; il se produit un grand abaissement de température. Il filtre, il
fait évaporer immédiatement et promptement dans une capsule de pla¬
tine; et lorsque le tout est réduit à siccité, il pousse à la fusion.
M. Tilloy a prétendu qu’il suffisait de dissoudre le cyanure de po¬
tassium dans l’eau pour qu’il subisse une complète décomposition, c’est
une erreur; la réaction est assez lente, et elle s’arrête à un certain de¬
gré. M. Robiquct a conservé des dissolutions même très-étendues pen¬
dant plusieurs mois, et il s’en fallait de beaucoup que tout le cyanure-
de potassium fût décomposé.
CHOLÉRA-MORBUS.
NOTE SUE LE TRAITEMENT DU CHOLÉRA PAIt l’hüILE DE CAJEPUT.
Dans une note que j’ai remise à l’Académie, au mois d’août dernier,
je lui faisais connaître que, d’après les lettres reçues du Bengale, un
praticien très-répandu avait employé fréquemment l’huile de cajrput
dans le traitement du choléra. Le succès de l’huile du melaleuca ea-
juputi avait été presque conslant, toutes les fois qu’elle avait été admi¬
nistrée de bonne heure dans les prodromes de la maladie, et surtout à la
période de concentration des forces, celle du froid. Je faisais remarquer
en même temps que ce médicament était très-usité dans l’Inde, à l’in¬
térieur, en potions dans les affections hépatiques et dans les coliques-
intestinales, et à l’extérieur, dans les douleurs névralgiques.
Cette communication donna lieu à une discussion très-vive où quel¬
ques membres, justement indignés du trafic honteux que quelques char¬
latans cherchaient à faire aux dépens delà crédulité publique, envelop¬
pèrent dans la même proscription et l’abus scandaleux que voulait faire
( 365 )
le charlatanisme, et l’emploi raisonne' que nous avions recommandé
dans l’espoir d’assurer une nouvelle conquête , à la thérapeutique.
L’huile de cajeput fut présentée comme un poison, et surtout comme un
poison qui devait être absolument rejeté du traitement du choléra, comme
si tous les mc'dicamens énergiques administrés sans prudence et sans con¬
naissances médicales, ne pouvaient devenir des poisons dans les mains
des gens du monde ; tandis que le praticien instruit sait rendre inno¬
cent et faire profiter à la thérapeutique les poisons les plus énergiques.
II fallait donc attendre les résultats de l’expérience; et dès lors j’an¬
nonçais que des essais étaient commencés sur ce moyen thérapeutique,
dans les lieux où régnait le choléra. Je reçus à la fin de septembre de
M. Sanson, qui était parti, sous les auspices du ministère , pour exé¬
cuter ces expériences sous les yeux des médecins du pays, huit obser¬
vations de malades traités par l’huile de cajeput, dans le grand hôpital
des cholériques de Berlin; MM. Merat, Lodibert, Baruel, Hernandez-
Bouriat, avaient bien voulu me fournir les échantillons nécessaires et
dont l’authencitc' n’était pas douteuse.
l)e nouvelles observations me sont encore parvenues; elles ont été
faites par M. Strebel, médecin chargé d’un traitement de cholériques à
Aroalienthrof, et par M. Bremer, envoyé à Danlzick. Je veux seulement
aujourd’hui faire connaître les résultats sommaires des phénomènes ob¬
servés durant l’administration de l’huile de cajeput ; les observations
avec tous leurs détails seront plus tard publiées. On ne peut tirer au¬
cune induction des deux premiers malades sur lesquels on administra le
cajeput ; les difficultés sans nombre qui furent suscitées par des préven¬
tions défavorables firent qu’on choisit d’abord des malades totalement
abandonnés : ils moururent sans qu’on pût observer l’action du médi¬
cament.
Sur les six autres malades observés au grand hôpital de Berlin, et
tous jugés atteints de la maladie au plus haut degré, ainsi que le fait
voir d’ailleurs le détail de ces observations, quatre guérirent : les deux
qui ont succombé ont présenté dans le cours de la maladie les symptômes
du typhus, qui dans cette épidémie a si souvent compliqué le choléra
et accru la mortalité. Des vingt-huit faits observés par M. Strebel, et
dont neuf sont rapportés en détail, deux malades seulement sont morts,
et vingt-six ont été guéris. Dans le même temps il perdit onze malades
sur vingt-cinq qu’il traita par les autres méthodes. M. Bremer a aussi
obtenu de nombreux succès de l’emploi de ce moyen.
L’effet immédiat de l’huile de cajeput, donnée à la dose de douze,
quinze, vingt-cinq gouttes, et quarante gouttes dans une tasse d’infusion
thc'iforme, a été en général d’occasioner un sentiment de chaleur dans
( 366 )
l’estomac, sensation portée une fois jusqu’à la sensation de brûlure; cire
n’a pas été plus marquée dans deux cas où elle a c'te' donnée, quoiqu’il
y eût déjà douleur épigastrique, et gastrite manifeste. Mais quand elle
n’existait pas antérieurement, elle n’a pas produit de douleur épigas¬
trique aiguë. À cette première impression a succédé une chaleur géné¬
rale, et dans les cas les plus graves une vive agitation ; la potion a été
quelquefois vomie, mais le plus souvent les vomissemens et les selles
ont cessé.
M. Strebel faisait ordinairement précéder le cajeputpar un émétique.
M. Bremer l’unissait dans une potion à l’huile de succin.
Ordinairement succédait à la première prise un sentiment de bien-
être; la tête était plus légère, la figure moins tirée , le pouls se rele¬
vait, la peau devenait moins violette, moins froide, la cyanose dispa¬
raissait successivement, ainsi que les sueurs froides; la diaphorèse
s’établissait, les vomissemens et les selles diminuaient, ainsi que les
crampes. Les phénomènes maladifs venant à se reproduire, on revenait au
médicament, et on faisait boire des infusions chaudes de camomille et de
mélisse. Par suite des préventions conçues contre la méthode de traiter
le choléra par les stimulans diffusibles, et en particulier contre le caje-
put, les premières observations ont été faites d’une manière timide ;
on a cessé promptement le médicament; ou bien on l’a associé à du
calomelas; mais les faits observés ensuite par MM. Strebel et Bremer
sont plus francs ; le cajeput a été douné à chaque retour de symptômes,
et à la dose de quarante gouttes, quelquefois combiné avec l’huile de
Dans deux des six premières observations, une gastrite évidente est
survenue quelques jours après l’administration du cajeput; elle a été
combattue, et a facilement cédé à l’application de sangsues à l’épigastre
etaux boissons délayantes. Dans un autre cas une pneumonie du poumon
avait nécessité la saignée, qui a procuré un prompt soulagement. Doit-
on accuser de ces accidens l’huile de cajeput ? Nous ne pouvons pro¬
noncer; mais nous dirons que, dans les nombreux faits observés par
MM. Strebel et Bremer, ces accidens ne se sont pas produits, tandis
qu’on les a observés, souvent même lorsqu’on n’avait pas donné le caje¬
put. D’ailleurs n’y aurait-il pas un immense avantage à substituer une
gastrite facile à guérir aux accidens si promptement mortels du choléra?
Des faits recueillis jusqu’ici, et de l’opinion particulière des méde¬
cins qui ont fait les essais dont nous venons de parler, on peut tirer les
conséquences suivantes :
i° Le cajeput peut être administré avec sécurité et hardiesse, mais
dans les conditions voulues, dans la période de concentration, de froid ,
( 3 6 1 )
de collapsus; et alors ce me'dicament a de'termine' une prompte réaction
qui a été favorable.
2 ° L’effet de cette réaction a etc le plus ordinairement de rappeler
l’exercice des fonctions anéanties $ la circulation s’est ranimée , les
sueurs froides ont fait place à la chaleur de la peau, à la diaphorèse ;
les sccre'tions urinaires se sont rétablies, les vomissemens et les selles
ont disparu, enfin les crampes et l’altération profonde des traits et
l’embarras de la tête ont peu à peu cessé.
3° Ces faits observés constamment peu après que les malades avaient
pris l’huile de cajeput autorisent à ranger ce médicament parmi les
stimulans diffusibles et les diaphoniques.
4° Il semble qu’on ait guéri par ce moyen plus sûrement et plus
promptement que par aucune autre méthode.
5° Les accidcns inflammatoires ne sont point à craindre ici spéciale¬
ment , et on les combattrait aisément par les saignées.
Enfin cette médication et Je moyen proposé pour la produire méri¬
tent d’clre étudiés sans prévention ; nul doute qu’entre les mains de pra¬
ticiens qui sauront en apprécier les effets et les diriger, elle sera d’une
grande utilité, surtout si on la combine avec les autres ressources que
peut fournir une expérience raisonnée.
Quant aux résultats des autopsies cadavériques, elles démontrent que
quand la maladie a duré un certain temps, et que la réaction est sur¬
venue, il y a une immense injection des capillaires des intestins , pous¬
sée jusqu’à leurs dernières ramifications : on voit aussi un grand dé¬
veloppement des follicules et des glandes de Peyer qui sont tuméfiées,
saillantes, d’une demi-ligne à une ligne de diamètre, grisâtres, et dont
l’orifice large est béant et marqué par un point noir. Toutes ces circon¬
stances peuvent sans doute établir qu’à une certaine époque le choléra
consiste essentiellement dans une phlegmasie de l’estomac et des intes¬
tins , tandis que des ouvertures nombreuses de cholériques qui ont
succombé dans les premières atteintes, ont montré qu’il n’y avait alors
aucune altération appréciable du tube intestinal. Or, c’est avant le
développement de cette phlegmasie que le cajeput doit être administré
pour rompre la première perturbation vitale , celle qui se manifeste par
une concentration ou par un colapsus, souvent mortel immédiatement.
Le cajeput, le succin, le Colombo, les potions camphrées, le sulfate de
quinine, lesuccinate d’ammoniaque ont tous été donnés dans le but de
détruire cette perturbation et de prévenir la réaction funeste qui doit en
être la suite, en provoquant une réaction prématurée plus modérée ,
physiologique, pour ainsi dire, et que l’art pourrait diriger : c’est donc
parmi les stimulans diffusibles qu’il faudrait ranger cette action qui,
( 368 )
d’après des expériences modernes, ne s’exercerait pas moins sur les
fluides et sur le sang en particulier que sur les solides, modifiant ainsi
d’une manière generale les diverses fonctions de l'économie.
Chantourelle.
— Statistique de la mortalité' du choléra-morbus. — La morta¬
lité du choléra-morbus est bien moins effrayante qu’on ne se l’imagine
communément. Nous avons déjà fait connaître combien le nombre des
personnes atteintes des ravages de cette maladie diminuait à mesure
qu’elle s’approchait de nous; le tableau suivant indiquera le chiffre
exact de la proportion des morts qui ont eu lieu dans les villes dési¬
gnées depuis l’invasion du choléra jusqu’au soixante-huitième jour de
On a compte à Lembcrg.. sur i ,000 hab. 5 "] morts.
Mittau. Id. . . 37
Riga. Id. . . 32
Posen. Id. . . 19
Dantzig. Id. . . 14
Kœnisberg. Id. . . 14
Pétersbourg. . . Id. . . i3
Ubing. Id. ..11
Stettin. Id. . . S
Berlin. Id. . . 5
Vienne.. . Jusqu’au48 e jour. Id. . . 3
Breslau.. . Jusqu’au 36'joui. Id. . . 6
Magdeboui g. Jusqu’au u8 c jour. Id. . . 6
Hambourg. Jusqu’au 28 e jour. Id. . . 3
VARIÉTÉS.
— Emploi de la calamine pour prévenir les cicatrices dans la
petite-vérole confluente. — Un jeune homme de vingt-deux ans,
parvenu an dixième jour d’une variole confluente , était épuisé par des
ulcérations de six à sept pouces d’étendue, sur les hanches, les fesses
et le coccix, provenant de ce que les draps du lit adhéraient à la sur¬
face suppurante des pustules. M. George eut l’idée de couvrir et de te¬
nir constamment couvertes toutes les surfaces dénudées d’une couche
épaisse de calamine préparée et pulvérisée. Au bout de quatre jours,
l’épiderme était reformé dans tous les points, et le malade guérit
promptement. Es examinant plus tard ces parties, on ne put découvrir
aucune trace de cicatrice, non-seulement des ulcérations, mais même
des nombreuses pustules qui les environnaient. M. George rapporte,
dans la Gazette médicale de Londres, plusieurs autres cas semblables
qui viennent confirmer l’efficacité de la calamine dans ces circonstances.
( 36g )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
C0NS1DÉBATI0NS PBATIQUES SUE l’eMPLOI DU PBOTO-IODUBE DB
MEBCUBE DANS LE TBAITEMENT DES SYPHILIDES, PAB M. BIETT,
MÉDECIN DE l’hOPITAL 8AINT-LOUIS.
De toutes les combinaisons de l’iode, celles qui ont e'te' étudiées avec
le plus de soin, et sur lesquelles on a acquis les connaissances les plus
certaines, sont les iodures de mercure. Introduits dans la thérapeutique
presqu’en même temps que l’iode, ils ont e'te' examinés par plusieurs
praticiens célèbres, qui ont distingué avec beaucoup de soin les cas
dans lesquels ils pourraient être employés avec avantage.
L’époque précise de l’introduction des iodures de mercure dans la
thérapeutique remonte à 1821. Je crois les avoir employés le premier à
l’hôpital Saint-Louis, dans la division Saint-Mathieu ; mais la première
idée appartient évidemment au respectable professeur Odier de Genève.
Au mois de septembre 1814-. au moment de faire un voyage en Italie,
je m’arrêtai quelques semaines à Genève, et j’assistai à plusieurs séan¬
ces de la Société de médecine de cette ville. Dans l’une de ces séances,
M. Odier montra à ses confrères un échantillon d’iode combiné au mer¬
cure. La découverte de M. Courtois était connue depuis peu en Europe.
M. Odier prédit le succès de la combinaison iodurc'c qu’il présentait.
Selon ses prévisions, elle devait être un jour un des me'dicamcns les
plus énergiques. J’avais conservé le souvenir des paroles de ce prati¬
cien si vénérable ; mais distrait par d’autres soins à mon retour à P. ris,
j’ajournai l’occasion de commencer quelques expériences. Ce ne fut que
lorsque la belle découverte de M. Coindet fut annoncée dans les jour¬
naux scientifiques que les paroles de M. Odier me revinrent à la pen¬
sée. J’obtins , peu de jours après , de M. Hemyr, chef de la pharmacie
centrale, plusieurs échantillons de combinaisons d’iode et de mercure à
diverses proportions, le deuto-iodure et le proto-iodure.
Essayées d’abord à des doses légères, ces deux substances produisi¬
rent des effets remarquables dans quelques ulcérations syphilitiques.
Le deuto-iodure dut être employé avec plus de précautions, ses effets
étant plus énergiques et plus actifs. Le proto-iodure sembla au con¬
traire beaucoup plus facile à manier. Les surfaces sur lesquelles le mé¬
dicament était appliqué éprouvaient une modification rapide, sans qne
la sensibilité fût excitée au-delà de certaines limites. Ces me'dicainens
TOME I. u5
( 3 7 o )
furent employés plusieurs années de suite avec des succès réels. Nous
ne nous bornâmes pas â en faire usage dans les affections syphilitiques,
ils furent essayes dans divers genres d’affections du système dermoïde.
C’est ainsi que le deuto-iodure fut employé' avec des avantages suivis
dans quelques formes dé psoriasis, particulièrement dans les psoriasis
diffusa et inveterata, le lupus. Le proto-iodure fut egalement mis en
usage dans la mèritagre et P acné et dans quelques affections papu¬
leuses. Ces expériences étaient connues d’un grand nombre d’élèves;
elles avaient été suivies même par des praticiens distingués ; avant
1824, ces expériences avaient été mentionnées dans plusieurs ouvrages
généralement connus. On doit donc s’étonner que depuis on ait présenté
à l’Institut des formules dans lesquelles on indique ces préparations
iodurées comme si elles étaient connues et employées seulement depuis
1828. Dès 1822, le célèbre Brcra, de Padoue, avait préconisé l’em¬
ploi des iodures de mercure, ainsi qu’on peut le voir dans les formules
nombreuses qui ont été publiées cette même année, et qui ont été tra¬
duites en français.
Depuis 1826 nous avons tenté l’usage de ces préparations iodurées à
l’intérieur. Le proto-iodure a d’abord été employé avec les précautions
convenables, aux doses les plus minimes, en observant avec soin les
effets qu’il produisait sur les organes digestifs. En etudiant peu à peu
son action, on a pu s’assurer qu’il ne portait qu’une excitation très-
légère sur la muqueuse du conduit alimentaire; que presque jamais il
ne déterminait d’irritation , ne donnait lieu à du dévoiement ni à des
coliques un peu marquées.
Son action étant ainsi étudiée, il a été facile d’appliquer ce médica¬
ment à plusieurs maladies syphilitiques delà peau. C’est sur ces formes
particulièrement que ce médicament a été surtout dirigé , car les mala¬
dies syphilitiques primitives se modifiant souvent sous l’influence du
régime, des boissons émollientes et des soins de propreté, il eût été dif¬
ficile de tirer des conséquences rigoureuses de ses effets dans des cas de
ce genre. Dans les affections syphilitiques , au contraire, où le système
dermoïde est profondément altéré , la nature fait peu d’efforts , et le
régime seul exerce peu d’influence, quoi qu’en aient pu dire des prati¬
ciens qui se sont par trop passionnés pour des méthodes nouvelles.
Le [iroto-iodure a été employé dans des cas de syphilides tubercu¬
leuses , de syphilides papuleuses, de syphilides pustuleuses, de sy¬
philides serpigineuses, dans quelques cas plus graves encore où ces
formes étaient compliquées d’ulcérations du derme ou d’altérations
des os. Dans le plus grand nombre fie ces cas, les modifications ob¬
tenues ont été très-promptes; c’est ainsi qu’au bout de six à dix jours
C H 1 >
on a vu souvent des tubercules assez volumineux, et répandus en grand
nombre sur la péiiphérie du corps sc flétrir, s’effacer, et marcher rapi¬
dement à la résolution. Ces effets sont obtenus presque toujours avec
des doses légères : quinze ou vingt grains du médicament, par exemple,
introduits dans l’économie animale, suffisentd’abordpour produire ces
effets généraux. Il est vrai de dire aussi que, dans quelques cas très-peu
nombreux, la modification n’a point lieu; l’affection reste la même,
et le médicament échoue complètement ; mais les cas de ce genre
sont si rares que je puis dire qu’on n’en peut compter, sur plus de
cent cinquante observations, que trois exemples , et encore ces cas
avaient résisté à plusieurs autres traitemens faits avec tout le soin et
toute la persévérance possibles.
J’ai dit que le proto-iodure avait quelquefois réussi dans des cas de
syphilis constitutionnelle très-grave, très-ancienne, et dans lesquels
plusieurs systèmes étaicnt.simultanéinent affectés, le système dermoïde,
le système muqueux et le système osseux. Voici un de ces cas :
Un vieillard de soixante-dix ans, chez lequel la maladie était très-
ancienne , et S’était reproduite à diverses reprises par des symptômes
différons, fut admis à l’hôpital Saint-Louis dans l’été de i83o. Il avait
des ulcérations de la plus mauvaise nature, coupées à pic, réunies par
des lambeaux de peau flétrie, à bords durs, calleux ; de plus,
le coronal était profondément carié vers le bord de l’orbite droit; une
fistule profonde sillonnait la peau et pénétrait dans l’épaisseur de la
propre substance de l’os, largement carié. Cet homme fut mis à l’usage
du proto-iodure de mercure, dans la seule vue d’examiner si le médi¬
cament exercerait une action quelconque sur une maladie aussi grave,
et que l’on pouvait considérer comme incurable. Quel fut notre étonne¬
ment quand nous vîmes les ulcérations s’améliorer, perdre leur aspect
grisâtre ; leurs bords calleux se ramollir, s’étendre, et commencer une
cicatrisation qui, quoique irrégulière, n’en fut pas moins solide ! Au bout
de six semaines la fistule du front se cicatrisa sans qu’il fût possible de
s’assurer si quelque exfoliation de la table externe du coronal avait eu
lieu.
Dans deux autres cas de syphilides tuberculeuses graves, répandues
sur la totalité de l’enveloppe tégumentaire, on avait essayé l’iode, suivant
la méthode de M. Bichon, et quoique l’usage de ce médicament énergi¬
que eût été continué chez l’un de ces malades près de deux mois , et
chez l’autre environ cinquante jours, il n’y avait eu aucune modifica¬
tion appréciable dans la couleur et la forme des tubercules. A peine
avait-on commencé l’emploi du proto-iodure, après quelque temps de
repos, que ces tubercules marchèrent promptement à une résolution
25.
( 3 7 2 )
complète, et la guérison se maintint chez l’un et chez l’autre; car plu¬
sieurs mois après ils furent encore examinés sans qu’on put retrouver
la moindre trace de la maladie.
Dans un cas très-intéressant, que j’ai observé avec mon honorable
confrère M. Miquel, la forme tuberculeuse syphilitique était très-remar¬
quable : toute la peau en était couverte chez un homme d’un âge mûr,
et chez lequel il paraissait difficile de remonter à des symptômes pri¬
mitifs bien caractérisés : aussi niait-il jusqu’à un certain point la possi¬
bilité de la nature syphilitique de l’éruption ; toutefois le proto-iodure
fut employé , et son administration surveillée par M. Miquel; à peine
un mois s’était-il écoulé que toute l’éruption avait marché vers une
résolution complète , en ne laissant d’autres traces qu’une teinte livide
sur les points qui avaient été le siège des tubercules.
Il serait facile de présenter ici une masse considérable de faits ; je
les réserve pour les leçons cliniques que je me propose de publier dans
peu de mois; elles auront, je l’espère, un certain intérêt pour les pra¬
ticiens qui s’occupent de thérapeutique, et qui ont appris dans l’étude
des maladies chroniques à appliquer avec soin et discernement les res¬
sources si nombreuses et trop négligées de la matière médicale. Je rap¬
procherai ces faits par groupes , et j’en tirerai des indications rigou¬
reuses dont il sera facile de constater la vérité par des recherches sem¬
blables; car ces expériences , que j’ai faites dans le but d’étendre le
domaine de la thérapeutique , ne présentent rien de difficile; elles sont
simples, faciles à suivre, et les effets peuvent être constatés avec exac¬
titude, pour peu qu’on prenne soin d’observer les faits et de tenir
compte des médicamens.
Le proto-iodure de mercure a été d’abord essayé à la dose d’un grain
par jour; mais bientôt j’ai acquis la certitude qu’il pouvait être pris, sans
aucune espèce de danger, à des doses plus considérables; et c’est ainsi
que, dans plusieurs cas, je l’ai porté jusqu’à six grains. Cependant, en
général, cette dose est trop forte , et il est inutile d’ailleurs d’y arriver,
puisqu’on obtient des mod fications non équivoques , par des doses
beaucoup plus faibles. Chez plusieurs individus , les modifications
ont été obtenues à la quantité d’un seul grain par jour, continué pen¬
dant quarante-cinq ou cinquante jours. Chez d’autres elle a été
portée à deux grains; mais la modification n’c'tait pas proportionnel¬
lement plus rapide qu’à un grain. Dans quelques cas graves, et chez
les sujets peu susceptibles dont les organes digestifs ne présentaient
d’ailleurs aucune apparence d’irritation ni même de disposition à
s’irriter, la dose a été portée à quatre grains par jour, en divisant en
plusieurs prises. Chez ceux-ci, nous avons quelquefois observé un gon-
( 3 7 3 )
flement des gencives peu marque', mais assez pour ne point insister sur
l’emploi du me'dicament ; jamais de ptyalismes complets, tels que ceux
qu’on observe à la suite de l’emploi des frictions mercurielles avec
l’onguent napolitain ou avec la pommade citrique. Chez d’auties, nous
avons observé aussi quelques légères coliques accompagnées d’un peu
de diarrhée ; mais ce symptôme est difficile à bien observer dans les
hôpitaux, c’est-à-dire qu’on ne saurait toujours l’attribuer à telle ou
telle médication, parce qu’on voit souvent plusieurs malades, qui ne
sont pas sous l’influence de la même méthode thérapeutique , éprouver
les mêmes accidens : ce qui tient sans doute au régime quelquefois peu
convenable auquel les malades des hôpitaux sont assujétis. Ce seul
doute doit rendre très-circonspect sur les inductions à tirer de l’action
immédiate des médicamens sur les organes digestifs.
Il ne nous a pas paru possible d’adopter une quantité absolue de
proto-iodure pour obtenir une guérison complète. En général nous
avons continué l’usage du remède pendant quelques jours, et quelque¬
fois deux semaines après la résolution complète des éruptions. Jusqu’à
présent il n’y a pas eu de récidives bien caractérisées. Chez la plu¬
part des individus jeunes, forts, et chez lesquels le traitement est con¬
tinué sans interruption, nous avons porté la dose totale jusqu’à un gros
et demi ou deux gros ; chez d’autres, un gros a suffi pour produire
toutes les apparences d’une guérison complète. Il en est chez lesquels
nous avons pu la constater plus de deux ans après.
Non-seulement le proto-iodure a été introduit dans les voies diges¬
tives avec avantage, mais encore nous l’avons appliqué quelquefois avec
un succès très-remarquable dans les ulcérations du système muqueux.
C’est ainsi que, chez un soldat suisse très-vigoureux et dans la fleur de
l’âge, une ulcération syphilitique très-grave, qui occupait la paroi pos¬
térieure du pharynx, les piliers du voile du palais, et même le pourtour
de la glotte, car la voix était profondément altérée, s’est modifiée avec
une rapidité extraordinaire par des applications de proto-iodure dé¬
layé dans du miel rosat. Cette ulcération , de forme très-grave, puisque
nous avons pu craindre qu’elle ne fut de nature cancéreuse, avait ré¬
sisté à plusieurs traitemens méthodiques suivis avec la plus grande
exactitude et une persévérance à toute épreuve de la part du malade et
du médecin; elle avait constamment résisté aux applications du collyre
de Lanfranc, aux gargarismes avec le deuto-chlorure, avec la liqueur
de Labarraque, etc. ; elle se cicatrisa parfaitement et d’une manière
solide par les applications de proto-iodure de mercure.
Chez un valet de chambre anglais, qui est encore dans les salles du
pavillon Saint-Mathieu, des ulcérations également très-graves de la
( 3 7 4 )
paroi postérieure du pharynx et du voile du palais ne se sont cicatri¬
sées que par les applications du proto-iodure de mercure; elles avaient
résisté; a un traitement par la liqueur de Van-Swiétcn et les sudori¬
fiques.
Chez une femme âgée, quej’ai observée avec mon excellent ami, M. le
docteur Alphée Cazenave, des ulcérations du plus mauvais caractère
occupaient toute la gorge; le voile du palais, le pharynx et la langue
même étaient profondément silonnés. La déglutition était très-difficile,
surtout celle des liquides; la guérison paraissait impossible, puisque
plusieurs praticiens recommandables avaient tenté de vains efforts. Ces
ulcérations cédèrent cependant à des applications faites plusieurs fois
par jour avec le proto-iodure de mercure. Ces faits se multiplieraient
à l’infini si nous voulions seulement en rapporter le sommaire.- Je fi¬
nirai ces considérations purement pratiques, par quelques formules
auxquelles nous nous sommes plus particulièrement arrêté, après des
essais multipliés pour la recherche des doses.
Dans les cas simples, le proto-iodure dé mercure est donné sous
foi'mepilulaire,mêlé avec une substance inerte, la poudre de guimauve,
par exemple. Voici la composition des pilules que nous employons le
plus ordinairement :
Of Proto-iodure de mercure. . . 5 j.
Poudre de guimauve .... 3 j.
F. 7a pilules.
Autre formule.
if. Proto-iodure de mercure. . . 3ij.
Thridace. 315 .
Extrait de gayac.3 j.
Pour faire 48 pilules.
On commence par une seule pilule les trois premiers jours, et on aug¬
mente graduellement tous les deux ou trois jours d’une pilule, selon les
indications éventuelles, jusqu’à trois ou quatre par jour en divisant en
deux prises, l’uné le mâtin à jeun, l’autre une heure après le repas,
ou le soir avant le coucher. En général nous n’employons simultané¬
ment avec ces pilules que des infusions assez peu énergiques ; nous pré¬
férons toutefois celle de saponaire , dont les malades ne se dégoûtent
pas) oti y ajoute un peu de sirop de gomme ou de capillaire.
Dans quelques cas, quand la maladie est ancienne, que l’éruption
est accompagnée d’une teinte flétrie, nous préférons à la poudre de
guimauve celle de gayac ou bien l’extrait de ce bois : les proportions
( 3 7 5 )
sout les mêmes. Enfin, dans les cas où les syphilides de diverses for¬
mes coïncident avec des altérations du système .osseux ou des douleurs
osléoscopes, nous combinons le proto-iodure avec l’extrait d’aconit ou
la thridacc, et nous avons vu de ce mélange des effets réellement utiles.
Quand on emploie le proto-iodure de mercure en applications sur des
ulcérations du système muqueux à la gorge, par exemple, on le délaie
dans la proportion d’un douzième dans du miel rosat.
Je ne parle pas ici de l’application du proto-iodure sur le système
dermoïde, j’en ai dit quelques mots dans la première édition du For¬
mulaire de M. Ratier, publié en 182a. Plus tard je présenterai dans
ce journal quelques considérations sur l’emploi du deuto-iodurc de mer¬
cure et sur quelques autres méthodes essayées comparativement.
POUDRE DE SANCY, REMÈDE CONTRE LE GOÎTRE, APPROUVÉ PAR
l’académie DE MÉDECINE.
Bazièrc est un honnête Normand qui, pendant quinze ans, a voi¬
ture' fort paisiblement toiles et cotons sur les routes de la Bretagne.
L’intérêt de son commerce l’appelait, tous les ans, à Rouen, où il
avait coutume de se pourvoir. Or il y a là un de scs frères que le ciel
a doué d’une fille grande, bien.faite, et fraîche comme on l’est à dix-
huit ans. Elle eût passé pour jolie si n’eût été un énorme goitre qui dé¬
rangeait l’harmonie de scs traits. Quel dommage, disait le bon oncle,
que ma nièce ait un si vilain cou ! L’année d’ensuite nouveau voyage à
Rouen, nouvelle visite au frère. O miracle ! ô surprise ! mademoiselle
N.... n’a plus de goître! Après les premiers épanchemcns de la joie ,
Bazière interroge, il questionne tout le monde , il veut savoir quel est
l’habile médecin qui a opéré ce prodige, car il lui réserve le plaisir
d’en faire un second sur une demoiselle, sa voisine, que tous les dons
de la fortune ne peuvent consoler de l’infirmité qui l’afflige. Chaque
mot qu’il eDtend ajoute à son étonnement. Cet habile médecin est une
bonne femme, autrefois religieuse et maintenant rendue à la vie séculière.
Il demande son nom, elle s’appelle madame de Sancy; son adresse, elle
demeure rue des Canettes, Muni de ces renscigncmens, Bazière va droit
au lieu désigné. Hélas! madame de Sancy a quitté la ville, elle habite
un petit village dans les environs de Gournay, à dix lieues de Rouen.
Dix lieues ! c’est bien loin ! Néanmoins, soutenu par le désir d’être utile,
Bazière monte à cheval, il arrive, il voit madame de Sancy, et lui de¬
mande en grâce quelques paquets de sa poudre. « Hélas, dit-elle, je
( 3,6 )
suis si vieille que je n'ai plus la force de la préparer, C’est un travail
très-fatigant. Eh quoi ! reprit notre voyageur, aurai-je fait tant de
chemin pour rien! Veuillez du moins me donner votre recette; vous
êtes pieuse, elle ne doit pas être perdue. — Je l’ai refusc'e à des per¬
sonnes qui me tenaient de plus près que vous. —Tant pis. Le ciel, qui
vous a rendue depositaire d'un si pre'cieux secret, n’entend pas "qu’il
pe'risse avec vous. Sans doute vous en avez fait jouir beaucoup de mal¬
heureux ; mais soyez persuadée que, s’il est doux de faire du bien pen¬
dant sa vie, il est consolant au moment d’en sortir de laisser après soi
les moyens de le continuer. » Telles furent à peu près les paroles de
Bazière. La bonne vieille, touche'e, remit sa réponse au lendemain. Ba-
zière revint à l’heure indiquée. « Je suis parvenue, lui dit-elle, jus¬
qu’à l’âge où vous me voyez sans vouloir communiquer mon secret à
personne; mais je sens que ma fin approche. Je n’ai pas de proches
parens, vous me paraissez un brave homme; et puis, je ne vous le ca¬
cherai pas, la Providence m'a fait connaître cette nuit sa volonté dans
un songe : elle m’a dit que c’est à vous que je léguerais mon plus pré¬
cieux héritage. Mais, ajouta la bonne vieille, j’y mets une condition :
c’est que, si vous laites payer le riche, vous n’exigerez rien du pauvre. »
Après avoir accepté le traité, Bazière reçoit avec transport les in¬
structions de sa bienfaitrice et regagne scs foyers. Adieu commerce!
adieu Bretons! La fortune cette brillante enchanteresse, se présente à
hii dans ce qu’elle a de plus séduisant; il croit la voir dans la capitale
de sa province, il y court. Il rencontre un médecin auquel il lait part
des mille projets qui lui passent par la tête ; cependant il apprend qu’il
y a, dans le couvent d’Ernemont, trois demoiselles qui ont des goitres;
il offre de sa poudre à la sœur Saint-Cyprien, elles guérissent toutes
les trois. Dès lors Bazière, ne doutant plus de l’heureuse destinée qui
l'attend, cherche un plus grand théâtre : le voilà à Paris. Dirai-je les
rencontres qu’il y fait, les séductions dont il est entouré, les illusions
dont il se nourrit, le désespoir de sa famille, les traverses qu’il éprouve,
et son inébranlable fermeté? Non; je n'ai que trop cédé au plaisir de
tracer l’histoire de mon héros. On me pardonnera peut-être quand on
saura que son remède est le seul, je le répète, le seul que l’Académie
ait approuvé, après deux rapports faits à la distance de trois ans l’un
de l’autre, et par des commissaires différens.
Commençons par le premier. Au mois de décembre 1826, l'Acadé¬
mie fut consultée par le ministre de l'intérieur sur une poudre dite de
Sancy, nouveau remède contre le goître. La commission des remèdes
secrets était alors composée de MM. Portai, Itard, Baffos, Réveillé-
Parise, Boudet, Henry fils, Burdin aîné, et Guéneau de Mussy, rap-
( 3 77 >
porteur. Les goitres c'tant fort rares à Paris, elle crut pouvoir chercher
des sujets d’expériences partout où elle pourrait espe'rer d’en trouver,
pensant avec raison que la seule chose essentielle e'tait de re'unir des
faits dont l’exactitude ne pût ê:re contestée. Il y avait alors à Ver¬
sailles un re'giment de Suisses où les goitres e'taient très-communs ; elle
se mit en rapport avec le chirurgien-major, M. Kœmpfer, et le pria de
vouloir bien essayer le nouveau remède. M. Kœmpfer s’y prêta de la
meilleure grâce du monde. Il a soumis sept militaires à ce traitement
et une dame de trente-deux ans. La commission adressa la même
prière aux correspondons de l’Academie qui résident à Rouen ; elle
en a reçu sept nouvelles observations, dont quelques-unes sont accom¬
pagnées de circonstances remarquables.
Enfin la commission elle-même a traité deux goitres, les seuls qu’elle
ait rencontrés. Ainsi nous avons en tout dix-sfept faits; mais ils présen¬
tent tous, dit le rapport, une conformité vraiment remarquable et
que Von obtient bien rarement quand il s'agit des effets d'un re¬
mède.
« En les rapprochant, nous voyons que la poudre de Sancy a opéré huit
» guérisons complètes, et que, dans tous le cas où l’on n’est pasar-
» rivé au même terme, il n’a jamais fallu en accuser l’impuissance du
» remède, mais l’interruption du traitement, causée, soit par la répu-
» gnance des malades, soit par leur déplacement, soit par d’autres
» causes indépendantes de l’action du médicament. C’est ce qui a été
» particulièrement constaté sur les militaires traités à Versailles. Deux
» d’entre eux ont été complètement guéris au bout de deux ou trois
» mois, l’un d’un goitre de trois ans, l’autre d’un goitre si ancien qu’il
» ne pouvait se rappeler l’époque à laquelle il avait commencé; mais
» tous ont éprouvé une action qui, si elle s’est fait attendre plus ou
» moins long-temps, une fois manifestée , a été constamment progres-
» sive tant que le traitement a continué.
» En un mot, la commission n’a pas eu connaissance d’un seul
» cas où la poudre de Sancy se soit montrée sans action sur les engor-
» gemens de la glande thyroïde et du tissu cellulaire environnant. Elle
» ne croit pas devoir noter comme une exception le cas d’une dame de
» quarante-huit ans, portant, depuis un grand nombre d’années, un
» goitre volumineux, et qui, à la fin de juillet dernier, faisait, de-
» puis deux mois, usage de la poudre de Sancy, sans avoir obtenu
» aucun résultat. D’autres faits autorisent à ne pas désespérer de
» voir encore des effets curatifs se manifester ; et il convient d’ailleurs
» d’observer que cette dame n’a pris la poudre que deux fois chaque
» jour. »
’( 3 7 8 )
La duree du traitement, dans les cas où il a e'té continue' jusqu’à
une guérison complète, a varié depuis deux mois jusqu’à deux ans.
En général, l’action du médicament a été d’autant plus tardive et plus
lente, que le goitre était plus ancien , plus dur, et qu’il affectait da¬
vantage le corps même de la glande thyroïde. Sur le nombre, il s’en
est trouvé un qui était mou et indolent, et, quoiqu’il fût assez considé¬
rable, quoiqu’il existât depuis plus de dix ans, quoiqu’il eût résisté
aux préparations d’iode, il a suffi de trois mois pour le dissiper com¬
plètement.
Ce n’est pas le seul exemple où cette poudre ait réussi là où l’iode
avait échoué j mais ce qui établit entre ces médicamcns une différence
capitale , c’est, dit le rapport, que l’usage prolongé de l’iode amène
un amaigrissement considérable, fond, atrophie les glandes mam¬
maires , tandis que le remède de Bazière n’a aucun de ces inconvé-
niens.
Ici le rapport rappelle une observation communiquée par M. Blan¬
che , médecin en chef de l’hospice général de Rouen. Une jeune per¬
sonne de treize ans portait, depuis plusieurs années, un goitre assez vo¬
lumineux, qui faisait encore des progrès sensibles. Elle sc soumit au
nouveau traitement, et obtint une guérison complète, laquelle, il est
vrai, se fit attendre dix-huit mois. Mais M. Blanche remarque que la
menstruation s’établit dans cet espace de temps, et que les seins prirent
le développement que comportaient l’âge et la force de celte jeune de¬
moiselle.
II n’entre pas dans le plan de cette note de rappeler des observations
particulièresj néanmoins nous en choisirons une seule, c’est la der¬
nière. Nous abrégeons. M Ile de C., issue d’un père goitreux, âgée de
vingt-huit ans, portait, depuis l’âge de sept ans, un goitre fort dur,
et du volume d’une grosse orange. Elle avait tout lait pour s’en débar¬
rasser. Non-seulement elle avait usé des préparations d’iode, aux¬
quelles elle avait fait le sacrifice de sa gorge, mais encore elle employa
jusqu’à la cautérisation , tant la guérison lui tenait à cœur. Ayant en¬
tendu parler de la poudre de Sancy, elle voulut en essayer. Pendant les
quinze premiers jours, point d’effet apparent ; mais, de la troisième à
la cinquième semaine, la tumeur diminua sensiblement. Dès le mois de
juillet (le traitement avait été commencé en mai), elle était réduite au
tiers. Malheureusement, à mesure que la peau s’affaisait et revenait sur
elle-même, les cicatrices, résultat de la cautérisation, devenaient tel¬
lement hideuses que M lle de C. se relira à la campagne, et suspendit
volontairement le traitement, précisément parce que le succès en était
trop réel et trop rapide.
( 379 )
Tel est le premier rapport lu en séance, le i septembre 1828, après
un examen de vingt mois.
La conclusion finale était qu’il « y a lieu d’appliquer au sieur Ba-
» zière les dispositions favorables du décret du 18 août 181 o, et à
» inviter le ministre de l’intérieur de traiter avec lui afin que le pu-
» blic puisse profiter d’un remède qui, tout en paraissant doué d’une
» assez grande efficacité pour la guérison des goitres, s’est montré jus-
» qu’à présent exempt de tout inconvénient. »
Il faut expliquer ces paroles. La loi réserve aux seuls pharmaciens
l’autorisation de vendre des médicamens, et cette disposition est sans
doute fort juste ; elle se paie assez cher. D’un autre côté, si un homme
étranger aux sciences médicales découvre on trouve par hasard un re¬
mède utile , il est juste aussi qu’il tire parti de sa découverte. Dans cet
état de choses, le législateur a compris qu'il était du devoir du gou¬
vernement d’acheter ce remède et de le répandre, après avoir toutefois
indemnisé convenablement le possesseur, comme il indemnise le proprié¬
taire auquel il enlève sa maison, dans des vues d’utilité générale.
C’est le cas où se trouve Bazière. Reste que la législation n’admet pas
de remède secret. Si vous dites en avoir un, l’autorité le fait examiner;
s’il est bon, elle l’achète ; elle le défend s’il est mauvais, dans l’intérêt
du public, auquel elle doit protection.
Il s’agissait donc d’acheter la poudre de Sancy. C’était la première
fois que l’académie entendait une pareille proposition. Elle ne fut ni
rejetée ni accueillie. M. Double, appuyé par M. Larrey, ou M. Larrey
appuyé par M. Double , crut que dix-sept faits ne pouvaient justifier la
conclusion de la commission. En vain fit-on observer que si les faits
étaient peu nombreux, ils déposaient tous, sans exception, de la bonté
du remède, ce qui est presque sans exemple en médecine ; l’académie
se rangea de l’avis des opposans, et il fut arreté que l’on poursuivrait
les expériences. Toutefois il ne parut pas juste que Bazière en fit les
frais, et l’on demanda à titre d’indemnité 1,200 francs, qui furent ac¬
cordés sur-le-champ par l’administration de l’époque.
Cependant le temps de dissoudre la commission était venu, elle se
sépara en léguant à une autre la tâche qu’elle avait commencée. La nou¬
velle commission se compose de MM. Portai, Émery, Lodibert, Capu-
ron, Chomel, Guibourt et Loiseleur des Longchamps.
Elle a fait son rapport, le i3 décembre 1831 , trois ans après le
premier. Dans ce long espace de temps, elle n’a pu réunir que six
goitreux. Trois ont obtenu une guérison complète, et il est à remar¬
quer que l’un de ces goitres était ulcère'. Un autre a éprouvé une amé¬
lioration sensible. Enfin, sur les deux derniers, la poudre de Sancy,
( 38o )
dit le rapport, n’a produit que peu d’effet, mais , ajoutc-il, il est juste
de faire observer que le traitement a e'te' abandonne' au bout de deux
mois.
S’il en est ainsi, il est évident qu’on ne peut rien conclure de ces
deux cas; il faut les considérer comme non avenus. Car la poudre de
Sancy agit lentement, et si l’on se rappelle le premier rapport, on sait
qu’un malade a dû en continuer l’usage pendant 18 mois pour arriver
à une entière guérison. A la vérité, ce n’est pas l’ordinaire : le temps
moyen est de quatre à six mois.
Il nous reste à parler du mode d’administration de ce médicament.
La dose est de soixante grains, divisée en trois paquets, que le malade
prend dans la journée, le matin, à midi et le soir. Mais il paraît qu’on
peut en prendre une quantité plus considérable, non-seulement sans
inconvénient, mais avec avantage. Une femme, que Bazière avait con¬
duite chez un des membres de la commission , fit l’aveu qu’elle en avait
pris jusqu’à six paquets par jour. Le goitre diminuait à vue d’œil.
Néanmoins Bazière, craignant le résultat de cette imprudence, en pré¬
vint le médecin dont nous parlons, qui laissa faire, et le malade se
guérit très-rapidement.
Un point important, c’est que le malade doit avaler la poudre à sec ,
c est-à-dire sans liquide et sans véhicule d’aucune espèce, autre que la
salive qui afflue dans la bouche. On dit que ce mode d’administration
est fort désagréable, au point qu’il s’est trouvé des malades qui ont pré¬
féré leur infirmité au dégoût que leur causait le remède. Mais que
faire? se soumettre : Qui veut la fin veut les moyens.
A l’égard de la composition de la poudre de Sancy, c’est encore un
secret. Nous savons cependant qu’elle est formée de huit substances,
sept végétales et un sel à base alcaline. Les unes sont fort connues et
autrefois fort employées contre le goître, les autres sont inusitées : dans
ce nombre est une espèce de fougère. Du reste, il n’y a point d’iode à
l’état libre, quoi qu’on en ait dit. On a cru que plusieurs de ces sub¬
stances étaient inutiles, et qu’elles pouvaient être supprimées sans
inconvénient. L’expérience a été faite, et, s’il faut s’en rapporter
au possesseur du secret, l’effet du remède n’a pas été le même. Cela
n’est pas difficile à croire. Qui peut apprécier a priori la part de
chacun des principes constiluans d’un corps composé? Si, en chimie,
la combinaison de deux substances donne quelquefois un pro¬
duit doué de propriétés toutes différentes de celles de ses c'iémens,
pourquoi en serait-il autrement en thérapeutique? Aussi, je l’avoue,
quand un homme honnête, digne de foi, me transmet une recette,
à laquelle il attache tel ou tel effet, je commence par m’y conformer
( 38 . ) -
aveuglement, sauf à juger ensuite de son élégance. Après tout, la
me'decine n’est ni un art de luxe, ni un art d'agrément. C’est en dou¬
tant de tout, c’est en rejetant l’autorité’ du passé, c’est en mutilant
les traditions cl les recettes les mieux consacrées, c’est en élevant
sans cesse les sens au-dessus de la raison, que la médecine-pratique est
tombée dans cet état d’impuissance et de déconsidération où nous la
voyons.
Yoilà tout ce qu’il nous est permis de dire aujourd’hui d’une nou¬
velle ressource qui ne nous est encore connue que par les rapports de
l’Académie royale de médecine, et par des confidences particulières ;
mais il est à croire qu’elle fera bientôt partie du domaine public, et les
lecteurs de ce Bulletin en seront instruits des premiers. La seconde
commission , d’accord en cela avec la première, a proposé à l’Acadé¬
mie, et l’Académie a proposé au gouvernement, de faire l’acquisition
de la recette de la poudre de Sancy au prix de cinq mille francs ,
somme, à la vérité, fort modique ; mais l’indemnité du possesseur n’est
pas iri dans ce qu’il aura de l’autorité; elle est dans le jugement de
l’Académie et dans l’influence que ce jugement peut exercer sur l’usage
du nouveau remède.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
REMARQUES PRATIQUES SUR l’oPHTIIALMIE CHRONIQUE.
Dans l’article précédent, où il a été question de l’ophtlialmie aiguë,
j’ai fait remarquer que le praticien était guidé par un diagnostic
certain ; il n’en est pas de même pour l’ophthalmie chronique. La
ligne qui sépare celle-ci de la première n’est pas toujours tracée d’une
manière positive. Certes, en prenant les deux extrêmes, ce diagnostic
est facile; mais diminuez la violence de l’ophthalmie aiguë , augmentez
nn peu le degré d’irritation de l’ophthalmie chronique, et vous arriverez
au point où le caractère incertain de la maladie réduit le praticien au
doute. Ce doute est tourmentant, parce que l’induction pratique n’est
alors ni formelle ni précise. Ces cas sont nombreux et d’un traitement
difficile. En etfet, l’ophthalmie conserve-t-elle un caractère assez pro¬
noncé d’irritation , les moyens toniques accroîtront inévitablement cet
état; l’ophthalmie an contraire est-elle tout-à-fait chronique, les caïmans,
les émollicns prolongés, augmenteront cette disposition en relâchant
la conjonctive, en facilitant la dilatation des vaisseaux de cette mem¬
brane ; de là la persistance de la rougeur de l’œil, la gcnc des raouve-
( 38a )
mens, la faiblesse de la vision, etc. Ajoutons que bien souvent une
ophthalmic chronique, éminemment caractérisée, reprend de temps en
temps le type aigu, sous l’influence des agens extérieurs, et quelquefois
sans cause manifeste et appréciable.
On voit donc : i° que la distinction de l’ophthalmic en aiguë et en
chronique n’est pas aussi facile, aussi tranche'c qu’on le croit et qu’on
l’annonce dans la plupart des traites de chirurgie ou de me'decine ocu¬
laire; 2° que cette distinction est néanmoins très-importante pour obte¬
nir un succès définitif.
Afin d’aider le lecteur praticien dans le choix des moyens à employer
et l'empêcher de tomber dans une sorte de banalité routinière trop com¬
mune , nous poserons quelques principes dont les applications se feront
ensuite d’ellcs-mêmes.
Un des plus c’videns est que tout organe qui a été phlogosé conserve,
dans un temps plus ou moins limité, un degré anormal de sensibilité,
qui rend cet organe très-impressionnable à l’action des agens exté¬
rieurs. Cette disposition, qu’on ne remarque pas assez, rend les réci¬
dives fréquentes ; elle donne aux maladies un caractère tout particulier
de chronicité. Ainsi, tel individu sujet à des esquinancies, à des cory¬
zas, à des hémoptysies, en un mot à des inflammations quelconques, se
trouvant exposé à l’action des causes morbifiques, toutes choses égales
d’ailleurs, éprouvera la maladie dont il a été le plus souvent atteint.
Cela doit cire ; d’une part, l’organe précédemment affecté s’est affaibli;
il a perdu de sa tonicité, de sa force de réaction; de l’autre,il est de¬
venu en meme temps plus sensible, plus impressionnable, double cause,
qui entretient et augmente l’imminence morbide. Ajoutez que plus l’af¬
fection maladive se répète, plus l’organe qui en est le siège est exposé
à en être atteint de nouveau ; c’est ce que l’expérience démontre chaque
jour. Or, si cet effet a lieu pour tous les organes de l’économie, à plus
forte raison doit-il se manifester dans l’œil, doué d’une exquise sensibi¬
lité, toujours exposé à l’action des corps extérieurs, et dont les malades
désirent instamment l’exercice, pour peu que la maladie diminue d’in¬
tensité. C’est là précisément ce qui rend en général l’ophthalmie persis¬
tante , ce qui fait que le traitement en est difficile et la guérison par¬
fois impossible. S’il ne s’agissait, ainsi que le croit le vulgaire, et comme
on le dit dans certains livres, que d e fortifier l’œil par des collyres
stimulons et toniques, rien ne serait plus aisé que la guérison d’une
ophthalmie chronique; mais il n’en est rien; et ce qui la rend opiniâtre,
rebelle à tous les moyens curatifs, facile à reparaître, est cette perma¬
nence d’excès de sensibilité oculaire dont je viens de parler, et dont au¬
cun auteur, que je sache, n’a fait mention. Quelques praticiens s’a-
( 383 )
percevant que les collyres stimulans qu’ils emploient n’ont aucun succès,
en augmentent encore l’activité, persuadés qu’ils sont que la faiblesse
seule de l’œil entretient la maladie. Mais l’événement ne tarde pas à les
détromper5 l’irritation, la rougeur, le larmoiement, augmentent bien¬
tôt en proportion de la stimulation; heurenx encore si l’ophtbalmic
chronique ne reprend pas le caractère aigu, si la sensibilité de l’organe
ne va pas jusqu’à îa photophobie. Cet effet, dit-on, n’est que momen¬
tané; oui, dans certains cas, quandTirritabilité oculaire'est peu élevée,
mais non quand cette irritabilité est prononcée ; distinction importante
que le praticien doit saisir.
Il est si essentiel de ne jamais perdre de vue la sensibilité extra-nor¬
male dont je parle, qu’une ophthalmie aiguë ou chronique, parfaitement
guérie, peut reparaître au même degré d’intensité qu’elle avait. si le
malade ne ménage pas sa vue; il n’est pas même aisé de fixer la durée
de ces précautions et de ces ménagemens : la seule règle est de les pro¬
portionner au degré de violence et de persistance de l’inflammation qui
a précédé. Je pourrais rapporter ici une infinité d’exemples à l’appui
de cette assertion ; je me contenterai d’en citer deux fort brièvement.
Après beaucoup de soins et de précautions, j’avais obtenu la guérison
d’une ophthalmie chronique, dont un homme de lettres était atteint de¬
puis long-temps. Il me fit appeler de nouveau : la maladie avait reparu
après une lecture de trois heures, faite à un jour assez vif. Une dame
vint à Paris pour se faire traiter d’une ophthalmie chronique, qui gê¬
nait singulièrement la vision ; elle guérit. Certaines précautions, et no¬
tamment l’usage très-modéré de sa vue, lui avaient été fortement recom¬
mandés. La malade n’en tint aucun compte; la veille même de son dé¬
part elle fut au spectacle, de tous les excitans d’une vue délicate le plus
actif et le plus dangereux. Dès le lendemain, l’inflammation de l’œil
reparut au même degré d’intensité, et il fallut recommencer un traite¬
ment qui avait duré près de quatre mois.
A la vérité l’ophthalmie chronique n’est pas toujours accompagnée
de cette grande irritabilité dont je parle : il arrive quelquefois qu’elle
n’est entretenue que par une simple dilatation, un état variqueux des
vaisseaux de la conjonctive. Celles-ci sont d’une guérison bien autre¬
ment facile à obtenir que les autres, bien que la rougeur de l’œil étant
plus intense, la maladie semble par cela même beaucoup plus grave.
Les individus lymphatiques, surtout quand ils sont jeunes , sont ceux
chez lesquels en général les vaisseaux de la conjonctive acquièrent com¬
munément cet état atonique : aussi les guérisons sont-elles ici facilement
obtenues, bien qu’on ne doive employer les topiques stimulans qu’avec
ménagement. Deux inconvénicns peuvent en être la suite; il est possible
( 384 )
que l’inflammation passe de l’e'tat chronique à l’e'tat aigu ; puis il peut
se former des taies, des albugos, qu’on ne fait disparaître que par un
traitement aussi long que me'thodique : encore est-il douteux bien sou¬
vent qu’on puisse rendre à la corne'e sa transparence primitive.
Ainsi, toutes les fois qu’il s’agit de guérir une ophthalmie chroni¬
que , que le praticien s’attache donc à distinguer s’il n’y a qu’une simple
dilatation atonique des vaisseaux de la conjonctive, avec peu ou point
de sensibilité', ou bien si cette sensibilité' est encore très-prononcée.
Dans le premier cas, les collyres et les pommades astringentes, dont
on trouve partout la composition, obtiennent un rapide et plein succès :
pour peu qu’on les emploie avec une certaine discrétion , la guérison
est assurée. C’est ici le triomphe des empiriques et des charlatans, em¬
bouchant journellement la trompette de la renommée, pour débiter leurs
drogues et publier leurs miracles. Le malheur est que la spéculation
étant purement mercantile, la santé des citoyens finit toujours par être
compromise.
Mais quand l’ophtlialmie chronique est accompagnée d’un excès de
sensibilité, la guérison exige d’autres soins. Ce cas de pathologie ocu¬
laire est un des plus difficiles. Il exige , de la part du praticien, de la
prudence, de la sagacité, une grande habitude de ce genre d’affections;
du côté du malade, beaucoup de patience et de résignation. En effet,
je ne crains pas de le répéter, si, voulant calmer la sensibilité, on a
recours à l’emploi prolongé des adoucissans, l’œil s’affaiblit, devient
tendre, comme dit le peuple, et ne peut supporter un degré modéré
de lumière. Veut-on augmenter la tonicité des vaisseaux, fortifier l’or¬
gane, un degré d’irritation incommode se manifeste tout d’abord, degré
qui s’augmente si l’on persiste dans l’emploi des stiraulans : il est mal¬
aisé de bien gouverner entre ce double écueil. Voici la marche que j’ai
coutume de suivre quand cette ophthalmie n’est entretenue ni par un
principe spécifique, ni par une lésion organique.
Si le malade est jeune encore, s’il a la figure colorée, s’il est sujet à
des raptus de sang à la tête, je prescris une application d’une dizaine
de sangsues , cinq de chaque côté, le long du trajet des veines jugu¬
laires; je fais entretenir la liberté du ventre, non par des purgatifs ac¬
tifs , mais par des laxatifs réitérés, opérant une révulsion douce et con¬
tinuée sur le canal intestinal (t). Les yeux sont fréquemment baignés
(i)Ce point est assez difficile à obtenir chez certains sujets, comme le savent
très-bien les praticiens. Une cuillerée de mélasse et deux cuillerées d’huile
d’olive battues ensemble et prises régulièrement le soir et le malin m’ont sou¬
vent réussi. Lo célèbre Dcsault s’est guéri d’une ophthalmie chronique en pre-
( 385 )
dans une décoction de tête de pavots, puis dans une infusion de thé.
Si la sensibilité de l’œil diminue , je fais ajouter quelques gouttes d’exp¬
irait de saturne aux liquides précédens , et je passe ensuite à l’emploi
d’une eau légèrement alumineuse. Parvenu à ce point du traitement,
j’observe de nouveau, et avec soin quel est l’état de l’œil. Si la rou¬
geur, si la sensibilité, si le resserrement de l’organe sous l’influence
de la lumière sont diminués, j’ai recours à des moyens plus actifs^ dont
je parlerai dans un instant. Si, au contraire, les vaisseaux de la con¬
jonctive restent engorgés , une saignée tout-à-fait locale me paraît in¬
dispensable. On la pratique, soit en passant légèrement une lancette ou
un petit couteau à cataracte sur la conjonctive palpébrale, soit en ap¬
pliquant une sangsue sur çette surface. Préfère-t-on le premier moyen ,
il faut renverser 1a paupière, faire glisser sur la muqueuse qui la ta¬
pisse l’instrument tranchant, laisser couler quelques gouttes de sang,
abslerger l’œil, le laver avec un peu d’eau fraîche et l’abandonner à
l’air libre. Quant au second moyen, il est bon de prévenir ceux qui
s’en effraieraient que la douleur est absolument nulle, et qu’aucune
congestion secondaire n’est à craindre. J’ajouterai que la sangsue reste
peu de temps appliquée, l’afflux de larmes la faisant tomber prompte¬
ment ; enfin que le sang s’arrête toujours de lui -même avec une grande
facilité. Celte saignée locale doit être répétée selon les effets produits,
notamment si l’on emploie le premier mode. Cependant il ne faut ja¬
mais que l’émission sanguine soit considérable ; on affaiblirait ainsi,
et souvent pour toujours , la puissance nerveuse de l’œil. Ceci n’est
point un préjugé, comme on le croit ordinairement ; c’est une vérité
médicale des plus positives , et sur laquelle je reviendrai un jour.
Si, malgré l’emploi des moyens précédens, l’ophthalmie chronique
persiste, mais avec diminution manifeste de l’irritabilité, c’est alors
qu’on peut recourir à des stimulans actifs soit en collyre, soit en pom¬
made. Cette dernière forme me paraît préférable. Le corps gras, qui
sert d’excipient, modère toujours l’action trop excitante des substances
qui y sont contenues. Quant à la composition même de la pommade, la
plupart des recettes indiquées dans les formulaires atteignent parfaite¬
ment le but. La pommade dite de Lyon, bien préparée, m’a paru
néanmoins supérieure aux autres. L’essentiel est :
i° D’employer une dose convenable et qu’on ne peut préciser ; en
général, le cas individuel guidant le praticien j
nant chaque malin à jeun, pendant plusieurs mois, un grand verre d’eau
fraîche. On peut recourir à ce moyen plus laxatif qu’on ne croit, en y persévé¬
rant, pourvu que l’estomac puisse le supporter.
TOME I. 12 e UV. 26
( 38G )
■J° D'observer attentivement les effets produits , afin d’augmenter ou
de diminuer cette dose ;
3° De modérer l’action irritante et immc'diatc du médicament par
des lotions calmantes et rafraîchissantes ;
4° De ne jamais employer la pommade aux deux yeux à la fois;
5° Enfin, de ne revenir à de nouvelles applications que quand l’ir¬
ritation produite par l’application précédente a tout-à-fait disparu.
Si, malgré tous ces moyens, l’ophthalmie chronique persiste, sans
pourtant qu’il y ait augmentation de sensibilité, on pourra appliquer
légèrement, et à différentes reprises, sur la face oculaire de la pau¬
pière inférieure, la pointe d’un crayon de nitrate d’argent : ce moyen
très-styptique réussit quelquefois quand les autres ont complètement
échoué; il est même le seul auquel on puisse recourir lorsqu’il y a de
petites ulcérations aux bulbes des cils, ulcérations qu’on découvre soit
à l’œil nu, soit à l’aide d’une loupe.
Remarquons bien que l’efficacité du traitement dont nous venons de
parler dépend souvent aussi des précautions hygiéniques qu’on doit
adopter et suivre avec la plus scrupuleuse attention. Les alimens de
haut goût, les boissons spirilueuses, qui activent la circulation , déter¬
minant le sang à la tête, seront très-sévèrement proscrits. L’exercice du
corps même doit être modéré; qu’il ne soit jamais ad ruborem, adsudo-
rem. S’il est indispensable de ne pas priver les yeux de l’action d’une
lumière douce, il l’est surtout de les soustraire à l’influence des corps
vivement éclairés, particulièrement du soleil, du feu, de la neige, des
couleurs éclatantes, etc. Un Voilé vert, une large visière, des verres
colorés , mais d’une nuance légère , et surtout qui ne soient pas garnis
dé goussets de taffetas ( i) ; l’habitude de rafraîchir les yeux chaque fois
qu’on y sent un surcroît de chaleur et d’irritation: tels sont les soins
qu’on ne doit pas négliger. Mais de tous, le plus important, le plus
direct, et le plus difficile à obtenir, est que les malades s’abstiennent
de lire, d’ccrirc, de dessiner, etc. Sachez vous ennuyer , et vous
guérirez plus tôt ; ce sont les premiers mots que j’adresse et que je ré¬
pète aux malades atteints de l’affection dont il s’agit.
Il est pourtant vrai de dire que, malgré les moyens les mieux conçus,
les plus méthodiques, malgré la longue résignation des malades, on voit
des ophtlialmics chroniques tout-à-fait incurables ; la fatale sensibilité
de l’œil persiste, et avec elle la rougeur, le larmoiement, la faiblesse
de la vue. Les précautions hygiéniques dont j’ai parlé sont alorsla seule
(t) Voyez, pour plus de détails, mon Hygiène oculaire, avec do nouvelles
recherches sur les causes de la myopie , 2* édition.
C 38-7 )
ressource qui existe, si l’on veut conserver encore sa vue, quoique dé¬
licate. De graves accidens avertiraient bientôt l’imprudent qu’on n’en¬
freint pas impunément des préceptes fondés sur une expérience con¬
stante , et par conséquent décisive. Reveille Pari se.
VACCINE.
SI LA VACCINE QUI MARCHE SUB UN SUJET ATTEINT DE PETITE-
VÉROLE A QUELQUE INFLUENCE SUB ELLE.
Il n’est pas rare que, dans le cours d’une épidémie de variole , on
vaccine des sujets qui portent déjà sur eux le germe de la maladie ré¬
gnante. J’en ai deux exemples sous les yeux dans ce moment. Ce sont
deux frères de treize à quatorze aos que leur mère n’avait pas fait vac¬
ciner , pour leur laisser le mérite de se décider eux-mêmes quand ils
auraient atteint l’âge de raison. En attendant, là petite-vérole est entrée
dans la maison; elle a d’abord attaqué la fille, enfant de neuf à dix
ans. Ses frères, effrayés, sont venus me demander de les vacciner; niais
ils étaient déjà frappés, quoique depuis peu , puisque la petite-vérole
marche à côté de la vaccine la plus régulière.
Ces deux petites-ve'rolcs sont assez bénignes, quoique celle de la pe¬
tite fille fût très-conflucntc. Certains vaccinateurs y verront, je n’en
doute pas, l’heureuse influence de la vaccine, qui , d’après eux, doit
adoucir la variole lorsqu’elle arrive trop tard pour la prévenir. Mais
c’est là précisément le point de la question que nous avons en vue dans
cet article.
Ici les laits ne manquent à personne, quelque parti qu’on prenne.
Toute grave qu’elle est, la petite-vérole ne tue cependant que la neu¬
vième ou la dixième partie de ceux qu’elle attaque. La vaccine qui
l’accompagne a donc beau jeu huit ou neuf fois sur dix. A la vérité,
elle peut être très-grave sans être mortelle ; mais enfin elle est souvent
bénigne, et certainement il est bien permis de supposer qu’elle dût se
rencontrer telle chez la plupart de ceux où elle marche avec la vac¬
cine, puisqu’il y a huit ou neuf chances contre une pour cela.
Encore si cette bénignité reparaissait toutes les fois que les deux
éruptions se rencontrent ensemble; mais il s’en faut bien : on connaît
bon nombre d’exemples où la variole a tué sa victime sous les yeux
mêmes de la vactine, s’il est permis de parler ainsi. Un de nos hono¬
rables collègues à l’Académie en a fait la triste expérience sur un
de ses enfans. A Marseille, dans le seul mois de juin, neuf individus
26.
( 388 )
ont succombé à la variole pendant le développement de la vaccine,
Trois antres avaient déjà subi lemêmesort dans les mêmes conditions.
En août deux autres ; en septembre encore deux autres, en tout seize.
Voilà donc seize sujets qui, dans l’espace de quelques mois, périsseut
tous de la petite-vérole, malgré la vaccine qui l’accompagne. Et remar¬
quez, je vous prie, que je ne vais pas chercher les faits dispersés çà et
là pour les faire paraître plus, communs qu’ils ne sont; c’est une faute
de logique que nous soupçonnons dans nos adversaires et que nous ne
voulons pas imiter : nous ne sortons pas de la même épidémie. Il est
bien remarquable que, dans le nombre de ces sujets, plusieurs avaient
été vaccinés deux ou trois fois sans succès, ce qui semblait annoncer
peu de dispositions à la variole; mais l’épidémie triompha de toutes
les résistances ; et, quand elles furent vaincues, le vaccine qui avait
échoué jusque là se développa librement sur les traces et à l’exemple
de la petite-vérole.
Poursuivons. S’il est vrai que la petite-vérole soit si souvent bénigne
de sa nature, il'faut donc commencer parfaire la part de cette béni¬
gnité naturelle. Or, cette déduction faite, je doute fort que, dans l’hy¬
pothèse, l’influence de la vaccine se montre sous un jour aussi favora¬
ble qu’on le_croit. Au reste, si le problème est difficile à résoudre, il est
du moins bien simple. Il faut prendre un égal nombre de faits de va¬
riole simple et de variole compliquée de vaccine, et voir de quel côté
est l’avantage, en tenant compte des circonstances atmosphériques et de
tout ce qui peut rompre l’équilibre, soit dans un sens, soit dans un
On n’a pas pris tant de peine. On a vu quelques exemples heureux
de cette coïncidence. et sans plus de réflexion on en a fait honneur à la
vaccine. Comment un moyen assez puissant pour prévenir une maladie
ne le serait-il pas assez pour arrêter ou du moins pour tempérer cette
même maladie?
Cette réflexion peut paraître fort naturelle ; elle n’en dénote pas
moins une très-fausse idée de la vaccine dans ceux qui la font. En effet,
dans ce système on croit donc que la vaccine corrige, détruit l’aptitude
des hommes à la variole en imprimant à l’économie une modification
en sens inverse de cette aptitude ; on croit donc qu’il existe entre les
deux éruptions précisément la même.opposition de nature, qu’on admet
en chimie entre deux corps qui se neutralisent, ou le même antagonisme
qu’on suppose en médecine entre une maladie et son spécifique. Consi¬
dérés en eux-mêmes, le virus vaccin et le virus varioleux se détruisent
si peu que, si on les mêle ensemble, et qu’on inocule ensuite ce mé¬
lange , il vient deux éruptions parfaitement distinctes et répondant à
leur double origine. J’ai fait l’expérience.
( 38g )
Considérées dans leurs effets, on ne peut pas dire, rigoureusement
parlant, que la vaccine prévienne la petite-ve'role. Mais elle en prend
la place ; l’une se substitue à l’autre, en vertu du droit qu’elle en a.
Aussi, loin de m’expliquer les effets de la vaccine par l’opposition
qu’on lui suppose avec la petite-vérole, je les explique au contraire par
l’analogie qui les unit et par la solidarité qui fait que tout est récipro¬
que entre elles.
De celte réciprocité d’action je tire une nouvelle présomption, ou
plutôt une preuve irrécusable en faveur de la thèse que je soutiens. En
effet, s’il est vrai que la vaccine exerce réellement une influence quel¬
conque sur la variole concomitante, la-variole exercera nécessairement
la même influence sur la vaccine et par la même raison ; car, encore
une fois, tout est réciproque entre elles : je veux dire que le variolé
n’est pas plus sujet à la vaccine que le vacciné n’est sujet à la variole..
Or, on n’a jamais dit, que je sache, que la petite-vérole, marchant
à côté de la vaccine, en ait modéré, réprimé les symptômes. Pour¬
quoi? Parce que le fait est ici trop facile à vérifier ; parce que la vac¬
cine étant essentiellement bénigne, quoiqu’elle ait aussi son échelle
d’intensité, on a senti qu’il serait ridicule d’invoquer la variole qui
l’accompagne pour expliquer une bénignité qui n’a pas besoin d’expli¬
cation.
La petitc-vérolc, au contraire, se prêtait mcrvcilleusemcnt.à cette hy¬
pothèse, à cause des variétés mêmes de son caractère, et elle a été
adoptée avec d’autant plus d’ardeur qu’on y a vu un moyen de rehausser
les avantages de la vaccine.
Je sais bien qu’il existe des exemples, à la vérité fort rares, où la vac¬
cine a suspendu momentanément la marche de la petite vérole, et ré¬
ciproquement des exemples beaucoup plus communs où la variole a
arrêté brusquement la vaccine ; mais cette suspension ne dure pas : à
peine une éruption a-t-elle terminé son cours que l’autre reprend le
sien, et cela précisément au point où elle l’a laissé ; en sorte que la
durée est toujours la même : seulement elle se fait en deux temps au
lieu de se faire en un seul. Quant à l’intensité des symptômes , si la
vaccine traversée dans sa marche par la petite-vérole n’est, je le ré¬
pète, ni plus ni moins grave, ni plus ni moins bénigne que celle qui
n’éprouve aucune espèce d’aefident ; parla même raison, la variole,
traversée par la vaccine, restera ce qu’elle devait être, discrète ou
confluente, suivant le cas. Soutenir le contraire, c’est méconnaître la
réciprocité d’action des deux éruptions „ réciprocité dans laquelle se
résument toutes les propriétés de la vaccine. Bousquet.
( 3go )
CHIMIE ET PHARMACIE.
NOTE SUR LA PRÉPARATION BT LES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET
CHIMIQUES DES PHlNCIPAtX IODURES EMPLOYÉS EN MÉDECINE.
La médecine tire un parti si puissant de l’iode et de quelques-uns
de ses composés, depuis plusieurs années, qu’on ne lira peut-être pas
sans intérêt, dans le Bulletin général de Thérapeutique , une petite
notice chimico-pharmaceutique relative à ces utiles préparations médi
camenteuses.
Les iodures peuvent être divisés en deux classes, eu égard à la ma¬
nière dont ils se comportent avec l’eau. La première classe comprend
les iodures solubles en proportions notables dans ce liquide ; et ceux qui
y sont très-peu ou point solubles sont compris dans la deuxième classe.
En général les iodures présentent les caractères chimiques suivans :
ils dégagent de T iode lorsqu’on les traite par l'acide sulfurique,
l'acide nitrique ou le cblore; ils produisent (les iodures solubles) un
précipité verdâtre dans les sels de mercure protoxidés, un précipité
rouge dans les sels de mercure deutoxide's, un précipité jaune dans
les sels de plomb ; ils produisent aussi un précipité blanc avec le nitrate
d’argent ; mais ce précipité, insoluble dans l’acide nitrique comme le
chlorure d’argent, diflère de ce dernier en ce qu’il est insoluble dans
l’ammoniaque.
Ce dernier caractère chimique est excellent pour s’assurer qu’un
iodure de potassium, par exemple, est tout-à-fait exempt de chlorure
de sodium ou de potassium, que la fraude emploie souvent pour so¬
phistiquer le premier, et le donner à meilleur marché dans le com¬
merce.
Iodure de potassium ( hydriodate de potasse ).
Cet iodure est le plus répandu dans le commerce, parce qu’il est le
plus employé. Il est blanc, cristallisé en cubes bien nets lorsqu’on l’a
obtenu par une lente évaporation; il est un peu déliquescent; il est vo¬
latil à une chaleur rouge sans décomposition.
Un procédé exact et en même temps commode a été indiqué par
M„ Caillot pour obtenir cet iodure, procédé applicable à la préparation
de tous les iodures alcalins.
Il consiste à chauffer légèrement ud mélange d’iode, d’eau et de
tournure de fer en excès dans un vase de porcelaine. La réaction chi¬
mique a lieu immédiatement, l’iode est dissous à l’état d’iodure de fer ;
on filtre la liqueur et on y verse une dissolution aqueuse de potasse
( 3 9 . )
pure, jusqu’à cessation de précipite' d’oxide de fer ; on filtre encore ,
et la liqueur e'vaporée donne par le refroidissement l’iodure de potas¬
sium cristallisé.
Pour être plus certain de sa pureté, il est nécessaire de le faire re¬
dissoudre dans l’eau pure et de filtrer la dissolution que l’on fait éva¬
porer et cristalliser comme on vient de le dire.
L’iodure de potassium ou Phydriodate de potasse, car on applique
plus particulièrement le nom d’hydriodate aux iodures de la pre¬
mière classe, est susceptible de se combiner avec une proportion d’iode
égale'à celle qu’il contient déjà ; on forme alors Yhydriodate de po¬
tasse ioduré. C’est sur cette propriété importante de l’hydriodatc de
potasse qu’est fondé le moyen d’administrer efficacement l’iode en bains
généraux et locaux. C’est à l’aide de l’iodure de potassium que l’on
peut dissoudre dans l’eau de grandes masses d’iode. Le docteur Lugol
a tiré un grand parti de cette propriété chimique dans ses expériences
thérapeutiques avec l’iode.
La préparation connue sous le nom de liqueur de Coindet n’était
qu’une dissolution à proportions fixes d’hydriodate ioduré de potasse
dans l’eau pure.
Ioduré de soufre.
La composition chimique proportionnelle de cet ioduré n’est point
encore connue ; cependant les médecins font fréquemment usage de ce
médicament. Le procédé indiqué dans le temps par notre honorable
collègue M. Henri père, pour la préparation de cet ioduré employé en
médecine , consiste à faire fondre au bain de sable un mélange
très-exact d’une partie de soufre et de huit parties d’iode que l’on a in¬
troduit dans une fiole de verre. Lorsque la fusion est complète, on
laisse refroidir, et on conserve le produit dans un flacon bouché à l’é¬
meri. Ce produit est en masse brune, rayonnée comme le sulfure d’an¬
timoine.
Il est essentiel de ne point trop chauffer, car à une température su¬
périeure à sa formation ce produit se décompose et laisse dégager l’iode.
Proto-iodure de fer.
En parlant de l’iodurc de potassium, nous avons déjà dit comment
on préparait l’iodure de fer; si on a mis un grand excès de tournure
de fer par rapport à l’iode, la dissolution est incolore ; on la filtre et
on la fait évaporer à siccité. Le produit est le proto-iodure de fer, que
l’on conserve dans des flacons bien bouchés.
Cet ioduré est très-soluble dans l’eau, mais il faut avoir soin, si l’on
devait faire usage d’une telle liqueur comme médicament, de la tenir
( 3 9 2 )
à l’abri du contact de l'air, car elle en attirerait l’oxigène, qui change¬
rait le me'dicament en précipitant une portion de fer à l’état de peroxide.
Nous ne parlerons pas des autres iodures solubles qui sont peu ou
point employés ; nous allons terminer cette notice en traitant des iodu¬
res de plomb et de mercure.
Mure de plomb.
L’emploi de Piodure de-plomb a été dernièrement préconisé par les
docteurs Cottereau et Verdet de l’Isle dans plusieurs cas de médecine
remarquables; aussi dès ce moment l’iodure de plomb prit-il rang dans
le vaste domaine médical comme un bon médicament.
On le prépare facilement en mêlant ensemble une dissolution conte¬
nant cent parties d’iodure de potassium et une dissolution contenant
soixante-quinze parties d’ace'tatc de plomb (sel de Saturne). A l’instant
même il se fait un abondant précipité d’un jaune magnifique ; on le lave
à l’eau froide, sur un filtre ; on le fait sécher, et on le conserve dans un
flacon bien bouché. C’est l’iodure de plomb.
Get ioduré est soluble dans. l’eau en proportion capable de le faire
obtenir cristallisé. 11 suffit de le traiter par l’eau bouillante , et de fil¬
trer immcdiatcment.On voit par le refroidissement l’iodure de plomb se
séparer sous forme de belles paillettes d’une couleur d’or magnifique.
Cette combinaison n’est pas très-stable, car il suffît de la laisser ex¬
posée à l’air pour sentir qu’une portion de l’iode s’èn sépare à l’état de
vapeur.
On l’emploie à l’intérieur sous forme pilulairc, et à l’extérieur sous
forme de pommade.
Iodures de mercure.
11 en existe deux; l’un est l e proto-iodure de mercure, et l’autre le
deuto-iodure du même métal. ; par leurs proportions chimiques, le
premier correspond aux sels de mercure au minimum, et le second aux
sels de mercure au maximum d’oxidation.
On les obtient tous les deux par double décomposition au moyen
d’un iodnre soluble, et d’un sel mercuriel également dissous dans
l’eau.
Proto-iodure de mercure. On prend' une partie d’iodure de potas¬
sium, et deux parties de proto-nitrate de mercure, on fait dissoudre sé¬
parément ces deux sels dans de l’eau distillée, on filtre et on mêle les
deux liqueurs : à l’instant même il se fait un précipité verdâtre, qui
est le proto-iodure de mercure. On le reçoit sur un filtre, on le lave à
l’eau pure, et on le fait sécher pour le conserver dans le flacon.
Cet iodurc a une assez belle couleur lorsqu’il est encore humide,
( 3 9 3 )
mais à l’ctat scc il est devenu d’un jaune verdâtre; chauffé brusquement
il se fond et se sublime sans altération, tandis que , quand la chaleur est
appliquée graduellement, il se décompose, une partie se sublime à l’état
de deuto-iodure, et il reste du mercure coulant pour résidu.
Deulo-iodure de mercure. On mêle deux dissolutions aqueuses étem
dues, dont l’une contient cent parties d’iodure de potassium, et l’autre
quatre-vingt-dix parties de deuto-cblorure de potassium ( sublimé cor¬
rosif) : le deuto-iodure se forme à l’instant et se précipite sous forme
d’une poudre rouge. On le reçoit sur un filtre, on le lave et on le fait
sécher.
Il est d’un beau rouge ; lorsqu’on le chauffe, il présente des phéno¬
mènes assez remarquables ; il jaunit, fond, se volatilise et se dépose en
belles lames rhomboïdales d’un jaune d’or, qui deviennent très-rouges
et très-e'clatantes par le refroidissement.
Il est soluble dans l’alcool, les acides et l’iodure de potassium; aussi
faut-il avoir soin en le préparant de ne pas mettre un excès de la li¬
queur contenant l’iodure alcalin, qui ne manquerait pas de retenir en
dissolution une partie de l’iodure rouge. J. B. Caventou.
CHOLÉRA-MORBUS.
INSTRUCTION POPULAIRE SUR LES PRINCIPAUX MOYENS A EM¬
PLOYER POUR SK GARANTIR DU CHOLÉRA-MORBUS (l).
Le choléra-morbus est une maladie grave. Cependant il est plus ef¬
frayant quand on l’attend, qu’il n’est dangereux lorsqu’il existe. D’au¬
tres maladies épidémiques, telles que la petite-vérole, la scarlatine,
certaines fièvres nerveuses, ont fait beaucoup plus de ravages, puisque,
dans les contrées de l'Europe où il a régné, et où il a rencontré le plus
de circonstances favorables à sa propagation, il n’a guère attaqué qu’un
individu sur ^5; et que, dans quelques villes même, ses atteintes n’ont
pas jusqu’alors dépassé la proportion d’un individu sur 200.
Voici quelques règles de conduite pour se préserver de la maladie :
(I) Cette instruction a été publiée par la commission centrale de salubrité. La
rédaction en a été confiée à plusieurs membres pris dans son sein ; ces membres
sont : MM. Chevallier, Dcsgenettcs, Esquirol, Juge, Legrand, Leroux, Parisct
et Marc, rapporteur. Nous faisons connaître aujourd’hui la première partie de ce
travail ; dans un numéro prochain , l’on verra quelle rst la conduite que conseille
de tenir la commission de salubrité lorsque le choléra sc manifeste chez un indi¬
vidu. ( Note du Rddactetir. )
( 3g4 )
i° Le peu de danger, que l’on court d’être atteint du choiera doit
rassurer les esprits. Il faut donc ne pas s’inquiéter et ne penser autre¬
ment à la maladie que pour exécuter les précautions propres à s’en ga¬
rantir. Moins on a peur et moins on risque; mais comme la tranquillité
de l’ame est un grand préservatif, il faut en même temps éviter tout ce
qui peut exciter des émotions fortes, telles que la colère, la frayeur,
les plaisirs trop vils , etc.
a 0 II est d’observation que plus l’air dans lequel on habite est pur
et moins on est exposé au choléra.
On ne saurait donc trop faire attention à la salubrité des habitations.
Ainsi il faut avoir soin de ne pas habiter, et plus encore de ne pas cou¬
cher en trop grand nombre dans la même pièce, de l’aérer le matin et
encore dans la journée, en ouvrant le plus long-temps et le plus sou¬
vent possible les portes et les fenêtres. Il conviendx-a aussi de placer
dans les pièces habitées un large vase contenant de l’eau chlorurée (i).
On peut enfin favoriser le renouvellement de l’air, en faisant pendant
quelques minutes un feu bien clair et flamboyant dans la cheminée.
Il faut faire attention que l’ouverture des portes et fenêtres n’ait beu
qu’après qu’on sera entièrement vêtu , afin de ne pas s’exposer au re¬
froidissement. Il est bon, lorsqu’on le peut, de passer dans une autre
pièce pendant cette opération.
Enfin, sous le rapport des chambres à coucher, il faudra se servir
de lits sans rideaux, ne jamais laisser séjourner l’urine ou les matières
fécales dans les vases de nuit, qui devront être nettoyés promptement,
et toujours contenir un peu d’eau.
L’air humide des habitations, malsain en tout temps, devient très-
dangereux lorsque le choléra règne. Il faut donc s’abstenir do faire sé¬
cher le linge dans la chambre qu’on habite, surtout si on y couche.
Il faut non-seulement songer à aérer les chambres à coucher, mais
maintenir encore dans le meilleur état possible de salubrité les maisons
et leurs dépendances.
Ainsi, il faut avoir grand soin des plombs et des latrines, qu’on net¬
toiera au moins une fois par jour avec de l’eau chlorurée, ou au moins
avec de l’eau. On fera bien de tenir constamment bouchées par un
tampon les ouvertures des tuyaux en plomb ou en fonte qui communi-
(t) Eau chlorurée.
Chlorure de chaux sec, une once.
Eau, un litre.
Voyca, pour composer l’eau chlorurée et s’en servir, la page 198 du tome 1.
Au Bulletin de Thérapeutique.
( 396 )
quent aux pierres à laver ou aux cuvettes extérieures, et de ne 1rs dé¬
boucher qu’au moment de s’en servir.
Chacun devra veiller k ce que les eaux ménagères soient vidées au
fur et h mesuro de leur production, qu’on ne laisse pas séjourner en¬
tre les pavés des cours ou allées, et qu’elles s’écoulent rapidement par
le ruisseau ou la gargouille qui les conduit dans la rue. Il faudrait
même favoriser cct écoulement par un lavage à grande eau, si la pente
n’était pas assez rapide.
Le vitres devront être nettoyées au moins une fois par semaine ; car
l’action de la lumière est necessaire à la santé de l’homme.
Les fumiers, les excrémens, les débris d’animaux et de végétaux
réclament beaucoup d’attention. Ou devra en conséquence empêcher
leur accumulation en les faisant enlever le plus souvent possible.
On se débarrassera des animaux domestiques inutiles. On s’abstien-
dre d’élever des porcs , des lapins, des poules, ou de nourrir des pi¬
geons, etc., dans des lieux resserrés ou dans des cours peu spacieuses
et qui n’ont pas d’air.
Les habitons des maisons, particulièrement dans les quartiers popu¬
leux, devraient à cct égard se surveiller mutuellement; ils devraient
en outre contribuer, chacun pour sa part, à la propreté des rues, sur¬
tout lorsqu’elles sont étroites. Il y va de l’intérêt de tous.
3° Le refroidissement est placé, par ceux qui ont observé le choléra,
au nombre des causes les plus propres à favoriser le développement de
ccttcmaladic.il est donc nécessaire d’éviter cetlo cause én se vêtant
chaudement, et en sc garantissant particulièrement le bas-ventre et les
pieds de l’action du froid.
A cet effet, il est bon d’entourer le ventre nu d’une ceinture de laine,
de porter sur la peau des camisoles de triept de laine ou de flanelle ,
de faire usage de chaussons de laine. Ces vêtemens seront changes et
lavés quand ils seront humides ou salis. On se lavera souvent les pieds
à l’eau chaude; on portera des sabots ou des galoches lorsqu’on sera
obligé de séjourner dans le froid et l’humidité ; en un mot, on sc
chaussera avec propreté et de manière que les pieds soient à l’abri du
froid et de l’humidité.
Beaucoup de personnes, surtout parmi la classe peu fortunée , ont la
très-mauvaise habitude en se couchant, et plus encore en se levant, de
poser les pieds nus sur le sol froid, et même d’y marcher. On ne sau¬
rait trop blâmer cet usage, qui deviendrait particulièrement dangereux
pendant que le choléra régnerait.
C’est encore dans la crainte du refroidissement qu’en été même il
faudra s’abstenir de coucher les croisées ouvertes. Il faudra aussi main-
( 3 9 0 )
tenir- dans les habitations une chaleur tempérée ; car les cliainbres trop
chaudes rendent les individus qui les habitent plus impressionnables,
au froid auquel ils peuvent être exposés en sortant.
C’est par la même raison qu’il faudra, autant que possible, rentrer
chez soi de bonne heure, ne pas passer une partie de la nuit dans les
assemblées , dans les cafés, les estaminets, les cabarets, etc., sut tout
lorsque les nuits sont froides et humides.
4° S’occuper, mener une vie active, en évitant autant que possible
les excès de fatigue, est un des meilleurs moyens de faire divérsion à
l’inquiétude. Les occupations qui exigent de la contention d’esprit ne
conviennent pas. Il en est de même des travaux qui entraînent une pri¬
vation inaccoutumé de sommeil pendant la nuit.
5° Il a déjà été parlé de Futilité des ceintures et des chaussons de
laine ; mais il faut que ces vêtemens soient tenus proprement. La pro¬
preté est toujours trcs-nécessaire à la santé. Ceux qui ont le moyen de
prendre de temps en temps des bains d’une chaleur agréable feront bien
d’en faire usage; mais il ne faudra y rester que lè temps nécessaire
pour nettoyer le corps, il faudra avoir soin de se bien essuyer avec du
linge chaud, et ne pas s’exposer'immédiatement à l’air extérieur en sor-
tantdu bain. Cette précaution est surtout utile lorsque la saison est froide. ■
Les frictions sèches conviennent beaucoup. Il est facile de les admi¬
nistrer en se frottant ou se faisant frotter le soir, ou mieux encore le
matin et le soir, le tronc, les bras, les cuisses et les jambes , pendant
un quart-d’beurc, avec une brosse douce ou avec une étoffe de laine.
On conçoit du reste que, pour ce qui concerne en général la manière
de se vêtir, il faudra se régler selon la saison; mais dans aucun cas on
ne devra se vêtir trop légèremeut.
6° Lorsque le choléra règne, la manière de se nourrir est un point
fort important. La sobriété ne saurait être trop recommandée. On con¬
naît un grand nombre d’exemples où le choléra s’est déclarée après des
excès de table, et il est prouvé que les ivrognes sont plus particulière¬
ment exposés à cette mafadie.
Les viandes bien cuites ou bien rôties et pas trop grasses, ainsi que
les poissons frais et d’une digestion facile, les œufs, du pain bien levé
et bien cuit, devront former la nourriture principale. Les viandes sa¬
lées et les poissons salés ne conviennent pas; on usera le moins possible
de charcuterie, et l’on s’abstiendra des pâtisseries lourdes et grasses.
Parmi lès légumes, il faudra , autant que possible, s’en tenir aux
moins aqueux, aux plus légers (i). Nous ne pensons pas devoir ex-
(t)On doit entendre par légumes aqueux ceux qui contiennent beaucoup
( 397 )
dure de ces derniers les pommes de terre de bonne qualité. Nous ap¬
prouvons même l’usage de haricots secs, de lentilles, de pois et de
fèves pris ni purée (i). Les crudités, telles que les salades, les ra¬
dis , etc., ne conviennent pas.
Dans la saison des fruits, il faut être très-réservé dans l’usage qu’on
en fait, surtout lorsqu’ils ne sont pas parfaitement mûrs ; car alors ils
peuvent devenir très-dangereux. Les fruits cuits offrent moins d’incon¬
vénient; mais ils ne devront jamais être mangés en grande quantité ;
encore moins devront-ils former le fond du repas.
. Il est des alimcns généralement sains, mais que, par une disposition
particulière de l’estomac, certains indi vidus digèrent difficilement. Ces
alimcns devront, comme de raison, être évités par eux. Chacun doit,
à cet égard, étudier son estomac.
Il faut, en temps de choléra , manger moins à la fois qu’à l’ordi¬
naire , sauf à faire un repas de plus, mais toujours léger.
Les boissons exigent la plus grande attention. Toute boisson froide
prise quand on a chaud est dangereuse. Ilne faut se désaltérer que lors¬
qu’on a cessé de transpirer; c’est-à-dire qu’il ne faut pas boire froid
lorsqu’on est en sueur. Les suites de cet abus sont d’autant plus fu¬
nestes que la boisson est plus froide et qu’on a.plus chaud'. L’eau devra
être claire ; l’eau filtrée est préférable à toute autre. Il faut l’aiguiser
avec très-peu de vinaigre ou d’eau-de-vie lorsqu’on veut la boire pure
(deux cuillerées à bouche d’eau-de-vie, ou une cuillerée à bouche de
vinaigre pour une pinte d’eau ), surtout si la saison est chaude, et
qu’on soit obligé de se livrer à un travail corporel qui, en excitant la
transpiration, provoque la soif et oblige par conséquent de boire sou¬
vent. Il faut alors boire peu à la fois. L’eau rougie , c’est-à-dire l’eau
à laquelle on aura ajouté un peu de bon vin , convient également. En¬
fin on peut faire avec succès usage d’une eau légèrement aromatisée
avec une infusion stimulante , comme par exemple avec une infusion de
menthe poivrée ou de camomille ( une pincée de menthe ou six tcles de
camomille pour une cliopinc d’eau bouillante, à laquelle on ajoutera
après le refroidissement une chopine d’eau froide ).
Bien n’est pernicieux comme l’abus des liqueurs fortes, et ceux même
qui, sans en faire un abus habituel, commettent par occasion , par en¬
traînement , un seul excès de ce genre, s’exposent à être pris du choléra.
d'eau de végétation, comme par exemple les concombres, les betteraves, la
laitue, etc.
(t ) La robe ou pellicule de ces légumes sers ou verts ne contribue en rien à la
nutrition, et clic a l’inconvénient de ne pouvoir être digérée.
L’tisage de l’eau-dê-vie prise seule et à jeun , usage si répandu dans
la classe ouvrière , èl si nuisible en tout temps , devient particulière¬
ment funeste lorsque le choléra règne. Les personnes qui ont cette habi¬
tude devraient manger quelque chose, au moins un morceau de pain ,
avant d’avaler le petit verre d’eau-de-vie. Le vin blanc ne sera pas non
plus pris à jeun sans la même précaution ; et il ne le faudra prendre
qu’en petite quantité.
En temps de choléra, l’eau-dc-vie amère, c’est-à-dire l’eau-de-vic
dans laquelle on aura fait infuser des plantes amères et aromatiques , ou
encore l’eau-de-vie d’absinthe, est préférable à l’eau-de-vie ordinaire.
Le vin , pris en quantité modérée, est une boisson convenable pen¬
dant le repas et à la fin du repas > mais il doit être de bonne qualité.
Il vaut mieux boire moitié moins de vin et le choisir de qualité supé¬
rieure. Les vins jeunes et aigres sont plus nuisibles qu’utiles. Le vin
rouge est préférable au blanc. Ceux qui ont le moyen de le mélanger
avec une eau gazeuse , telle que l’eau de Sellz naturelle ou factice, fe¬
ront très-bien de se servir de celte boisson salubre et agréable.
La bière et le cidre, surtout lorsque ces boissons sont trop jeunes ,'
qu’elles n’ont pas bien fermenté, ou qu’elles sont aigres, disposent aux
coliques, à la diarrhée, et deviennent ainsi très-dangereuses. Ce qui
vient d’être dit s’applique à plus forte raison au vin doux ou moût.
BULLETIN DES HOPITAUX.
Trachéotomie faite avec succès. —- Voici un Succès remarquable
auquel les praticiens ne sauraient trop faire attention. Un enfant de
six ans et demi atteint de croup était sur le point d’expirer ; la ma¬
ladie , qui durait depuis deux jours, n’avait pu être enrayée par au¬
cun traitement; une consultation de plusieurs médecins venait de décla¬
rer la mort imminente. M. Trousseau, préférant employer un moyen
douteux que de ne rien faire et être le témoin impuissant de la catas¬
trophe , a proposé l’opération de la trachéotomie et l’a pratiquée avec le
plus grand bonheur. Aussitôt après l’incision de la trachée quelques
gouttes de sang qui pénétraient dans son intérieur ont déterminé des
quintes de toux qui ont amené par la plaie des lambeaux considérables
de fausses membranes. Une large canule d’argeDt a été placée, et pen¬
dant trois jours, on a instillé par cette voie, dans les bronches, chaque
deux heures, quelques gouttes d’une solution d’un gros de nitrate d’ar¬
gent pour deux gros d’eau. La dose du nitrate d’argent employé dans
les trois jours a été d’un gros et demi. Aussitôt après l’instillation du
( 3 9 9 )
médicament, il se déclarait une toux qui faisait sortir par la canule de
nombreux fragmens de fausses membranes ; ce ne fut qu’au commence¬
ment du quatrième jour que cette expulsion cessa. Alors la' respiration,
qui s’était jusque-là uniquement opére'e par la canule, commença à se
faire un peu par la bouche; cependant ce ne fut que le onzième joue
que le larynx fut complétement_débarrassé, et le douzième seulement
l’on put retirer la canule et rapprocher les bords de la plaie. Celle-ci
est aujourd’hui presque entièrement cicatrisée, et l’enfant, que nous ve¬
nons de voir, est en parfaite santé.
M. Bretonneau, de Tours, a déjà pratiqué trois fois avec succès la tra¬
chéotomie sur des enfans attaqués du croup.Cette opération est grave sans
doute; mais il faut avoir le courage de l’entreprendre lorsque la mort est
imminente et qu’il n’y a que ce seul moyen de sauver la vie du malade.
Nous donnerons bientôt des détails plus étendus sur cette opération.
— Huile de croton tigliurn. — M. Andral a fait, dans ces der¬
niers temps, des expériences nombreuses, à la Pitié, poür constater
les effets de l’huile de croton tiglium. Ce puissant purgatif, qui, ad¬
ministré à une seule goutte, suffit pour déterminer souvent des super-
purgations , a été donné à un grand nombre de malades, filons publie¬
rons prochainement un article sur ce sujet. Mais ce n’est pas seulement
comme*purgatif qu’il est proposé par M. Andral; quelques essais lui
permettent de le conseiller en frictions sur la peau dans certaines né¬
vralgies , telles que les névralgies sciatiques, et dans certains engour-
dissemens résultant de l’influx nerveux dans la partie qui en est le
siège. C’est ainsi que dans ses salles, un homme qui depuis long-temps
avait perdu la sensibilité' de tout un côté de sa face l’a recouvrée par
des frictions avec l’huile de croton.
— Hydrophobie. Mort subite. — Le 1 1 décembre dernier, il a été
amené à l’Hôtel-Dieu un jeune peintre, âgé de seize ans, qui avait été
mordu, quarante-huit jours auparavant, à Vincennes, par un chien
enragé, à la face dorsale du poignet gauche. Ce malheureux jeune
homme était hydrophobe depuis la veille et avait de fre'quens accès de
convulsions. A son entrée, l’on constata son horreur pour les liquides
et surtout pour l’eau. Pressé de boire, il demanda instamment que ce
ne fût pas au moins fie l’eau pure. On lui offrit alors un verre d’eau et
de vin ; il en but quelques gorgées, mais avec une grande difficulté.
Quelques minutes après il expira dans l’état d’un homme asphyxié : il
n’était dans l’hôpital que depuis vingt-cinq minutes. A une mort si
prompte, on aurait pu croire que le liquide était passé dans la tranchée ;
( 4 °° ï
l’autopsie a montré qu’il n’en était rien. On n’a trouvé qu’une rougeur
assez vive à l’orifice cardiaque de l’estomac. Le cliien qui avait mordu
ce malheureux jeune homme avait également atteint un enfant ; mais
chez celui-ci la morsure ayant été cautérisée aussitôt, la rage ne s’est
point développée.
VARIÉTÉS.
— Nouveau procédé pour amener la transpiration dans le cas
de choléra-morbus. — Il a été fait à Berne des essais sur les moyens
les plus prompts d’amener la transpiration. Le docteur Tribolet a trouvé
que le meilleur moyen d’obtenir ce résultat était de placer le malade
dans une baignoire vide dans laquelle on fait brûler une lampe à es¬
prit de vin. La baignoire est recouverte d’un tapis de manière à con¬
centrer la vapeur qui vient de la combustion; de sorte qu’en peu d’in-
stans tout l’air qui y est contenu atteint une température très-élevée.
Il en résulte pour la personne qui est placée dans la baignoire une
sueur abondante en quelques minutes. Ces essais ont été répétés à Ge¬
nève avec des résultats exactement semblables à ceux obtenus par le
médecin bernois.
— Procédé fort simple pour découvrir la présence du sulfate de
cuivre ■dans le pain. — Les boulangers mêlent du sulfate de cuivre
dans le pain pour lui donner plus d’éclat ; cette fraude, pratiquée de¬
puis long-temps, a été récemment découverte.
Voici un moyen fort simple du s’assurer de l’altération du pain ; il
est dû à MM. Meylinck et Hensmans. On laisse tomber une goutte de
ferro-prussiate de potasse sur un tranche du pain suspect; qu’il y ait
ou non du sulfate de cuivre dans le pain, cette goutte formera une tache
rouge si le pain est frais, bleue s’il ne l’est pas.On plonge alors le pain
dans de l’eau de chaux. S’il n’y a point de sulfate de cuivre, la tache
ne changera pas; mais elle deviendra verdâtre si le pain contient du sel
métallique. Dans ce cas, si l’on expose le pain à l’action du gaz ammo¬
niac , la tache deviendra rouge, puis jaune ; puis on la fera revenir au
rouge en volatisant l’ammoniaque, ou en l’exposant à la vapeur de l’a¬
cide muriatique. Lorsque la présence du sulfate de cuivre est ainsi
constatée, on peut en déterminer la quantité par les procédés ordinaires.
FIN DU PREMIER VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES
DU PREMIER VOLUME.
Académie de Médecine. Analyse du rapport de M. Double sur le choléra-mor-
bus, page 79.
- Instruction générale relative au choléra-morbus, SOI.
- Nomination à une place de titulaire ,136.
Accouchemens. Il faut percer le placenta quand il est implanté sur le col ; par
M. Halma- Grand, 28.
- Emploi simultané du seigle ergoté et de l’injection du placenta, 287.
Acétate de morphine. Ses bons effets par la méthode endermique dans le rhu¬
matisme et les névralgies, 86.
Acide hydro-cyanique. Essai dans les affections chroniques de la poitrine, 38.
- ( Action délétère de 1’ ), 38. Sa préparation ,362.
Agens thérapeutiques ( des ) en général, 8.
Alumine, (sulfate d’) dans le traitement des affections de l’organe de la voix;
par M. Bennati, 265.
Amygdales. ( du traitement de la suppuration et de l’induration des ), 119.
Antispasmodiques. 327.
Anus (fistules à 1’); leur traitement sans opération; parM. Paillard, 186.
Aphonie chronique ( du traitement de 1’), par l’application du traitement du ni¬
trate d’argent sur la membrane muqueuse du larynx ; par M. Trous¬
seau, 163, 376.
Arsenic (de 1’), et des préparations arsénicales; par MM. Chevallier et Cot-
tereau, 156.
Asperges (sirop de pointes d’), 39,162.
( 402 )
b;
Bandelettes agglutinatives ( traitement des ulcères et plaies anciennes par les ),
par TVJ. Velpeau, 62.
Bégaiement ( traitement du) par les méthodes nouvelles, par M. Tavcrnier, 297.
Belladone (empoisonnement par la), 102.
Bismuth (sous-nitrate de), 59. Traitement employé par M. Léo dans le cho¬
léra , 72 .
Blessure de l’iliaque externe, ligature, 293.
Brérnure de fer dans les scrofules, 38.
Brûlures (traitement des) par le typha et le coton écru,56, 230,293; par
l’eau froide, le coton écru et le Uniment oléo-calcairc, 247.
c.
Calamine (emploi de la), pour prévenir les cicatrices de la petite-vérole, 368.
Carie dentaire (traitement delà) par la cautérisation avec l’acide nitrique, par
M. Tavernier, 89.
Catharres de la vessie , leur traitement à l’Hdlel-Dicu, 292.
Cautérisation, avec le nitrate d’argent, de la partie supérieure du larynx dans
l’aphonie, par M. Trousseau, 163,276.
-- (Nouveau procédé pour la) des ulcères de la cornée, 188.
- circulaire de la cornée, 291.
Céphalalgies (cyanure de potassium dans les), 329.
Chirurgie (un mot sur le plan des articles de), par M. Tavernier, 18.
Chlore à l’intérieur dans la phthisie, 38.
- (manière simple d’utiliser le) dans le choléra , 198.
Cholc'ra-morbus. Traitement de M. Ranquc, 10. Est-il contagieux ? expérien¬
ces proposées, 71. Nitrate de bismuth, 72. Analyse du rapport de
l’Académie, 79. Gholéra-raorb.us do Russie, 103. Mortalité en Russie
en 1830, 104. Choléra sporadique à Paris,, 131, Choléra-morbus
de Pologne, 132. Huile decêjcput, 134, 188, 228. Choléra à Berlin
165. Choléra considéré comme un accès de lièvre intermittente per¬
nicieuse, 165. Vésications et cautérisations par l’eau bouillante,
lt;ft. Sur le traitement du choléra-morbus en Pologne, parM.Brierrc
de Boismont, 175. Manière simple d’utiliser le chlore dans le cho¬
léra, 198, Choléra de la Mecque, 200. Instruction générale de
l’Académie royale de Médecine relative au choléra , 201. Cholérà-
morhus de Russie; choléra-morbus de Pologne; traitement conseillé
par la commission médicale de Berlin, 263. Tableau de la diminu-
( 4°3 )
lion d’intensité du choléra, 293. Est-il contagieux? Lettre de
- M. Gaymard; opinion de la commission médicale de Berlin, 294.
Analyse de l’ouvrage de M. Brierre de Boismont, 323. Clioléra-
morbus de Moscou, de Hambourg, de Sunderland, 325. De Hol¬
lande, 326. Note sur le traitement par l’huile de cajcput, par
M. Chautourelle, 364. Instruction populaire sur les principaux
moyens de se garantir du choléra, 395. Nouveau procédé pour dé¬
terminer la transpiration dans le choléra, 400.
Cholériques (précautions à prendre dans les autopsies des), 296.
Cicatrisation des plaies artificielles sous l’influence du liquide hémostatique do
MM. Talrich et Halma-Grand, 249.
Cinchoninc, moyen de la rendre fébrifuge, 14. Relation de la découverte de
la cinchonine, 68.
Commissions médicales de Russie et de Pologne, 39. Commission médicale de
Russie, 103. Commissions sanitaires créées à Paris, 134. Com¬
mission médicale de Pologtté (retour do la), 164. Commissions
sanitaires de Paris (personnel médical dès), 167.
Concours (btuits sur l’abolition des), 40.
Conseil supérieur de santé ( adjonctions âtt ), 103.
Contre-poisons en général, parM. Chevallier, 34.
Coton ccru dans les brûlures, 56, 230,247.
Courans d’eau tiède (traitement de la gonorrhée par les), méthode de M. Ser¬
res d’Alais, 54, 125.
Croup, 40. —(Tr&chéotomie faite avec succès dans le), 398.
Croton tiglium (huile de), 398.
Cuivre (empoisonnement par le), par MM. Chevallier et Cotlereau, 314. —
Sulfate de cuivre, moyen de le reconnaître dans le pain , 400.
Cyanure de potassium à l’extérieur dans les névralgies faciales, 117, 228. — A
l’intérieur, 229. Recherches sur son application extérieure dans les
céphalalgies et les névralgies faciales, par MM. Trousseau et Bon¬
net, 329. Préparation du cyanure de potassium, 362.
D.
Datera stramonium (extrait de ) dans les sciatiques et les névralgies, 292.
E.
Eaux sulfureuses, nouvelles formules pour leur préparation, 100.
Eaux (découverte de l'iode dans les) d’une vallée du Piémont, 53.
Eau bouillante (vésication et cautérisation par 1’) dans le choléra, 166.
Z.'au/>'OK/e(thi tràltciticht de l’entorse parles applications d’), parM. Bidou,245.
Èléphantiasis . Lettre de M. Delpech à sir AstlCy Cooper, 39.
( 4«4 )
Empoisonnement par la balladonc, 10$. — Par le vert-de-gris, toi.
Entorse ( traitement de P ), 843. — Mort subite, 399.
Érysipèle épidémique dans les hôpitaux, 108.
Examens dans les Facultés de Médecine, 165 , 264.
Extrait de datura stramonium dans les sriatiques et les névralgies, 292.
F.
Faculté de Médecine ( examen dans les), 465, 264.
Fer (nouvelle préparation de pilules de sous-carbonate de), par M. Cottc-
reau, 290. — (Hydriodatede), 36.
Ferrugineux. Formule de plusieurs préparations ferrugineuses, 259.
Fièvres intermittentes. Moyens de rendre la cinchonine fébrifuge, 44. Feuilles
de houx dans le traitement des —, 45. Phosphate acide de quinine
dans les —, 360.
Fissures d l’anus , leur traitement sans opération, par M. Paillard , 486.
G.
Gale ( un mot sur le diagnostic et le traitement de la ), par M. Cazenave, 352-
Goitre ( bons effets de la poudre de Sancy dans le traitement du) 375.
Gomme adragant (meilleure préparation de la pâte de), 4 64.
Gonorrhée (traitement de la) par les courans d’eau tiède, 54, 425. Injections
astringentes, 428. Traitement du docteur Eiscnmann, 357.
h:
Héméralopie et nyctalopie sur le même sujet , 455.
Hémorrhagies (torsion des artères dans les), 20. Nouveau moyen d'arrêter
les—, 435. Effets remarquables du liquide hémostatique de
MM. Talrich et Halma-Grand, 497.
Hernies étranglées. Récidives, 432.
Hôpitaux ( surveillance sanitaire des), 200.
Hôtel-Dieu (service de P), 465.
Houx (feuilles de) ; leur vertu fébrifuge, 45.
Huile essentielle de moutarde,37.
Huile de Cajepul dans le choléra (note sur P ), par M. Guibourt, 4 88, 228.
Hydriodate de fer. Formules diverses, 36.
( 4o5 )
Hydrophobie, 38. Injection d’eau dans les veines , dans 1’—, 60.
- causée par la morsure d’un cliat, 163. — Mort subito, 399.
Ilicine, sa préparation, 223.
Injections astringentes dans la gonorrhée, 128. — d’eau dans les veines, dans
l’hydrophobie, 60. — du placenta dans les accouchemens, 287.
Intendances sanitaires dans les départemens limitrophes, 134.
Iode ( découverte de F ) dans les sources d’une vallée du Piémont. 53.—associé
à l’opium dans le traitement des scrofules, 142. De l’iode et de
ses effets thérapeutiques, parM. Dubois, 238. Iode; question de
prix, 526.
lodure de plomb, sa préparation , 35.
lodures. Note sur la préparation des iodures de potassium, de soufre, de fer,
de plomb, de mercure; parM. Cavcnton, 390.
lodure defer, 229.
L.
Legallois (retour de Pologne de M. ), 264. Sa mort, 296.
Lichen <F Islande. Extraction de son principe gélatineux ; formules ,67.
Ligature de l’artère iliaque externe , 293.
Liniment oléo-calcaire dans le traitement des brûlures, 247.
Liriodendrine, principe extrait du tulipier, 68.
Liquide hémostatique, 135, 197. Cicatrisation des plaies artérielles sous son
influence, 249.
Luxation de l’humérus onze fois répétée, 132.
M.
Mannile et acide gallique, 37.
Magnétisme animal. Rapport de l’Académie de Médecine, 9.
Mercure ( proto-iodure de), son emploi dans le traitement des syphilidcs, par
M.Biett, 369.
Morphine (réactif pour reconnaître la), 130.
N.
Narines (occlusion des), traitement, 230.
( 4o6 )
Névralgies, leur traitement par l’acétate de morphine introduit par le derme
dénudé, 86.
Nitrate d’argent. De son application sur la membrane muqueuse du larynx
dans l’aphonie chronique, par M. Trousseau, 163, 276.
- De son emploi dans les ophtalmies, 269, 282.
-en dissolution j son emploi dans les plaies, 286.
O.
Occlusion des narines (traitement de 1’), 230.
Odontalgie (traitement de 1’) par la cautérisation avec l’acide nitrique, par
M. Tavernier, 89.
Ophtalmies aiguës et chroniques (sangsues appliquées sur la conjonctive pal¬
pébrale dans les), 22.
-(de l’emploi du nitrate d’argent dans les), 269,282. Remarques pra¬
tiques dans l’ophtalmie aiguë, par M. Réveillé-Parise, 309. Sur
l’ophtalmie chronique, 281.
P.
Pain (procédé pour reconnaître le sulfate de cuivre dans le), 400.
Paralysies (de la strychnine et de son emploi thérapeutique dans les ), 111.
PJte de gomme adragant ( meilleure préparation de la), 161.
Pcdiluvcs mercuriels, 361.
Peau (quelques mots sur la thérapeutique des maladies de la), parM. Cazc-
nave, 30.
Pharmaciens (lettre de M. Chevallier h MM. les), 136.
Phimosis ( nouveau procédé pour l’opération du ), par M. Tavernier ,147.
Phthisie ( essai du chlore liquide à l’intérieur dans la ) 38.
Pince à deux branches avec foret cxfoliatif pour briser les séquestrés osseux, 65.
Plaies anciennes. Traitement par la compression et les bandelettes aggluti-
- ( de l’emploi du nitrate d’argent en dissolutibn dans lés), 286.
Pneumonie (tartre stibié à haute dose dans le traitement delà), 48.
Précautions sanitaires prises aux frontières, 134.
Purgatifs (des) dans les maladies de la peau, par M. Cazenave , 94.
Q-
Quinine (phosphate acide de) dans les fièvres intermittentes, 360.
( 4o? )
R.
Rage (enfant mort de la ) à l’Hôlcl-Dieu , 38,6Q ;— déterminée par la morsure
d’un chat, 163.
Résorption purulente. Bons effets du tartre stibic à haute dose, 16.
Rétine ( de l’inilammation de la); son traitement, par M. Paillard, 340.
Rétraction permanente des doigts par la crispation de l’aponévrose palmaire ;
nouveau traitement, de M. Dupuytren, 343.
Rhinoplastique, 232.
Rhumatisme ( traitement du ) par l’açétatc de morphine, introduit par le derme
dénudé, 86.
S.
Salicine obtenue sans alcool, 38. — Découverte dans l’écorce du tremble et du
peuplier, 129. —(Questions de prix sur lp), 327.
Sangsues appliquées sur la conjonctive palpébrale dans les cas d’ophthal-
mie, 22.
Scrofules (iodeassocié à l’opium dans le traitement des), 142.
Seigle ergoté. De son emploi, conjointement avec l’injection du placenta, 287.
Seringue à pompe, 194.
Séquestres ( nouveau procédé pour briser les), 65.
Sinapismes. Meilleure manière de les pYéparcr, 37.
Sirop de pointes d’asperges , 39, 162.
Sirops (nouvelle matière charbonneuse pour décolorer les), 227.
Sous-carbonate de fer (nouvelle préparation de pilules de), 290.
Sulfate de cuivre dans le pain, 400.
Sulfate de quinine (exposé de la découverte du), 68.
Strichnine Son emploi thérapeutique dans les paralysies ; 1 U .
Syphilides. Considérations pratiques sur l'emploi du proto-iodure de mercure
dans leur traitement, par M. Biett, 369.
Tartre stibié. Son emploi dans les rë|£tpffbq^pqru(tibles, 16. —Dans le traite¬
ment de la pneumonie, 4&:^Suj<?d Q ^ix,327.
Thérapeutique. Considérations su't-jl mportafice efrlétat actuel de la théra¬
peutique, par M. Réveill^’PïlHço^’S. fl , 73 , 105.
( 4o8 )
Thérapeutique (de l’appréciation des faits en), par M. Trousseau, 137. —
Par M. Bousquet, 169.
-(de l’anatomie pathologique dans scs rapports avec la), parM. Fus-
ter, 233. Agens thérapeutiques en général, 8.
Torsion des artères dans les hémorrhagies , 20.
Toxicologie. Des contre-poisons en général, 34. —De l’arsenic et des prépara¬
tions arsenicales, 156. — Du cuivre et des préparations de cuivre,
par MM. Chevallier et Cottereau, 314.
Trachéotomie faite avec succès dans le croup, 398.
Transfusion pratiquée à l’Hétel-Dieu, 164. —Question de prix, 326.
Transpiration (nouveau procédé pour déterminer la), 400.
Typha (traitement des brûlures par le) , 56.
U.
Ulcères. Traitement par la compression et les bandelettes agglutinatives, par
M. Velpeau, 62.
- de la cornée ( nouveau procédé pour la cautérisation des ), 188.
Y.
Vaccine. Qualités d’un bon vaccin, 24. —V a-t-il plusieurs qualités de vac¬
cin? 98.—Le virus vaccin a-t-il dégénéré?—Si la vaccine qui
marche sur un sujet atteint de petite-vérole a quelque influence sur
elle , 253, par M. Bousquet.
Vauquelin (fragment do l’éloge de ), par M. Pariset, 68.
Voix (nouveau traitement de quelques affections de l’organe de la), par
M. Bcnnati, 265.